Art & Patrimoine

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18 04/2018

A Beaubourg Les passions sous le regard de Philippe Mangeot |Les Echos

mercredi 18 avril 2018|Catégories: Art & Patrimoine|Mots-clés: |

Marianne Bliman / Cheffe d’info |
Philippe Mangeot anime « L\'Observatoire des passions » au Centre Pompidou durant toute l\'année 2018 -
Philippe Mangeot anime « L’Observatoire des passions » au Centre Pompidou durant toute l’année 2018 – photo Hervé Veronese/Centre Pompidou

Enseignant, ex-militant et ex-président de l’association de lutte contre le sida Act-Up, coscénariste de « 120 battements par minute », Philippe Mangeot anime, durant toute l’année 2018, un « Observatoire des passions » au Centre Pompidou. Interview.

Vous êtes « Le grand invité de la parole » du Centre Pompidou en 2018. Comment est né ce projet ?

C’était il y a environ un an et demi. A son arrivée comme responsable du Département de la parole du Centre Pompidou, Jean-Max Colard a demandé à me voir. Il voulait mettre sur pied un nouveau genre de conférences. Ce que je lui ai dit croisait sa préoccupation du moment de ne pas souscrire au modèle unique de la conférence « one shot ».

Je crois que des choses les plus intéressantes ne peuvent se faire que sur le long terme. Par exemple « L’Encyclopédie des guerres », de Jean-Yves Jouannais, qui a été lancé en 2008 et qui a trouvé son public, et qui a contribué à réidentifier Beaubourg. C’est une sorte de one man show intellectuel, de stand-up laboratoire. Quelque chose comme une oeuvre intellectuelle. Pour moi, c’était une sorte de modèle. Mais un modèle, ça ne se reproduit pas tel quel…

Vous engagez alors quelque chose avec Jean-Max Colard ?

Non. Pour plusieurs raisons. D’abord, un sentiment d’illégitimité : la chose au monde la mieux partagée ! Ensuite, le fait que je n’étais pas une femme, et que je trouverais intéressant que ce ne soit pas toujours les garçons qui passent en premier. Troisième raison : en devenant prof en classes préparatoires, j’ai fait le choix de n’avoir pas de spécialité. Si j’intervenais à Beaubourg, ce ne serait donc pas dans le cadre d’un champ de spécialité qui serait le mien.

J’ai beau avoir la vanité de penser que les idées les plus fortes naissent plutôt entre les spécialités qu’en leur sein, cela représentait un travail supplémentaire, et j’étais à l’époque très fatigué. C’est Philippe Artières, auquel Jean-Max Colard avait du reste également pensé, qui a inauguré ces cycles avec un très beau projet autour de la question de l’archive.

Du temps a passé et Jean-Max Colard vous a rappelé au printemps dernier. Et…

Et je lui ai dit oui, en lui proposant le thème des passions contemporaines. J’avais travaillé sur Marivaux, j’étais allé voir du côté de Saint Augustin, j’avais été frappé par la façon dont les classiques pensaient l’homme comme jouet passionnel, alors que nous mettons aujourd’hui au premier plan les déterminations économiques.

Et puis, j’ai été happé par la question des modalités de rencontres dans le monde virtuel, notamment des rencontres sexuelles. On dispose aujourd’hui, à portée de clic, chez soi, à la fois d’une archive et d’un terrain d’expérimentation, voire d’invention, de l’ensemble des passions humaines.

Quel est donc le dispositif que vous proposez au Centre Pompidou ?

Mon dispositif comporte deux volets : ce que j’ai appelé « l’Observatoire des passions » proprement dit et des événements parallèles sur le thème des passions. Ces derniers peuvent être en lien avec le musée. Nous travaillons actuellement sur l’hypothèse d’une visite ou une « revisite » passionnelle des collections. Je demanderai par exemple à un conservateur, à un restaurateur d’oeuvres ou à un gardien d’identifier une ou deux oeuvres avec lesquelles il a un rapport passionnel – qui peut être aussi un rapport d’hostilité ou un rapport de possession jalouse – et de faire une visite guidée commentée. Ca, c’est « L’Observatoire » qui se déplace au musée.

