© Pascal Victor

Dans Le Silence de Molière à la Tempête, Ariane Ascaride interprète Esprit-Madeleine, la fille de Jean-Baptiste Poquelin.

C’est une pièce envoûtante et délicate, révélée il y a quelques années en France par Jacques Nichet. Le Silence de Molière, de l’écrivain et critique littéraire italien Giovanni Macchia, date de 1975. Elle s’appuie sur des éléments réels, mais est avant tout une œuvre d’imagination. Macchia (1912-2001) était un spécialiste de la littérature française. Il a composé des essais très savants sur Baudelaire, Proust et un passionnant Paris en ruines, dans lequel il peint une capitale classique, comme le furent Athènes et Rome. Dans Le Silence de Molière, il imagine un jeune homme désirant devenir auteur de théâtre qui, fasciné par la vie et l’œuvre de Jean-Baptiste Poquelin, cherche à rencontrer un témoin: il est admis chez sa fille, Esprit-Madeleine. On est en 1705, elle a une quarantaine d’années et vit recluse. Esprit-Madeleine s’éteindra en 1723, à 58 ans. Sans laisser aucun témoignage. On sait qu’elle avait refusé de jouer Louison dans Le Malade imaginaire, rôle écrit pour elle par son père, qui mourra en le jouant en 1673, sept ans avant Armande Béjart.

Un transistor posé sur le plateau et la voix de Michel Bouquet, reconnaissable entre toutes, qui nous éclaire sur la situation

Macchia, lui, par le truchement des confidences qu’il imagine, cherche à percer les secrets de Molière lui-même. À la Tempête, Marc Paquien joue avec des anachronismes, puisant dans des textes de Jacques Copeau, notamment. Il les broche dans son adaptation, mais sans rien perdre de l’essence de l’œuvre de Giovanni Macchia.

Un décor sobre de Gérard Didier, de très belles lumières de Dominique Bruguière et, en ouverture, un transistor posé sur le plateau et la voix de Michel Bouquet, reconnaissable entre toutes, qui nous éclaire sur la situation.

Esprit-Madeleine possède ici la grâce particulière d’Ariane Ascaride, dans une longue robe blanche signée Claire Risterucci. Elle a quelque chose d’une moniale, n’était son visage dégagé et la longue natte qui coule dans son dos.

Devant le jeune homme que joue avec intelligence et finesse Loïc Mobihan, Esprit-Madeleine, méfiante et rétive, s’adoucit peu à peu. Elle laisse affleurer la petite fille qu’elle n’a jamais cessé d’être, elle laisse comprendre les sentiments ambivalents qui l’ont depuis toujours tourmentée. On a le cœur déchiré devant ce destin empêché. Esprit-Madeleine a souffert. Le monde des comédiens est cruel. Faire rire est un exercice ambigu. Où est la vérité, lorsque l’on a été plongé, de toute éternité, dans ce monde du faux-semblant? De sa voix acidulée, ombrée de touches graves, Ariane Ascaride, très bien dirigée par Marc Paquien, nous conduit sur des chemins d’obscurité et de douleur. Un beau et pur moment de théâtre.

Théâtre de la Tempête (Cartoucherie, Paris XIIe) jusqu’au 16 octobre, puis en tournée. 20 h 30 du mar. au sam., dim. à 16 h 30. Durée: 1 h 20 (01 43 28 36 36).

Source : Le Figaro