Spectacle Vivant

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7 12/2021

«Nos paysages mineurs» de Marc Lainé : le train-train qui déraille | Libération 07_12_21

mardi 7 décembre 2021|Catégories: Spectacle Vivant|Mots-clés: |

Scènes

Le spectacle est une dissection mélancolique et convaincante de la relation entre une femme et un homme, les subtils Adeline Guillot et Vladislav Galard, au gré des trajets Paris-Saint-Quentin.

par Gilles Renault 

publié le 7 décembre 2021 à 4h06

Il y aurait sans doute quelque chose d’excessif à qualifier Nos Paysages mineurs de spectacle majeur. Pour autant, Marc Lainé n’en propose pas moins un savoureux moment de théâtre, d’autant plus appréciable, en outre, qu’il est à mettre au crédit d’un artiste, directeur de la Comédie de Valence depuis janvier 2020, qu’on avait un peu perdu en chemin, à force d’être incessamment présent sur tous les fronts (écriture, mise en scène, scénographie). Après les villages de la Drôme et de l’Ardèche, où le projet, pensé pour l’itinérance, a déjà circulé, rallions donc le Théâtre 14 – dynamique havre culturel jouxtant un terrain de foot en synthétique – où l’escale dure jusqu’à mi-décembre.

Le temps de se dire des choses

Féru de musique (cf. ses collaborations avec Bertrand Belin ou le groupe Moriarty), Marc Lainé a toujours prisé les entrelacs. Nos Paysages mineurs ne déroge aucunement qui, côté jardin, présente une grande maquette, sur laquelle un train électrique effectue un trajet circulaire, avec, juste au-dessus, un écran permettant, via trois caméras, de diffuser en alternance les images dudit train, ainsi que l’action qui se joue, côté cour, dans un compartiment où ont pris place un homme et une femme. Plus, au centre de l’astucieux dispositif, le violoncelliste Vincent Ségal (ex-moitié du duo Bumcello, et comparse de Cesária Evora, Elvis Costello ou Matthieu Chedid) qui signe ici la bande originale d’une pièce aux délicates inflexions effectivement cinématographiques.

Au gré des saisons, qu’on voit défiler derrière la vitre, la ligne, toujours le même, relie Paris à Saint-Quentin, dans l’Aisne. Un peu plus d’une heure de voyage, qui laisse à peine le temps d’ouvrir un bouquin, mais, néanmoins, celui aussi de se dire des choses ; a fortiori si le récit couvre six années, découpées en chapitres scandant «l’histoire d’amour simple et triste» d’un couple, inscrite de plain-pied dans les mutations socio-intellectuelles d’une époque révolue, l’après Mai 68.

Justesse dans le tissage de la langue

Lui est prof de philo, mais aussi écrivain promis au succès, spirituel, un rien fat et passablement dragueur. Autrement réservée, elle, est fille de prolos (chez qui elle se rend), vendeuse au BHV avant de reprendre les études et d’épouser les idéaux féministes en gestation. Comment, dès lors, ne pas succomber aux assauts du beau parleur ? Sauf que, une fois formé, le couple, qui se vit en «véritable défi lancé à la société capitaliste», échouera à surmonter cette lutte des classes qu’il entendait pourtant pourfendre. D’une extrême justesse, jusque dans le tissage de la langue (le mot «phallocrate» est lancé, un peu passé d’usage au profit d’autres termes) et de la toile de fond (l’aventure pédagogique de l’université libre de Vincennes, le crépuscule de la Nouvelle Vague), la dissection mélancolique du lien idéologico-sentimental convainc d’autant plus qu’elle est portée par deux comédiens au diapason, la subtile Adeline Guillot et l’imparable Vladislav Galard.

Nos paysages mineurs, de Marc Lainé au Théâtre 14 (75014), jusqu’au 12 décembre. Puis à la Fabrique (Valence) du 17 au 20 janvier et à la Filature (Mulhouse) du 7 au 10 avril.

www.liberation.fr

1 12/2021

TARTUFFE mise en scène décor et costumes Macha Makeïeff | La Terrasse 24_11_21

mercredi 1 décembre 2021|Catégories: Spectacle Vivant|Mots-clés: |

TARTUFFE Théorème, texte Molière / mise en scène, costumes, décor Macha MakeïeTARTUFFE Théorème, texte Molière / mise en scène, costumes, décor Macha Makeïeff - Critique sortie Théâtre Paris Théâtre des Bouffes du Nord

LA CRIÉE – THÉÂTRE NATIONAL DE MARSEILLE/THÉÂTRE DES BOUFFES DU NORD / TEXTE MOLIÈRE / MISE EN SCÈNE, COSTUMES, DÉCOR MACHA MAKEÏEFF

