Spectacle Vivant

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3 11/2022

« Les « Sorcières » de Mona Chollet prennent voix sur scène » Le Monde 27-10-22

jeudi 3 novembre 2022|Catégories: Spectacle Vivant|Mots-clés: |

Au Théâtre de l’Atelier, à Paris, les « Sorcières » de Mona Chollet prennent voix sur scène

L’essai à succès, sorti en 2018 et vendu à plus de 270 000 exemplaires, est adapté en lecture musicale.

Par Sandrine Blanchard

Publié le 27 octobre à 09h48

Anna Mouglalis, Clotilde Hesme, Eye Haïdara et Aure Atika, le 27 septembre 2022, lecture musicale d’après l’essai de Mona Chollet au Théâtre de l’Atelier, à Paris.

Sur scène, de gauche à droite : Anna Mouglalis, Clotilde Hesme, Eye Haïdara et Aure Atika, le 27 septembre 2022, dans « Sorcières », lecture musicale d’après l’essai de Mona Chollet au Théâtre de l’Atelier, à Paris. Copyright JULIEN MIGNOT

C’est rock, c’est pop, c’est galvanisant. L’adaptation scénique de Sorcières rend un bel hommage au best-seller de Mona Chollet. A l’image du succès rencontré par ce livre sorti en 2018 et vendu à plus de 270 000 exemplaires, sa lecture musicale proposée au Théâtre de l’Atelier, à Paris, attire un large auditoire dans une atmosphère empreinte de sororité. Le public, essentiellement féminin, de toutes générations, se régale d’entendre cette « puissance invaincue des femmes ».

Une pléiade de comédiennes (parmi lesquelles Ariane Ascaride, Valérie Donzelli, Constance Dollé, Suzanne de Baecque, Clotilde Hesme, etc.), et de musiciennes et chanteuses (Anne Paceo, Fishbach, Léonie Pernet, Clara Ysé, etc.) participent, en alternance, à cette version polyphonique de l’essai féministe le plus lu de ces dernières années. Toutes ont répondu à l’appel du collectif A définir dans un futur proche, fondé par Elodie Demey, Mélissa Phulpin et Géraldine Sarratia, qui a créé ce spectacle, en 2019, au Théâtre du Rond-Point, à Paris.

Lors de chaque soirée, quatre actrices, accompagnées d’une instrumentiste et d’une chanteuse, se succèdent

Lors de chaque soirée, quatre actrices, accompagnées d’une instrumentiste et d’une chanteuse, se succèdent et font résonner, avec force et humour, des extraits marquants de Sorcières. Sur scène, une batterie côté jardin, un bureau au parterre jonché de livres côté cour. La lecture reprend le pont dressé par Mona Chollet entre les figures féminines persécutées au Moyen Age pour leurs soi-disant « agissements diaboliques » et leur prolongement contemporain fait de conventions et de stéréotypes.

S’affranchir des dominations, s’éloigner des normes patriarcales reste suspect. Suspecte, la femme qui refuse de servir toute sa famille, suspecte la femme qui ne veut pas d’enfant, suspecte la femme qui reste célibataire, suspecte celle qui n’a que faire de l’arrivée des cheveux blancs et des diktats de la féminité.

Belles respirations

Les intermèdes musicaux offrent de belles respirations et dégagent une énergie (formidables Lucie Antunes et P.R2B le soir où nous y étions) qui s’accorde à merveille avec la plume alerte de Mona Chollet. Parmi les comédiennes, celles qui parviennent à oublier les feuilles qu’elles tiennent entre les mains portent beaucoup mieux les mots et le ton de Sorcières.

Christiane Millet retrace tellement bien la problématique de l’âge qu’elle suscite des rires d’approbation dans la salle

Ainsi, quel bonheur d’entendre Christiane Millet parler du regard de la société sur l’apparence physique, de cette « hantise de l’obsolescence programmée qui marque toute l’existence des femmes, et qui leur est propre ». Il est un fait : « Les hommes ne vieillissent pas mieux que les femmes, ils ont seulement l’autorisation de vieillir. » La comédienne retrace tellement bien cette problématique de l’âge qu’elle suscite des rires d’approbation dans la salle.

Car cette lecture musicale a beau aborder des questions d’injustice et d’inégalité, elle ne sombre jamais ni dans le pessimisme ni dans le renoncement. Et c’est ce qui fait sa force. Qu’on ait lu ou pas l’essai de Mona Chollet, on en sort stimulé, peut-être même remonté à bloc. Comme le dit l’autrice, dans ces lignes qui concluent la représentation : « La force des stéréotypes et des préjugés peut avoir quelque chose de profondément démoralisant mais elle offre aussi une chance : celle de tracer de nouveaux chemins. Elle donne l’occasion de goûter aux joies de l’insolence, de l’aventure, de l’invention, elle invite à se montrer iconoclaste, c’est-à-dire à briser les anciennes images et la malédiction qu’elles comportent. »

Sorcières, lecture musicale d’après l’essai de Mona Chollet, direction artistique et mise en scène par le collectif A définir dans un futur proche. Les 26 octobre, 1er, 2, 3, 8, 9, 15 et 16 novembre à 19 heures au Théâtre de l’Atelier à Paris.

Sandrine Blanchard

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6 10/2022

LES ENFANTS AU THEATRE DE L’ATELIER | Les Echos 05_10_22

jeudi 6 octobre 2022|Catégories: Spectacle Vivant|Mots-clés: |

« Les Enfants » à l’Atelier : les parents terrifiés

Eric Vigner signe une mise en scène subtile et distanciée de la pièce apocalyptique de Lucy Kirkwood. Une troublante tragicomédie, incarnée par un beau trio de comédien(e) s, qui nous invite à réfléchir sur le monde que nous voulons laisser à nos enfants.

