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« Siècle d’Or »

Appelons Siècle d’or, propose Bartolomé Benassar, la mémoire sélective que nous avons d’une époque où l’Espagne a tenu dans le monde un rôle dominant, qu’il s’agisse de la politique, de la monnaie, de la religion, des arts ou des lettres.

Les historiens le font commencer avec le règne de Charles-Quint, et s’achever avec les traités de Westphalie qui mettent fin à la guerre de Trente Ans. Par le traité des Pyrénées (1659), l’infante Marie-Thérèse d’Espagne était donnée en mariage à Louis XIV qui avait vingt et un ans. Ils furent mariés à Saint-Jean-de-Luz, et la porte par laquelle les jeunes époux sortirent de l’église fut murée. Je passe devant chaque été.

Le Siècle d’or, dont le nom symbolise l’éclat d’un pouvoir matériel qui ne bénéficia guère au peuple espagnol, prend fin lorsque commence le brillant Siècle de Louis XIV, qui fut aussi celui d’une grande misère pour le peuple français.

Où passa l’or du Nouveau Monde que déversaient les galions ? L’or des peuples conquis, Aztèques et Incas ? A des guerres, des édifices et des banquiers étrangers. Marqué dès avant sa naissance, sous le règne des Rois Catholiques, par la fin de le Reconquête contre les Maures et le décret d’expulsion des juifs – qui eurent trente jours pour quitter la terre de leurs ancêtres ou bien se convertir –, ce fameux siècle prit la courbe de sa décadence avec l’expulsion massive et définitive des Morisques (musulmans convertis), sous le règne de Philippe III – décret aussi cruel et désastreux que le serait en son temps la Révocation de l’Édit de Nantes. Désertées les professions où excellaient les uns et les autres, le soleil de l’Empire, figé par une société immobile que la « pureté du sang » obsédait, se coucha pour longtemps.

L’or qui me fascine étant celui du théâtre, de la peinture, de la prose et de la poésie, mon Siècle d’or à moi anticipe celui des historiens. il commence, dans mon temps subjectif, par le chef- d’œuvre d’un juif converti, Fernando de Rojas, qui, dans son Livre appelé Célestine, ouvre nos yeux sur ce qui régit et détruit le monde: l’appétit.

Il s’achève avec les Songes ou Visions d’un vieux chrétien, Francisco de Quevedo, qui voue aux gémonies la « Prospérité », démon redoutable, et dresse un constat d’échec à partir d’un concept ou d’un mot amer impressionnant, le desengaño. Notre « désillusion » ne recouvre pas ce mot plus dur. Engañar, c’est tromper, desengañar, détromper par intelligence humaine, tirer de l’aveuglement, ôter les illusions. Le desengaño est leçon de lucidité.

Florence Delay, Mon Espagne or et ciel, Hermann Éditeurs, 2008

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