Spectacle Vivant

­
3 07/2017

FESTIVAL ARTE FLAMENCO

lundi 3 juillet 2017|Catégories: Spectacle Vivant|Mots-clés: |

Jeune pousse.

Le Flamenco féministe de Patricia Guerrero.

Par Rosita Boisseau – le Monde Mag Samedi 1 juillet 2017

© Catedral Archivo Bienal. Fotógrafo Óscar Romero 2.

Charme juvénile et force bouillonnante. À 27 ans, Patricia Guerrero, étoile du amenco repérée en 2013 dans le spectacle Flamenco Hoy de Carlos Saura, commence à beaucoup faire parler d’elle. Mais l’Espagnole ne se contente pas d’être le nouvel espoir du genre, elle interroge la place des femmes dans la société. À l’image de Catedral, son nouveau spectacle, à l’a che du festival Arte Flamenco à Mont-de-Marsan le 5 juillet. « On y voit l’évolution d’une femme qui a trop longtemps subi l’oppression et trouve en n la force de sa libération, explique-t- elle. Au départ, le personnage que j’incarne est enfermé dans des dogmes et ne peut même pas danser. » Rude exercice de rete- nue pour une jeune femme convertie au mouvement permanent depuis ses 3 ans, dans sa ville natale de Grenade. « J’y ai été initiée par ma mère, Maria del Carmen Guerrero, également danseuse, qui m’a transmis l’amour pour cet art et m’a ensei- gné mes premiers pas, jusqu’à ce qu’elle réalise que j’avais de réelles aptitudes, pour- suit-elle. J’ai continué avec Stella Arauzo

pour me retrouver dans un tablao [un caba- ret] à 14 ans. » La même année, elle intègre la compagnie de Mario Maya avant d’aller parfaire ses apprentissages à Séville.

En 2005 – à 15 ans seulement –, elle décroche le prix prestigieux du concours d’Ubrique, puis est sacrée «révélation» à la Biennale de Séville en 2012, et crée sa com- pagnie. Parmi les femmes qui comptent actuellement dans le amenco comme Sara Baras, Rafaela Carrasco ou Rocío Molina, Patricia Guerrero se fau le avec grâce et mordant. « Je me sens plus proche d’elles maintenant mais elles restent mes réfé- rences, commente-t-elle. J’ai toujours consi- déré Rocío, par exemple, comme l’une de mes maestras. Mais à chaque fois que je suis programmée dans les mêmes tournées, sur les mêmes scènes qu’elles, je sais que je peux me projeter dans le futur avec un style di é- rent, rien qu’à moi. Chacun cherche son propre langage dans le amenco. » Le sien combine liberté et théâtralité. Patricia Guer- rero partage le plateau de Catedral avec un ténor et un contre-ténor, et convoque des airs lyriques tout autant que des chants d’église. « Ce sont de vrais personnages dans le spectacle », précise-t-elle. Ce qui ne l’em- pêchera pas de danser jusqu’à plus soif.

Catedral, de Patricia Guerrero et Juan Dolores Caballero. Le 5 juillet à Arte Flamenco,
à Mont-de-Marsan, arte amenco.landes.fr

3 07/2017

FESTIVAL ARTE FLAMENCO

lundi 3 juillet 2017|Catégories: Spectacle Vivant|Mots-clés: |

ARTE FLAMENCO 2017 : Patricia Guerrero parmi les têtes d’affiche
Par Culturebox (avec AFP) @Culturebox
Publié le 02/07/2017 à 16H32
Cristina Quicler / AFP

CULTUREBOXÀ partir de lundi, la ville de Mont-de-Marsan va vibrer aux sons et aux rythmes andalous pour le 29e Arte Flamenco (3-8 juillet 2017), le plus grand festival flamenco hors d’Espagne, où sont notamment attendus la danseuse Patricia Guerrero et la dynastie familiale des Habichuela.
Cette 29e édition est dédiée à l’ancien député PS, Henri Emmanuelli, président du Conseil départemental des Landes pendant trente ans et décédé le 21 mars dernier. « C’est une édition particulière parce que celui qui en a été à l’origine nous a quittés, on met tout notre coeur à lui rendre hommage », a souligné pour l’AFP, Sandrine Rabassa, directrice artistique du festival qui attire chaque année plus de 28.000 personnes.
Festival Arte Flamenco, en route pour la 29e édition
28 représentations réparties sur quatre scènes
Pas moins de 28 représentations sont proposées sur quatre scènes. Le festival s’ouvre lundi par une « fantaisie musicale et chorégraphique » du Ballet Flamenco de Andalucía, un hommage au grand chanteur sévillan du XIXe siècle Silverio Franconetti, porté par le jeune Rafael Estévez, nouveau directeur artistique de cette institution de l’art andalou.

La danseuse Patricia Guerrero propose mercredi son spectacle « Catedral », plaidoyer contre les conventions sociales et sur la libération des femmes, avec la présence sur scène – rare en flamenco – d’un ténor et d’un contre-ténor, frères jumeaux. L’artiste de Grenade sera de retour sur scène en clôture samedi pour le dîner-spectacle de gala avec Juana Amaya, Olga Pericet et Jesús Carmona.
À côté du plus classique Pedro El Granaino dans un récital guitare-voix et du jeune danseur Barullo vendredi, la danseuse Rosario Toledo, venue de Cadix, se produira jeudi. « C’est une danseuse empreinte d’une liberté absolue, nécessaire dans notre monde douloureux », estime Sandrine Rabassa, citée par l’AFP. En deuxième partie, les amateurs du genre attendront aussi de pied ferme la dynastie Habichuela pour une rencontre entre grands-pères, oncles, cousins et frères réunis sur scène, ce qui n’est pas si fréquent.
De nombreux spectacles gratuits
Comme chaque année, Arte Flamenco propose de nombreux spectacles gratuits dans la ville, à l’image du flamenco de rue de Leilah Broukhim, la danseuse new-yorkaise aux parents iraniens séfarades. Le saxophoniste flamenco d’avant-garde Angel jouera sur les pas de danse du prometteur Alejandro Rodriguez.

Pour le jeune public, une version du « Petit Prince » sauce flamenca doit être proposée mercredi par des écoliers landais au côté de la chorégraphe Anabel Veloso.

Arte Flamenco, du 3 au 8 juillet 2017 à Mont-de-Marsan
> Programmation
> Infos pratiques

18 05/2017

Poignards, intrigues, poisons et maléfices à Tirana | L’Humanité

jeudi 18 mai 2017|Catégories: Spectacle Vivant|Mots-clés: , |

Luiza Xhuvani joue une Lucrèce Borgia tout en fêlures, toujours ancrée dans le registre de la tragédie. Kristo Calat/Teatri Kombetar

Éric Vigner met en scène Lucrèce Borgia avec la troupe du Théâtre national d’Albanie. Le drame de Victor Hugo, qui se trame sous le règne d’un clan tyrannique, résonne singulièrement dans ce pays longtemps étranglé par une féroce dictature.