Par Philippe Chevilley

Publié le 5 oct. 2022 à 15:37Mis à jour le 5 oct. 2022 à 15:49

Au même moment, deux pièces de l’auteure dramatique britannique Lucy Kirkwood sont à l’affiche à Paris. On a dit tout le bien qu’on pensait de son dernier opus « Le Firmament », mis en scène au 104 par Chloé Dabert. On est tout autant impressionné par « Les Enfants », créée à Londres en 2017 et montée par Eric Vigner au Théâtre de l’Atelier. Singulièrement en phase avec l’actualité, le texte traite des risques du nucléaire, des énergies alternatives et du monde que nous laisserons à nos enfants. Son ton et sa forme déroutent et fascinent : démarrant sur le mode caustique, la pièce vire sans transition à la tragédie.

Une femme, Rose, vient rendre visite à deux amis qu’elle n’a pas vus depuis trente ans dans une région au bord de la mer dévastée par un accident nucléaire à la suite d’un tsunami. Le couple, Hazel et Robin, s’est adapté à la situation de crise : changement de maison pour s’éloigner des radiations, rationnement de l’énergie, contrôle des aliments, gestion du stress par des activités physiques (le yoga). Très vite on découvre que le trio a travaillé de longues années à la centrale nucléaire en tant qu’ingénieurs et que Rose a entretenu une liaison avec Robin.

Sacrifice

Les échanges mi-aimables, mi-acides, entre nostalgie d’un progrès révolu, profession de foi écologique et règlements de comptes sentimentaux, prennent un tour nouveau quand Rose leur révèle la vraie raison de sa venue. Ce n’est pas pour ressasser le passé qu’elle s’est invitée chez Hazel et Robin, mais pour les inciter à un sacrifice, visant à préserver la jeune génération. Soudain, « Les Enfants », jusque-là absents de cette pièce à trois personnages – sinon à travers l’évocation en pointillé de la « fille en colère » d’Hazel et Robin – sont remis au centre du jeu, tels des héros invisibles que leurs parents terrifiés sont appelés à sauver.

Comme « Le Firmament », « Les Enfants » est une pièce très british, qui se joue des codes du boulevard, des romans à suspense, du théâtre social et du naturalisme. Eric Vigner pointe l’influence d’Harold Pinter, Martin Crimp, Gregory Motton, David Hare et Sarah Kane, tout en décelant une filiation avec les interrogations de Duras à la fin de sa vie « sur ce qui resterait après l’apocalypse »… Le texte de Kirkwood, brillant comme le cristal, est fragile : un traitement appuyé, trop démonstratif, risquerait d’en briser l’élan et de transformer le fin brûlot en pâle mélo.

Valse énigmatique

La mise en scène d’Eric Vigner évite l’écueil. Dans un décor de récup aussi élégant qu’inquiétant, il orchestre une valse énigmatique et distanciée, qui laisse la réflexion toujours ouverte. Le mystère et le malaise sont entretenus par un jeu de lumières savant et par une bande-son faites de vibrations et d’éclats explosifs. Disposant de trois bêtes de scène pour interpréter la tragicomédie – Dominique Valadié (Rose) Cécile Brune (Hazel), Frédéric Pierrot (Robin) – il les dirige avec finesse, sans les brider, tout en leur imposant une retenue constante. Entre résignation, idéaux brisés et bouffées de tendresse, ils évoluent comme des ex-futurs fantômes à la fois pathétiques et magnifiques.

« Les enfants » n’est pas un spectacle rébarbatif, mais il est dérangeant. Il mérite d’être vu, entendu avec attention. Mieux que les débats politiques du moment, Lucy Kirkwood, Eric Vigner et son trio magique nous offrent le théâtre d’un monde à vif qui fait frémir, sourire aussi parfois. Et surtout penser.

 

LES ENFANTS

de Lucy Kirkwood Mis en scène par Eric Vigner

Paris, Théâtre de l’Atelier , à 21 h 00 Durée : 1 h 30

Le texte de la pièce, ainsi que celui du « Firmament », tous deux traduits par Louise Bartlett, sont édités par L’Arche.

Philippe Chevilley

29 09/2022

LES ENFANTS THÉÂTRE DE L’ATELIER | LE MONDE 28_09_22

jeudi 29 septembre 2022|Catégories: Spectacle Vivant|Mots-clés: |

Au Théâtre de l’Atelier, à Paris, les soixantenaires dans la tourmente nucléaire

Eric Vigner crée « Les Enfants », une pièce de la jeune autrice britannique Lucy Kirkwood, servie par Dominique Valadié, Cécile Brune et Frédéric Pierrot.

Par Brigitte Salino 

Une nouvelle autrice dans la saison : Lucy Kirkwood. Fille d’un analyste de la City et d’une professeure de langue des signes, cette Britannique de 38 ans, très repérée dans son pays, est deux fois à l’affiche à Paris : Chloé Dabert met en scène Le Firmament, au Centquatre, et Eric Vigner Les Enfants, au Théâtre de l’Atelier, avec Dominique Valadié, Cécile Brune et Frédéric Pierrot. On n’aurait pu rassembler trio mieux accordé pour jouer cette pièce intrigante, drôle et brutale, dans la lignée du théâtre anglo-saxon qui n’hésite pas à lorgner du côté du boulevard pour aller vers l’absurde, le non-dit, ou l’abîme de l’incompréhension.

Les Enfants, ce sont des retraités : un couple, Hazel (Cécile Brune) et Robin (Frédéric Pierrot), à qui vient rendre visite Rose (Dominique Valadié). Ils habitent une maison au bord de la mer, près de la centrale nucléaire dans laquelle ils ont travaillé, comme ingénieurs. Depuis qu’ils ont arrêté, ils se sont reconvertis dans l’agriculture biologique. Après la catastrophe, un tsunami qui a endommagé la centrale, ils n’ont pas voulu partir. Ils vivent avec des coupures d’électricité, un compteur pour mesurer les radiations, le yoga pour Hazel, les vaches pour Robin.

