Spectacle Vivant

­
8 03/2017

L’aventure ethnologique sur un plateau – Libération

mercredi 8 mars 2017|Catégories: Spectacle Vivant|Mots-clés: |

Source : L’aventure ethnologique sur un plateau – Libération

 

L’aventure ethnologique sur un plateau

Faire de la scène un nouveau «terrain» d’expérience comme l’est celui de l’ethnologue à chaque immersion : c’est cette envie qui a nourri la rencontre entre Macha Makeïeff, auteure et metteuse en scène, directrice du théâtre de La Criée à Marseille, et Philippe Geslin, ethnologue fondateur de l’anthropotechnologie, qui partage le quotidien de certains peuples depuis plus de vingt ans. Cette «longue conversation» a donné naissance à une conférence spectacle déclinée en trois volets d’après trois terrains de prédilection de Philippe Geslin : les Inuits du Groënland, les Soussou de Guinée et les Massaï du Kenya et de Tanzanie.

«Nous sommes partis de ses carnets et leur avons accolé le rythme de la dramaturgie, explique Macha Makeïeff. L’ethnologue produit un discours scientifique très habité, au-delà du savoir purement intellectuel.» D’où l’évidence de faire monter sur les planches Philippe Geslin pour jouer les textes.

Un plateau «rond comme une planète», avec un écran en toile de fond qui fait défiler des photos du chercheur, des documents d’archives, mais aussi des images «de fiction et de fantaisie» : la scénographie dépouillée vise bien à «montrer le corps de celui qui va là-bas», explique Macha Makeïeff, afin de rendre accessible au plus grand nombre «l’émotion première» ressentie face à ces «sociétés raffinées extrêmement résistantes». «C’est un voyage d’une heure très sonore et très visuel, une déambulation que l’on ressent plus qu’on ne la comprend», suggère l’auteure. Tel un éloge impressionniste de l’ailleurs.

Création théâtrale «les Ames offensées», de Macha Makeïeff et Philippe Geslin, en trois volets, (samedi 11 et dimanche 12 mars)

Maïté Darnault

 

 

8 03/2017

Irina Brook : « J’essaie de faire un théâtre lanceur d’alerte » …

mercredi 8 mars 2017|Catégories: Spectacle Vivant|Mots-clés: |

Irina Brook : « J’essaie de faire un théâtre lanceur d’alerte »Par Laetitia Cénac | Le 08 mars 2017

Irina Brook, directrice du théâtre National de Nice depuis trois ans défend la responsabilité éthique du théâtre, et son rôle dans nos vies quotidiennes, notamment celles des femmes.

Fille du metteur en scène Peter Brook et de l’actrice Natasha Parry, Irina Brook a le théâtre en héritage. Comédienne dans une vie antérieure, elle multiplie les mises en scène depuis le milieu des années 1990. Elle est, depuis janvier 2014, à la tête du Théâtre National de Nice, une scène qu’elle veut ouverte sur le monde.>> Notre dossier sur la Journée internationale des droits des femmes »Une aventure éco-théâtrale »«J’essaie de faire un théâtre lanceur d’alerte. En dépit de la crise mondiale que nous traversons, il existe encore quelque chose d’unique, un baume pour les plaies, une inspiration pour les cœurs, un éveilleur de consciences, qui nous ramène à notre essence : le théâtre. Je peux reprendre la formule de Macha Makeïeff, directrice de la Criée à Marseille, quand elle dit : « Présidente de la République, le théâtre figurerait dans le top trois de mes priorités ». Il y a deux ans, j’ai inauguré une aventure éco-théâtrale sous la forme d’un festivalRéveillons-nous qui célèbre la vie, l’humain, le positif. C’était au moment de la Cop 21. J’ai eu une prise de conscience aiguë des dangers qui menacent notre planète : pesticides, OGM, ondes électromagnétiques etc. J’ai écouté Pierre Rabhi, Coline Serreau, Cyril Dion etc. Il n’y a pas pire ignorant que celui qui ne veut pas savoir. »Shakespeare transforme les gens » On devrait tous pratiquer le théâtre comme un exercice : pour être ensemble, pour s’ouvrir à l’autre, pour découvrir son corpsJ’ai passé commande à l’auteur de théâtre contemporain Stefano Massini d’une pièce autour de ces questions. Terre noire (1) condamne le scandale du pillage des terres par les multinationales agroalimentaires et nous renvoie l’image d’un monde en péril où l’humanité perd sa place face au pouvoir de l’argent. Pas de pathos dans cette pièce, c’est moi qui ai rajouté de l’émotionnel dans la mise en scène pour toucher le cœur des hommes. Autre spectacle engagé dans ma programmation, Lampedusa Beach (2) de Lina Prosa. Soit l’odyssée d’une réfugiée qui se noie en traversant la mer. Un monologue poétique, pas du tout dans la veine documentaire, interprété par Romane Bohringer. Les gens sortent profondément marqués de ce spectacle.Je souhaite un théâtre ouvert sur l’horizon avec des textes porte-parole de ce qu’on à dire. Ces trente dernières années le théâtre était devenu un divertissement. Mais avec la crise, il revient à ses fondamentaux, un service public, quelque chose d’essentiel. On devrait tous pratiquer le théâtre comme un exercice : pour être ensemble, pour s’ouvrir à l’autre, pour découvrir son corps… Les entreprises américaines qui proposent des cours de yoga ou de théâtre à leurs employés le savent bien. Plus rien n’est pareil au bout d’une heure de jeu. Les êtres humains se touchent au lieu d’être crispés sur leurs vies. Aux États-Unis, on envoie dans les prisons des professeurs shakespeariens. Chez Shakespeare, les situations sont intemporelles et les plus grands criminels ont une profondeur. Dans chaque parole, L’humanité est là. Son langage est guérisseur. Je crois au pouvoir de Shakespeare qui transforme les gens. Et je crois plus généralement, comme Jean Vilar, que le théâtre est une nourriture aussi essentielle que le pain et le vin».(1) Terre noire, de Stefano Massini, à Marseille à La Criée les 9 et 11 mars. À l’Yzeurespace, Yzeure, le 14 mars. Les 23 et 24 mars au centre culturel Il Funaro, à Pistoia, Italie.(2) Lampedusa Beach, de Lina Prosa, le 8 mars au Théâtre Liberté à Toulon, le 17 mars au théâtre la Colonne à Miramas.