« L’Observatoire » se déplace aussi à « L’Assemblée générale », c’est-à-dire aux commémorations de mai 68. J’ai proposé une soirée sur les passions tristes dans les mobilisations politiques, celles qui entament la joie des soulèvements : amour du chef, volonté que ça s’écroule une fois qu’on est parti, soupçons, amour exclusif des structures, etc. Toutes ces choses qu’en tant que militant, j’ai vues et connues.

Et « L’Observatoire des passions » proprement dit, qu’est-ce donc ?

Une fois par mois, j’invite trois personnes à discuter ensemble. Deux personnes qui sont engagées dans une pratique passionnelle particulière, dont l’une a un lien avec les technologies modernes. Et une troisième qui pense les passions dans sa discipline de chercheur.

Lors de la première séance, il y avait un couple de collectionneurs d’art conceptuel, qui consacrent leur argent à des oeuvres dont la visibilité et le mode d’existence sont précaires, un joueur de jeux vidéo et le philosophe Pierre Zaoui. En mars, il y avait une marathonienne – la question de l’articulation entre souffrance et jouissance m’intéresse -, un Instagramer à plusieurs centaines de milliers de posts et de followers et l’économiste Frédéric Lordon.

Et le 20 avril, il y aura un usager de drogue qui a un rapport passionnel, et pas seulement addictif, à la drogue, une fan d’une chanteuse lyrique, qu’elle suit partout, et Claude Millet, professeure de littérature et spécialiste du romantisme.

Concrètement, comment ça se passe ?

Après une introduction et une remise en contexte que je fais, une conversation s’instaure avec les invités. Ce que je cherche, c’est le point d’équilibre entre ce qui relève du travail (les séminaires) et ce qui relève du spectacle. Sachant que les séminaires m’emmerdent souvent parce que je n’y vois que de l’entre-soi et que l’entre-soi me fatigue, et que les shows m’emmerdent parce que j’ai envie d’aller danser sur scène avec les gens !

Le public participe, pose des questions, intervient. A chaque séance, la salle, qui peut contenir 160-180 personnes, est pleine. C’est assez joyeux !

Parmi les activités que vous avez hors de votre travail de prof, vous avez été coscénariste de « 120 battements par minute ». L’énorme succès du film en France vous a-t-il surpris ?

Ca a surpris tout le monde ! Personnellement, je n’avais pas de doute sur le fait que « 120 BPM » était réussi. Mais je crois que la surprise a commencé bien avant, lorsque les financements ont été accordés plutôt facilement. Cela tient à la qualité du scénario, mais pas seulement : beaucoup de bons scénarios ne trouvent pas de financements.

Je crois que le film tombait juste et au bon moment. Peut-être cela a-t-il à voir avec l’arithmétique de la mémoire.

https://www.lesechos.fr

9 01/2018

Avec Jean Echenoz dans son Labyrinthe | Le Monde

mardi 9 janvier 2018|Catégories: Art & Patrimoine|Mots-clés: , |

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« Roman, rotor, stator », le Centre Pompidou consacre une riche exposition au Prix Goncourt 1999.

Jean Echenoz Imperator. C’est presque une impression de triomphe romain que le vi­siteur éprouve aux abords de l’exposition donnée à la Bibliothèque publique d’information (BPI), avec son mystérieux titre, « Roman, rotor, stator », et sa promotion à travers le Centre Pompidou, qui abrite la BPI. On ­retrouve le portrait, signé Roland Allard, affiche de la manifestation, placardé un peu partout à travers le Centre, ainsi qu’en fond d’écran des ordinateurs de la bibliothèque. En faisant le trajet jusqu’à l’exposition avec Jean Echenoz pour aller la visiter en sa compagnie, on voit celui-ci gagné par l’effarement, à mesure qu’il réalise sa propre omniprésence. « C’est si étrange, murmure-t-il, bizarrement narcissique. En principe, on fait ça avec les écrivains morts. »

