Non classé

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15 10/2022

Sur la voie Royale d’Elfriede Jelinek | L’humanité 14-10-22

samedi 15 octobre 2022|Catégories: Non classé|Mots-clés: |

 

Trump, caricature effrayante dont on sait le nom

THÉÂTRE « Sur la voie royale » de l’Autrichienne Elfriede Jelinek, offre à Christèle Tual un magnifique rôle sans mesure, dans la mise épurée en scène signée Ludovic Lagarde.

Publié le Vendredi 14 Octobre 2022

Gérald Rossi

Elle ne quittera quasiment pas la chaise qui occupe le centre du plateau, devant un demi-mur blanc, comme une coulisse volontairement mal placée. Pendant une heure et demie, la comédienne Christèle Tual ne quittera pas non plus la parole. Celle de l’autrice Autrichienne Elfriede Jelinek (Nobel de littérature en 2004), au verbe qui roule souvent comme un fleuve en furie, à d’autres moments comme des ruisseaux de montagnes coléreuses. « Le texte n’a de sens que dans ses multiples interprétations, ses énigmes, visions, métamorphoses ou révélations » prévient la notice de présentation. Et sans un parti pris de fureur et de sagesse mélangées, il pourrait être, si l’on pousse à l’extrême, un inintelligible galimatias. Il n’en est rien, et de loin.

Elfriede Jelinek a écrit « Sur la voie royale », ici traduit de l’Allemand par Magali Jourdan et Mathilde Sobottke, au lendemain de l’élection de Donald Trump à la présidence des États Unis. C’était hier mais déjà du passé. Le propos, lui, demeure actuel. L’extravagant et effrayant président n’est jamais nommé, mais la chevelure comme quelques prises de position ne font pas douter. Jelinek ne raconte pas l’histoire de la démocratie, ni celle du monde, ni celle des USA, mais, pour en parler quand même, elle convoque Piggy la cochonne, Freud, Heidegger, ou encore Œdipe. La création musicale de Wolfgang Mitterer soutient le propos, mieux, en épouse les contours.

Personnage muet, mais indispensable, l’habilleuse, coiffeuse, maquilleuse… (bravo Pauline Legros dans ce rôle ingrat), ne cesse, pendant tout le spectacle, de transformer Christèle Tual, qui rajeunit, vieillit, effraie à défaut d’attendrir, tout en portant haut cette colère féminine. La dénonciation est constante. Sexisme, racisme, peur de l’autre, perte des repères, naufrage de la démocratie trouble, capitalisme régnant sur l’univers, et l’on en passe, sont crachés. Sans que l’on en perde une miette, tant la qualité de l’interprétation est constante.

Et cette demi-immobilité ne donne que plus de force à cet ensemble pourtant hétéroclite. Et qui peut même désorienter. La dernière réplique « Ne soyez pas fâché contre moi et évitez de m’écouter ! » en est une illustration trompeuse. Un peu plus tôt, Jelinek écrit : « Nous n’avons plus rien à dire, c’est notre châtiment et votre joie. Vous êtes contents, hein ? Notre époque s’arrête ici, le stylo est vide depuis longtemps. La vôtre commence ». Pour dire Trump au passé, et un futur trouble…

Jusqu’au 22 octobre, Théâtre14, avenue Marc Sangnier, Paris 14e. Téléphone : 01 45 45 49 77. www.theatre14.fr

15 07/2020

Théâtre 14. Une grande Bouffée de festival | journal Armelle Héliot | 14-07-20

mercredi 15 juillet 2020|Catégories: Non classé, Spectacle Vivant|Mots-clés: |

THÉÂTRE2020-07-14

parArmelle Héliot

Depuis hier, 13 juillet, les directeurs de l’institution parisienne, proposent un choix de spectacles que l’on aurait dû voir à Avignon. Pari réussi ! Le public est là, dans une atmosphère heureuse. C’est ParisOFFestival.

Il faisait beau, très beau. Chaleur et vent léger. Dans Paris, un peu vidé de ses habitants par les vacances et le week-end prolongé du 14 juillet, il y avait du monde du côté de l’avenue Marc Sangnier, du côté de la Porte de Vanves.

Une goutte d'eau_crédits Vincent Bérenger

« Une goutte d’eau dans un nuage ». Des objets miniature et le bruit de la pluie, la mousson, comme une musique. Crédit Vincent Béranger.

Les amateurs de théâtre connaissent le coin ! C’est celui du Théâtre 14. Mathieu Touzé et Edouard Chapot ont succédé à l’entreprenant Emmanuel Dechartre, qui a fait vivre ce lieu près de trente ans durant.

On change de génération et d’inspiration. Les deux jeunes gens ont pris les choses en mains portés par la confiance des tutelles. Des travaux conséquents ont été menés. La salle possède désormais une pente et l’allée centrale a disparu. Le plateau n’a pas changé.

Pour le moment, on pénètre dans les lieux par le jardin, à l’arrière. A la belle saison, c’est plaisant. On verra en hiver, car le métro est assez loin…

Les deux directeurs ont déjà organisé quelques séances destinées au jeune public, il y a quelques semaines, après le déconfinement. Des gestes ponctuels mais fertiles.

Ces temps-ci, c’est donc un véritable festival qui nous est proposé. Et disons-le d’emblée, le public était au rendez-vous, en particulier, évidemment, le soir car les spectateurs travaillent pour la plupart et n’ont pas tous la possibilité de consacrer des journées entières au théâtre.