Source : Irina Brook : « J’essaie de faire un théâtre lanceur d’alerte » …

28 02/2017

Le Figaro Premium – Marc Zinga, le discret

mardi 28 février 2017|Catégories: Spectacle Vivant|Mots-clés: |

Marc Zinga.
Marc Zinga. – Crédits photo : MF/ABACA

Source : Le Figaro Premium – Marc Zinga, le discret

 

PORTRAIT – Comédien, chanteur, d’Aimé Césaire à James Bond, du théâtre au cinéma, en passant par la télévision, son talent s’impose.

Afrique! Aide-moi à rentrer, porte-moi comme un vieil enfant dans tes bras.» Ainsi parle le souverain défait à la fin de La Tragédie du roi Chistophed’Aimé Césaire. Et si l’action se passe à Haïti, c’est bien aussi du continent noir qu’il est question dans cette pièce. L’un des chefs-d’œuvre de la littérature d’expression française du XXe siècle dans lequel joue Marc Zinga, sur la scène du Théâtre des Gémeaux, à Sceaux. Le spectacle, mis en scène par Christian Schiaretti, a été créé au Théâtre national populaire (TNP) de Villeurbanne. Sur le plateau, plus de quarante comédiens, musiciens, chanteurs, pour la plupart venus d’Afrique ou originaires d’Afrique.

«Vers 16-17 ans, j’ai réfléchi. J’avais peur, en devenant acteur, d’être cantonné dans des rôles peu intéressants»

Marc Zinga

Comme Marc Zinga, trente-deux ans, né au Zaïre (devenu République démocratique du Congo), de nationalité belge. Un comédien exceptionnel déjà applaudi dans une autre grande œuvre d’Aimé Césaire, Une saison au Congo. «Je mesure la chance que j’ai. Mes premiers pas au théâtre, en France, se sont faits au TNP, entouré d’une troupe formidable, dirigé par un metteur en scène qui est une des personnalités qui compte le plus pour moi, et pour servir des œuvres composées dans une langue magnifique et qui ont à voir avec l’Afrique.» Il garde de cette Afrique où il est né, et a vécu jusqu’à cinq ans, des souvenirs émus. Évoque «ces heures passées dehors, le grand air, les nuits autour du feu à chasser les sauterelles avec les copains», mais aussi «la chaleur de la famille et des tombées de la nuit comme il n’y en a pas en Europe.» «J’avais déjà envie de raconter des histoires, tout m’était bon», dit-il. Profession griot, en quelque sorte, le jeune Marc qui aimait déjà voir, raconter. Et ses premiers souvenirs de Belgique? «Nous avons d’abord vécu à Ostende. La mer du Nord, grise, le vent, l’air très vif… C’était un véritable changement», glisse-t-il en souriant et en précisant être resté «très proche de la famille de Wilhelm Vermandere, un artiste multidisciplinaire», auteur-compositeur-interprète flamand qui est aussi connu pour son travail de sculpteur. «Je fréquentais beaucoup son atelier près de Furnes, j’étais fasciné par son établi de musicien-plasticien… Cela m’a influencé profondément. Il y a une atmosphère particulière, à Ostende. Dans mes souvenirs, il y a aussi Arno, que j’avais croisé sans me rendre compte de sa notoriété…»

Curiosités plurielles

Mais c’est en arrivant à Bruxelles, où il vit toujours, que Marc Zinga se rapproche de ce qui devait être sa voie. Il suit les cours d’un conservatoire de quartier. «Une académie» comme on dit là-bas et il a alors la révélation profonde du théâtre grâce à des «professeurs remarquables, comme Philippe Van Latthen.» Autre personnalité déterminante, Christine De Spot. Il découvre Ghelderode grâce à elle.

«Quand la directrice du casting m’a vu, me scannant, littéralement, elle m’a dit : ‘tu pourrais passer l’audition pour Mobutu’»

«Cette langue, cet univers, m’a profondément impressionné», avoue cet amoureux du style. Il ne se contente pas de cela et suit aussi de très rigoureux cours individuels de diction auprès de Christian Labo. Mais Marc Zinga, avec beaucoup de sagacité, s’interroge. «Vers 16-17 ans, j’ai réfléchi. J’avais peur, en devenant acteur, d’être cantonné dans des rôles peu intéressants.» Il entre alors dans une école de cinéma, l’IAD de Louvain-la-Neuve, où il apprend, deux ans durant, à faire des films. Tourner, monter, diriger, tout l’intéresse. Mais c’est la musique qui va l’emporter. Il pratique la guitare en amateur et rencontre «un guitariste de génie». Il se fond alors dans un groupe, The Peas Project, de 2001 à 2011. «Nous étions neuf, dans une cave, à faire du funk mais aussi du classique, du jazz, du rap, du rock, du folk!» Ils enregistrent plusieurs disques avant une dissolution réfléchie. Marc Zinga est désormais libre pour le cinéma et le théâtre.