Au crépitement d’un néon, une silhouette féminine prend forme, spectrale, dans un grondement d’orage, puis s’efface. Au centre du plateau, comme un totem dont on ne distingue jamais la cime, s’élève une réplique de la Colonne sans fin de Constantin Brâncusi, allumée par les reflets mordorés d’un interminable crépuscule. Sur la scène à l’italienne du Théâtre national d’Albanie, vouée à une destruction prochaine, Éric Vigner met en scène Lucrèce Borgia. Il déplie en plasticien ce drame tragique de Victor Hugo au gré de tableaux aussi lugubres que cette intrigue se tramant dans l’Italie du XVe siècle, sous le règne d’un clan tyrannique, corrompu et décadent. Le crissement d’un sabre qu’on aiguise rythme d’abord le récit glaçant de l’inceste et du sang versé, celui de l’assassinat de Jean Borgia par son frère César, par amour pour leur sœur, Lucrèce. Gennaro, endormi, n’entendra rien du secret de ses origines. Dès l’instant où elle se penche sur le sommeil de ce jeune capitaine, Luiza Xhuvani joue une Lucrèce Borgia tout en fêlures, toujours ancrée dans le registre de la tragédie. Sous la femme machiavélique, criminelle et dépravée, perce d’emblée, dans les modulations de l’actrice, dans la tension de son jeu, la quête de salut, la certitude que l’amour maternel peut laver les péchés d’une infâme lignée. Dans le clair-obscur d’un inquiétant carnaval, l’inversion des valeurs opère chez elle à contre-courant et derrière les masques, la métamorphose est déjà là, lorsque la mère et le fils, lovés dans la même pelisse de laine blanche, entament une valse étrange et ambiguë.

Les ondoiements de la lumière

Autour de la colonne, le ballet macabre du soupçon et des représailles les emporte pourtant, comme il emporte encore de nos jours les montagnards albanais pris au piège du kanun, ce code d’honneur hérité de l’Empire ottoman qui perpétue la loi du talion. L’oppression porte ici un nom, Borgia, qui surgit, sur scène, en lettres blanches en trois dimensions, comme celles qui peuplent les parcs de Tirana. Dans la déambulation autour de ces caractères, la révolte gronde et résonne dans une mémoire collective encore meurtrie par un demi-siècle de dictature féroce, de huis clos suffocant. Dans un geste de rébellion, Gennaro fait tomber l’initiale, « Orgia » claque finalement comme l’un de ces slogans de pierre dont Enver Hoxha parsemait les paysages, à la gloire du Parti et de son chef aussi despotique que paranoïaque. Au flanc des montagnes, on aperçoit toujours ces inscriptions démentes, des esprits libres en ont détourné le sens, « Enver » est devenu « Never »… Sur scène, la répression revêt la forme d’un cérémonial d’empoisonnement qui se déploie et se répète à l’ombre d’un rideau noir frappé de l’aigle bicéphale, le symbole national qui orne le drapeau. Toujours ambivalente, Lucrèce parvient à soustraire Gennaro aux foudres de son époux jaloux, le duc Alphonse, mais perd, par vengeance, les compagnons du jeune capitaine. Le voile noir se lève, tombe un rideau doré, gigantesque couverture de survie prête à envelopper le dernier souffle de la monstrueuse héroïne en quête d’une impossible renaissance. Le tonnerre ponctue le matricide et, comme au début, c’est la musique qui meut les protagonistes et semble précipiter ce passage à l’acte sacrificiel. Sur le fil de la mort, Gennaro apprend dans une explosion de douleur le secret de sa filiation. Il tombe au pied de la Colonne sans fin, finalement happée par les ténèbres. Le jeu torrentueux des acteurs de la troupe du Théâtre national d’Albanie, formés à l’école russe, se confronte ici à la scénographie picturale d’Eric Vigner, donnant un souffle épique à ce drame classique. Dans cette recherche, tout se noue dans les ondoiements de la lumière. « On sait ce que la couleur et la lumière perdent à la réflexion simple, remarquait Victor Hugo dans la préface de Cromwell. Il faut donc que le drame soit un miroir de concentration qui, loin de les affaiblir, ramasse et condense les rayons colorants, qui fasse d’une lueur une lumière, d’une lumière une flamme. Alors seulement, le drame est voué à l’art. » D’une création à l’autre, Éric Vigner tisse une cohérence artistique qui fait du théâtre un point d’optique.

Tournée française : du 12 au 19 novembre au TNB, Théâtre national de Bretagne, dans le cadre du festival Mettre en scène.

À lire : Éric Vigner, 48 Entrées en scène, Éditions Les Solitaires intempestifs. Un théâtre plasticien, sous la direction de Sandrine Morsillo, Éditions l’Harmattan.

Rosa Moussaoui – Journaliste à la rubrique Monde

Source : L’Humanité

17 05/2017

Irina Brook : « J’aimerais être beaucoup plus révolutionnaire ! » | Profession Spectacle

mercredi 17 mai 2017|Catégories: Spectacle Vivant|Mots-clés: , |

Actrice et metteur en scène franco-britannique, Irina Brook est tombée dedans quand elle était petite : fille de Peter Brook et de l’actrice Natasha Parry, elle se forme aux États-Unis avant de rejoindre l’Angleterre, puis la France, où elle s’attache à la mise en scène avec, comme figure tutélaire, William Shakespeare. Couronnée par deux Molière, Irina Brook est nommée en 2014, pour trois ans, à la tête du théâtre national de Nice, mission qui vient d’être renouvelée au début de l’année 2017. Rencontre.

Vous avez été reconduite à la tête du Théâtre National de Nice pour une période de trois ans, jusqu’en 2020. Comment décririez-vous votre parcours ?

Je suis passée d’actrice à metteur en scène à la fin des années 1990. Alors, j’étais libre comme l’air, suivant simplement mes aspirations artistiques et créatives. En France, à la différence des autres pays, il y a toujours un moment où un metteur en scène est invité à diriger une maison, un théâtre. Il arrive un moment, et c’est spécifique à la France, où l’on ne peut pas aller plus loin, si l’on ne rentre pas dans ce système. J’avais toujours dit que cela ne m’intéressait pas car le plus important pour moi était d’être libre, de ne pas être obligée de rester quelque part à plein temps. Ce que j’ai beaucoup aimé dans mon travail de metteur en scène, ce fut également de tourner ; je pense que je suis assez gitane dans l’âme, j’ai aimé voyager et bouger constamment.

Vous avez été en Angleterre et aux États-Unis avant cela ?