Mais il se trouve que, en plus d’être, à 69 ans, un écrivain majeur, l’auteur de Cherokee (Minuit, comme tous ses livres, prix ­Femina 1983) et de Je m’en vais ­(Goncourt 1999), objet d’une quarantaine de thèses, Jean Echenoz est aussi le premier à avoir confié de son vivant ses archives à la ­Bibliothèque Jacques-Doucet, partenaire de l’exposition. Lui décrit ce legs comme une espèce d’opération logistique : « En 2011, je m’apprêtais à quitter un appartement comprenant une pièce dans laquelle je mettais tous les vieux papiers – manuscrits, documentation – que je n’arrivais pas à jeter… Je partais pour un endroit où il y aurait moins de place. C’est à ce moment-là que la bibliothèque ­Jacques-Doucet m’a proposé de prendre mes archives. En quelque sorte, ça tombait bien. » Les tapuscrits amendés, cahiers de notes, photos et autres éléments de documentation qui se trouvaient dans ces quarante cartons nourrissent cette exposition, mê­me si elle ne s’y cantonne pas – la richesse du matériau et des ­approches proposées rappelle qu’Emmanuèle Payen, l’une des commissaires (avec Isabelle Bastian-Dupleix, Gérard Berthomieu et Isabelle Diu), a codirigé le livre Exposer la littérature (Cercles de la librairie, 2015), s’interrogeant sur les pistes à explorer pour sortir de la seule exhibition de manuscrits.

« J’adore l’étape de documentation ! On sait qu’on travaille, mais sans avoir besoin d’écrire. On a sa conscience pour soi ! »

L’exposition s’ouvre sur l’élément favori de l’écrivain, réalisé pour l’occasion : un planisphère restituant les voyages de ses personnages. Allers, détours et retours. « Rotor, stator », les deux termes empruntés au vocabulaire de la mécanique qui donnent son titre à l’événement, renvoient à un passage du Méridien de Greenwich, son premier roman (1979), dont les protagonistes ont fait moult voyages, et puis, note le narrateur : « Au double, triple jeu, succéda l’absence de jeu, à l’effervescence, la ­répétition, au rotor, le stator. » ­Problématisée autour du mouvement, et se penchant sur l’œuvre échenozienne comme sur le moteur d’une voiture, la manifestation est conçue comme un petit labyrinthe circulaire.

Pratique du zeugme

La première partie, la plus classique, autour de « la fiction et ses rouages », expose les documents de travail d’Echenoz. Des images de lieux qui l’ont inspiré, comme la photo d’un tunnel parisien (« C’était pour L’Equipée malaise (1986) »). Des livres qui l’ont nourri, à l’image de la biographie de Maurice Ravel signée Maurice Marnat (Fayard, 1986), « fondamentale » pour l’écriture de son Ravel (2006). Les carnets dans lesquels, pour retracer la vie du coureur Emil Zatopek dans Courir (2008), il a recopié des articles entiers de L’Equipe : « J’ai recopié les performances, les temps, les épreuves… Je savais que ça ne me servirait à rien, mais j’ai tout noté, à chaque fois qu’il apparaissait dans L’Equipe. C’est sans doute un truc maniaque, mais j’en ai besoin. » On trouve aussi les carnets de guerre de Constant Oheix, grand-oncle de son épouse, dont la découverte a fini par l’amener à écrire 14 (2013).

Où l’on constate, chez cet artiste du minimalisme, un goût certain pour l’accumulation d’informations. « J’adore l’étape de documentation ! On sait qu’on travaille, mais sans avoir besoin d’écrire. On a sa conscience pour soi ! », glisse-t-il dans un rire nicotinique, avant d’ajouter : « Au-delà de la maniaquerie, il y a le plaisir d’apprendre des choses, même quand on sait qu’on se servira de très peu. »