Plus que les films qu’il a tournés, cet homme à l’intelligence vive, à la culture profonde, aux curiosités plurielles, évoque son chemin selon les rencontres qu’il a pu faire. Pour le théâtre, donc, Schiaretti. Auparavant, il avait eu quelques expériences. Pour Mister Bob, il s’était présenté à un casting, à Paris, cherchant des comédiens d’origine africaine «Quand la directrice du casting m’a vu, me scannant, littéralement, elle m’a dit: “Tu pourrais passer l’audition pour Mobutu”. J’ai fait celui qui n’était en rien impressionné… J’ai fait un bout d’essai et Thomas Vincent m’a engagé. J’étais sur un nuage, lorsque je suis rentré à Bruxelles. Le tournage s’est déroulé en Afrique du Sud. Clovis Cornillac a été formidable de douceur, de finesse, de professionnalisme.» Cela lui a ouvert les portes de la télévision, notamment avec la série Engrenages.

Côté cinéma, où il est désormais bien connu, il cite Benoît Mariage pour Les Rayures du zèbre. Avec Abd Al Malik, c’est un frère qu’il trouve. Il le choisit pour incarner son propre «personnage» dans le film qu’il tire de son beau livre Qu’Allah bénisse la France. «Dès la poignée de mains, j’ai senti la sagesse et l’amour en cet homme. Ce fut une rencontre poignante, fulgurante, lumineuse. Nous avons cimenté, par le travail, une véritable fraternité.» Pour tous les deux, le film marque un palier: leur entrée dans le monde du cinéma français, et la chance d’être nommé pour les César. Ensuite, c’est Sam Mendès, qui l’engage pour un James Bond 007, Spectre avec Daniel Craig. Il joue le lieutenant du méchant! Une vraie composition pour cet homme fin et très doux, discret et pudique et qui voit bien au-delà des apparences, comme les grands griots de sa belle Afrique. Juste avant de jouer à Villeurbanne, il a tourné un nouveau film, Nos patriotes, de Gabriel LeBomin, qui raconte la vie de Mamadou Addi-bah, un tirailleur qui a sauvé beaucoup de monde pendant la guerre. Une belle histoire comme Marc Zinga aime en raconter, une façon de jeter un pont entre Afrique et Europe, ce qu’il fait au quotidien.


BIO EXPRESS

1984 Naissance au Zaïre.

1989 Arrive à Ostende (Belgique).

2003-2011 Chanteur du groupe de funk The Peas Project.

2011 Joue Mobutu dans le film Mister Bob.

2014 Joue dans Qu’Allah bénisse la France.

2015 Joue Lumumba dans Une saison au Congo d’Aimé Césaire.

2017 Au théâtre dans La Tragédie du roi Christophe et tourne Nos patriotes.

21 02/2017

Spectacle vivant. « Un capital culturel pour faire société » | L’Humanité

mardi 21 février 2017|Catégories: Spectacle Vivant|Mots-clés: |

Le Festival jeune et très jeune public, qui se tiendra du 24 février au 7 mars à Gennevilliers, a pour vocation d’éveiller la sensibilité ­artistique des tout-petits.

Source : Spectacle vivant. « Un capital culturel pour faire société » | L’Humanité

La programmation du Festival jeune et très jeune public est foisonnante (35 spectacles, dont 24 créations) et s’adresse aux enfants dès… leur naissance ! Des petites formes – visuelles, gestuelles et musicales –
sont en effet adaptées aux bébés accueillis à la crèche. Car à Gennevilliers les artistes viennent jouer leurs
spectacles dans les lieux de vie et d’éducation des enfants : crèches, écoles maternelles, médiathèques, conservatoire… Cette démarche s’inscrit dans le cadre du passeport d’éveil culturel mis en place par la
municipalité de Gennevilliers. Pour Patrice Leclerc, maire PCF de la ville, il s’agit de permettre aux enfants d’acquérir un « capital culturel indispensable pour faire société et comprendre le monde qui les entoure ». Cette volonté d’éveiller la sensibilité artistique des tout-petits et d’impliquer les parents se traduit par une politique tarifaire très accessible, avec un tarif unique à 3,50 euros pour les séances tout public.
« Un mini-Avignon »
Le festival, coorganisé par la ville et l’association Enfance et Musique, est également l’occasion d’un grand rassemblement pour les professionnels du spectacle jeune public. Programmateurs et artistes se retrouvent
pour échanger, réfléchir et, dans le meilleur des cas, faire affaire. Le festival est avant tout une vitrine :
la majorité des artistes programmés ne sont pas payés. Les compagnies offrent leurs représentations et jouissent en échange d’une précieuse visibilité. Lors de la dernière édition, plus de mille professionnels se sont
déplacés. Mais, au-delà des opportunités de contrats, nombreux sont les artistes qui vivent leur participation
au festival comme un engagement et une joie. C’est le cas de Béatrice Maillet, conteuse et musicienne,
membre de la compagnie Du Bazar au Terminus, qui présente le spectacle Tourne le monde. Pour elle, le
festival de Gennevilliers est « un mini-Avignon pour les spectacles de la petite enfance. Tout le monde accepte
de jouer le jeu car cela permet de rencontrer les programmateurs, mais aussi de voir les artistes, de se confronter aux esthétiques des autres ».
Que les enfants voient de belles choses
La petite galaxie du spectacle jeune public est peuplée d’irréductibles militants. Béatrice Maillet envisage son
travail comme une manière de contribuer à « réparer les inégalités face à la culture » et d’oeuvrer à « la rencontre avec des belles choses, pour des enfants qui n’en voient pas beaucoup ». Selon l’Observatoire de
la précarité et du mal-logement dans les Hauts-de-Seine (OPML92), 41 % des enfants gennevillois vivaient dans un foyer à bas revenus en 2015. Mais c’est pourtant là, dans les grises villes de la banlieue rouge, que
se construisent les politiques culturelles les plus ambitieuses à l’égard de la jeunesse. Entre la Saison jeune public de Nanterre, les festivals Rêveurs éveillés à Sevran, 1.9.3 Soleil en Seine-Saint-Denis et Premières
rencontres dans le Val-d’Oise, les villes et départements d’Île-de-France s’engagent pour le jeune public. Car c’est dans l’oeuf qu’il faut contrer les déterminismes, cultiver l’écoute, éveiller la curiosité, aiguiser le goût d’apprendre et de connaître.
Pour relever ces défis en douceur, le festival de Gennevilliers a plus d’un tour dans son sac : ballades musicales et poétiques, historiettes, théâtre-ciné-marionnettique et même « chant et claquettes dans l’univers de Dick Annegarn »… de quoi séduire aussi les (grands-)parents !
http://spectacles.enfancemusique.asso.fr/festival2017/
Tous droits réservés à l’éditeur FESTIVALJEUNE 289396447
Date : 20/02/2017
Heure : 09:42:15
Journaliste : Julie Briand
www.humanite.fr