Rose arrive comme une apparition. Trente-huit ans qu’ils ne l’ont pas vue. Elle était physicienne à la centrale puis elle a vécu sa vie ailleurs. Elle ne fait pas de yoga, elle vit seule, n’a pas d’enfants, et elle ne cesse de parler à Hazel et à Robin de leur fille aînée, Lauren, née quand ils travaillaient ensemble. Trois adultes et un enfant : cette multiplication hasardeuse est le premier indice d’une histoire dont la pièce découvre peu à peu la teneur. Tout se passe comme dans le jeu de mikado, où l’extraction de chaque baguette libère un espace. Le spectateur voit s’ouvrir des fentes qui peuvent devenir des gouffres, intimes et générationnels.

Humour feutré

Car c’est bien de cela qu’il s’agit. D’une génération qui a autour de 65 ans, et qui a vécu dans un autre monde, si l’on peut dire. L’avenir ne dépendait pas d’un tsunami, ni le présent d’une coupure de courant. D’une certaine manière, Hazel s’accroche à ce temps-là. Elle veut résister en combattant la vieillesse. Elle a des phrases-chocs. Sur l’endroit où elle vit avec Robin : « Les retraités, c’est comme les centrales nucléaires. On aime vivre au bord de la mer. » Sur le plaisir d’être grand-mère de quatre petits-enfants : « J’adore les rendre à leurs parents ! »

Rose, elle, a l’humour feutré et cinglant de qui sait manier la périphrase. Avec ses deux seins en moins, et la pilule qu’elle prend pour annihiler sa libido, elle perçoit le temps de la vieillesse autrement. C’est d’ailleurs pour cela qu’elle est venue : pour donner aux plus jeunes le temps de vivre. A la centrale, les ingénieurs ont 35 ans, des enfants, et leur espérance de vie est limitée par les risques majeurs de radiation. Rose a mis sur pied un projet pour qu’une équipe de soixantenaires les remplace. Elle se sent responsable d’avoir participé à la construction de la centrale sans avoir sérieusement pris en compte les questions de sécurité.

Tout s’imbrique dans « Les Enfants » : le présent et le passé, la confrontation et la libération, l’autre et soi

Et Robin ? C’est un homme perdu, qui cache à Hazel sa véritable occupation : non pas nourrir les vaches, mais les enterrer. Un homme transpercé, que la présence de Rose renvoie à un amour inassouvi. Un homme qui crâne devant les deux femmes, avec sa « tête de maison hantée », selon Hazel, et qui refuse catégoriquement d’« apprendre à vivre avec moins », comme les temps de pénurie le dictent, selon Rose. Son humour filtre avec la dérobade et le grincement de dents. Il se sent « érodé », et pense que sa mort et celle d’Hazel libéreraient leur fille Lauren, qui va mal.

Tout s’imbrique dans Les Enfants : le présent et le passé, la confrontation et la libération, l’autre et soi. Un jeu complexe, qu’Eric Vigner maîtrise subtilement. Le metteur en scène sait manier l’ellipse, jusque dans le décor, qu’il signe. Un beau décor, subtil et irradiant, comme les trois comédiens. Chacun a sa personnalité. Cécile Brune possède la force, Dominique Valadié l’étrangeté, Frédéric Pierrot la vulnérabilité. Ils se complètent et accordent leurs désaccords de vieux « enfants ».

Les Enfants, de Lucy Kirkwood. Traduction : Louise Bartlett. Mise en scène : Eric Vigner. Avec Dominique Valadié, Cécile Brune et Frédéric Pierrot. Théâtre de l’atelier, place Charles-Dullin, Paris 18e. Jusqu’au 27 novembre, du mardi au samedi à 21 heures ; dimanche à 15 heures. De 21 € à 41 €. Le texte est édité à L’Arche (92 p., 13 €). 

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29 09/2022

UNE SOIRÉE AVEC JEAN ROCHEFORT | LE FIGARO 29-09-22

jeudi 29 septembre 2022|Catégories: Spectacle Vivant|Mots-clés: |

Hommage émouvant et drôle à Jean Rochefort

Par Nathalie Simon

Publié 29_09_22

CRITIQUE – À la Scala, un cycle de «lectures-spectacles» est consacré au grand comédien et amoureux des chevaux. Avec Thierry Lhermitte en ouverture.

Moustache fière et verve malicieuse, pull-over corail, pantalon violet et baskets jaunes, Jean Rochefort renaît sur la scène de la Scala à Paris. Cinq ans après sa mort, le 9 octobre 2017, l’historien de l’art Edwart Vignot, qui a cosigné avec le comédien Le Louvre à cheval (Éditions Place des Victoires), lui rend hommage à travers un spectacle musical intimiste.

 Le public écoute tour à tour côté jardin Clémence Rochefort, l’une des trois filles de l’acteur, lire des extraits de son livre intitulé Papa (Plon). Côté cour, une personnalité dit les commentaires qu’il avait imaginés pour le beau livre de Vignot consacré aux figures équines. Mario Choueiry les accompagne au piano et à la guitare.

 Ce soir-là, c’est un Thierry Lhermitte en baskets qui étrenne le cycle de « lectures-spectacles» autour de l’interprète d’ Un éléphant, ça trompe énormément. Avec Clémence Rochefort, ils dessinent à la fois le portrait d’un fin connaisseur des chevaux et d’un père attachant, drôle, fin et inspiré aussi bien par les peintures de Géricault, Rubens ou Delacroix que par un tissu copte ou une enluminure iranienne, tous figurant son animal préféré.

Cavalier émérite, Jean Rochefort livre des réflexions éclairées et pleines d’humour. Il s’était mis à la place d’un spectateur ordinaire pour décrire les chefs-d’œuvre comme s’il les voyait pour la première fois. Ajoutant à ses observations une touche de fantaisie. À son image. «Quel regret que ces œuvres ne soient pas olfactives! Quoi de plus délicieux que l’odeur du foin, de la paille et des chevaux», s’exclamait-il face à une aquarelle de Delacroix, Trois chevaux dans une écurie.