Je n’ai jamais vraiment tenu en place nulle part. C’était très bien pour moi de pouvoir constamment me déplacer avec les spectacles, de théâtre en théâtre, de ville en ville, de public en public, comme avec un cirque. C’est, pour moi, l’un des grands intérêts de la mise en scène. Mais il y a trois ans environ, j’ai pris conscience que, comme metteur en scène, j’avais aussi besoin d’un lieu, car il arrive un moment où le metteur en scène est à la merci des directeurs de lieux, qui ont tout le pouvoir. L’artiste n’a pas beaucoup de possibilité s’il n’a pas de lieu. Il faut absolument être dans les bonnes grâces d’un directeur. C’est ainsi que j’ai compris pourquoi tout le monde finissait par diriger des théâtres.

Je suis une enfant des années 70 et mon rêve a toujours été La Cartoucherie de Vincennes et j’ai toujours cru, depuis vingt ans, que je pourrais créer ma propre Cartoucherie. Plusieurs fois, je suis allée au ministère demander des subventions. Peu avant de me proposer pour Nice, j’étais encore allée voir le ministère car j’avais la possibilité de m’installer dans une vieille friche à Ris-Orangis, en région parisienne. Le maire de l’époque, Thierry Mandon, m’avait proposé de reprendre une friche pour en faire un théâtre dans son éco-village, ce qui me semblait absolument génial. J’étais partie au ministère pour tenter d’y trouver des subventions afin de créer ce lieu. On m’y a répondu que c’était impossible de créer de nouveaux lieux aujourd’hui, qu’il fallait que je me propose pour diriger un CDN.

Quelles sont les raisons qui ont été invoquées pour expliquer l’impossibilité de créer un nouveau lieu ?

Il semble que je sois née à la mauvaise époque. Dans les années 80, tout était en floraison, on pouvait encore imaginer des Cartoucheries, des Bouffes, des lieux extraordinaires, mais cela s’est vraiment ralenti malgré quelques exceptions. Nous ne sommes plus à cette époque où l’on pouvait rêver d’un lieu créé spécialement sur mesure. Selon le ministère, le plus judicieux était de déplacer les artistes d’un endroit à un autre, afin de diriger toutes ces maisons qui en ont besoin. J’avais dans l’idée de récupérer un bâtiment en friche, de le reconstruire en bois, de l’appeler le Dream Théâtre, d’en faire quelque chose de complètement alternatif… On m’a poussée à proposer ma candidature pour diriger le théâtre de Nice. J’ai failli tomber de ma chaise.

L’aspect intéressant, c’est qu’il s’agissait d’un des seuls CDN que je connaissais bien : on allait y jouer chaque année avec la compagnie. J’avais une affection particulière pour ce théâtre, car je trouvais le public extraordinaire, en dépit des a priori que l’on peut avoir sur Nice, la Côte-d’Azur… Je ne sais pas si j’aurais éprouvé la même envie pour un autre CDN. J’ai donc postulé et, après quelques complications politiques, j’ai fini par être choisie.

Comment se sont passées ces trois premières années ?

La première année, je me suis sentie très bien accueillie. J’étais naïve, pleine d’idées et d’enthousiasme, puis la réalité a repris le dessus. Je me suis rendue compte que changer le monde, ou même simplement une ville, voire un théâtre, était naïf et impossible. Tout est contre le mouvement de changement. On se retrouve à contre-courant si l’on prétend changer quoi que ce soit. Les obstacles ont surgi de tous les côtés et j’ai perdu courage. Mais depuis l’été dernier, j’ai commencé à voir les premières pousses de ce que nous avions semé. C’est comme si l’on m’avait confié un énorme champ à défricher et replanter, avec un peu plus de bio. J’ai été mitigée sur l’idée de reconduire ma candidature, car j’ai toujours cette envie de liberté, de bouger, de choisir avec qui travailler ; mais, dans le même temps, j’ai très envie de voir croître ce que j’ai semé. Il est impossible de voir un changement radical en trois ans. J’ai ouvert un énorme chantier que je ne peux pas abandonner en plein travail.

Le public vous a-t-il suivie ?

Le public a suivi son mouvement naturel ; il a changé et suivi. Le public avait un a priori sur moi, avant que j’arrive. Un deuxième théâtre a été construit à Antibes, que dirige mon prédécesseur [Daniel Benoin, NDLR]. Le mouvement naturel d’une partie du public a été de le suivre. C’est naturel et bon, car cela signifie qu’il peut exister plusieurs directions de théâtres différentes. Évidemment, les chiffres de la fréquentation n’ont fait que baisser les deux premières années. Cela a fait peur aux tutelles. Il est pourtant impossible de remplir avant de vider.

Vous assumez un changement radical de public ?

Pas radical car il y a des abonnés de tous les âges qui sont restés très aventureux, très ouverts et qui ont suivi le changement avec joie. D’innombrables personnes abonnées depuis longtemps me disent qu’elles sont contentes. C’est un mélange. Un public est une masse organique et humaine. Il n’est pas le même la première semaine d’un spectacle que les suivantes. L’essentiel pour moi est de ramener la jeunesse, car on n’a pas fait beaucoup d’efforts au TNN pour y amener la jeunesse.

Revenons à votre répertoire. On peut y discerner deux lignes. Une classique, à vos débuts, une plus contemporaine aujourd’hui. Y voyez-vous un fil directeur ?

Pour moi, le fil conducteur de ces pièces, c’est l’humanité et ce que ça touche en nous et dans le public. Il est évident que l’on revient beaucoup aux classiques qui demeurent intemporels parce qu’ils ont cette humanité incontournable. On trouve cela beaucoup plus difficilement dans le contemporain, surtout celui qui se démode rapidement. Le contemporain du dernier siècle n’est plus du tout à jour, tandis que les grands classiques le sont toujours. J’ai parfois la chance de tomber sur des pièces contemporaines qui répondent au même besoin de parler de l’humain dans son entièreté.

Vous avez fait jouer deux pièces contemporaines, Lampedusa Beach et Terre noire…

J’ai découvert Lampedusa Beach, une pièce extraordinaire, par Lina Prosa ; nous l’avons montée avec Romane Bohringer. C’est à Stefano Massini que nous avons commandé Terre noire pour le festival « Réveillons-nous » que j’ai initié à Nice, autour de la COP21, pour un éveil autour de l’environnement. Il me semblait important que les théâtres y prennent part.

Ne sommes-nous pas là dans ce contemporain qui se démode, dont vous parliez ?

Nous verrons dans 50 ans si Terre noire raconte encore quelque chose. L’écriture de Stefano Massini est très belle, épurée, faite pour durer. Malheureusement, je ne pense pas que le sujet de l’environnement se démodera, cela ne risque que d’empirer.

Nous sommes aujourd’hui très focalisés sur ces problèmes. Peut-être les regarderons-nous différemment dans quelques années…

Il est certain que la façon dont on les voit sera sans doute datée et démodée, mais peu importe, ce qu’il faut, c’est raconter ce qui est d’aujourd’hui.