 

 

5 02/2017

Le Figaro Premium – Aimé Césaire, le chant profond d’Haïti

dimanche 5 février 2017|Catégories: Spectacle Vivant|Mots-clés: |

La Tragédie du roi Christophe, l'une des plus grandes pièces de la littérature française du XXe siècle.La Tragédie du roi Christophe, l’une des plus grandes pièces de la littérature française du XXe siècle. – Crédit photo : Michel Cavalca

Source : Le Figaro Premium – Aimé Césaire, le chant profond d’Haïti

Christian Schiaretti fait de La Tragédie du roi Christophe un opéra envoûtant. Trente-sept interprètes, dont l’exceptionnel Marc Zinga.

Est-ce la Caraïbe? Est-ce l’Afrique? Est-ce le monde? L’immense plateau du Théâtre national populaire (TNP) de Villeurbanne est vide, le sol est couleur terre. Au fond, une longue baraque ouverte sur la scène. Elle abritera les quatre musiciens et parfois la chanteuse qui, près de trois heures durant, accompagnent la représentation de La Tragédie du roi Christophe, l’une des plus grandes pièces de la littérature française du XXe siècle.

Publiée en 1963, créée dès l’année suivante par Jean-Marie Serreau, elle a fait depuis l’objet de mises en scène puissantes, telle celle de Jacques Nichet, en 1996. Antoine Vitez la fit entrer au répertoire de la Comédie-Française. Christian Schiaretti inscrit ce grand travail dans le droit fil de celui qu’il a consacré à Une saison au Congo, du même écrivain, en 2013.

Un même esprit, une ampleur, une audace

On retrouve d’ailleurs un même esprit, une ampleur, une audace, un sens du choral et de l’héroïsme. On retrouve une partie des artistes qui portaient, de toute leur vitalité, l’histoire de Patrice Lumumba. Ils sont près de quarante, venus de France, de Belgique, d’Afrique et notamment de Ouagadougou avec le collectif Béneeré. Acteurs rompus à la langue flamboyante d’Aimé Césaire et investis de toute leur énergie dans cette épopée qui finit mal. Histoire d’échec, histoire du basculement d’un idéaliste lucide dans la dictature. Histoire qui fait réfléchir.

Le 1er janvier 1804, Haïti devient la première république noire au monde. Dessalines, qui a mené la guerre de libération, est assassiné en 1806 quand débute l’action, combat pour le pouvoir qui oppose Alexandre Pétion et Henri Christophe. Ce dernier, ancien esclave, choisit de créer un royaume au nord de l’île. Il veut mettre au travail son peuple libre. Ce n’est que le début d’un long glissement tragique qui fracasse les espérances et les êtres.

Première république noire

Nous reparlerons de ce grand opéra qui, par-delà la Caraïbe, nous parle de l’Afrique. Marc Zinga avait incarné avec une puissance et une intelligence rayonnante Lumumba. Il est Christophe. Un héros shakespearien que le comédien, star du cinéma, porte avec une humanité et une intelligence bouleversantes. Aussi fin qu’impressionnant.

TNP-Villeurbanne (69) jusqu’au 12 février (tél.: 04.78.03.30.00). Les Gémeaux de Sceaux (92) du 22 février au 12 mars (tél.: 01.46.61.36.67). L’Avant-scène théâtre éditeur (14 €).