La deuxième partie, « la diction et ses doubles », se penche sur son goût pour les paires et pour le jeu. Y est notamment explorée la récurrence du strabisme chez ses personnages (« Je ne m’en étais pas aperçu, commente Echenoz. Mais j’ai réalisé que, dans un projet en cours, un personnage louchait. J’ai corrigé ça. ») Il y est aussi question de sa pratique du zeugme, cette figure de style ludique dont on trouve un merveilleux exemple, entre autres, dans Je m’en vais (1999) : « (…) un vaste complexe commercial et hôtelier chinois dresse son architecture mandchoue au bord du fleuve et de la faillite ». Peut-être inquiet d’une analyse de ses procédés qui en écraserait l’humour et la légèreté, Jean Echenoz fait la moue quand on lui demande de commenter ce rapport à la rhétorique : « Je ne me dis jamais : “Tiens, je vais faire une petite métonymie ou un zeugme !” Ça s’impose ou pas dans le rythme du texte. » Il retrouve sa bonne humeur pour évoquer, dans la même pièce, la (délicieuse) lecture de ­Ravel par Olivier Cadiot, qu’on peut écouter au casque. « Je voulais absolument qu’il soit présent dans l’exposition, c’est un ami. »

Parcours circulaire

L’amitié est du reste ce qui domine la dernière partie de l’exposition, « sur la scène du roman », dont il n’est pas sûr d’avoir compris l’angle exact, et nous non plus. Au côté de photos avec des écrivains proches (Pierre Michon, Jean et Olivier Rolin, Patrick ­Deville…), on trouve une lettre de Jean-Patrick Manchette, ainsi que la feuille de papier jaune sur laquelle Echenoz jeta ses souvenirs en apprenant la mort de son éditeur, Jérôme Lindon, le 9 avril 2001 – cette ébauche deviendra le texte Jérôme Lindon (2001).

A l’issue de ce riche parcours circulaire, jalonné d’interviews vidéo de l’auteur, le visiteur revient, comme un personnage d’Echenoz, au point de départ. Il a saisi quelque chose du fonctionnement des « machines » que l’écrivain élabore depuis près de quarante ans. Mais la magie demeure intacte. Le voilà bien, oui, ramené au point de départ : au désir de lire et relire Echenoz.

Jean Echenoz. Roman, rotor, stator, BPI du Centre Pompidou. Jusqu’au 5 mars.

En marge de l’exposition, plusieurs événements : lectures par les élèves du Conservatoire national supérieur d’art dramatique de « Lac », de « Courir » et d’« Envoyée spéciale » (les 11, 18 et 25 janvier) ; une master class « Jean Echenoz et les figures de style » (le 14 février).

Source: Le Monde

9 01/2018

Podcast : Amandine Maillot invitée de Tewfik Hakem | France Culture

mardi 9 janvier 2018|Catégories: Art & Patrimoine|Mots-clés: , , |

Entretien avec l’artiste plasticienne Amandine Maillot qui présente une exposition sur le temps intérieur au travers d’objets du quotidien qu’elle trouve et met en scène.


Amandine Maillot, artiste plasticienne, pour Scène intérieure à la Criée Théâtre national de Marseille du 9 janvier au 23 février 2018.


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Amandine Maillot, « Métamorphose », © Jean Sylvain Marchessou


L’artiste Amandine Maillot met au cœur de sa pratique des meubles anciens, de la vaisselle, des objets familiers qui vieillissent avec nous, souvent nous survivent et fixent nos mémoires comme autant de traces de nous dans l’histoire.

L’exposition Scène intérieure mêle l’installation, la vidéo, le dessin, fait l’état des lieux du travail du temps, parle de l’intime et invite à l’introspection, montrant que chaque objet peut devenir un foyer émotionnel, ils sont pour l’artiste des présences, des êtres animés qui « absorbent nos histoires au sein de la maison ».