Avec beaucoup d’intelligence, les directeurs et leur équipe, ont décidé d’un autre lieu, le gymnase Auguste-Renoir. A une certaine distance, mais il permet de franchir le boulevard des Maréchaux et de faire signe aux habitants des immeubles qui ne sauraient pas qu’un théâtre palpite non loin d’eux. Et on trouve facilement le chemin…Entre les deux lieux, une rue rendue piétonne, la rue Prévost-Paradol, est dévolue à un espace de repos et de pause, avec chaises longues élégantes et confortables, restauration légère avec même, venue tout exprès du Vaucluse, une cargaison de « Pac » ou mieux nommé « Pac à l’eau », le sirop de citron du sud, boisson des festivaliers d’Avignon !

Il s’agit en effet de donner leur chance à certains spectacles d’Avignon, que l’on aurait dû applaudir dans le off. De bonnes adresses telles le Train bleu, Artéphile, l’Oulle, le Théâtre Transversal, le Théâtre des Brunes (on connaît moins bien ces deux derniers).

Quinze spectacles programmés du 13 au 18 juillet, selon un calendrier qui permet des parcours divers. Pour monter ce festival, les directeurs ont convaincu d’autres soutiens :  l’Adami, l’Onda, la Ville de Paris, la SACD, notamment.

Les artistes, jeunes eux aussi, peuvent donc présenter leurs spectacles dans d’excellentes conditions. Mais évidemment avec de raisonnables distances dans les salles et des masques pour la plupart des spectateurs.

Dans la salle « historique » nous avons découvert Une goutte d’eau dans un nuage d’Eloïse Mercier. Un moment assez fragile, mais conçu comme tel par la jeune auteure et interprète soutenue par Charles Berling, directeur du Théâtre Liberté à Toulon. Elle s’est inspirée d’un séjour qu’elle a fait au Vietnam. Elle s’inscrit dans la lumière de Marguerite Duras, tresse des liens de l’histoire qu’elle nous raconte jusqu’à L’Amant, notamment.

Un travail soigné sur le son, le bruit, les voix, un enveloppement intéressant. Vincent Bérenger, conception avec Eloïse Mercier et Charlie Maurin, arrangements et mixage, sont précis et éloquents dans ce travail.

Mais la représentation que nous avons vue manquait un peu de densité. Le texte mériterait d’être travaillé encore. Plus tendu, il serait plus fort. Eloïse Mercier se met elle-même en scène. Elle est précautionneuse, protégée par son micro sur pied ou manipulant des objets. Ce travail minimaliste est dangereux : il alourdit le spectacle au lieu de l’aérer.

Défaut de jeunesse. Il est toujours plaisant de découvrir des jeunes qui se lancent sur scène et font du théâtre leur pays…

Ultra Girl_crédit Julien Benhamou«

 Ultra-Girl contre Schopenhauer », des héroïnes très différentes, mais bien accordées….Crédit Julien Benhamou. DR.

 

D’un tout autre genre est le très déjanté Ultra-Girl contre Schopenhauer. L’auteur et metteur en scène, Cédric Rouillat, est photographe. Ce spectacle est le premier qu’il ait signé, mais ce moment de folie enjouée a déjà été présenté il y a quelque temps dans la programmation du Théâtre des Célestins de Lyon, mais hors murs du théâtre, au Point du Jour.

On est au début des années 80 dans un studio décoré à la mode des années 70, avec un papier peint assez kitsch. Une scénographie de Caroline Oriot et Guillaume Ponroy. Trois protagonistes. Edwige, la très belle Sahra Daugreilh, traductrice qui travaille pour un éditeur de bandes dessinées et qui sa vie durant a été obsédée par les héroïnes telle celle qui va surgir et bousculer son calme présent. Sanglée dans une combinaison moulante qui évoque le drapeau américain, cuissardes rouges, Laure Giappiconi, longs chevaux bruns et lisses de parfaite créature de fiction, est donc Ultra-Girl ! Entre les deux fausses jumelles, David Bescond interprète avec finesse tous les rôles masculins : un voisin, un prof, un plombier, etc.

 

Un peu de flottement dans l’écriture rend le spectacle parfois plus pesant qu’il n’est en réalité. Il y a beaucoup de références et il faut très bien connaître ses classiques hollywoodiens et son jazz pour comprendre toutes les allusions. Mais cela fonctionne par-delà l’exacte signification car le jeu est survolté et les « personnages » rendus très attachants par les interprètes. Les filles sont superbes et fines et le garçon très subtil ! Plaisir du jeu tenu par un trio irrésistible ! Cela chante, cela danse, on s’envole sur les morceaux en playback, on incarne de toutes ses fibres, voix bien placées et humour ! Bref, du théâtre.

« Une goutte d’eau dans un nuage » sera repris à Châteauvallon les 6 et7 octobre 2020, puis dans le cadre de « l’itinérance » de cette scène nationale également dirigée par Charles Berling. Au centre culturel de Porrentruy, en Suisse, les 3 et 4 décembre et le 20 avril 2021 au Théâtre du Rocher, à La Garde. Autres dates certainement à venir. Durée : 1h10.

« Ultra-Girl contre Schopenhauer » : on vous recommande la bande-annonce très sophistiquée de cet objet théâtral bousculé ! Durée : 1h15.

Renseignements sur le festival « Paris OFFestival » au 01 45 45 49 77.

www.Lejournaldarmellehéliot.com