5 02/2017

Irina Brook, l’engagée, Les Echos Week-end

dimanche 5 février 2017|Catégories: Spectacle Vivant|Mots-clés: |

Source : Irina Brook, l’engagée, Les Echos Week-end

photo : BRUNO BEBERT

Théâtre : Faire « un théâtre ouvert sur l’horizon ». Pour servir cette vaste ambition, qu’elle s’est fixée depuis qu’elle a pris la direction du Théâtre national de Nice (TNN) il y a plus de trois ans, Irina Brook s’appuie avant tout sur les textes. L’essentiel, souligne- t-elle, est d’en trouver « qui racontent ce qu’on veut raconter, qui soient des porte-paroles de ce qu’on a à dire ». Et peu importe que leurs auteurs soient connus ou pas. Côté « classiques », les spectateurs peuvent, jusqu’à ce week-end, se confronter à Shakespeare, dans le cadre d’un festival qui aura duré trois semaines en tout. Le Songe d’une nuit d’été revisité et réinterprété par des collégiens et lycéens, Le Conte d’hiver sublimé par la merveilleuse troupe « so british » du metteur en scène londonien (né de parents irlandais) Declan Donnellan… « Il y a tout dans Shakespeare », s’exclame Irina Brook, regrettant toutefois qu’en France il « reste un auteur anglais et ne soit pas devenu « notre » auteur, comme très souvent dans les autres pays ».

Responsabilité éthique

En programmant également des auteurs plus contemporains que Shakespeare, Dostoïevski ou Cervantès, la directrice du TNN s’inscrit tout autant dans ce qu’elle tient pour « la responsabilité civique et éthique » du théâtre. Nombreux sont les thèmes majeurs qu’elle souhaite ainsi partager, ou autour desquels elle tente de rassembler : l’environnement, la liberté, les droits de l’homme, « les vilenies du monde »… Les migrations, aussi, dont il est question dans Lampedusa Beach, de l’Italienne Lina Prosa. Écrit dans une langue crue mais d’« une poésie à la fois contemporaine et épique », selon les mots d’Irina Brook, ce monologue de 2004 reste d’une actualité brûlante. Et tire aussi sa force de l’interprétation puissante de Romane Bohringer. En mars, pendant que la comédienne sera en tournée, Lampedusa et les migrants seront de nouveau à l’affiche au TNN avec Esperanza, de l’écrivain algérien Aziz Chouaki.

Lorsqu’elle n’était encore « que » metteure en scène et directrice de compagnie, la fille de Peter Brook et de l’actrice Natasha Parry venait régulièrement se produire à Nice, figurant depuis parmi ses « très très bons souvenirs ». Pour celle qui se rêvait révolutionnaire quand elle était petite, ouvrir l’horizon passe aussi par une plus grande proximité avec le public. Conférences, débats, projections, stages pour ados, visite des coulisses, ateliers pour enfants… les occasions ne manquent pas, tout au long de la saison, pour toucher le plus de monde possible.

Théâtre National de Nice. Programme et réservations : www.tnn.fr ou 04 93 13 90 90.

Marianne Bliman

 

2 02/2017

Georgia Scalliet, femme quantique – Culture / Next

jeudi 2 février 2017|Catégories: Spectacle Vivant|Mots-clés: |

Photo Roberto Frankenberg pour Libération

Source : Georgia Scalliet, femme quantique – Culture / Next

 

Remarquée dans «le Temps et la Chambre», la jeune sociétaire de la Comédie-Française y incarne une femme multiple et fragmentée.

Elle a 30 ans, douze cheveux blancs. Se sent plus détachée en ce moment. Et recule subitement au fond de sa chaise en regardant ses bras ballants comme si un type venait d’entrer dans la pièce et de la délivrer à l’instant. On est au troisième étage du Théâtre de la Colline. Dans un bureau tout ce qu’il y a de plus blanc, autour d’une table de réunion tout ce qu’il y a de plus lisse. L’entretien n’a pas commencé depuis cinq minutes, mais c’est déjà l’illustration vivante de cette phrase de Botho Strauss : «Pas de lien, pas de position, pas de point de départ. Rien qu’une excitabilité en déplacement. La crise est permanente.» De grands yeux éblouis, solaire dedans, lunaire autour ou vice-versa. Il faut suivre, la beauté est plus canaille, les traits infiniment plus expressifs que ce que laissait supposer la plastique un peu froide des photographies. Le genre blue jean, derby, «et merde, j’avais mis du mascara» en se frottant les cils. Presque pas de maquillage, et elle a dû enfiler ce haut rose à paillettes à la dernière minute.

Georgia Scalliet est à l’affiche dans la pièce du dramaturge allemand, le Temps et la Chambre (1). Elle incarne, avec une intensité hypnotique, une multiplicité de femmes, enchaînant des relations à géométrie variable, le tout dans une forme prodigieusement fragmentaire. Marie Steuber est moins un personnage qu’une figure, la femme éternelle, la fraîcheur, même sous bêtabloquants. Traversée vertigineuse dont elle ressort pourtant plus forte, plus calme, plus dépouillée : «On touche tout de suite à l’inconscient avec cette écriture. Je me suis sentie très libre. Sa parole est tellement brute que ça m’a donné une grande confiance dans cette énergie primaire qu’on a tous en soi.» Pour le metteur en scène Alain Françon, l’ange tutélaire qui l’a propulsée directement de l’Ecole nationale supérieure des arts et techniques du théâtre (Ensatt) à la Comédie-Française en lui offrant le rôle d’Irina dans les Trois Sœurs, qui lui vaut le Molière du jeune talent féminin en 2011, «il y a chez Georgia cette alliance très rare entre la gravité et la légèreté. Ce n’est pas une histoire de distanciation brechtienne. Cette Marie Steuber, elle l’incarne totalement, mais elle la conduit comme si elle était devant elle». Elle n’est pas féministe au sens militant, mais insiste sur le fait que hormis Anne Kessler et Valeria Bruni Tedeschi, elle n’a jamais été dirigée que par des hommes, même à l’Ensatt. Exceptions faites de Clément Hervieu-Léger et Alain Françon, «qui savent lire une femme avec une grande finesse, il faut toujours avec les autres se débrouiller seule pour ne pas tomber dans le cliché. On a l’impression qu’ils sont complètement démunis, ou craintifs, ce qui rend le travail beaucoup moins riche».