À travers les objets, j’évoque en creux le corps… Je parle de notre propre présence dans des scènes de la vie quotidienne, un repas, un vieux fauteuil où le grand-père s’asseyait chaque jour et comment, à travers le temps, ces objets conservent nos mémoires…

Je me questionne beaucoup sur la question de l’héritage familial et la transmission, je suis attentive à la manière dont on s’imprègne de tout ce qui nous environne et dont tout ça se retraduit dans un quotidien. Les scènes que je représente sont le moment de la prise de conscience où on fait l’état des lieux de nos paysages intérieurs grinçants…



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Amandine Maillot, « Ombilic », © Jean Sylvain Marchessou



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Amandine Maillot, « Miroir Miroir 2.1 », © Jean Sylvain Marchessou



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Amandine Maillot, « Portraits hors cadre », © Jean Sylvain Marchessou

Source: France Culture

18 09/2017

Litterature extended* | mouvement.net

lundi 18 septembre 2017|Catégories: Art & Patrimoine, Festivals|Mots-clés: , |


Martine Aballéa, Le Salon dans la vallée © Martine Aballéa

Les mots sont venus s’ébattre hors du livre au Festival Extra! au Centre Pompidou. Lecteur indiscipliné, Mouvement a tendu les yeux et les oreilles ici et là. Florilège non exhaustif.

Dans le forum -1, transformé en vallée verdoyante par l’artiste Martine Alballéa, la littérature est une plante bien vivace. Artistes et penseurs de tout poil sont venus donner à voir et à entendre le texte hors du livre.

Dans un même espace ouvert tout se croise, projections d’archives de poésie sonore sur les murs, performances en salon ouvert, tables rondes où auteurs/artistes/performers, universitaires, éditeurs viennent penser ce qui est fait et comment cela se fait, retransmis en direct par Radio Brouhaha. Joindre le geste, la parole, la pensée et le corps ; le passé dans le présent comme une même durée créatrice. Ainsi Roger Chartier, historien du livre et de la lecture au Collège de France, de nous rappeler que « très tôt la littérature sort des livres. Par les adaptations théâtrales, les représentations iconographiques, la transmission orale ». Aurait-on même oublié que la littérature précédait même l’invention du livre ? Que l’on parle de la création littéraire et/ou de sa diffusion.

Auteur, écrire des livres ? Ou encore n’écrire que des livres ? Cela fait bien des décennies qu’on utilise le contenant pour le contenu, que le mot livre vient désigner littérature au point de la recouvrir. Comme la partie pour le tout – dire la gauche et penser PS (avant avril 2017), l’Amérique pour les États-Unis. Un glissement de sens qui rogne le tout de la littérature, comme un « ensemble des productions intellectuelles qui se lisent et s’écoutent ». Extra! invite à sortir hors des sentiers rebattus. Pour Jean-Max Colard (programmateur d’Extra! Et chef du service de la Parole au Centre) « l’hégémonie du livre est une époque révolue. La production littéraire est une activité qui s’étend hors du livre – pour ne pas dire s’échappe car il ne s’agit pas d’aller contre le livre. Elle investit d’autres champs. Ce n’est pas une affaire de générations. On a des artistes qui construisent leur expérience littéraire ailleurs que dans et par les livres ».

De la littérature comme art contemporain

La littérature faite corps se tient debout au milieu du Salon dans la vallée. Laura Vazquez, Arno Calleja et Simon Allonneau font de la poésie sonore in situ et in vivo : des textes écrits pour être dits et incarnés avant de trouver le support livre, s’ils le trouvent. Les deux premiers étaient là pour nous faire entendre leurs Astro poèmes, aux prévisions déroutantes révolutionnant ainsi l’art des signes. Lauréate du prix de la poésie 2014, très active sur les vidéos performances, Laura Vazquez signe sa littérature d’un timbre lancinant, fait d’anaphores hypnotisantes. Procédé étrangement antalgique pour des phrases qui s’emparent de la réalité au scalpel. Tout aussi incisif, Simon Allonneau en frontal envisage de « Chanter la Marseillaise sur le mode interrogatif ». Masse et débit granitiques, mouvement minimaliste et obsessionnel de la main droite qui accroche le regard et aiguise des phrases fulgurantes dont le caractère faussement naïf décape la réalité de tout apprêt.