Publié le 24 novembre 2021 – N° 294

Parti des dévots, la Compagnie du Saint-Sacrement, qui lutte avec ardeur contre tout comportement supposé manquer de respect à la religion catholique, a sans doute contribué en 1664 à faire interdire les représentations de Tartuffe. La censure a duré quelques années, et ce n’est qu’en 1669 que le protégé de Louis XIV et son illustre troupe jouent enfin la pièce, dans une version remaniée intitulée Le Tartuffe ou l’Imposteur. Quant au titre choisi par Macha Makeïeff – TARTUFFE Théorème –, il accorde au personnage de Tartuffe une dimension pasolinienne en l’associant à l’Envoyé de Théorème, jeune homme qui s’introduit au sein d’une riche famille milanaise, séduit sexuellement chacun et chacune, puis s’en va. « Tartuffe n’opère pas pour son compte, il est un agent de la secte et sous son regard. » explique la metteure en scène. Cet aspect apparaît explicitement lors d’une scène collective et cérémonielle. C’est un défi d’interpréter un tel « envoyé », manipulateur et séducteur, mais aussi intrus venu d’ailleurs et comme absent au monde, n’existant pas pour soi mais uniquement dans le rapport de possession qu’il exerce. Intemporel, insensible, charismatique, Tartuffe est ici un ange noir inquiétant et glaçant, un révérend destructeur que Xavier Gallais interprète avec toute l’ambivalence et la part de folie requises. Un ange noir aussi invasif qu’un corbeau hitchcockien, aussi mystérieux qu’un fantôme ou son double…

 Une famille sous influence

Infiltré dans une famille bourgeoise de la fin des années 1950, l’hypocrite dévot en exacerbe les dysfonctionnements, en révèle les contradictions.  Dans sa mise en scène de Trissotin ou Les Femmes Savantes (2015), incandescente et pétillante, Macha Makeïeff pointait déjà les désordres et les violences des relations familiales. Dans une atmosphère ici davantage marquée par la noirceur et l’étrangeté, seule madame Pernelle (géniale Jeanne-Marie Lévy), la mère d’Orgon, se révèle très drôle, de même que le personnage si burlesque de la Bonne (hilarant Pascal Ternisien). A l’inverse d’Orgon (Vincent Winterhalter épatant, en alternance avec Arthur Igual), victime consentante et aveugle, les personnages féminins s’affirment ici dans leur présence résistante et désirante, telles Elmire, interprétée avec finesse et maîtrise par Hélène Bressiant, Dorine, qui ose dire et dénoncer avec aplomb (parfaite Irina Solano), ou encore Mariane (touchante Nassima Bekhtaoui), peu aidée dans son combat contre son père par l’indélicat Valère (impeccable Jean-Baptiste Le Vaillant). Damis, le fils d’Orgon, (remarquable Loïc Mobihan), comme Cléante, le frère d’Elmire (volontaire Jin Xuan Mao), se débattent dans un maelström qu’ils ne contrôlent pas. L’ensemble questionne la déliquescence des relations filiales, la thématique de la prédation, du consentement, lorsque vice et vertu se confondent dangereusement. Hautement contemporain, ce sillon interroge ces zones grises si difficiles à caractériser, ces phénomènes d’emprise illimitée, agissant politiquement et/ou religieusement.

 

Agnès Santi

20 10/2021

Ariane Ascaride célèbre “Paris retrouvée” | Télérama Sortir 20_10_21

mercredi 20 octobre 2021|Catégories: Spectacle Vivant|Mots-clés: |

Ariane Ascaride célèbre “Paris retrouvée” : “Une ville n’est pas une juxtaposition de terrasses”.  

Propos recueillis par Joëlle Gayot

Publié le 20/10/21

Avec “Paris retrouvée”, Ariane Ascaride entend “faire entendre de quelle manière Paris a inspiré des auteurs magnifiques”.

jerome lobato pour télérama

Trop longtemps endormie, la capitale a enfin repris vie. Dans son dernier spectacle, à voir à La Scala, à Paris, la comédienne fête cette renaissance, avec les mots de Victor Hugo, Elsa Triolet ou Aragon.

Pourquoi revenir au théâtre avec un spectacle sur Paris ?
En février 2020, j’avais rendez-vous avenue de Wagram. Je suis arrivée en avance. Il n’y avait pas un café ouvert, ce qui m’a mise dans un grand état de frustration et de colère. Je regardais les gens marcher et je ne les voyais accomplir que des parcours strictement fonctionnels. Ils ne regardaient plus Paris. Je me suis alors dit : lorsque ces périodes de confinement et de couvre-feu seront derrière nous, je ferai un spectacle sur cette ville. J’ai réuni des textes, appelé les actrices qui jouaient avec moi dans Le Dernier Jour du jeûne, de Simon Abkarian sollicité une chanteuse et un accordéoniste, et l’aventure a démarré.