En revanche, elle sort de ses gonds dès qu’il est question de maternité, sa fille Jane a 15 mois. Elle s’est sentie «disqualifiée», et a très mal vécu cette «inégalité physique», dès l’instant où elle a compris que son compagnon – un comédien dont elle taira le nom – n’allait pas, comme elle, devoir renoncer à quantité de projets. Probablement une grande jalouse par ailleurs mais, c’est une différence de taille, elle en parle avec autodérision. Depuis le début, elle jette d’ailleurs volontiers tous ses défauts en pâture. Elle prétend avoir une concentration de poisson, ne rien retenir et «vous avez vu, j’ai dû demander mon chemin pour aller aux toilettes, une vraie assistée». Ce n’est ni de l’extravagance ni de la fausse modestie. Elle a juste une palette d’intonations extensible, et chaque fois qu’elle répond à une question, elle fait, comme les enfants, tous les personnages à la fois. L’air de rien, ça fait du monde autour d’elle, on n’entre pas comme ça dans son périmètre. Une des trouvailles du Temps et la Chambre, c’est que sa construction s’inspire de la physique, notamment de Prigogine et de sa «structure dissipative». On se demande quand sa vie a commencé à ressembler à cette drôle d’expression. «Oh ! des petits chocs», comme tout le monde, «la mort, tôt…».Et de renchérir aussitôt : «C’est tragique, cette capacité d’adaptation de Marie Steuber. On croit que c’est une force, alors que c’est de l’abnégation. On perd le feu. Résultat : le cœur est mort, la fille est crevée de l’intérieur.»

Cette Bourguignonne a grandi à Dijon. Le père est directeur commercial, la mère, prof d’anglais, est américaine, ce qui lui donne la double nationalité. La conversation dévie inopinément sur les voyages. «C’est mon truc, j’en ai besoin !» Elle prend un de ses airs les plus innocents, elle en a mille à la seconde, scrute en souriant le foulard qu’elle tripote depuis un moment et laisse un blanc. Eh bien, c’était où ce grand périple ? «Je suis partie seule une fois. J’ai fait un burn-out et j’ai passé un mois dans un ashram en Inde.» Elle en revient changée et sa voix retourne instantanément dans les graves. Pourquoi les gens qui font son métier sont abîmés à ce point ? Ça ne va plus de soi, ce dévouement total, il faut sortir de cette fascination pour les têtes brûlées, être moins passionnelle, «de la bonne santé, c’est ce qu’il faut». Ça reste une acharnée de travail. «On peut répéter quarante fois une scène, elle y retourne encore avec la même énergie», raconte Laurent Stocker, fréquent partenaire de jeu.

Le volet sur le monde extérieur est plus court. Elle coche elle-même la case «européenne, moyenne, gâtée, atterrée, démunie». A voté François Hollande aux dernières élections, n’a encore rien décidé pour les prochaines. Ne lit presque jamais les journaux, pense qu’il faudrait en compulser dix par jour pour se faire vraiment un avis. Vit dans le Xe, près du canal Saint-Martin. N’est absolument pas à jour dans ses fiches de paie, sait juste qu’elle est montée jusqu’à 3 400 euros, et que c’est largement suffisant. Des goûts de luxe dissimulés sous ses airs de grande adolescente un peu dégingandée semblent peu probables. Il faut filer dans sa loge, où elle ouvre une brochure pleine de citations et sa boîte à gris-gris, manière de retarder la séance photo derrière la grande scène, elle déteste ça. Y va quand même gentiment, fait le clown, le poirier, parle au petit œil braqué sur elle, qui l’éteint, qui la ferme, «quand il y a une caméra dans la salle, plus rien n’est pareil». Elle éclate de rire quand on lui propose de poser nue. Un rire très long, très doux, une sorte de générosité débordante dans le refus catégorique. Est-ce que quelqu’un ici a vraiment cru qu’elle allait se mettre à poil ? La voilà qui relève brusquement la tête : «Quoique, au point où j’en suis.» Et regarde vaguement dans notre direction : «Vous savez, c’est comme dans la scène où elle dit : « De toute façon, au point où on en est toi et moi ! »» Bien entendu, elle reste sur sa position.

(1) Libération du 27 janvier.


22 juillet 1986 Naissance à Paris. 2011 Molière du jeune talent féminin. Décembre 2016 Sociétaire de la Comédie-Française. 3 février 2017 Dernière de le Temps et la Chambre au Théâtre de la Colline (m.s. Alain Françon).

1 02/2017

[Théâtre] Irina Brook veut faire « voyager ceux qui ne bougent pas » | Arkult

mercredi 1 février 2017|Catégories: Spectacle Vivant|Mots-clés: |

Irina Brook (photo : Martin Bouffard)

Source : [Théâtre] Irina Brook veut faire « voyager ceux qui ne bougent pas » | Arkult

À la tête du Théâtre National de Nice depuis 2014, menant des projets tel que « Réveillons-nous », festival écologiste depuis 2015, dirigeant des mises en scène de textes comme « Terre Noire » ou « ? » de Stefano Massini, « Lampedusa Beach » de Lina Prosa, Irina Brook est l’une des femmes de théâtre à placer très ouvertement le mot « écologie » au cœur de ses projets. Le terme est pris dans sons sens large : humanité, programme social, respect de la nature et donc des êtres. La franchise de son projet va avec l’urgence d’une prise de conscience globale à l’échelle de la planète, un travail au quotidien à sa hauteur.