Une leçon essentielle

Droite comme un I derrière son micro, vêtue d’un chemisier blanc et d’un pantalon noir, perchée sur de petits talons, élégante et sage, Clémence Rochefort raconte plusieurs anecdotes savoureuses. Son illustre paternel ne manquait aucune occasion de faire le clown. On se souvient de ses imitations de chimpanzé! Quand le commandant du Crabe-Tambour conduisait sa progéniture à l’école Sainte-Thérèse de l’enfant Jésus, il demandait: «On fait quoi à l’école Sainte Thérèse?» Et, facétieux, de répondre: «On baise!»

 Fervente admiratrice de l’acteur, sa fille révèle toutefois un moment de solitude au Festival de Cannes. Jean Rochefort, qui est pressenti pour recevoir un prix d’interprétation, apprend à la dernière minute que le trophée est décerné à un autre. Entouré d’une foule d’agents, de journalistes et de producteurs, il rentrera à son hôtel à pied. Mais sa «puce» a retenu une leçon essentielle de son géniteur. Toujours dans le doute malgré son expérience, il l’encourageait à «oser». Lui qui se réjouissait chaque année d’assister au premier jour de printemps ne cessait de répéter : «La vie est belle.»

Une soirée avec Jean Rochefort  et Vincent Delerm le 4 octobre, Alex Vizorek le 31 octobre, Marina Hands le 21 novembre, Alex Lutz le 19 décembre. Jusqu’au 29 décembre à la Scala (Paris 10e). Loc.: 01 40 03 44 30.

www.lefigaro.fr

28 09/2022

Une farouche liberté / Gisèle Halimi | La Terrasse 28_09_22

mercredi 28 septembre 2022|Catégories: Spectacle Vivant|Mots-clés: |

Ariane Ascaride et Philippine Pierre-Brossolette interprètent tous les visages de Gisèle Halimi dans une mise en scène de Léna Paugam

LA SCALA / D’APRÈS UNE FAROUCHE LIBERTÉ D’ANNICK COJEAN ET GISÈLE HALIMI / MISE EN SCÈNE DE LÉNA PAUGAM

Publié le 27 septembre 2022 – N° 303

Comment ce projet est-il né ?
Léna Paugam : Philippine Pierre-Brossolette a lu Une farouche liberté à sa parution et en a été bouleversée. Persuadée de la nécessité de monter un projet autour de ce livre, elle a demandé les droits d’adaptation à Annick Cojean et aux héritiers de Gisèle Halimi, qui venait de décéder. Philippine en a parlé à différents directeurs de théâtre dont celui de La Scala, que ce projet a séduit. C’est elle qui a eu l’idée de l’adaptation à deux voix et qui a proposé à Ariane Ascaride de l’accompagner sur scène. J’ai accepté avec plaisir de mettre en scène ce projet, mais j’ai proposé une autre adaptation du texte. J’y ai joint plusieurs documents d’archives sonores qui mettent en valeur la dynamique singulièrement vive et précise de la langue de Gisèle Halimi. Chacune des deux comédiennes interprète à tour de rôle la figure de l’avocate, mettant sa sensibilité propre au service du portrait contrasté d’une femme aux multiples facettes.

« Un féminisme qui s’appuie sur l’idée de sororité mais ne se construit pas contre les hommes. »

Quelle est-elle ?
L. P. :
Dans le livre, Annick Cojean interroge d’abord Gisèle Halimi sur son enfance, qui a fait ce qu’elle est devenue. On passe ensuite par les différentes affaires de sa vie, la guerre d’Algérie, l’engagement politique, le procès de Bobigny, le procès d’Aix. On découvre progressivement le portrait de cette femme exceptionnelle mais aussi celui de toutes les femmes qu’elle a rencontrées : sa mère, premier modèle contre lequel elle s’insurge, les femmes qu’elle a défendues, Djamila Boupacha, Marie-Claire Chevalier et sa mère, mais aussi les femmes qui l’ont inspirée, Simone de Beauvoir, son amie Simone Veil, ses camarades de lutte. Je voulais qu’Ariane et Philippine puissent se libérer de l’injonction d’incarner Gisèle pour devenir une surface de projection de toutes ces femmes qui l’ont accompagnée.

Quels sont les thèmes de la pièce ?
L. P. : Gisèle Halimi a défendu toute sa vie, avec un engagement continu, une grande idée de la justice. Ce spectacle parle de la liberté avec laquelle elle a tenu à mener ses combats sans craindre d’être irrespectueuse ou irrévérencieuse. Il raconte aussi l’histoire d’un féminisme qui s’appuie sur l’idée de sororité mais ne se construit pas contre les hommes, un féminisme dont les luttes passent par l’institution, par le désir de changer les lois pour bouleverser le système de l’intérieur. C’est aussi l’histoire d’une détermination, d’un courage et d’un enthousiasme sans bornes, magnifiques et inspirants. Ce livre est comme un passage de flambeau : voilà pourquoi j’ai accepté ce projet. Les deux comédiennes ont une nature de jeu et une histoire très différentes mais elles se complètent et, par elles, deux générations de femmes qui ont beaucoup à se dire dialoguent. Il y a une nécessité à porter cette parole pour toutes les femmes. Ce théâtre-récit, sobre et joyeux, assume sa simplicité et sa douceur pour affronter des sujets complexes, sensibles et douloureux. Le nombre de femmes concernées par ce spectacle est très grand !

Propos recueillis par Catherine Robert

www.journal-laterrasse.fr

26 09/2022

Respire: Romane Bohringer, mon enfant, ma bataille | Le Figaro| 26-09-22

lundi 26 septembre 2022|Catégories: Spectacle Vivant|

Notre critique 

Par Nathalie Simon 

Publié il y a 3 heures, mis à jour il y a 3 heures

 

La comédienne interprète à la Scala, à Paris, une femme dont l’enfant est a été mise sous respiration artificielle. Une performance éblouissante.

La tête dans les mains, assise sur une chaise dans le couloir d’une maternité, Romane Bohringer est une mère dont l’enfant a été mise sous respiration artificielle. « Respire ! », la supplie-t-elle. Cette nuit-là, en dépit de ce que disent les médecins – « il faut vous reposer » -, cette femme dont on ne saura jamais le nom décrit le monde qui attend son bébé. De tout son cœur et de toute son âme, elle espère que son « grelot », son « orchidée », son « panda » parvienne à respirer seule.

