Ariane Ascaride célèbre “Paris retrouvée” : “Une ville n’est pas une juxtaposition de terrasses”.  

Propos recueillis par Joëlle Gayot

Publié le 20/10/21

Avec “Paris retrouvée”, Ariane Ascaride entend “faire entendre de quelle manière Paris a inspiré des auteurs magnifiques”.

jerome lobato pour télérama

Trop longtemps endormie, la capitale a enfin repris vie. Dans son dernier spectacle, à voir à La Scala, à Paris, la comédienne fête cette renaissance, avec les mots de Victor Hugo, Elsa Triolet ou Aragon.

Pourquoi revenir au théâtre avec un spectacle sur Paris ?
En février 2020, j’avais rendez-vous avenue de Wagram. Je suis arrivée en avance. Il n’y avait pas un café ouvert, ce qui m’a mise dans un grand état de frustration et de colère. Je regardais les gens marcher et je ne les voyais accomplir que des parcours strictement fonctionnels. Ils ne regardaient plus Paris. Je me suis alors dit : lorsque ces périodes de confinement et de couvre-feu seront derrière nous, je ferai un spectacle sur cette ville. J’ai réuni des textes, appelé les actrices qui jouaient avec moi dans Le Dernier Jour du jeûne, de Simon Abkarian sollicité une chanteuse et un accordéoniste, et l’aventure a démarré.

S’agit-il d’un cabaret ?
Plutôt d’une lecture-spectacle. Nous sommes des saltimbanques, debout, derrière nos pupitres et nos micros, mais nous pouvons nous poser n’importe où. Nous voulons faire entendre de quelle manière Paris a inspiré des auteurs magnifiques.

Pourquoi ce titre, « Paris retrouvée » ?
J’ai pensé à de Gaulle : « Paris outragé ! Paris brisé ! Paris martyrisé ! mais Paris libéré ! » Mais surtout, une fois la liberté de circuler rétablie, j’ai eu le sentiment vivace de retrouver Paris. Nous en avons été exclus si longtemps. Il faut revenir flâner dans les rues et être de nouveau réunis. Raison pour laquelle je suis entourée d’amies pour dire les mots d’Aragon, d’Elsa Triolet, de Louise Michel ou encore de Victor Hugo. J’aimerais que ce moment apaisant ressemble à une photo de Robert Doisneau

“Paris ne doit surtout pas devenir un musée. On y ferme des écoles, elle est de moins en moins populaire.”

Le mot « retrouvée » est écrit au féminin. Pour vous, Paris est-elle une femme ?
Absolument. Et aussi une amie qui ne doit surtout pas devenir un musée. On y ferme des écoles, elle est de moins en moins populaire. Les tapissiers, les menuisiers de la rue du Faubourg-Saint-Antoine ont disparu. Je ne suis pas passéiste, mais je pense qu’une ville n’est pas qu’une juxtaposition de terrasses.

Quels dégâts le Covid a-t-il faits ?
Nous avons vécu un tsunami. Or, après un tsunami, lorsque la mer se retire, beaucoup de choses traînent sur les plages : des voitures, des cahiers, des morts. Nous sommes en train de découvrir ces traces. Le traumatisme est fort. Il paraît que, pour les Américains, Paris est la ville de l’amour. C’est aussi celle des attentats de 2015, celle de Mai 68, de la Commune. Je ne l’oublie pas.

Avez-vous envie de restaurer son image ?
Je voudrais surtout que l’on s’autorise à la regarder pour rien, à s’y balader, que l’on se charge de tout ce qu’elle peut émettre, que l’on s’y dope à l’énergie d’une simple promenade. Nous étions enfermés. Nous ressortons et tout a changé : des rues en sens interdit, d’autres qui ne sont plus accessibles. Nous ne pouvons plus faire les mêmes trajets qu’avant. Nous devons en inventer de nouveaux.

Êtes-vous une marcheuse citadine ?
De chez moi, je vais à pied jusqu’à la place de la République. Une fois là, deux options : soit je prends les Grands Boulevards, soit je bifurque vers la Seine, auquel cas je me rends sur les quais, je traverse les ponts. J’adore marcher, c’est le meilleur moyen de voir une ville et de laisser aller son imagination. Je regarde, je prends des notes, mais je fais peu de photos. L’architecture, les lumières, tout cela ne peut que provoquer des envies d’écrire ou de filmer.

“J’ai fait le tri dans des mondanités qui ne m’intéressent pas.”

Le tsunami Covid a-t-il aussi sévi en vous ?
Bien sûr. J’ai perdu des amis chers durant cette période. Ils me manquent. Mais j’ai aussi gagné en liberté. J’ai fait le tri dans des mondanités qui ne m’intéressent pas. Moi qui suis déjà une grande gueule, j’ai encore plus envie de parler. Je suis également devenue grand-mère, l’aventure la plus géniale qui soit. Les enfants ont été héroïques pendant le confinement, on leur doit un respect absolu. J’ai d’ailleurs accepté d’être la marraine de Mon premier festival, le festival de cinéma pour enfants organisé par la mairie de Paris et l’association Enfances au cinéma.

Est-ce une coïncidence si vous faites un spectacle sur Paris au moment où Anne Hidalgo annonce sa candidature à la présidentielle ?
Elle m’a prise de court ! Blague à part, j’ignorais qu’elle allait se présenter. Je la respecte, mais nous ne sommes pas intimes. Je ne crois pas que nous importerons ce spectacle dans ses futurs meetings.

À voir
Paris retrouvée, jusqu’au 6 novembre. Du jeudi au dimanche à 19h à La Scala, 13 bd de Strasbourg, 10e. 28 €.

Propos recueillis par Joëlle Gayot

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