Irina Brook a régulièrement assumé une conscience écologiste arrivée sur le tard, au fil de lectures. En parallèle de la Cop21, durant la saison 2015-2016, elle lançait « Réveillons-nous », ce festival aux formes multiples qui fait du théâtre un lieu où construire une pensée plus verte, plus à l’écoute du monde qui l’entoure. Durant cette première édition, elle avait accueilli la créations « Les Glaciers grondants », fable de David Lescot, mais aussi l’avant-première du film qui a depuis créé l’événement, « Demain », pour un public curieux et néanmoins nombreux.

Les questions sur les rapports nord/sud transparaissent évidemment dans son travail de metteure en scène, avec « Lampedusa Beach », pièce sur l’émigration tragique d’une africaine pour l’Italie, mais surtout avec « Terre Noire ». Cette pièce de Stefano Massini montre le combat de petits paysans contre la « Earth Corporation » – avatar transparent de Monsanto – afin de pouvoir reprendre le droit de cultiver durablement leurs terres. Dans un très beau décor, où le jeu sur la transparence laisse entrevoir en fond de scène quelques carcasses de machines jonchant des terres souillées, la sagesse simple mais essentielle se laisse entendre. A la question d’un paysan à son fils, « qui travaille le plus à nous nourrir ? », la réponse est l’évidence même : « la terre », et pourtant, on ne la respecte pas. Le couple de paysans est porté par un duo très touchant incarné par Babetida Sadjo et Pitcho Womba Konga, et le combat entre les avocats Romane Bohringer et Hippolyte Girardot ne manque pas de cynisme. Sur des questions capitales, « Terre Noire » est un drame haletant, intense. Certains y verront de la naïveté, nous préférons y voir une fibre positive, un cri d’espoir frontal qu’il faut faire entendre jusqu’à ce que les choses changent.

La metteure en scène a coupé dans le texte de Massini pour donner à la pièce un aspect universel, « cette histoire une parmi des milliers d’histoires similaires ». Afin d’en assumer l’horreur, Irina Brook projette en début de représentation des images des conséquences de la vente des graines stériles de Monsanto aux paysans indiens. 250 000 d’entre eux se sont suicidés quand ils ont pris conscience du piège qui s’était refermé sur eux. On voit les familles, les morts, les bûchers qui les consument….

Brook rêve de voir davantage de spectacles sur cette thématique. En tant que directrice de théâtre, elle dit « recevoir beaucoup de pièces contemporaines et porter de l’intérêt à certaines », tout en regrettant qu’un grand nombre ne parle que de choses qui ne l’intéressent pas : « je ne compte plus le nombre de textes reçus qui parlent, par exemple, de la vie de Modigliani », en d’autres termes, déconnectées de l’actualité.

Car si le théâtre est toujours le miroir de l’humanité, peu de pièces montrent frontalement l’agonie de la nature, selon Irina Brook. Elle dit en « avoir peu trouvées, malgré de nombreuses recherches ». Alors elle attend, espère, qu’un auteur vienne travailler au plateau avec les comédiens et elle sur des idées qu’elle conçoit : « j’aimerais qu’un auteur soit prêt à se lancer dans cette expérience commune ».

Des projets, Irina Brook en a donc quelques-uns, malgré un poste de directrice qui lui paraît parfois éreintant : « il y a quelque mois, j’ai eu envie de tout envoyer balader, mais aujourd’hui, je pense que ce serait vraiment dommage de partir du TNN avant de voir grandir toutes les graines que j’ai semées ». Elle affirme donc vouloir accomplir « au moins » son deuxième mandat, afin de continuer à « faire voyager les gens qui ne bougent pas ».

Hadrien Volle

« Terre Noire » en tournée 2017 :

  • Théâtre des Célestins (Lyon), du 31 janvier au 4 février,
  • Théâtre le Forum (Fréjus), 7 février,
  • Plan les Ouates, 10 février,
  • Théâtre CO2 (Bulle), 17 février,
  • Wolubilis (Bruxelles), 22 février,
  • Théâtre des Sablons (Neuilly sur Seine), 25 février,
  • Théâtre Jacques Coeur (Lattes), 3 mars,
  • La Criée (Marseille), 9 au 11 mars,
  • CC Yzeurespace (Yzeure), 14 mars,
  • Théâtre la Colonne (Miramas), 17 mars,
  • Il Funaro (Pistoia), 23 et 24 mars.
1 02/2017

Théâtre : Césaire en majesté au TNP, Les Echos Week-end

mercredi 1 février 2017|Catégories: Spectacle Vivant|Mots-clés: |

 

Source : Théâtre : Césaire en majesté au TNP, Les Echos Week-end

Théâtre : Césaire en majesté au TNP

Philippe Chevilley / Chef de Service |

 Théâtre : Césaire en majesté au TNP Photo Michel Cavalca

De l’Afrique aux Caraïbes, du Congo à Haïti… Trois ans après « Une saison au Congo », on retrouve Marc Zinga, le collectif Béneeré (du Burkina Faso) et leurs camarades dans « La Tragédie du roi Christophe », l’oeuvre maîtresse d’Aimé Césaire. On est ému de retrouver sur scène une troupe intense de 18 comédiens, 14 figurants, 4 musiciens, mis en scène avec sobriété et tranchant par Christian Schiaretti.