Nous ne sommes donc plus du tout dans le classique, qui aborde aussi des thèmes actuels et concrets mais par un autre biais, en essayant de ne pas y aller de manière frontale.

Ce qui est important, c’est de pouvoir présenter un peu de tout. Il est dommage de ne faire que du Tchekhov et du Shakespeare, quand certaines choses ont aujourd’hui besoin d’être racontées frontalement. Terre noire raconte quelque chose d’actuel, frontalement, de manière très simple, à la façon d’un conte. Cette pièce évoque les paysans d’Afrique du Sud, atteints par la corruption des multinationales et des avocats qui se disputent leurs terrains. Shakespeare ne peut pas nous raconter ces histoires d’aujourd’hui. Or cela touche les gens, notamment les jeunes, et parfois pour la première fois, grâce au théâtre : ils voient cette histoire représentée par des êtres de chair sous leurs yeux. Je me dis que c’est utile.

J’ai lu que vous revendiquiez un théâtre lanceur d’alertes. Est-ce le rôle du théâtre aujourd’hui ? Est-ce là quelque chose d’essentiel pour lui ?

Je pense qu’il faut rester modéré ; qu’il faut de tout. Je ne prétendrais pas que mon théâtre soit un théâtre lanceur d’alertes, cela serait exagéré, car j’estime que ma goutte est très petite dans l’océan de ces nécessités. Un théâtre aujourd’hui doit présenter un mélange de choses : de l’actualité, un rôle de lanceur d’alerte, mais aussi du pur divertissement… L’actualité est très déprimante et nous avons besoin de nous divertir et de rire pendant quelques heures. Quand on dirige un théâtre, il faut proposer au public un repas qui soit bien composé.

Comment arrivez-vous à être critique, en dirigeant un théâtre national, donc public ?

Je ne peux pas être critique, je me dois de rester neutre, car mon théâtre est financé pour moitié par la ville et par le ministère pour l’autre moitié. Je ne peux pas mordre la main qui me nourrit. Si j’avais un petit théâtre dans les champs, je serais peut-être beaucoup plus extrême. Il peut y avoir quelque chose de frustrant, car, compte-tenu de ce qui se passe autour de nous, j’aimerais être beaucoup plus révolutionnaire ; mais être obligée de diluer cela est aussi plus sain. Si on imagine tous les besoins de l’être humain : le rire, le réconfort, sentir son humanité, pleurer, être alerté, la direction d’un théâtre requiert une vision plus globale, oblige à dépasser sa subjectivité personnelle, ce qui est un travail très intéressant.

Quels sont vos projets pour les années à venir ?

Dans l’immédiat, je veux essayer d’approfondir tout ce que j’ai mis en place. Les grands axes sont le festival « Shake Nice ! », qui est le premier grand festival shakespearien international en France. J’aimerais pouvoir approfondir le travail que je mène avec les enfants et les jeunes, pour ce festival, par le biais de « Shakespeare Freestyle ! ». Pendant deux jours, des centaines de lycéens et de collégiens retransmettent sur le plateau leur vision d’une pièce de Shakespeare en moins d’une demi-heure. C’est une des choses dont je suis le plus fière à Nice. J’espère obtenir un partenariat avec l’université de Montpellier qui est la seule, je crois, à avoir un département exclusivement shakespearien. Ce qui nous manque, c’est le fond intellectuel sur Shakespeare. Je vais aussi approfondir le travail pour la jeunesse avec un festival qui aura lieu à la rentrée, car il ne suffit pas de proposer deux ou trois spectacles pour la jeunesse dans notre programmation. Nous allons organiser quatre semaines autour de la jeunesse. Cela aura lieu en octobre 2017, ce sera le festival « Génération Z ». Il reste beaucoup de travail pour le mettre en place. J’ai trop d’idées et d’envies que je n’ai pas les moyens humains de réaliser. L’équipe n’a pourtant jamais été si inventive et si entreprenante.

Propos recueillis par Matthieu de GUILLEBON

Source : Profession Spectacle

20 04/2017

Weber et Morel rejouent le débat Mitterrand-Chirac: « En 1988, c’était sauvage » | L’Obs

jeudi 20 avril 2017|Catégories: Spectacle Vivant|Mots-clés: , |

Entre les deux tours de la présidentielle, Jacques Weber et François Morel vont jouer le dernier grand débat télévisé entre François Mitterrand et Jacques Chirac. Ils nous disent pourquoi, et ce qu’ils pensent de l’élection qui vient.

Entre le premier et le second tour de l’élection présidentielle, le Théâtre de l’Atelier à Paris propose cinq représentations exceptionnelles de « Débat 1988, Mitterrand-Chirac ». Avec Jacques Weber et François Morel. Deux vieux routiers du spectacle en qui vont se réincarner, pour quelques jours, deux vieux briscards de la ­politique.

Le débat Chirac/Mitterrand, à la veille du second tour de la présidentielle de 1988,
animé par Michèle Cotta et Elie Vannier. (Barthelemy/Sipa)

En septembre dernier, Weber a publiquement apporté son soutien à Jean-Luc ­Mélenchon. Il a maintenant l’air de ne plus savoir sur quel pied danser. Morel, lui, tout en se déclarant de gauche, semble n’être fanatique de personne. Ecoutons-les débattre avant le débat.

Source : L’Obs

31 03/2017

Irina Brook reste à la tête du Théâtre national de Nice | Le Figaro

vendredi 31 mars 2017|Catégories: Spectacle Vivant|Mots-clés: , |

La metteur en scène britannique Irina Brook, à la tête du Théâtre national de Nice (TNN) depuis 2014, a été reconduite pour un nouveau mandat de trois ans, de 2018 à 2020, a annoncé jeudi l’établissement. Férue de Shakespeare mais aussi de dramaturges contemporains puisant leur inspiration dans les drames de l’actualité, des migrants au conflit israélo-palestinien, en passant par la question de l’environnement, Irina Brook, 55 ans, a réussi à se faire adopter dans une ville qui ne lui était pas acquise d’avance.

Adepte d’un «théâtre lanceur d’alerte», elle développe aussi une pratique du théâtre hors les murs ouverte aux nouveaux publics.

Aurélie Filippetti a soutenu sa candidature

À Nice, elle a, par exemple, investi la colline du Château pour une représentation en plein air, ou des lieux plus inattendus comme la communauté Emmaüs, l’usine de café Malongo, le jardin d’un lycée horticole, ou encore la maison d’arrêt, pour la création de Esperanza d’Aziz Chouaki, dans une mise en scène de Hovnatan Avédikian.

L’ex-maire LR Christian Estrosi avait pris fait et cause, avant sa nomination en octobre 2013, pour Daniel Benoin, ex-directeur du TNN, prêchant pour une direction partagée entre le metteur en scène en place depuis 2002 et l’actrice-réalisatrice Zabou Breitman. Cette solution ayant été écartée à l’époque par la ministre de la Culture Aurélie Filippetti, il avait finalement appuyé la candidature de Mme Brook.