S’agit-il d’un cabaret ?
Plutôt d’une lecture-spectacle. Nous sommes des saltimbanques, debout, derrière nos pupitres et nos micros, mais nous pouvons nous poser n’importe où. Nous voulons faire entendre de quelle manière Paris a inspiré des auteurs magnifiques.

Pourquoi ce titre, « Paris retrouvée » ?
J’ai pensé à de Gaulle : « Paris outragé ! Paris brisé ! Paris martyrisé ! mais Paris libéré ! » Mais surtout, une fois la liberté de circuler rétablie, j’ai eu le sentiment vivace de retrouver Paris. Nous en avons été exclus si longtemps. Il faut revenir flâner dans les rues et être de nouveau réunis. Raison pour laquelle je suis entourée d’amies pour dire les mots d’Aragon, d’Elsa Triolet, de Louise Michel ou encore de Victor Hugo. J’aimerais que ce moment apaisant ressemble à une photo de Robert Doisneau

“Paris ne doit surtout pas devenir un musée. On y ferme des écoles, elle est de moins en moins populaire.”

Le mot « retrouvée » est écrit au féminin. Pour vous, Paris est-elle une femme ?
Absolument. Et aussi une amie qui ne doit surtout pas devenir un musée. On y ferme des écoles, elle est de moins en moins populaire. Les tapissiers, les menuisiers de la rue du Faubourg-Saint-Antoine ont disparu. Je ne suis pas passéiste, mais je pense qu’une ville n’est pas qu’une juxtaposition de terrasses.

Quels dégâts le Covid a-t-il faits ?
Nous avons vécu un tsunami. Or, après un tsunami, lorsque la mer se retire, beaucoup de choses traînent sur les plages : des voitures, des cahiers, des morts. Nous sommes en train de découvrir ces traces. Le traumatisme est fort. Il paraît que, pour les Américains, Paris est la ville de l’amour. C’est aussi celle des attentats de 2015, celle de Mai 68, de la Commune. Je ne l’oublie pas.

Avez-vous envie de restaurer son image ?
Je voudrais surtout que l’on s’autorise à la regarder pour rien, à s’y balader, que l’on se charge de tout ce qu’elle peut émettre, que l’on s’y dope à l’énergie d’une simple promenade. Nous étions enfermés. Nous ressortons et tout a changé : des rues en sens interdit, d’autres qui ne sont plus accessibles. Nous ne pouvons plus faire les mêmes trajets qu’avant. Nous devons en inventer de nouveaux.

Êtes-vous une marcheuse citadine ?
De chez moi, je vais à pied jusqu’à la place de la République. Une fois là, deux options : soit je prends les Grands Boulevards, soit je bifurque vers la Seine, auquel cas je me rends sur les quais, je traverse les ponts. J’adore marcher, c’est le meilleur moyen de voir une ville et de laisser aller son imagination. Je regarde, je prends des notes, mais je fais peu de photos. L’architecture, les lumières, tout cela ne peut que provoquer des envies d’écrire ou de filmer.

“J’ai fait le tri dans des mondanités qui ne m’intéressent pas.”

Le tsunami Covid a-t-il aussi sévi en vous ?
Bien sûr. J’ai perdu des amis chers durant cette période. Ils me manquent. Mais j’ai aussi gagné en liberté. J’ai fait le tri dans des mondanités qui ne m’intéressent pas. Moi qui suis déjà une grande gueule, j’ai encore plus envie de parler. Je suis également devenue grand-mère, l’aventure la plus géniale qui soit. Les enfants ont été héroïques pendant le confinement, on leur doit un respect absolu. J’ai d’ailleurs accepté d’être la marraine de Mon premier festival, le festival de cinéma pour enfants organisé par la mairie de Paris et l’association Enfances au cinéma.

Est-ce une coïncidence si vous faites un spectacle sur Paris au moment où Anne Hidalgo annonce sa candidature à la présidentielle ?
Elle m’a prise de court ! Blague à part, j’ignorais qu’elle allait se présenter. Je la respecte, mais nous ne sommes pas intimes. Je ne crois pas que nous importerons ce spectacle dans ses futurs meetings.

À voir
Paris retrouvée, jusqu’au 6 novembre. Du jeudi au dimanche à 19h à La Scala, 13 bd de Strasbourg, 10e. 28 €.