Presque rageusement, elle cherche à lui transmettre son énergie vitale, lui donne des raisons de vivre réelles ou imaginaires. Lui fait miroiter des rêves en grand, des voyages lointains et des amours heureuses. Prie Dieu et esprits divers. En rappelant la présence indéfectible de ses anges gardiens, son père et sa sœur qui attendent de bonnes nouvelles à la maison. Elle-même maman, Romane Bohringer s’est « reconnue »dans Respire, de Sophie Maurer. Ce combat d’une mère ordinaire est un hymne fou à la vie.

 L’actrice porte le spectacle sur ses épaules. Cheveux attachés, pieds nus, en jean, elle occupe le plateau de la Piccola Scala avec une vérité qui force l’admiration. Panchika Velez, qui lui a apporté le texte, signe une mise en scène centrée sur l’actrice. Elle alterne les paroles de la combattante à son nourrisson derrière la vitre et les recommandations du personnel soignant, « je n’entends pas », répète la mère courage accompagnée discrètement par la musique au piano de Bruno Ralle et éclairée par les lumières cliniques de Lucas Jimenez.

Touches d’humour salvatrices

Sophie Maurer parle avec sensibilité de « l’hésitation face au tremblement du monde, à l’incertitude, à la difficulté d’être et de persister dans cet être ». De telle façon que le public ne peut que se sentir en empathie avec son héroïne des temps modernes. Mais l’auteur ne tombe jamais dans le pathétique, parsème au contraire cette nuit entre la vie et la mort de touches d’humour salvatrices. Charrie des fleuves d’humanité.

 

Romane Bohringer qui a fait salle comble avec L’Occupation, d’Annie Ernaux cet été au Festival Off d’Avignon, possède le don d’habiter ses personnages. Elle marque de son empreinte chacune de ses interprétations. On a l’habitude de ces performances. Elle a dit les mots de Shakespeare, Brecht ou Tennessee Williams.

Elle jouera bientôt de nouveau seule sur scène LeBel Indifférent, une pièce en un acte de Jean Cocteau monté comme un musical par Christophe Perton.

Respire, à La Scala (Paris 10e), jusqu’au 8 octobre, et du 3 février au 1eravril 2023 Tél. : 01 40 03 44 30.

9 09/2022

Les Enfants de Lucy Kirkwood au Théâtre de l’Atelier- France inter 09-09-22

vendredi 9 septembre 2022|Catégories: Spectacle Vivant|Mots-clés: |

Les Enfants de Lucy Kirkwood au Théâtre de l’Atelier du 20 septembre au 27 novembre

Par Valérie Guédot

Publié le vendredi 9 septembre 2022 à 11h13

Sous le couvert de la comédie, se pose la question de la responsabilité des adultes face à l’avenir de leurs enfants.

Résumé : Un couple d’ingénieurs nucléaires à la retraite vit quelque part au bord de la mer près d’une centrale nucléaire qui vient d’être touchée par un tsunami (on pense bien entendu à la catastrophe de Fukushima). Une collègue ingénieur qui a participé elle aussi à la construction des grandes centrales scientifiques de la terre – un amour de jeunesse que l’on n’a pas vu depuis trente ans – arrive un soir d’été pour leur faire une proposition étonnante.

Cette pièce qui se joue à partir du 20 septembre au Théâtre de l’Atelier, a un humour noir dans la lignée de ce théâtre anglais si particulier qui allie à la fois la culture du trio du boulevard et les questions idéologiques et politiques dans l’espace intime. Elle interroge la responsabilité de cette génération des années 70 qui a cru au progrès, à l’atome et à l’amour libre.

Éric Vigner, metteur en scène et scénariste de la pièce, nous livre ses intentions :

« Les Enfants est une pièce de Lucy Kirkwood créée à Londres au Royal Court en 2017. C’est la première fois qu’elle sera jouée en France et c’est toujours émouvant de pouvoir faire découvrir au public français une nouvelle écriture contemporaine, en l’occurrence celle d’une jeune femme, (Lucy Kirkwood), née en 1984 qui est aussi scénariste en prise avec notre réalité planétaire.

Cette comédie à l’humour noir et très acéré s’inscrit dans la lignée d’une longue tradition réaliste dans le théâtre britannique. Il traite des réalités sociales et politiques du présent le plus souvent dans l’espace intime avec une forme de distanciation qui évoque notre théâtre de l’absurde.

Dans cette histoire une femme arrive un soir dans un no where au bord de la mer dont on comprend assez vite qu’il se trouve à proximité d’une centrale atomique qui a subi une catastrophe identique à celle de Fukushima. Que vient-t-elle faire et pourquoi reprend-elle contact avec ce couple d’ingénieurs nucléaires dont elle fut leur collègue après si longtemps ? Est-ce l’amour de jeunesse pour l’homme qui la conduit jusqu’ici ? A travers cette histoire, qui se révèle en pointillé au fur et à mesure que l’on avance dans la pièce, se dessine le portrait d’une génération et d’une culture, celle des années 70 qui a cru à l’amour libre et au progrès nucléaire.

Kirkwood pose la question de ce qui reste, de ce qui resterait après l’apocalypse et de ce que l’on pourrait faire face au constat d’une civilisation qui croyait au progrès et qui voit son échec. La solution qu’elle propose est une initiative individuelle singulière, concrète et inédite qui donne beaucoup à réfléchir sur ce que c’est de vivre, d’être humain au milieu des humains et de considérer son action individuelle au regard de celle des autres.

Est-ce que l’amour au bout du compte ne pourrait pas être l’énergie sur laquelle l’on pourrait s’appuyer pour, peut-être, consoler à défaut de pouvoir réparer avant de reconstruire ?

Chez Kirkwood, les enfants sont absents, on en parle à travers l’évocation de Lauren la fille aînée du couple, comme une enfant malade et rebelle, ou par la présence d’un tricycle que l’on a retrouvé sous la boue qui a tout recouvert après la vague du tsunami qui a endommagé la centrale. Les Enfants c’est aussi ce qui reste de l’enfance, la nôtre, celle de nos parents et de leurs enfants après eux.