Pourtant la pièce n’est pas facile à aborder. Césaire invente un théâtre total qui, à partir d’un personnage historique – Henri Christophe a régné sur le nord d’Haïti (de 1811 à 1820) quelques années après l’indépendance -, convoque Shakespeare, Claudel, Péguy, pour délivrer un message politique et poétique, humaniste et métaphysique. On pouvait faire confiance au directeur du TNP pour aller droit au texte – nous faire entendre toutes ses vérités douloureuses et ambiguës sur le difficile exercice du pouvoir après l’émancipation – à Haïti comme ailleurs.

Dans un décor circulaire, mêlant le profane et le sacré (la petite scène populaire, où jouent les musiciens est dominée par un orgue majestueux), Schiaretti ordonne des tableaux vifs et stylisés, privilégie les harangues face au public, limite les déplacements à l’essentiel… Du combat de coqs initial à la chute du roi paralysé, en passant par le sacre, il distille avec parcimonie des images fortes, s’effaçant volontiers devant la puissance des mots. Derrière la lutte entre Christophe, l’ancien esclave qui veut bâtir un monde nouveau à marche forcée, et Pétion, le mulâtre républicain qui cherche le compromis avec la France, pointe le surnaturel, l’esprit vaudou, une force tellurique que seul le poète peut exprimer.

Force de la langue

Si, par moments, le spectacle paraît un peu didactique et figé, on est emporté par la force de la langue, l’énergie et la beauté des comédiens. Le duo Marc Zinga (Christophe)-Emmanuel Rotoubam Mbaide (son bouffon Hugonin) fait des miracles – le premier imposant son charisme fiévreux, le second, sa drôlerie désespérée.

Et puis il ne faut pas s’y tromper : Schiaretti et sa troupe nous parlent d’abord de politique : de ce regard noir sur des Blancs qui cultivent l’amnésie, de l’utopie qui ­partout se fait la malle, du pouvoir qui se shoote à la folie. Le dernier acte, où le tyran apparaît sur son fauteuil roulant alors que son bouffon se grime en zombie, apparaît telle la sombre métaphore d’un présent délétère.

 Théâtre : « La Tragédie du roi Christophe » d’Aimé Césaire. MS C. Schiaretti. TNP de Villeurbanne, jusqu’au 12 fév. A Sceaux (Gémeaux) du 22 fév. au 11 mars. 3 heures.

En savoir plus sur http://www.lesechos.fr/week-end/culture/spectacles/0211729879115-cesaire-en-majeste-au-tnp-2061376.php#7vjyEWmXePp5mLp1.99

20 01/2017

Georges Lavaudant ravale l’«Hôtel Feydeau» – Culture / Next

vendredi 20 janvier 2017|Catégories: Spectacle Vivant|Mots-clés: |

Astrid Bas, Gilles Arbona et Manuel Le Lièvre. Photo Thierry Depagne

Le metteur en scène propose à l’Odéon un réjouissant condensé de cinq courtes pièces du maître du vaudeville.

Source : Georges Lavaudant ravale l’«Hôtel Feydeau» – Culture / Next

Pension bien tenue, Hôtel Feydeau se présente sous la forme de ce qu’on appellera commodément un digest digeste. Cinq pièces du maître du vaudeville y sont redécorées dans des tons vifs (jaune, bleu, orange, rose…, le tout sur fond blanc) par le non moins honorable Georges Lavaudant, dont on subodore qu’il a d’abord voulu (se) faire plaisir, dans un établissement qu’il a dirigé durant onze ans , de 1996 à 2007, et où, entre un Roi Lear et une Mort de Danton, il créa notamment en 2001 Un fil à la patte, du même Feydeau… ici absent du best-of.

On purge bébé, Mais n’te promène donc pas toute nue, Feu la mère de Madame, Léonie est en avance et Cent millions qui tombent sont (à l’exception de la dernière, par ailleurs inachevée) les ultimes pièces en un acte de l’auteur qui, lorsqu’il les écrit, digère mal les déboires conjugaux dans lesquels il aura laissé le peu d’illusions qu’aurait pu lui procurer une vie de couple laminée par l’usure du temps («Tu es mon mari, mais c’est une convention, tandis que mon fils, c’est ma chair, c’est mon sang»). Aussi, c’est avec une jubilation virulente et absurde («Il s’appelle Toto, c’est le diminutif d’Hervé») que le dramaturge sort la sulfateuse – comme aurait écrit Audiard – pour, entre deux intermèdes jazzy ou mambo, faire valser la préséance et clouer au pilori les mille et un faux-semblants de la bourgeoisie.

Pain bénit pour les comédiens – qu’on ne saurait imaginer aiguisant leurs saillies et embardées autrement que dans le plaisir – Hôtel Feydeau régale ainsi à tout va. Voir André Marcon rentrer trempé d’une soirée déguisé en Roi-Soleil («par temps de pluie», ne manque pas de le chambrer sa dulcinée) figurant un plaisir, parmi d’autres, qu’on aurait tort de snober.

Gilles Renault Hôtel Feydeau d’après Georges Feydeau m.s. Georges Lavaudant Théâtre de l’Odéon, 75006. Jusqu’au 12 février. Rens. : www.theatre-odeon.eu/fr