Propos recueillis par Joëlle Gayot

www.telerama.fr

18 10/2021

Avignon : dans huit mois, le Capitole deviendra la Scala Provence | La Provence 17_10_21

lundi 18 octobre 2021|Catégories: Spectacle Vivant|Mots-clés: |

DIMANCHE 17/10/2021 à 15H04

 

Mélanie et Frédéric Biessy engagent 3 M€ sur ce lieu historique de la ville

Par Fabien Bonnieux

Capitole, Pandora, re-Capitole. Et bientôt, donc, « La Scala Provence », à partir de juin 2022. Depuis 1935, il en a connu, des séquences éclectiques, ce cinéma « Art déco » mué en théâtre chaque mois de juillet, et situé à quelques mètres de la rue de la République. Nouvelle étape : les lieux viennent d’être rachetés à René Kraus (Capitole Studios) par Mélanie et Frédéric Biessy. Un couple de parisiens qui, a mis sur orbite, avec succès, en 2018, un lieu de création multidisciplinaire (théâtre, musique contemporaine et classique, danse, nouveau cirque, arts visuels…) : la Scala Paris, qui programme tout autant Alexis Michalik, Jonathan Lambert, le stand-upper Jason Brokerss, les chorégraphes Kaori Ito et Yoann Bourgeois, le musicien électro et classique, Francesco Tristano, ou encore les circassiens novateurs de « Machine de cirque ». Mots choisis avec Frédéric Biessy.

Ci-dessus, le dessin de ce que sera « La Scala Provence » à partir de juin 2022, en lieu et place du Capitole. Ci-contre, Mélanie et Frédéric Biessy, qui ont (re) mis sur orbite « La Scala », à Paris, en 2018.PHOTOS SCALA

Croisement des genres

« Françoise Nyssen et Jean-Paul Capitani, dont on est proches (son épouse et lui NDLR), m’ont appelé récemment en me parlant du Capitole, qui était à vendre à Avignon. J’ai découvert le lieu il y a six mois, j’en suis tombé amoureux, j’ai vu tout le potentiel. On vient à Avignon avec une proposition qui ajoute au foisonnement d’ici, mais certainement pas en donneurs de leçon. Notre ADN à la Scala Paris, depuis le début, c’est l’émergence et le croisement des genres : théâtre, danse, musique, mais aussi nouveau cirque, stand-up, arts visuels et numériques. On a acheté le Capitole 1,5 millions d’euros et les travaux, qui viennent de commencer et se poursuivront jusqu’à fin mai, coûteron eux aussi 1,5 million ».

Ouvert à l’année

« Notre ambition est que « La Scala Provence » vive à l’année, et pas seulement en juillet. Le lieu va travailler avec des spectacles créés entièrement lors de résidences de création dans les quatre salles : la grande (autour de 600 places), les deux salles du bas (220 et 120 places) et une quatrième, toute petite, à l’étage. Les sorties de résidence (lesquelles pourraient durer un mois en moyenne) permettront de proposer des représentations, des avant-premières qui feront une programmation assez permanente ».

Quels travaux ?

« L’ancien cinéma est très beau dans sa structure et il n’est pas question de la modifier. Par contre, dans les deux salles du bas, on va mettre le plateau (la scène NDLR) en plain-pied, avec des gradins rétractables, qui seront de grands espaces de répétions, mais qui, en dix minutes, seront modulables pour accueillir du public. Aux deuxième et troisième étage, on va construire des studios pour loger les artistes qui seront en résidence. Enfin, sur le plan visuel, on décline à Avignon ce qu’on a fait à la création de « La Scala Paris » : le lieu a été pensé et dessiné par Richard Peduzzi (scénographe qui signait les décors des pièces et films de Patrice Chéreau, dont « La Reine Margot » NDLR). Par exemple comme à Paris, les fauteuils de « La Scala Provence » seront tout bleu, « bleu Scala » (couleur déposée), qui est fait de17 pigments et qui réagit différemment en fonction des lumières ».

Un label musical

Au sein de « La Scala Provence » sera installé le studio d’enregistrement d’un nouveau label, « Scala Music », dirigé par Rodolphe Bruneau- Boulmier, compositeur, producteur et animateur sur France Musique (Radio France). L’ambition est de soutenir l’émergence et d’estomper les frontières entre le classique, la musique contemporaine ou l’électro. Le label produira ses artistes de la pose des micros aux concerts de sortie de disque. Enfin, « Scala Music » sera distribué en ligne par « Believe ».

 

8 10/2021

« Harvey » au TNP de Villeurbanne, avec Jacques Gamblin en doux dingue | France Info 08-10-21

vendredi 8 octobre 2021|Catégories: Spectacle Vivant|Mots-clés: |

 

Le comédien Jacques Gamblin est à l’affiche d' »Harvey », histoire loufoque d’Elwood P. Dowd et de son ami Harvey, un lapin de presque deux mètres qu’il est le seul à voir. Très populaire chez les Anglo-saxons, la pièce n’avait jamais été jouée en France. C’est chose faite grâce à la mise en scène de Laurent Pelly.

Ariane Combes-Savary

France Télévisions / Rédaction Culture

Publié le 08/10/2021 11:19Mis à jour le 08/10/2021 11:25

Temps de lecture :  4 min.