Face à cette écriture nouvelle, il fallait une distribution exceptionnelle, un trio qui contribue par son expérience de vie et d’acteur à l’éclairer de ses talents. Cécile Brune, Frédéric Pierrot et Dominique Valadié porteront haut le message de Lucy Kirkwood. »

►►► Distribution

  • Les enfants de Lucy Kirkwood
  • Mise en scène et scénographie d’Eric Vigner
  • Traduction Louise Bartlett
  • Avec : Cécile Brune : Hazel // Frédéric Pierrot : Robin // Dominique Valadié : Rose

La pièce Les Enfants a été créée au Royal Court à Londres en 2017 puis à Broadway. C’est la première fois qu’elle sera jouée à Paris.

 

22 08/2022

 Gala d’opéra à la Pointe des Poulains de Belle-Île-en-Mer | Olyrix 14-08-22

lundi 22 août 2022|Catégories: Festivals, Spectacle Vivant|Mots-clés: |

 

Le 14/08/2022Par Véronique Boudier

Le Gala d’opéra consacré cette année à Mozart au Festival Lyrique-en-mer met à l’honneur l’ensemble des artistes lyriques présents pour cette édition, dans un cadre d’exception situé à la Pointe des Poulains.

 

La falaise de la Pointe des Poulains qui domine la demeure de la comédienne Sarah Bernhardt se transforme le temps d’une soirée en scène lyrique pour un récital réunissant artistes jeunes et confirmés venus sur l’île pour suivre la master-class proposée par le Festival.

Le format ad libitum comme l’appréciait le fondateur Richard Cowan ne détaille pas les morceaux interprétés et c’est Philip Walsh, directeur du Festival, qui présente au fur et à mesure du concert ce programme surprise constitué d’airs, duos, trio, ensemble, extraits d’opéras de Mozart (Don Giovanni, Le Directeur de théâtre, Zaïde, La Flûte enchantée, La Clémence de Titus, Les Noces de Figaro, Cosi fan tutte, Idoménée et L’Enlèvement au Sérail), répertoire exigeant par sa précision esthétique, nécessitant un cantabile impeccable, des coloratures précises et une palette de couleurs variée, d’autant plus que les voix non amplifiées ne bénéficient d’aucune réverbération avantageuse. Chaque chanteur incarne les différents personnages des opéras mozartiens avec conviction même s’ils ne présentent pas tous la même assurance selon leur niveau de professionnalisme. © Véronique Boudier

 

C’est à deux jeunes artistes que revient l’honneur d’ouvrir le concert avec “La ci darem la mano” (Don Giovanni). La soprano belge Sara Barakat d’une voix claire et bien projetée incarne une Zerlina séductrice et souriante. Le baryton colombien Carlos Felipe Cerchiaro lui donne la réplique offrant une prestation juste et appliquée, à la diction précise. Il revient par la suite pour un autre duo, celui de Papageno avec Pamina confirmant le soin qu’il porte pour marier sa voix avec celle de sa partenaire.

Sharon Tadmor enchaîne avec un air du Directeur de théâtre. La voix de la soprano belge se déploie avec souplesse, des aigus faciles et un phrasé toujours bien pensé, agrémenté de quelques coloratures pour interpréter un personnage bien plus tourmenté que celui de l’Amour qu’elle interprète dans Orphée et Eurydice (l’opéra représenté cette année). Sa deuxième intervention, en Reine de la nuit, la met davantage en difficulté. Les changements de registres restent fluides comme les vocalises mais les extrêmes aigus trop serrés entraînent de petits déraillements. Trop absorbée par la prouesse, elle en oublie quelque peu l’éloquence.

C’est de nouveau un jeune artiste, déjà entendu dans Le Messie de Haendel lors du concert « Venez chanter » qui enchaîne avec Zaïde : Erwan Fosset offre une prestation impliquée de sa voix de ténor énergique avec une accroche solide lui permettant un (peut-être une réminiscence de son interprétation d’Orphée). Puis c’est au tour du baryton ukrainien Igor Mostovoi d’entrer en scène pour interpréter d’une voix vibrante et nuancée la sérénade de Don Giovanni “Deh vieni alla finestra”. Par la suite, il s’approprie de façon tout aussi convaincante le rôle de Guglielmo (Cosi fan tutte) pour une des pages les plus brillantes du répertoire mozartien “Rivolgete a lui lo sguardo”. La voix est brillante, la prononciation précise et il fait preuve de souplesse dans l’ornementation. Un concert Mozart ne serait pas le même sans Chérubin et ici même ses deux airs. Le “Non so più” revient à la jeune mezzo française Orana Ripaux. Sa voix veloutée dotée d’un léger vibrato, aux aigus perlés, sa belle musicalité et le soin apporté au texte font frémir le public. Le deuxième air “Voi che sapete” est chanté par Serena Pérez.  Sa voix ample de mezzo a de chaudes couleurs et une belle rondeur, donnant au personnage une allure plus exaltée que candide (peut-être une réminiscence de son interprétation d’Orphée). A l’aise scéniquement, elle se joint à Jazmin Black Grollemund pour une version décalée (avec téléphones portables) du duo extrait de Cosi fan tutte “Prendero quel brunettino”, déclenchant les rires du public. Tout sourire, la soprano possède une voix ample, nuancée aux aigus épanouis. Cette belle alchimie entre voix de soprano et de mezzo se retrouve également dans le duo amoureux entre Servilia et Annio, extrait de La Clémence de Titus “Ah perdona al primo affetto” interprété par Maria Koroleva et Serena Pérez. Le ténor britannique Alexander Bevan entame son air extrait de La Flûte enchantée avec une voix vibrante, bien projetée et un souci du phrasé constant. Le timbre n’est cependant pas assez nuancé et coloré pour exprimer le ressenti de Tamino, tombant amoureux à la vue du portrait de Pamina.

