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7 07/2016

Arte Flamenco : à Mont de Marsan, le plus vieux festival de flamenco | L’Obs

jeudi 7 juillet 2016|Catégories: Festivals, Spectacle Vivant|Mots-clés: , |


© Juliette Valtiendas

Festival d’art flamenco à Mont-de-Marsan. Du 4 au 9 juillet 2016.
Le plus engagé des festivals de flamenco en France offre une nouvelle fois un superbe programme. Mais comment expliquer l’engouement des Français pour l’arte flamenco ?

Comment expliquer l’extraordinaire engouement qui a saisi les Français, devenus les plus fervents amateurs de flamenco qui soient, hors de l’Espagne ? Et jusqu’où remonter dans le temps pour expliquer la fascination qu’exerce sur eux le pays de Cervantès ou de Goya ?

Les moines de Zurbaran

A la diffusion de « Don Quichotte » ? A la création du « Cid » de Corneille, ou à celle du « Mariage de Figaro » de Beaumarchais ? A l’accession au trône d’Espagne de Philippe de France, duc d’Anjou, ce Philippe V qui fut le premier Bourbon à remplacer ses aieux Habsbourg à Madrid et à l’Escurial, et qui est l’ancêtre direct de Philippe VI, l’actuel souverain espagnol ?

Aux guerres napoléoniennes lors desquelles les actes de la plus effroyable barbarie se multiplièrent entre Espagnols et Français et firent se haïr durablement les deux peuples ? Ou plus sérieusement aux temps du Romantisme, quand Théophile Gautier chantait les martyrs écorchés de Ribera ou les moines ascétiques de Zurbaran, quand Victor Hugo célébrait Hernani ou Ruy Blas, ou quand Mérimée créait le personnage de Carmen que Bizet allait porter à une gloire universelle ?

Les sons âpres et profonds du « cante jondo »

Faut-il voir dans la fièvre flamenca qui a saisi la France depuis trois ou quatre décennies un même goût appuyé pour cet exotisme sombre et coloré qui ensorcelait les Romantiques, pour cette beauté flamboyante, ces ardeurs et cette sauvagerie dont on a fait l’apanage de l’Espagne, du moins celui des deux Castilles et de l’Andalousie ? Est-ce la fascination pour les couleurs des musiques ou des costumes, pour la sauvagerie des pas, le hiératisme cambré des hommes et des femmes dressés sur leurs ergots comme des coqs de combat, pour les sons âpres et profonds du « cante jondo », pour l’allégresse et l’énergie ensorcelante de la danse ? Ou tout simplement pour cette ivresse, cette fureur de vivre, cette exubérance dont témoignent les Espagnols et qui contraste si violemment avec la réserve, la morosité, le quant à soi des Français ?


© Juliette Valtiendas

Condamnés dans leur propre pays

Ce qui est sûr, c’est que la France est le plus extraordinaire débouché pour les artistes flamencos. On y compte de 25 à 30 manifestations qui leur sont consacrées, alors que les théâtres qui les incluent dans leur programmation ordinaire sont innombrables. Pour ce musicien qu’est le pianiste Dorantes ( le piano a été introduit dans l’univers flamenco dans les années 1960), les invitations françaises représentent la moitié de l’ensemble de ses prestations à l’étranger. Et cela vaut pour tous les guitaristes et « cantaores » du sud de la péninsule comme pour la plupart des danseurs.

Ainsi, durant les années de crise qui ont si durement frappé l’Espagne et qui ont saccagé les fragiles structures culturelles du pays, condamnant une multitude d’artistes à disparaître faute d’argent des institutions et du public pour les faire vivre, la scène française, en s’affirmant comme leur principal refuge, a permis la survie d’artistes condamnés dans leur propre pays.

Le triangle d’or

En Espagne, les hauts lieux du flamenco sont évidemment l’Andalousie et son triangle d’or dont les extrémités se nomment Séville, Grenade, Jerez de la Frontera. Ou alors Cadix, Cordoue et Malaga. Mais c’est aussi Madrid et Barcelone. On y compte pas moins de 400 festivals de flamenco, dont une quarantaine de première importance parmi lesquels évidemment brillent la Biennale de Séville ou le Festival de Jerez.

Et dans le monde, outre la France, de 40 à 45 manifestations de premier plan s’égrènent au Japon, en Italie, au Portugal, en Belgique, aux Pays-Bas, au Luxembourg, en Pologne, mais encore au Canada, aux Etats-Unis d’Amérique, au Brésil, en Argentine, au Japon et depuis peu en Chine.

Cela génère une économie considérable qui profite aux artistes espagnols qui s’exportent à l’étranger, mais fait aussi accourir en Espagne, et singulièrement en Andalousie, des foules nombreuses qui envahissent les villes, les hôtels, les restaurants, les théâtres, les « tablaos », les écoles d’art flamenco.

Mont-de-Marsan, Jérusalem du flamenco

En France, le seul Festival « Arte Flamenco » de Mont-de-Marsan, qui célèbre cette année sa 28e édition et fait ainsi figure d’ancêtre dans ce domaine, vit sur un budget d’1,3 million d’euros et attire 30.000 spectateurs dans une ville de 30.000 âmes.