Jacques Gamblin incarne Elwood dans « Harvey » de Mary Chase, mise en scène de Laurent Pelly.  (POLO GARAT)

 

Des éclats de rire à la pelle. Une salle enthousiaste et démonstrative. Voilà ce qu’il manquait à la troupe de Laurent Pelly qui répétait depuis des mois : se confronter au public et le sentir vibrer. Harvey, l’histoire fantasque et rocambolesque d’Elwood P. Dowd et de son ami imaginaire présentée au Théâtre National Populaire de Villeurbanne réussit son entrée en matière. Une dizaine de représentations du 1er au 10 octobre 2021, presque toutes complètes, le bouche à oreille fera le reste.

Sous les traits de Jacques Gamblin, Elwood P. Dowd est un cinquantenaire aimable et joyeux qui se promène partout avec son ami Harvey, un lapin géant de presque deux mètres que personne d’autre que lui ne voit. Un compagnon bien encombrant aux yeux de son entourage. Lasse de le voir troubler ses rendez-vous mondains, sa soeur décide de l’interner en hôpital psychiatrique mais c’est elle finalement qui se retrouve enfermée.

Emmanuel Daumas, Agathe L’huillier et Charlotte Clamens (POLO GARAT)

 

Harvey est une farce désopilante et mélancolique, un vaudeville grinçant qui vient détraquer la mécanique bien huilée d’une petite société bourgeoise. Une pièce qui navigue entre folie et méchanceté, entre cruauté et bienveillance. « C’est un boulevard américain beaucoup plus profond et beaucoup plus grave qu’on ne peut le penser », s’enthousiasme le metteur en scène Laurent Pelly dont l’obsession est d‘ »être au bon endroit, entre la farce et le sérieux. » Une comédie sans cesse sur le fil, qui interroge notre rapport à l’autre. Et à la folie.

Une part de mystère, d’enfance et de poésie

Jacques Gamblin campe un Elwood attachant, gentil et farfelu, toujours juste. Pour rester sur cette ligne fragile entre le trop et le pas assez, le comédien confie avoir beaucoup travaillé et répété. Le rôle « tient du clown par la candeur et la naïveté du personnage, mais il faut traduire un contrepoint de solitude qui le menace profondément et l’a conduit à créer cette amitié », témoigne-t-il dans le magazine L’avant-scène théâtre.

« Jacques c’était une évidence absolue. Je ne voyais personne d’autre pour incarner Elwood », révèle Laurent Pelly dont c’est la première collaboration avec le comédien. « Il est à la fois charmant et malicieux. Il a en lui cette part de mystère, d’enfance et de poésie. »

Immense succès à Broadway

Écrite en 1944 par la journaliste et dramaturge américaine Mary Chase et mise en scène l’année suivante par Antoinette Perry, Harvey connaît un succès immédiat et vaut à son auteure le prix Pulitzer. A Broadway, la pièce se joue pendant cinq ans sans interruption, soit 1775 représentations. En 1950, James Stewart immortalise Elwood au cinéma. C’est cette adaptation que Laurent Pelly découvre il y a six ans et qui lui donne envie de la mettre en scène. L’histoire connue de tous les Anglo-saxons n’avait étrangement jamais franchi l’Atlantique pour être jouée sur une scène française. Agathe Mélinand, complice de longue date du metteur en scène se charge de la traduction.

En 1950, le cinéma se saisit du conte de Mary Chase et offre à James Stewart le rôle d’Elwood et une nomination aux Oscars. Josephine Hull qui incarne la soeur d’Elwood remporte l’Oscar du meileur second role. (Copyright 1950 by Universal Pictures Co. Inc. Country of origin : USA)

 

La pièce est elle aussi une belle histoire de complicité et d’amitié entre les fidèles compagnons de Laurent Pelly comme Pierre Aussedat, Emmanuel Daumas et Christine Brücher qui interprète (en alternance avec Charlotte Clamens) Vita Simmons, la soeur d’Elwood. Un esprit de troupe cher au metteur en scène qui signe là une comédie réglée au millimètre, servie par des décors signés Chantal Thomas qui naviguent comme les personnages entre un intérieur bourgeois étriqué et un asile d’aliéné.

On sort joyeux et revigoré d’une telle rencontre avec cet Elwood qui a choisi d’être charmant plutôt qu’intelligent. On se surprend à penser qu’à notre tour, on l’inviterait bien à notre table cet Harvey. Juste pour goûter à la poésie et au merveilleux.