Source : Le Figaro

31 03/2017

Orléans, capitale francophone | Le Figaro

vendredi 31 mars 2017|Catégories: Spectacle Vivant|Mots-clés: , |

Voix Orleans 2017 -AFFICHE jpg.jpg

Par Armelle Héliot le 31 mars 2017 11h30

Aujourd’hui, 31 mars, et demain, samedi 1er avril, se déroulent à Orléans, des rencontres autour de la notion de frontière. Sous le titre « Voix d’Orléans », elles réunissent trente-cinq intellectuels et artistes venus de vingt-deux pays. Des débats publics très intéressants.

C’est la deuxième édition de cette manifestation très intéressante portée par la municipalité, son député maire et président délégué d’Orléans-Métropole, Olivier Carré et la maire-adjointe chargée de la politique culturelle, Nathalie Kerrien.

C’est dans le mouvement d’émotion et de prise de conscience de la nécessité de réagir aux attentats, que l’idée de cette manifestation est née. La première édition a eu lieu en 2016, rencontrant immédiatement un grand succès. Il était question de la place des femmes.

Cette année, c’est une très belle notion, celle de la frontière, qui est au cœur des rencontres. Les tables rondes qui vont se succéder deux jours durant, sont très riches, très variées et touchent à toutes les grandes questions de notre monde.

Trente-cinq intellectuels et artistes, originaires de vingt-deux pays, ont accepté d’être présents. La manifestation est placée sous le Haut Patronage du Président de la République dans le cadre du « Grand Tour 2017 » qui a pour thème le « Voyage en francophonie ».

Ces deux jours vont être l’occasion de prendre la mesure de la vitalité de la langue française dans le monde et de la puissance morale autant que politique de la francophonie.

Voici un aperçu du programme qui s’ouvre vendredi à 15h00 par une conférence présentée et animée par notre confrère Emmanuel Khérad de France-Inter.

Toutes les rencontres se déroulent au CIUR (Centre International Universitaire pour la Recherche) 1, rue Dupanloup, sauf celle du vendredi 31 mars 22h30 à la salle de l’Institut.

Et, au-delà de ces deux jours très riches, d’autres propositions sont programmées dans les jours qui suivent, films, concerts, rencontres, expositions, etc…

Demandez le programme : Orléans, capitale francophone — Le grand théâtre du monde

OUVERTURE par Olivier CARRÉ, Maire d’Orléans, Président délégué d’Orléans-Métropole, Député du Loiret

CONFÉRENCE INTRODUCTIVE par Michel FOUCHER, géographe, diplomate et essayiste français présentée par Emmanuel KHÉRAD (France Inter) Co-organisée avec l‘association Guillaume Budé d’Orléans • 16H30 – GRANDE SALLE

LA LITTÉRATURE POUR ROMPRE LES FRONTIÈRES La langue est-elle la première des frontières qui séparent les hommes et les cultures ? Qu’est-ce qu’un écrivain international ? Il est traduit dans plusieurs langues, il écrit dans deux, trois langues… Animée par Emmanuel KHÉRAD (France Inter) Akira MIZUBAYASHI : professeur japonais de français langue étrangère, auteur de Une langue venue d’ailleurs (éd. Gallimard). Kim THUY : écrivaine québécoise d’origine vietnamienne traduite dans 25 langues. • 17H15 – SALON OVALE

ÉCRITURE, FICTION ET ACTUALITÉ “… Mais, à l’inverse, comment supporter que le pays dans lequel on semble vivre se prépare à l’adoption d’une loi interdisant la double nationalité ?” Animée par Jean-Louis TALLON. Nina YARGEKOV : écrivaine, auteure de Double nationalité (éd. P.O.L.). • 18H – GRANDE SALLE

LA FRONTIÈRE, ZONE DE CONTACT ET D’ÉVITEMENT. LE DEDANS ET LE DEHORS, LE LIEU CARREFOUR, LIGNE DE SÉPARATION ET DE RAPPROCHEMENT. La frontière qui rapproche et crée des interactions culturelles, linguistiques, commerciales, et celle qui sépare, rejette, contrôle. Animée par Pierre-Édouard DELDIQUE (RFI) Alain GUILLAUME : professeur à l’université Quisqueya, Haïti, juriste en droit public. Yvan GASTAUT : historien de l’époque contemporaine, maître de conférences à l’université de Sophia-Antipolis, Nice. Rajae ESSEFIANI : conseillère chargée de l’Éducation et de la Langue française, cabinet de Michaëlle Jean, Secrétaire générale de la Francophonie. 06 – les voix d’orléans – le programme • 18H15 – SALON OVALE

L’ART SANS FRONTIÈRE Comment les artistes s’affranchissent-ils des frontières, frontières sociales, frontières de genre, frontières culturelles ? Animée par Anthony GAUTHIER (Apostrophe 45) Ahmed EL ATTAR : auteur et metteur en scène égyptien, fondateur du Downtown Contemporary Arts Festival au Caire. Dieudonné NIANGOUNA : natif du Congo-Brazaville, auteur dramatique, metteur en scène et acteur, directeur artistique du festival Mantsina sur scène à Brazaville. Syhem BELKHODJA : artiste tunisienne, chorégraphe, créatrice de la pièce chorégraphique Les Frontières de l’invisible, directrice du festival “Rencontres chorégraphiques de Carthage” et activiste de la culture. • 19H30 – GRANDE SALLE

LE BREXIT ET APRÈS De l’Europe des Lumières à l’Europe des marchés en passant par le Brexit… Animée par Arnaud ARDOIN (LCP) Alex TAYLOR : journaliste et animateur de radio et de télévision britannique Jean-Paul POLLIN : professeur émérite à l’Université d’Orléans et membre du Cercle des économistes • 21H00 – SALLE DE L’INSTITUT, PLACE SAINTE-CROIX

UNE LECTURE-SPECTACLE, MISE EN JEU PAR CHRISTOPHE LIDON, MATÉRIAU BAOBAB. Entre lecture et jeu. Répétition et représentation… Nous allons grâce au texte de Valérie Alane, jouer à passer diverses frontières géographiques mais aussi mentales. De la paix à la guerre, du préjugé au ressenti, du rejet à l’accueil, du virtuel au réel… De quoi mettre en perspective bien des franchissements, voulus ou non. Les lignes n’étant pas toujours là où on les attend… Entre réalisme et fantastique, un moment de théâtre. • 22H30 – SALLE DE L’INSTITUT, PLACE SAINTE-CROIX

PASSER LES FRONTIERES : ÉXIL, REFUGE Les migrations liées aux guerres, aux variations climatiques, aux conflits ethniques ou religieux ne cessent de s’amplifier. Quelle gestion durable humanitaire et politique mettre en oeuvre ?
Animée par Fawzia ZOUARI (Jeune Afrique)

Mohamed Kamel DORAÏ : chargé de recherches au CNRS à l’Institut français

du Proche-Orient et chercheur à MIGRINTER (CNRS-Université de Poitiers)

Benny ZIFFER : rédacteur en chef du supplément littéraire d’Haaretz, écrivain israélien.