Pour les artistes flamencos, danseurs, chanteurs, musiciens, (bailaores, cantaores, musicos), ce Festival de Mont-de-Marsan fait figure de référence absolue. Si Séville est la Rome du flamenco, Mont-de-Marsan est sa Jérusalem. C’est un pèlerinage obligé, mais qui n’a rien d’un chemin de croix.

Là, depuis 29 ans, les Espagnols sont reçus dans un climat amical et allègre qui n’a sans doute pas d’équivalent dans la plupart des autres lieux où ils se produisent. Parce qu’on y cultive un véritable dialogue entre artistes et programmateurs du festival, Sandrine Rabassa en l’occurrence, et celles ou ceux qui la secondent, mais aussi une proximité festive avec le public et une atmosphère de « feria » qui révolutionne durant une semaine la petite cité. Aux artistes invités, cette atmosphère rappelle immanquablement l’Andalousie, même si nulle ville de France ne saurait jamais être aussi chaleureuse que Séville, Cadix, Jerez ou Grenade.

« Cafe cantante » ou « bodega »

Côté français, si on aime les artistes du flamenco, on en connaît aussi les limites, les caprices et les fantaisies. Il n’y a pas plus bordélique, plus indiscipliné dans l’univers du spectacle. Et quand ce sont des gitans, le phénomène est à multiplier à la puissance mille. Mais en déployant des prodiges de patience, des trésors de bienveillance, en mettant en œuvre une endurance héroïque, on parvient, année après année, à construire un festival digne de ce nom.

Cette année, outre les spectacles, les concerts, les soirées vivantes au « cafe cantante », celles de la « bodega » sur la place de l’hôtel de ville, ainsi que les cours et ateliers de chant, de danse, de guitare, de percussions proposés aux « aficionados » venus de toute la France et de pays voisins, Arte Flamenco inaugure un cycle d’enseignement passionnant destiné au grand public : dispensé par la danseuse Maïté Olivares et le guitariste El Pulga, il permettra aux spectateurs d’apprendre très concrètement à distinguer les différents styles de danse, de musique et de chant du flamenco, de façon à mieux les apprécier. Une démarche pédagogique tout à fait remarquable. Et qui devrait absolument perdurer dans ce haut-lieu du flamenco qu’est Mont-de-Marsan en France.

La guérilla des flamencos

Flamenco traditionnel ou flamenco moderniste, flamenco « puro » ou flamenco commercial, flamenco andalou ou flamenco des gitans : dans la vaste tribu flamenca, toutes les tendances désormais cohabitent. Avec le succès du flamenco au niveau mondial, les pires dérives n’ont pas tardé à apparaître. Naguère, quand le flamenco était méprisé par les Espagnols eux-mêmes et qu’il était assimilé exclusivement à la nation gitane, quand il était méconnu dans le reste du monde, il existait déjà un flamenco de café concert ou de films américains qui n’était qu’une forme apprivoisée et très abâtardie de l’âpre flamenco des gitans pauvres d’Andalousie.

A l’origine, dans sa forme dansée, il se résumait à un interprète accompagné par la guitare et (ou) par le chant. « C’était un art de vivre, un engagement d’ordre philosophique », commente un « cantaor ». Il parle là de la première moitié du XXe siècle. Aujourd’hui, le flamenco est parfois devenu une redoutable industrie.

Quand Antonio Gadès, qui avait été un danseur fabuleux, commença dans les années 1960-1970 à créer des spectacles narratifs faisant usage de la danse flamenca pour de multiples interprètes, c’était une révolution. Et une évolution sans doute obligée au moment où le flamenco, en devenant populaire, en se propageant dans les salles de théâtre, ne pouvait plus se cantonner à l’intimité des « tablaos », au dépouillement d’une danse de soliste épurée. Il se devait de séduire par des spectacles dramatiques un public élargi que des formes plus sévères auraient vite lassé. Du moins Gadès, fastueux danseur lui-même, puisait-il ses thèmes dans le patrimoine littéraire ou musical de son pays avec « La Casa de Bernarda Alba », « Carmen » ou « L’Amour sorcier » (« El Amor brujo »). Et du moins ses innovations avaient-elles un sens, même s’il exploitait à outrance les archétypes du sexisme ibérique.


© Juliette Valtiendas

Mais que dire de ces spectacles de danse flamenca qui aujourd’hui se greffent absurdement sur la vie d’Anne Franck, le conte de « Blanche Neige » ou la biographie de Frida Kahlo ? Sinon que c’est d’une bêtise désespérante. Aussi lamentable que ces comédies musicales de bas étages qui à Vienne mettent Mozart à la sauce rock ou hip hop. Incongruité pour incongruité : pourquoi ne pas évoquer alors des légendes chinoises avec des danses polonaises traditionnelles ou la vie de Goya avec des danses javanaises ?