« Harvey » de Marie Chase, mise en scène Laurent Pelly – Tournée 2021-2022

– TNP, Villeurbanne, du 1er au 10 octobre 2021, du mardi au samedi à 20 h sauf jeudi à 19 h 30, dimanche à 15 h 30, relâche le lundi

– L’Odyssée, Périgueux, le 7 janvier 2022 à 20 h 30
– MAC, Créteil, les 12 et 13 janvier 2022 à 20 h
– Théâtre Montansier, Versailles, du 18 au 22 janvier 2022 à 20 h 30
– Théâtre de St Germain en Laye, le 28 janvier 2022 à 20 h 45
– Théâtre de Gascogne, Mont-de-Marsan, le 2 février 2022 à 20 h 30
– L’Olympia, Arcachon, le 4 février 2022 à 20 h 45
– L’Avant-Seine, Colombes, le 8 mars 2022 à 20 h 30
– Théâtre Jean Vilar, Suresnes, les 10 et 11 mars 2022 à 20 h 30
– ADO, Orléans, du 17 mars au 1er avril 2022
(les 17 et 23 mars à 19 h ; les 10, 11, 18, 19, 24, 25, 26 mars à 20 h 30, les 20 et 27 mars à 15 h)

www.francetv.fr 

8 10/2021

Théâtre : Sami Frey | LE MONDE 22_09_21

vendredi 8 octobre 2021|Catégories: Spectacle Vivant|Mots-clés: , |

Théâtre : Sami Frey, passeur de ceux qui ne sont pas revenus des camps

L’acteur fait une lecture poignante d’« Un vivant qui passe », de Claude Lanzmann, au Théâtre de l’Atelier, à Paris.

ParBrigitte Salino

Publié le 22 septembre 2021 à 16h04 – Mis à jour le 28 septembre 2021 à 17h02

Temps de Lecture 5 min

Sami Frey a 83 ans. Tous les jours, sauf le lundi, il monte à vélo du cœur de Paris, où il habite, au Théâtre de l’Atelier, à Montmartre, où il lit Un vivant qui passe, de Claude Lanzmann. Il refuse tout entretien à l’occasion de cette lecture, comme il refuse obstinément de parler de son histoire d’enfant juif caché pendant la seconde guerre mondiale.

Il faut croire qu’une raison impérieuse l’a incité à lire en public Un vivant qui passe, qui aborde la question juive à travers un témoignage recueilli par Claude Lanzmann, au cours des douze années pendant lesquelles il a travaillé à Shoah, son film documentaire dont l’onde de choc n’a pas faibli depuis sa sortie en salle, en 1985.

Ce témoignage est celui du Suisse Maurice Rossel .Délégué du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) à Berlin de 1942 à 1945, il participa à la première visite du camp de concentration de Theresienstadt organisée par les nazis le 23 juin 1944. Dans la préface d’Un vivant qui passe (Folio, 77 pages, 5 euros), Claude Lanzmann explique que « pour des raisons de longueur et d’architecture, [il avait] renoncé à traiter frontalement dans son film le sujet extraordinaire de Theresienstadt, à la fois central et latéral dans le déroulement et la genèse de la destruction des juifs d’Europe ». Le témoignage de Maurice Rossel n’apparaît donc pas dans Shoah. Il a été édité dans un DVD (épuisé) qui contient également Sobibor.

Quand Claude Lanzmann le rencontre, chez lui, dans son village suisse en 1979, Maurice Rossel explique qu’il est arrivé à Berlin à 25 ans. A la demande du CICR, il est allé visiter des camps de concentration pour essayer d’obtenir des renseignements. Dans Un vivant qui passe, il parle d’Auschwitz, où il s’est rendu seul, en voiture, et où, dans son souvenir, il a passé une demi-heure ou trois quarts d’heure avec le commandant du camp, « un jeune homme très élégant, aux yeux bleus, très distingué, très aimable », qui lui a parlé de ses parties de bobsleigh dans les Grisons suisses – une pratique loin des siennes, fils d’ouvrier qui deviendra médecin.

« Des squelettes ambulants »

Maurice Rossel demande à visiter l’infirmerie, ce qui lui est refusé. Et c’est tout. Il ne voit pas le « Arbeit macht frei » (« travailler rend libre ») à l’entrée de Birkenau, le camp d’extermination à un kilomètre d’Auschwitz, ni les trains qui y vont ni les lueurs et les fumées des fours crématoires. Il croise des lignes de détenus en pyjamas rayés, « des squelettes ambulants (…) vous observant avec une intensité incroyable, au point de se dire : (…) “Un vivant qui passe” ». Maurice Rossel sait quand il s’y rend qu’Auschwitz est un camp dont on ne revient pas. Mais il n’en sait pas plus à l’issue de sa visite.

Theresienstadt était un ghetto pour l’image, voulu par Adolf Eichmann. Et c’est cette image qui a été soigneusement mise en scène par les nazis

A Theresienstadt, la visite fait suite à une demande insistante de pays neutres. Elle a lieu le 23 juin 1944 et est organisée par les nazis, qui autorisent pour la première fois des étrangers à inspecter ce qu’ils appellent « le ghetto modèle » : une ancienne ville forte tchèque, à une soixantaine de kilomètres de Prague, dont les habitants ont été remplacés par des juifs allemands « prominenten » – des « personnalités » (grands avocats, artistes, médecins, hommes politiques…), dont beaucoup étaient très âgés. C’était un ghetto pour l’image, voulu par Adolf Eichmann. Et c’est cette image qui a été soigneusement mise en scène par les nazis.

