Par Armelle Héliot

Mis à jour le 15/03/2019 à 19h10 | Publié le 15/03/2019 à 17h04

Dans Bells and Spells, imaginé par Victoria Chaplin, elle enchante en kleptomane dans des apparitions enjouées.

Tout un monde, c’est tout un monde que celui d’Aurélia Thierrée qui, avec «Bells and Spells»(«Cloches et sorts», un titre plus musical en anglais), suit le fil de ses précédentes créations tout en élargissant son cercle. Après « L’Oratorio d’Aurélia », en 2003, puis «Murmures des mur»s en 2011, la sœur aînée de James Thierrée se remet entre les mains de leur magicienne de mère, Victoria Thierrée-Chaplin, pour vivre les aventures si particulières du personnage déroutant que l’on découvre sur le plateau du Théâtre de l’Atelier.

 

Chez les Thierrée-Chaplin, on pratique la magie cousue main. Et le merveilleux n’en est que plus enchanteur

Aurélia Thierrée n’est pas seule. Elle est accompagnée du danseur Jaime Martinez qui partageait déjà le plateau de «Murmures des murs». Mais, d’entrée, la première scène réunit quatre interprètes et, pour faire fonctionner avec fluidité les inventions de Victoria, pas moins de cinq personnes sont nécessaires. Elles sont intégrées au jeu, déplaçant à vue certains éléments scéniques ou tenant lieu, même fugitivement, de véritables protagonistes. Cinq qu’il faut saluer: Baptiste Bridon, Marco d’Amico, Régine Marangé, Monika Schwarzl, Gerd Walter. Ils ont la souplesse et la grâce des danseurs.

Dans ce monde, on ne connaît pas la vidéo, les nouvelles technologies ni même ces tubes de néon qui sont du dernier chic au théâtre. Non. Chez les Thierrée-Chaplin, on pratique la magie cousue main. Et le merveilleux n’en est que plus enchanteur.

Difficile de raconter «Bells and Spells». Tout fonctionne comme dans un rêve, en enchaînements pas toujours rationnels. Mais la logique a sa part! On pourrait dire que le personnage incarné par Aurélia est une kleptomane, une chapardeuse qui adore faire disparaître les objets, même ceux dont elle n’a aucune utilité. Ce fil ténu court tout au long de la représentation mais se ramifie.

 Étonnantes métamorphoses

Un spectacle de Victoria Thierrée-Chaplin, c’est comme un bel arbrisseau avec ses tiges souples et ses feuilles nervurées. C’est fait d’un matériau vivant, vibrant. Les objets, avec elle, ont une âme et son aptes à d’étonnantes métamorphoses. C’est ce qui fascine le plus dans son travail. Devant chaque image, chaque tableau, on se demande: mais comment ça marche? Comment fait-elle? Son imagination la conduit vers des zones très étranges. Un peu archaïques. On a souvent le sentiment d’être du côté des pays de l’Est, avec sombres boiseries, lustres à pendeloques, bijoux de strass, violon tsigane. Qu’on les voie ou non! L’équipe artistique réunie fait de chaque seconde un miracle: son, lumières, costumes, chorégraphie, c’est toute une troupe qui se cache derrière ces fantasmagories.

Et l’imagination de Victoria demeurerait inerte si Aurélia n’était pas là pour lui donner cohérence et vitalité. Dans «Bells and Spells», on l’entend parler, ce qui est une nouveauté. Oh! Elle chuchote, elle lance des répliques furtives. Son art, c’est son corps, sa présence, sa mobilité de vif-argent, son regard. Elle a conservé, à plus de quarante-cinq ans, une silhouette de ballerine et l’espièglerie et la gravité mêlées d’une petite fille. Cela aussi, c’est de famille! Frêle comme un oiseau, Jaime Martinez est un partenaire de conte. Aigu, léger, il joue des claquettes et se fond dans l’étoffe des songes.

Bref, le spectacle séduira aussi bien les jeunes que leurs aînés. Rares sont ces moments à partager, heureux.

Théâtre de l’Atelier, à 21 heures du mardiau samedi, 15 heures dimanche. Durée: 1 h 20. Tél.: 01.46.06.49.24. Jusqu’au 12 mai.