Mais ce qui heurte beaucoup les Espagnols, c’est le ridicule dont se pare un flamenco qui se veut « conceptuel ». « Nous sommes sidérés par le succès rencontré en France par un Israël Galvan, alors qu’ici beaucoup le méprisent et qu’on le conspue à Madrid », confient des artistes andalous. « Ses postures intellectuelles sont une imposture. Lui qui se rêvait footballeur a été contraint par son père à devenir danseur. Et quand il est devenu majeur, juste pour l’emmerder, il a décidé de faire n’importe quoi, comme pour désespérer le « pater familias », farouche tenant d’une forme traditionnelle. Et les Français gobent tout, avec naïveté « , ajoute un Espagnol. Ce qui est sûr, c’est qu’on ne verra jamais Israël Galvan au Festival Arte Flamenco de Mont-de-Marsan. Aussi longtemps du moins qu’il n’aura pas abandonné ses fantasmes de pseudo-créateur avant-gardiste.

Pouvoir économique

L’immense attrait qu’exerce l’art flamenco sur les publics de tant de pays lui confère par contrecoup un extraordinaire pouvoir économique dont il n’est pas sûr que les autorités politiques, espagnoles ou andalouses aient bien pris la mesure. Ou auquel, plus exactement, les pesantes administrations culturelles aux mains d’apparatchiks sans grande imagination ne savent pas souvent répondre avec intelligence.

Les artistes et leurs entours s’en plaignent amèrement. Si la délégation à la Culture de la « Junta de Andalucia » (le gouvernement autonome de l’Andalousie) apparaît très satisfaite de ses actions qui sont certes nombreuses, les milieux artistiques n’ont pas de mots assez durs pour condamner la petitesse de vue, l’absence de politique d’envergure des services culturels andalous. A telle enseigne que Madrid et que son ministère de la Culture qui n’est pourtant pas exceptionnel ont une bien meilleure réputation que le pouvoir qui siège à Séville avec sa politique culturelle. Ce que l’on voit des fonctionnaires, des politiques n’est évidemment pas très engageant. Peu d’envergure, aucune trace d’idéal ou de combativité. L’appareil socialiste au pouvoir a investi le domaine culturel andalou avec les mêmes défauts que ceux qui ont vu ce parti se discréditer partout en Espagne

« Et encore, nous, artistes flamencos, nous avons cette chance inouïe d’être portés par le marché culturel extérieur. Mais quelle tragédie pour les gens de théâtre ou ceux de la musique classique par exemple qui n’ont pas de réels débouchés hors du territoire national et dépendent absolument des institutions locales. Pour eux, l’absence de politique culturelle digne de ce nom est véritablement catastrophique ».

L’El Dorado français

Dans un tel contexte, comment s’étonner que la France, malgré ses errances, ses compromissions, ses défaillances, fasse aux yeux des Espagnols figure d’eldorado avec son riche réseau de théâtres, ses festivals, ses subventions, sa politique culturelle, son public qui paraît inépuisable. Et qu’Arte Flamenco, à Mont-de-Marsan, entreprise d’envergure, mais honnête et militante, qui draine un vaste public, se propage dans les écoles, les hôpitaux ou les prisons et respecte les artistes comme nulle par ailleurs, y fasse figure de saint des saints. On y découvrira cette année des icônes comme Sara Baras, Belén Maya ou la belle Patricia Guerrero parmi les multiples danseuses ; Antonio Canales, Antonio « El Pipa » ou Joaquin Grilo parmi les grands danseurs ; ce beau chanteur qu’est Cristian Guerrero, accompagné par Dorantes au piano ou par Manuel de la Luz ou Diego del Morao à la guitare.

« El Lebrijano », autrement dit Juan Pena, haute figure du chant gitan, une légende déjà, ainsi que les guitaristes Rafael Riqueni et Santiago Lara rehaussent encore de leurs présences ce programme opulent sans qu’on oublie les « bailaores » Alvaro Panos et Carmen Manzanara qui se produisent dans le spectacle « El Alma de Andalucia » conçu en hommage au peintre Romero de Torres … au cours d’un dîner gastronomique établi par le chef de cuisine François Duchet. On est en France, malgré tout !

Raphaël de Gubernatis

Arte Flamenco. Festival d’art flamenco à Mont-de-Marsan. Du 4 au 9 juillet. 05-58-76-18-74.

Source : L’Obs

7 03/2015

Rencontre avec Pierre Lhomme | Cinémathèque de Toulouse

samedi 7 mars 2015|Catégories: Audiovisuel, Festivals|Mots-clés: , |

Pierre Lhomme, directeur de la photographie et invité d’honneur de la 9e édition du festival Zoom Arrière (6–14 mars 2015)

Les films et la couleur : une idylle mouvementée mais souvent fructueuse par Pierre Lhomme

En s’appuyant sur la dernière bobine de Cyrano de Bergerac et de la première de Camille Claudel, deux films pour lesquels il a remporté le César de la meilleure photographie, Pierre Lhomme nous éclairera sur les questions – techniques, esthétiques et historiques – liées à la couleur.

Le 7 mars 2015 à la Cinémathèque de Toulouse dans le cadre du 9e festival Zoom Arrière.
Captation : Carmen Grimaud

Source : Cinémathèque de Toulouse