 

Enfin, Marley Jacobson (déjà soliste dans le concert Haendel) aborde de sa voix fraîche de jeune soprano au timbre clair et lumineux l’air de Blonde dans L’Enlèvement au Sérail. L’exercice est un peu périlleux pour la voix qui présente encore quelques fragilités au niveau de l’accroche et de la conduite de la ligne mélodique pour interpréter cet air où l’héroïne fait preuve d’une certaine véhémence pour combattre les avances d’Osmin.

Pour conclure ce concert, les voix de Jazmin Black Grollemund et Blythe Gaissert se rejoignent dans une belle harmonie, soutenue par les graves d’Igor Mostovoi pour le trio “Soave sia il vento” extrait de Cosi fan tutte, vent suave qui aurait été fort apprécié en cette journée caniculaire !

Philip Walsh remercie l’ensemble des chanteurs sans oublier les pianistes accompagnateurs pour leur belle complicité et le plaisir de travailler ensemble : David Jackson avec un jeu varié mais précis dans les tempi et les nuances, Joyce Fieldsend en accompagnatrice de classes de chant. Fier des Jeunes Artistes, ces derniers tous réunis interprètent le chœur extrait d’Idoménée “Placido e il mar, andiamo!” (la mer est calme, allons-y). Après de longs et chaleureux applaudissements, le public se dirige vers la sortie tout en admirant le coucher du soleil se reflétant sur un océan mordoré, d’un calme absolu.

22 08/2022

Le chant d’Orphée sauve Eurydice à Belle-Île | Olyrix 12-08-22

lundi 22 août 2022|Catégories: Spectacle Vivant|Mots-clés: |

Le 12/08/2022Par Véronique Boudier

Le Festival international Lyrique-en Mer de Belle-Ile fondé en 1998 renoue avec l’opéra (même s’il n’a jamais abandonné l’art lyrique), en proposant Orphée et Eurydice de Gluck sous la direction musicale de Philip Walsh (Directeur artistique de l’événement), dans une mise en scène de Robert Chevara.

Après deux saisons perturbées à cause du Covid mais durant lesquelles le Festival a néanmoins proposé des événements remarqués (y comprisdéconfiné, sacré, dansant), et en Gala d’Opéra), les festivités se poursuivent et reprennent de plus belle. Orphée et Eurydice de Gluck est ainsi le premier opéra à être joué à Belle-Ile depuis Lucia di Lamermor. Musique, théâtre mais aussi danse fusionnent ici dans la version en français arrangée par Berlioz (où le rôle titre est confié à une mezzo-soprano) pour l’une des plus émouvantes histoires d’amour de la mythologie antique.

Point de lyre, de couronne de laurier, de colonnes grecques pour cette version épurée que propose Robert Chevara. L’un des axes de sa mise en scène est la transformation du protagoniste devenant homme possédé plutôt qu’un héros. Le rôle de cet Orphée tourmenté à l’extrême est confié à la mezzo-soprano espagnole Serena Perez. Complètement investie, sa voix puissante, charnue, aux couleurs sombres se déploie même pour exprimer l’affliction et le désespoir profond. Elle répond ainsi et aussi aux souhaits du metteur en scène, par sa voix à la fois lyrique et dramatique avec un vibrato bien affirmé. Le son est parfois serré dans les aigus lorsqu’il est émis de la gorge, et la ligne de souffle manquant parfois de contrôle entraîne quelques petits problèmes de justesse. La voix bien projetée quand elle est seule perd toutefois en intensité dans les duos. L’agilité est certaine dans les vocalises même si elles n’ont pas la fluidité d’une voix plus droite (moins vibrante) proposée souvent pour ce rôle. Pourtant habituée du répertoire baroque, la chanteuse tend vers une approche plus XIXème siècle du rôle, correspondant plus à l’époque de Berlioz et aux exigences dramatiques mais aussi en raison des aléas de la production (l’indisponibilité de la chanteuse initialement prévue, pour cause de maladie, ne lui laissant qu’une quinzaine de jours de travail).

 

Le rôle d’Eurydice est confié à la jeune sopranoMaria Koroleva, qui passe de la douceur juvénile au désarroi et à la véhémence d’une femme se sentant négligée, se livrant à la mort. Elle restitue la dimension tragique du rôle avec un engagement scénique convaincu et une bonne diction. Le timbre clair de sa voix agile aux aigus bien ouverts et au vibrato léger lui permet quelques ornementations bien gérées. Le legato également contrôlé déploie son homogénéité à travers les registres.

Sharon Tadmor campe l’Amour enjôleur et plein de vitalité. Jeune soprano au timbre frais, sa voix est légère, bien projetée et légèrement vibrée, laissant entendre de délicates colorations sur certaines syllabes (placées sur les appogiatures : ornements accentués) renforçant la compréhension.

Pour sa mise en espace vivante, qualifiée de « gigue de la vie », le metteur en scène s’est associé à la chorégraphe finlandaise Sara Europaeus, présente également sur scène. Dans cet espace uniquement habillé de lumières (vert, rouge, orange, blanc délavé) suggérant les lieux, comme la descente aux Enfers, ce sont les chanteurs qui habitent la scène, et surtout le chœur constitué des neuf jeunes artistes du Festival. La chorégraphe propose des directives précises dans l’expression corporelle, véritable cheminement se mouvant en permanence, explorant l’espace, en bloc, en ligne, courant, rampant, se croisant, s’enlaçant (tout en respectant les parties chantées, en plaçant le chœur face au chef pour des départs précis). La part belle est donnée à une danse aux mouvements exécutés de façon collective, avec plus ou moins d’assurance et de précision selon les chanteurs mais qui présente l’avantage de mettre en avant le corps animant l’action théâtrale. Les jeunes artistes en formation assurent ainsi les élans du c(h)œur dans cet opéra où sa fonction est essentielle, assurant à la fois la narration du drame et endossant tour à tour le rôle des bergers et nymphes de l’acte I (vêtus de noir, couleur du deuil), des spectres et furies à l’acte II, les ombres heureuses (vêtues de blanc) à l’acte III avant d’être eux-mêmes, vacanciers à Belle-Île, pour le finale, habillés de costumes estivaux et colorés marquant le retour à la vie !