Pierre Jorès MÉRAT : enseignant et chercheur à l’Université d’État d’Haïti depuis 1999,

il y enseigne la géographie, la francophonie, les relations internationales et l’environnement.

Édition 2016 © DR

le programme – les voix d’orléans – 07

SAMEDI 1ER AVRIL

• 11H30 – GRANDE SALLE

FRONTIÈRES ET MOBILITÉS À L’ÈRE DE LA MONDIALISATION

Plus les informations circulent au sein du village global et les marchés commerciaux s’ouvrent, plus les frontières se ferment et les murs se dressent entre les hommes…

Animée par Éric VALMIR (France Inter)

Smaïn LAACHER : professeur de sociologie à l’Université de Strasbourg, chercheur au centre d’étude des mouvements sociaux (CNRS-EHESS)

Serge LOUNGOU : géographe gabonais, a dirigé ses recherches sur la libre circulation des personnes entre les états membres de la CEMAC (Afrique Centrale).

Stéphanie LATTE-ABDALLAH : historienne et politiste spécialiste du Proche-Orient.

• 13H – SALON OVALE

PHOTOGRAPHIER LES FRONTIÈRES, INFOGRAPHIER LES FRONTIÈRES

Animée par Tewfik HAKEM (France Culture)

Valerio VINCENZO : artiste photographe italien. Borderline, les frontières de la paix.

Exposition de 50 photographies sur les grilles de l’hôtel Groslot, de l’hôtel Dupanloup et du parc Pasteur

Delphine PAPIN : docteure de l’Institut français de géopolitique, Université Paris 8 et cartographe au journal Le Monde.

• 13H30 – GRANDE SALLE

LA FRONTIÈRE LÀ OÙ ON NE L’ATTEND PAS

Table ronde proposée par la rédaction du Monde

La frontière, elle est au coin de la rue (à Lomé, Togo), elle sépare des gens qui sont en tous points pareils (périphérique de Paris), ou alors tout le monde tente de l’oublier et la traverse sans cesse mais elle résiste et resurgit avec fracas.

Animée par Serge MICHEL (Le Monde)

Sénamé KOFFI AGBODJINOU : architecte et anthropologue, l’une des nouvelles stars de la scène technologique ouest-africaine.

Camille LEFEBVRE : chercheure au CNRS au sein du laboratoire IMAF, spécialiste de l’Afrique de l’ouest au XIXe siècle et pendant la colonisation, et particulièrement du Niger.

Nassira EL MOADDEM : journaliste d’origine marocaine, patronne du Bondy Blog.

• 14H30 – SALON OVALE

LA FRONTIÈRE, FORME SPATIALE OU FORME SOCIOLOGIQUE ?

La frontière ne se résume pas à une ligne sur une carte ou une borne sur une route, elle est dans les consciences, les cultures, les représentations…

Animée par Pierre-Édouard DELDIQUE (RFI)

Feriel LALAMI : sociologue algérienne, chercheure au GRESCO (groupe de recherches en études sociologiques), Poitiers.

Abdessalam BEN MAISSA : philosophe marocain, titulaire de la Chaire Unesco en philosophie et pensée critique, Université Mohammed V-Agdal, Rabat.

Khadi HANE : femme de lettres sénégalaise.

08 – les voix d’orléans – le programme

• 15H – GRANDE SALLE

DÉPASSER LES FRONTIÈRES, L’IDÉAL DU COSMOPOLITISME.

De la Renaissance aux Lumières les gens de culture ont cherché à dépasser les frontières linguistiques ou politiques qui les séparaient en s’ouvrant à de nouveaux mondes.

Qu’en est-il aujourd’hui ?

Animé par Arnaud ARDOIN (LCP)

Sami TCHAK : écrivain, licencié de philosophie au Togo, Université de Lomé et docteur en sociologie à Paris, Université Paris 5.

Mamoudou GAZIBO : originaire du Niger, professeur agrégé au département de science politique de l’Université de Montréal.

Fouad LAROUI : économiste et écrivain maroco-néerlandais d’expression française et néerlandaise

• 15H30 – SALON OVALE

AUX FRONTIÈRES DES RELIGIONS

Comment rompre les malentendus entre l’Islam et l’Occident ? Malentendus qui n’ont cessé d’ériger des barrières entre chrétiens et musulmans.

Animée par Tewfik HAKEM (France Culture)

Fawzia ZOUARI : écrivaine et journaliste tunisienne présente son dernier ouvrage : Douze musulmans parlent de Jésus (éd. Desclée de Brouwer).

• 16H30 – GRANDE SALLE

FRONTIÈRES ET IDENTITÉS : ABOLITION OU AFFIRMATION DES DIFFÉRENCES ?

DIFFÉRENCIATION, ALTÉRITE, IDENTITÉ

Comment concilier identité et intégration, pluralité des cultures à l’intérieur d’une même frontière, ouverture des frontières pour ouverture sur l’autre ?

Animé par Éric VALMIR (France Inter)

Daniel MEIER : docteur en sociologie politique, a enseigné à Genève, Venise et Beyrouth.

Magdalena DEMBINSKA : professeure agrégée à l’Université de Montréal, recherches en conflits ethniques et politiques identitaires.

Jean-Luc AKA-EVY : docteur d’État es Lettres et Sciences Humaines à l’université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne

CONCLUSION

• 18H – GRANDE SALLE

QUELLE VOIX LES ARTISTES PORTENT-ILS ?

Comment le langage universel des arts rend-il compte des violences et des fractures du monde ?

L’artiste francophone peut-il nouer des liens transfrontaliers ?

Animé par Fawzia ZOUARI (Jeune Afrique)

Omar ABI AZAR : metteur en scène libanais, membre fondateur de Zouzak Theater Company.

Sedef ECER : romancière, auteure dramatique et scénariste turque. Auteure de E-passeur.com

présenté au festival d’Avignon 2016 par RFI, pour l’émission “Ça va, ça va le Monde”

Jean-Luc RAHARIMANANA : poète malgache, ethnolinguiste, il se consacre à l’écriture depuis 2002 après avoir fait du journalisme et enseigné.

Camille LAEMLÉ : productrice de films documentaires, dont Fuocoammare de Gianfranco ROSI et Entre les frontières de Avi MOGRABI.