Autre style, apparemment plus posé, Emmanuelle Pireyre, prix Médicis avec sa Féérie générale, nous entraîne dans son algorithme le temps d’une websession. L’artiste qui navigue sans complexe entre livre, chanson et vidéo, lie son écriture à un univers connecté. De Youtube (musiques, séries…) à des archives en ligne (journaux, Ina, plateforme HAL…), elle nous raconte comment « la fiction pousse » à partir d’un questionnement sur l’homme-chien. « Bombarder de documents, comment on fait un livre avec tout ça. J’envisage la littérature comme une grammaire dans laquelle on ferait entrer des choses. La littérature, c’est une syntaxe singulière, rigoureuse et un peu folle. »

Ecrire-écouter-lire

« La question de la matérialité se déporte sur le relationnel. Entrer dans la littérature, c’est entrer dans le lieu des usages, le partage, la sociabilité », souligne François Bon, auteur et figure de proue de la littérature numérique. Et ceci interpelle tant au niveau de la création que de la diffusion ou de la réception. La littérature hors-livre convoque l’autre dans une présence signifiante et immédiate. Comment s’y tenir en tant que « lecteur » ? C’est encore une question de corps, d’espace et de temps.

25 minutes, c’est le temps que Julien Bismuth s’impartit pour écrire une page pleine sur son ordinateur, image projetée. Trois jours de suite. Nouveau jour, nouvelle page. Dernière minute, dernier mot et inversement. Il n’est pas question ici d’écrire un livre, le texte est improvisé et a pour sujet la performance elle-même. Julien Bismuth est un « non-écrivain » qui interroge les conditions d’existence du langage et ses utilisations ; ici l’écrire et le lire : « un texte est une réalité qui exige une forme de lecture ou d’écoute ou de compréhension ». Assis sur des bancs ou debout autour de l’artiste, à quoi assiste-t-on ?


Performance de Julien Bismuth au Centre Pompidou. p. Hervé Veronese 

Ce n’est pas tant le sujet ou la manière d’écrire qui ici agite mais la situation d’énonciation qui est mise en place, une conversation silencieuse mettant à jour un geste d’écriture et un contexte de lecture. Topos de la page blanche évincé au profit de la contrainte temporelle. Tranquille au début, la respiration de l’auteur se fait plus haletante, inquiète, les doigts se frottent et se touchent plus nerveusement. Le curseur efface, revient en arrière, pour corriger une faute, reprendre une formule ou réécrire la même chose. « C’est drôle, le texte existe sous différentes formes. On est nombreux à prendre des photos du texte projeté mais à des moments différents. On aura des traces différentes, une œuvre à plusieurs temps. Et lui, il sauvegarde ce qu’il fait ? » s’interroge une « lectrice-spectatrice ». Julien Bismuth sauvegarde le fichier de chaque jour et fait une capture vidéo du temps de l’écriture. Ce qui l’intéresse : « quand la lecture se déplace sans cesse, elle est sans cesse bousculée, désaxée, déconstruite même par ce qui se passe autour ».

Par Natacha Margotteau

*Litterature extended, expression empruntée à Jean-Max Colard

Extra ! a eu lieu du 8 au 10 septembre au Centre Pompidou, Paris

Source: Mouvement.net

12 09/2017

La littérature fait sa mue au festival Extra ! | Les Echos

mardi 12 septembre 2017|Catégories: Art & Patrimoine, Festivals, Non classé|Mots-clés: , |


La littérature fait sa mue au festival Extra ! / © Hervé Veronese

En marge de la rentrée littéraire, le festival Extra explore les littératures « hors livre » pendant cinq jours au Centre Pompidou.

Le livre a perdu de sa superbe. La faute à la radio, puis à la télévision et aujourd’hui à internet… On connaît la chanson. Mais si le public lit moins de livres, doit-on nécessairement conclure qu’il ne lit plus ? La littérature est elle en perdition parce que « l’objet livre » est rendu obsolète par les écrans d’ordinateur et les liseuses électroniques ? Le festival « Extra ! » au Centre Pompidou se moque bien des Cassandre. La littérature évolue, et, comme le fredonnait Léo Ferré, « c’est extra ! ». Jusqu’au dimanche 10 septembre, la première édition du festival réunit un ensemble de manifestations littéraires pour fêter la littérature « hors livre », selon la formule du poète sonore français Bernard Heidsieck. En pleine rentrée littéraire, c’est un joyeux pied de nez à l’establishment du folio papier.