Sara Europaeus – Orphée et Eurydice par Robert Chevara (© Lyrique‑en‑mer)

Ces jeunes chanteurs, qui ne se connaissaient pas auparavant, de nationalités diverses et dont la plupart ne parle pas français, offrent une prestation plutôt homogène, même si certaines voix sont un peu plus affirmées que d’autres. La prouesse est louable et saluée comme telle : chanter, danser, bouger pouvant vite devenir périlleux car le soutien vocal peut se fragiliser suite à l’essoufflement lié à la performance physique. Les contrastes ne sont cependant pas assez marqués, comme dans le chœur des furies pris à un tempo un peu lent.

Parmi ces jeunes artistes du festival, certains ont également assuré des parties de solistes dans le concert « Venez chanter » réunissant 150 choristes amateurs autour du Messie de Haendel, notamment Alysia Hanshaw et Marley Jacobson aux voix de sopranos claires, à la ligne mélodique bien conduite et expressive, la mezzo Orana Ripaux présentant une belle homogénéité entre graves chaleureux et aigus lumineux, et enfin le ténor Erwan Fosset issu de la Maîtrise de Sainte-Anne-d’Auray (Prix Liliane Bettencourt pour le chant choral 2021) et membre du Choeur Mélisme(s), à la voix claire et agile, bien projetée dans Ev’ry valley.

 

Sans être particulièrement versé dans ce type de répertoire, l’Orchestre de Lyrique-en-mer constitué de 14 musiciens (un par pupitre) dirigé par Philip Walsh parvient à préserver musicalement l’intimité baroque de l’œuvre, notamment dans les passages avec solo instrumental. La maîtrise des nuances, des tempi, la recherche d’harmonie entre cordes et bois ne nuisent pas aux chanteurs, mais instaurent au contraire et par l’écoute du chef un tissu sonore propice au chant même si les effets de contraste mis au service de la dramatisation auraient pu être davantage appuyés.

Le public constitué d’habitués, résidants ou non sur l’Île, applaudit avec enthousiasme l’ensemble de la production, savourant leur chance d’assister à des productions lyriques de qualité grâce à une équipe (bénévoles compris) investie mais tout de même pressée de sortir de « l’Enfer » (certes relatif) de la salle Arletty qui manque d’atmosphère –n’étant pas climatisée– pour retrouver un peu de la fraîcheur nocturne.

www.olyrix.com

1 08/2022

Le Palais. Festival Lyrique en mer : Philip Walsh à la baguette | Ouest France 28-07-22

lundi 1 août 2022|Catégories: Spectacle Vivant|Mots-clés: |

 

Mercredi 27 juillet 2022 au soir, le festival Lyrique fêtait sa renaissance, après deux ans de silence. Philip Walsh, directeur artistique et chef d’orchestre, a présenté le programme devant une audience impatiente et enthousiaste.

Publié le 28/07/2022 à 19h00

Une joyeuse atmosphère régnait dans la salle Arletty, mercredi 27 juillet 2022 au soir, au Palais (Morbihan), tant les artistes et les amoureux d’opéra et de musique étaient heureux de se retrouver, après deux ans d’interruption forcée.

Le confinement a pourtant des bons côtés puisqu’il a permis à David Jackson, directeur musical et chef de chœur, de réorchestrer le Stabat Mater, du compositeur tchèque Antonin Dvorák (1841-1904), pour les quatorze musiciens du festival. Vendredi 29 juillet 2022, c’est le grand retour du chœur de Belle-Isle,

qui chantera sous la direction de David Jackson.

Orphée et Eurydice, par Hector Berlioz

Pas de Carmen ni de Traviata cette année, mais un opéra moins connu : Orphée et Eurydice, du compositeur allemand Christoph Willibald Gluck. Inspiré du mythe grec d’Orphée, composé en 1762 et remanié plusieurs fois, l’orchestre jouera la version d’Hector Berlioz. Pour cette production exceptionnelle, Philip Walsh s’est associé au metteur en scène britannique Robert Chevara qui a présenté la vision de son travail et a collaboré main dans la main, avec la chorégraphe finlandaise Sara Europaeus.

« Les chanteurs doivent habiter l’espace »

Je travaille dans un espace vide, un minimum de décor, les chanteurs doivent habiter l’espace, savoir ce qu’ils font et c’est beaucoup de pression. Nous avons beaucoup travaillé en amont avec Sara sur la gestuelle, ce qui a facilité mon travail sur place, explique Robert Chevara qui vient à Belle-Ile (Morbihan) pour la première fois. La mezzo-soprano Serna Perez et la soprano Maria Koroleva seront respectivement Orphée et Eurydice. Les deux artistes ont montré leur indéniable talent en chantant chacune un extrait du livret.

Il y aura aussi la première partie du Messie, composé par Georg Friedrich Haendel en 1741, chanté par 150 choristes inscrits au programme Venez chanter. Les choristes inscrits à l’évènement reçoivent la partition chez eux et se préparent seul ou entre amis. Les répétitions regroupant l’ensemble du chœur ne sont tenues que le jour de la représentation. C’est une incroyable expérience, inspirante, porteuse et Philip Walsh est un chef de chœur magnifique », confie Isabelle qui renouvelle l’expérience pour la troisième fois.

Hommage à Michel Legrand et Stephen Sondheim

Le festival Lyrique a aussi le privilège d’accueillir la grande pianiste Anne Queffélec qui donnera un concert le 31 juillet 2022 dans l’église de Bangor. Il y aura aussi un concert jeune public avec Pierre et le loup (1936) de Sergueï Prokofiev, un gala d’opéra italien et un autre autour de Mozart.

Le festival se terminera avec une soirée cabaret, un hommage à Michel Legrand et Stephen Sondheim disparus récemment, menés par Philip Walsh et Jazmin Black Grollemund.

Du vendredi 29 juillet au samedi 13 août. Contact : www.lyrique-belle-ile.com.