Source : Le Figaro

8 03/2017

L’aventure ethnologique sur un plateau | Libération

mercredi 8 mars 2017|Catégories: Spectacle Vivant|Mots-clés: , |

Faire de la scène un nouveau «terrain» d’expérience comme l’est celui de l’ethnologue à chaque immersion : c’est cette envie qui a nourri la rencontre entre Macha Makeïeff, auteure et metteuse en scène, directrice du théâtre de La Criée à Marseille, et Philippe Geslin, ethnologue fondateur de l’anthropotechnologie, qui partage le quotidien de certains peuples depuis plus de vingt ans. Cette «longue conversation» a donné naissance à une conférence spectacle déclinée en trois volets d’après trois terrains de prédilection de Philippe Geslin : les Inuits du Groënland, les Soussou de Guinée et les Massaï du Kenya et de Tanzanie.

«Nous sommes partis de ses carnets et leur avons accolé le rythme de la dramaturgie, explique Macha Makeïeff. L’ethnologue produit un discours scientifique très habité, au-delà du savoir purement intellectuel.» D’où l’évidence de faire monter sur les planches Philippe Geslin pour jouer les textes.

Un plateau «rond comme une planète», avec un écran en toile de fond qui fait défiler des photos du chercheur, des documents d’archives, mais aussi des images «de fiction et de fantaisie» : la scénographie dépouillée vise bien à «montrer le corps de celui qui va là-bas», explique Macha Makeïeff, afin de rendre accessible au plus grand nombre «l’émotion première» ressentie face à ces «sociétés raffinées extrêmement résistantes». «C’est un voyage d’une heure très sonore et très visuel, une déambulation que l’on ressent plus qu’on ne la comprend», suggère l’auteure. Tel un éloge impressionniste de l’ailleurs.

Création théâtrale «les Ames offensées», de Macha Makeïeff et Philippe Geslin, en trois volets, (samedi 11 et dimanche 12 mars)

Maïté Darnault

Source : Libération

8 03/2017

Irina Brook : « J’essaie de faire un théâtre lanceur d’alerte » | Le Figaro Madame

mercredi 8 mars 2017|Catégories: Spectacle Vivant|Mots-clés: , |

Irina Brook : « J’essaie de faire un théâtre lanceur d’alerte »
Par Laetitia Cénac | Le 08 mars 2017

Irina Brook, directrice du théâtre National de Nice depuis trois ans défend la responsabilité éthique du théâtre, et son rôle dans nos vies quotidiennes, notamment celles des femmes.

Fille du metteur en scène Peter Brook et de l’actrice Natasha Parry, Irina Brook a le théâtre en héritage. Comédienne dans une vie antérieure, elle multiplie les mises en scène depuis le milieu des années 1990. Elle est, depuis janvier 2014, à la tête du Théâtre National de Nice, une scène qu’elle veut ouverte sur le monde.>> Notre dossier sur la Journée internationale des droits des femmes »Une aventure éco-théâtrale »«J’essaie de faire un théâtre lanceur d’alerte. En dépit de la crise mondiale que nous traversons, il existe encore quelque chose d’unique, un baume pour les plaies, une inspiration pour les cœurs, un éveilleur de consciences, qui nous ramène à notre essence : le théâtre. Je peux reprendre la formule de Macha Makeïeff, directrice de la Criée à Marseille, quand elle dit : « Présidente de la République, le théâtre figurerait dans le top trois de mes priorités ». Il y a deux ans, j’ai inauguré une aventure éco-théâtrale sous la forme d’un festivalRéveillons-nous qui célèbre la vie, l’humain, le positif. C’était au moment de la Cop 21. J’ai eu une prise de conscience aiguë des dangers qui menacent notre planète : pesticides, OGM, ondes électromagnétiques etc. J’ai écouté Pierre Rabhi, Coline Serreau, Cyril Dion etc. Il n’y a pas pire ignorant que celui qui ne veut pas savoir. »Shakespeare transforme les gens » On devrait tous pratiquer le théâtre comme un exercice : pour être ensemble, pour s’ouvrir à l’autre, pour découvrir son corpsJ’ai passé commande à l’auteur de théâtre contemporain Stefano Massini d’une pièce autour de ces questions. Terre noire (1) condamne le scandale du pillage des terres par les multinationales agroalimentaires et nous renvoie l’image d’un monde en péril où l’humanité perd sa place face au pouvoir de l’argent. Pas de pathos dans cette pièce, c’est moi qui ai rajouté de l’émotionnel dans la mise en scène pour toucher le cœur des hommes. Autre spectacle engagé dans ma programmation, Lampedusa Beach (2) de Lina Prosa. Soit l’odyssée d’une réfugiée qui se noie en traversant la mer. Un monologue poétique, pas du tout dans la veine documentaire, interprété par Romane Bohringer. Les gens sortent profondément marqués de ce spectacle.Je souhaite un théâtre ouvert sur l’horizon avec des textes porte-parole de ce qu’on à dire. Ces trente dernières années le théâtre était devenu un divertissement. Mais avec la crise, il revient à ses fondamentaux, un service public, quelque chose d’essentiel. On devrait tous pratiquer le théâtre comme un exercice : pour être ensemble, pour s’ouvrir à l’autre, pour découvrir son corps… Les entreprises américaines qui proposent des cours de yoga ou de théâtre à leurs employés le savent bien. Plus rien n’est pareil au bout d’une heure de jeu. Les êtres humains se touchent au lieu d’être crispés sur leurs vies. Aux États-Unis, on envoie dans les prisons des professeurs shakespeariens. Chez Shakespeare, les situations sont intemporelles et les plus grands criminels ont une profondeur. Dans chaque parole, L’humanité est là. Son langage est guérisseur. Je crois au pouvoir de Shakespeare qui transforme les gens. Et je crois plus généralement, comme Jean Vilar, que le théâtre est une nourriture aussi essentielle que le pain et le vin».(1) Terre noire, de Stefano Massini, à Marseille à La Criée les 9 et 11 mars. À l’Yzeurespace, Yzeure, le 14 mars. Les 23 et 24 mars au centre culturel Il Funaro, à Pistoia, Italie.(2) Lampedusa Beach, de Lina Prosa, le 8 mars au Théâtre Liberté à Toulon, le 17 mars au théâtre la Colonne à Miramas.

Source : Le Figaro Madame

28 02/2017

Marc Zinga, le discret | Le Figaro

mardi 28 février 2017|Catégories: Spectacle Vivant|Mots-clés: , |

XVMfe0020e6-fcdd-11e6-a4b9-7c0c24f826d2
Marc Zinga. – Crédits photo : MF/ABACA

PORTRAIT – Comédien, chanteur, d’Aimé Césaire à James Bond, du théâtre au cinéma, en passant par la télévision, son talent s’impose.