En prévision du 23 juin, des chaussées ont été asphaltées, un kiosque à musique édifié, des pavillons pour enfants aménagés, un gymnase maquillé en synagogue… Les noms des rues ont été changés, celui de « ghetto » est devenu « zone de peuplement juif ». Le Theresienstadt présenté à la délégation étrangère est un décor, dans lequel la population, bien habillée, joue le jeu d’une vie normale, que les nazis ont réglé au cours d’intenses répétitions. Maurice Rossel reste une journée à Theresienstadt. Pendant sa visite téléguidée de bout en bout, il prend des photos et ne regarde pas plus loin que ses yeux. Il ne voit pas que, derrière le théâtre qu’on lui montre, les gens vivent dans des conditions atroces.

Un texte, deux paroles

Il y avait cinq mille morts par mois à Theresienstadt, un four crématoire et des déportations vers des camps d’extermination. Quand Claude Lanzmann le lui objecte, Maurice Rossel répond : « Je ne pouvais pas inventer des choses que je n’avais pas vues. » Dans son rapport, dont il dit à Claude Lanzmann qu’il le signerait encore, en 1979, il décrit « une ville de province presque normale ». Et il reste persuadé que c’était « un camp pour des notables juifs privilégiés ».

Brisons-là. Entrons au Théâtre de l’Atelier, où Sami Frey est assis à une petite table, sur laquelle est posée une tablette. Il est vêtu de noir, et, autour de lui, le noir règne. Concentration sur l’essentiel : un texte, deux paroles – celle de Maurice Rossel et celle de Claude Lanzmann qui se répondent à travers des intonations différentes.

Dans cette lecture, le corps et la voix de Sami Frey ne font qu’un. Corps dans la nuit, voix née de la nuit

Dans cette lecture, le corps et la voix de Sami Frey ne font qu’un. Corps dans la nuit, voix née de la nuit. L’acteur a raison de préciser qu’il ne joue pas : cela n’aurait pas de sens. Lire, c’est dire. Faire entendre, de la manière la plus simple, qui atteint au plus profond, avec Sami Frey. Question de talent, bien sûr. Histoire d’une vie, tout autant. Passeur, Sami Frey est un passant qui revient de loin et parle au nom de tous ceux qui ne sont pas revenus des camps. L’aveuglement de Maurice Rossel est un miroir renvoyé à tous ceux qui n’ont pas voulu voir, et que les mots de Claude Lanzmann traquent, avec la précision de la vérité qui éclate.

On ne s’étonne pas qu’à la fin de la lecture, Sami Frey se lève, regarde le public et s’en aille, sans revenir saluer. Le rideau de fer du théâtre tombe, sur le bruit d’un train.

Un vivant qui passe, de Claude Lanzmann, lu par Sami Frey. Théâtre de l’Atelier, 1, place Charles Dullin, Paris 18e. Tél. : 01-46-06-49-24. Jusqu’au 17 octobre, du mardi au samedi à 19 heures ; dimanche à 11 heures. De 23 € à 39 €.

8 10/2021

La jeune création musicale à La Scala Paris | Les Echos 07_10_21

vendredi 8 octobre 2021|Catégories: Spectacle Vivant|Mots-clés: |

 

Le festival Aux Armes Contemporains permet de découvrir de nombreuses compositions d’aujourd’hui et des esthétiques contrastées, du piano solo à l’ensemble instrumental avec choeur. Avis aux curieux !

« Le Papillon noir », opéra de Yann Robin sur un livret de Yannick Haenel, va faire vibrer La Scala Paris. (Gwendal Le Flem)

ParPhilippe Venturini

Publié le 7 oct. 2021 à 16:17Mis à jour le 7 oct. 2021 à 16:54

 

« La Scala suscite de plus en plus d’intérêt de la part des artistes », explique Rodolphe Bruneau-Boulmier, conseiller musical de la salle parisienne du boulevard de Strasbourg. « Nous sommes très sollicités par des ensembles étrangers. » Avec ses deux salles de 550 et 180 places, la Scala Paris propose, depuis sa réouverture, outre le théâtre, une programmation musicale originale tournée vers la création et la découverte dont le festival Aux Armes Contemporains est l’étendard.

En un week-end, cette quatrième édition réunit en effet pas moins de treize compositeurs qui offriront sept pièces en création mondiale ou parisienne. Certaines oeuvres créées en province viennent ainsi se faire entendre pour la première fois en Île-de-France comme « Le Papillon noir », opéra de Yann Robin sur un livret de Yannick Haenel mis en espace par Arthur Nauzyciel. Il sera interprété par la soprano Elise Chauvin, souvent entendue dans les spectacles du Balcon, et les remarquables ensembles Multilaterale et Les Métaboles sous la direction du brillant Léo Warynski.