Derrière le concept du « hors livre » se logent toutes les occurrences littéraires existant par d’autres formats que le livre imprimé : la performance artistique, l’écriture numérique, le film poème, la lecture à haute voix, le rap, le slam… soit toute forme d’art plastique ou audiovisuel revendiquant un geste littéraire. Aussi, il n’est pas étonnant que le Centre-Pompidou, qui célèbre l’innovation artistique depuis sa création en 1977, se soit emparé de cette forme d’expression éclatée. Jean Max Collard, programmateur d’Extra ! et chef du département « Parole » au Centre Pompidou, insiste : « ce festival se dresse contre ceux qui disent que la littérature s’est repliée sur elle-même. De nouvelles formes littéraires naissent dans le sillage du numérique. Extra ! met en avant cette reconfiguration du paysage, en proposant des formes alternatives. »

Ces proliférations littéraires sont encore peu familières au grand public. Peu visibles, diffusées de manière sporadique, attirant un public de niche, les littératures hors livre laissent par définition peu de traces. Dès lors, pour Serge Lasvignes, directeur du Centre Pompidou, la création d’un prix devrait permettre de graver ces formes d’art dans la pierre des institutions. La figure tutélaire de Bernard Heidsieck s’est imposée d’emblée, souligne Jean-Max Collard. Lauréat 1991 du grand prix national de la poésie, pionnier de la « poésie sonore », invité régulier du Centre Pompidou, il défendait le renouvellement des formes poétiques par le biais de médias dissidents comme le magnétophone et la performance physique.

C’est Caroline Bergvall, artiste franco norvégienne connue pour ses créations visuelles et sonores, a reçu ce premier prix Bernard Heidsieck – Centre Pompidou de l’année 2017. Elle se réjouit de cette évolution du champ de la littérature : « je me perçois comme une écrivain qui travaille le livre mais aussi l’ailleurs du livre. J’écris, et j’utilise aussi d’autres supports : le dessin, la vidéo, la performance, qui sont aussi des formes d’écritures. » Les deux autres récipiendaires sont John Giorno, récompensé pour l’ensemble de son oeuvre, et Lamberto Pignotti, qui obtient la mention spéciale Fondazione Bonotto, partenaire et mécène du prix.

FORMES MILLÉNAIRES

Tout en explorant le futur, le festival renoue avec des formes de littérature millénaires. Les chants d’Homère, les contes populaires, le théâtre même relèvent à l’origine d’une littérature strictement orale – et « poème » vient du latin carmen, chant. Dès lors, le livre pourrait n’être qu’un moment d’une longue histoire littéraire qui basculerait demain sur d’autres supports, numériques, plastiques, sonores, visuels… et les temps changent déjà : le prix Nobel de littérature 2016 n’a-t-il pas été remis au chanteur Bob Dylan ?


© Hervé Veronese

On ne manquera pas durant ces quelques jours « extras » les performances de l’auteur performeur Julien Bismuth, qui écrira tous les jours à 18h30 face au public, et dont le texte en train de se faire sera projeté en direct ; le showcase du rapport Elom 20ce (vendredi 20h30) et le spectacle libertin de Catherine Robbe-Grillet (samedi 20h) qui promet bien des plaisirs ; dans le sillon de la rentrée littéraire, Joy Sorman, Célia Houdart et Yannick Haenel (19h jeudi, samedi et dimanche) viendront parler de leur dernier roman. Littérature sonore, nous voilà !

Esther Attias

EXTRA!
Paris, Centre Pomidou, jusqu’au 10 septembre, www.centrepompidou.fr

Source : Les Echos

13 10/2014

L’exposition « Duras Song » à la BPI | Podcast France Musique

lundi 13 octobre 2014|Catégories: Art & Patrimoine|Mots-clés: , , |

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Réécoutez L’exposition « Duras Song » à la BPI de l’émission Le dossier du jour sur France Musique, radio du groupe Radio France :

Source : France Musique