Afrique! Aide-moi à rentrer, porte-moi comme un vieil enfant dans tes bras.» Ainsi parle le souverain défait à la fin de La Tragédie du roi Chistophe d’Aimé Césaire. Et si l’action se passe à Haïti, c’est bien aussi du continent noir qu’il est question dans cette pièce. L’un des chefs-d’œuvre de la littérature d’expression française du XXe siècle dans lequel joue Marc Zinga, sur la scène du Théâtre des Gémeaux, à Sceaux. Le spectacle, mis en scène par Christian Schiaretti, a été créé au Théâtre national populaire (TNP) de Villeurbanne. Sur le plateau, plus de quarante comédiens, musiciens, chanteurs, pour la plupart venus d’Afrique ou originaires d’Afrique.

«Vers 16-17 ans, j’ai réfléchi. J’avais peur, en devenant acteur, d’être cantonné dans des rôles peu intéressants»
Marc Zinga

Comme Marc Zinga, trente-deux ans, né au Zaïre (devenu République démocratique du Congo), de nationalité belge. Un comédien exceptionnel déjà applaudi dans une autre grande œuvre d’Aimé Césaire, Une saison au Congo. «Je mesure la chance que j’ai. Mes premiers pas au théâtre, en France, se sont faits au TNP, entouré d’une troupe formidable, dirigé par un metteur en scène qui est une des personnalités qui compte le plus pour moi, et pour servir des œuvres composées dans une langue magnifique et qui ont à voir avec l’Afrique.» Il garde de cette Afrique où il est né, et a vécu jusqu’à cinq ans, des souvenirs émus. Évoque «ces heures passées dehors, le grand air, les nuits autour du feu à chasser les sauterelles avec les copains», mais aussi «la chaleur de la famille et des tombées de la nuit comme il n’y en a pas en Europe.» «J’avais déjà envie de raconter des histoires, tout m’était bon», dit-il. Profession griot, en quelque sorte, le jeune Marc qui aimait déjà voir, raconter. Et ses premiers souvenirs de Belgique? «Nous avons d’abord vécu à Ostende. La mer du Nord, grise, le vent, l’air très vif… C’était un véritable changement», glisse-t-il en souriant et en précisant être resté «très proche de la famille de Wilhelm Vermandere, un artiste multidisciplinaire», auteur-compositeur-interprète flamand qui est aussi connu pour son travail de sculpteur. «Je fréquentais beaucoup son atelier près de Furnes, j’étais fasciné par son établi de musicien-plasticien… Cela m’a influencé profondément. Il y a une atmosphère particulière, à Ostende. Dans mes souvenirs, il y a aussi Arno, que j’avais croisé sans me rendre compte de sa notoriété…»

Curiosités plurielles

Mais c’est en arrivant à Bruxelles, où il vit toujours, que Marc Zinga se rapproche de ce qui devait être sa voie. Il suit les cours d’un conservatoire de quartier. «Une académie» comme on dit là-bas et il a alors la révélation profonde du théâtre grâce à des «professeurs remarquables, comme Philippe Van Latthen.» Autre personnalité déterminante, Christine De Spot. Il découvre Ghelderode grâce à elle.

«Quand la directrice du casting m’a vu, me scannant, littéralement, elle m’a dit : ‘tu pourrais passer l’audition pour Mobutu’»

«Cette langue, cet univers, m’a profondément impressionné», avoue cet amoureux du style. Il ne se contente pas de cela et suit aussi de très rigoureux cours individuels de diction auprès de Christian Labo. Mais Marc Zinga, avec beaucoup de sagacité, s’interroge. «Vers 16-17 ans, j’ai réfléchi. J’avais peur, en devenant acteur, d’être cantonné dans des rôles peu intéressants.» Il entre alors dans une école de cinéma, l’IAD de Louvain-la-Neuve, où il apprend, deux ans durant, à faire des films. Tourner, monter, diriger, tout l’intéresse. Mais c’est la musique qui va l’emporter. Il pratique la guitare en amateur et rencontre «un guitariste de génie». Il se fond alors dans un groupe, The Peas Project, de 2001 à 2011. «Nous étions neuf, dans une cave, à faire du funk mais aussi du classique, du jazz, du rap, du rock, du folk!» Ils enregistrent plusieurs disques avant une dissolution réfléchie. Marc Zinga est désormais libre pour le cinéma et le théâtre.

Plus que les films qu’il a tournés, cet homme à l’intelligence vive, à la culture profonde, aux curiosités plurielles, évoque son chemin selon les rencontres qu’il a pu faire. Pour le théâtre, donc, Schiaretti. Auparavant, il avait eu quelques expériences. Pour Mister Bob, il s’était présenté à un casting, à Paris, cherchant des comédiens d’origine africaine «Quand la directrice du casting m’a vu, me scannant, littéralement, elle m’a dit: “Tu pourrais passer l’audition pour Mobutu”. J’ai fait celui qui n’était en rien impressionné… J’ai fait un bout d’essai et Thomas Vincent m’a engagé. J’étais sur un nuage, lorsque je suis rentré à Bruxelles. Le tournage s’est déroulé en Afrique du Sud. Clovis Cornillac a été formidable de douceur, de finesse, de professionnalisme.» Cela lui a ouvert les portes de la télévision, notamment avec la série Engrenages.

Côté cinéma, où il est désormais bien connu, il cite Benoît Mariage pour Les Rayures du zèbre. Avec Abd Al Malik, c’est un frère qu’il trouve. Il le choisit pour incarner son propre «personnage» dans le film qu’il tire de son beau livre Qu’Allah bénisse la France. «Dès la poignée de mains, j’ai senti la sagesse et l’amour en cet homme. Ce fut une rencontre poignante, fulgurante, lumineuse. Nous avons cimenté, par le travail, une véritable fraternité.» Pour tous les deux, le film marque un palier: leur entrée dans le monde du cinéma français, et la chance d’être nommé pour les César. Ensuite, c’est Sam Mendès, qui l’engage pour un James Bond 007, Spectre avec Daniel Craig. Il joue le lieutenant du méchant! Une vraie composition pour cet homme fin et très doux, discret et pudique et qui voit bien au-delà des apparences, comme les grands griots de sa belle Afrique. Juste avant de jouer à Villeurbanne, il a tourné un nouveau film, Nos patriotes, de Gabriel LeBomin, qui raconte la vie de Mamadou Addi-bah, un tirailleur qui a sauvé beaucoup de monde pendant la guerre. Une belle histoire comme Marc Zinga aime en raconter, une façon de jeter un pont entre Afrique et Europe, ce qu’il fait au quotidien.

BIO EXPRESS

1984 Naissance au Zaïre.

1989 Arrive à Ostende (Belgique).

2003-2011 Chanteur du groupe de funk The Peas Project.

2011 Joue Mobutu dans le film Mister Bob.

2014 Joue dans Qu’Allah bénisse la France.

2015 Joue Lumumba dans Une saison au Congo d’Aimé Césaire.

2017 Au théâtre dans La Tragédie du roi Christophe et tourne Nos patriotes.

Source: Le Figaro