« J’admire Yannick Haenel, j’ai beaucoup aimé « Tiens ferme ta couronne » et j’étais curieux de savoir comment il pouvait s’accorder à la musique. Par ailleurs, le langage de Yann Robin a beaucoup évolué, quittant les sonorités saturées qui l’ont fait connaître. « Le Papillon noir » questionne le genre de l’opéra. Que faire aujourd’hui de cette forme tellement marquée par le poids de l’histoire ? » Une chanteuse-actrice, un petit orchestre, un choeur, un dispositif électronique : c’est la première fois que La Scala accueille un opéra et une trentaine d’artistes sur scène.

Saxo et électro

La manifestation qui se veut un soutien à la jeune génération s’ouvre par un concert qui ne manque pas de souffle autour du saxophoniste Eudes Bernstein (« il est très très fort ! ») qui, avec quelques instrumentistes, affiche un programme où Berlioz, Ravel et Webern côtoient les compositeurs d’aujourd’hui tels Ondrej Adamek, Vincent David, lui-même saxophoniste et Grand Prix Lycéen des Compositeurs 2021, et Matteo Franceschini dont on découvrira, en première mondiale, une pièce pour saxophone ténor et électronique.

Vanessa Wagner, qui vient d’enregistrer un superbe programme américain à deux pianos avec Wilhem Latchoumia pour La Dolce Volta, évoluera entre Arvo Pärt, Bryce Dessner, Francesco Filidei, Alex Nante et l’Américaine dont on parle beaucoup Caroline Shaw. De quoi satisfaire sa soif de découverte, tout comme « La Toute Multiple », nouvelle pièce de l’ensemble Liken conçue par le compositeur et trompettiste Timothée Quost et dirigée par Léo Margue qui promet, grâce à l’amplification, de l’inouï.

Voilà de quoi enthousiasmer les plus curieux, les plus à l’écoute de leur temps. On parle, en outre, de projets d’extension et de label discographique. La Scala Paris n’a donc pas fini de grimper.

FESTIVAL AUX ARMES CONTEMPORAINS

Musique

La Scala Paris

13, boulevard de Strasbourg, 75010

01 40 03 44 30, www.lascala-paris.com

du 8 au 10 octobre

Philippe Venturini

www.lesechos.com

8 10/2021

La Scala s’implante à Avignon et lance un label musical |LE MONDE

vendredi 8 octobre 2021|Catégories: Spectacle Vivant|Mots-clés: |

Le théâtre parisien ouvrira, en juin 2022, « La Scala Provence », un lieu de création pluridisiplinaire et de résidence d’artistes.

ParSandrine Blanchard

Publié aujourd’hui à 08h00, mis à jour à 08h38

Temps de Lecture 3 min

Le cinéma Pandora (ex-Capitole) sera rebaptisé, d’ici à juin 2022, La Scala Provence,  1, 1 million d’euros de travaux vont être lancés pour l’aménager.

Le cinéma Pandora (ex-Capitole) sera rebaptisé, d’ici à juin 2022, La Scala Provence,  1, 1 million d’euros de travaux vont être lancés pour l’aménager. LA SCALA

Alors que les lieux culturels ont été fermés pendant de longs mois pour cause de pandémie, « la période du Covid a été propice et fructueuse », assure, sourire aux lèvres, Frédéric Biessy, directeur de La Scala Paris. Boutade ? Provocation ? Ni l’une ni l’autre, plutôt un optimisme inébranlable et une dose d’ambition. Trois ans après avoir inauguré leur nouveau théâtre privé dans le quartier des Grands Boulevards, le couple Frédéric et Mélanie Biessy – lui ancien producteur indépendant de spectacles, elle directrice d’une société de capital-investissement –, entendent amplifier l’aventure. Ils ouvriront, en juin 2022, La Scala Provence à Avignon et lanceront, en janvier, leur propre label musical, Scala Music.

« Nous ne voulions pas devenir un garage chic qui ne programmerait que des créations venues d’ailleurs », justifie Frédéric Biessy. Lieu pluridisciplinaire où se croisent théâtre (Alexis Michalik), danse (Kaori Ito), musique (Yann Robin), humour (Jonathan Lambert), cirque et arts visuels, La Scala Paris se veut « un théâtre privé d’intérêt public ». A l’automne 2020, La Piccola Scala (180 places) est venue s’ajouter aux 700 fauteuils de la grande salle mais a supprimé les salles de répétition. En quête d’espace supplémentaire, c’est grâce à l’ancienne ministre de la culture Françoise Nyssen et son mari Jean-Paul Capitani, à la tête du groupe d’éditions Actes Sud, que Frédéric Biessy s’est tourné vers Avignon.

« Un jour, ils m’ont appelé. Ils venaient de visiter un lieu à vendre à Avignon, envisageaient d’y créer une grande librairie et me demandaient si je serais intéressé pour m’y associer », raconte-t-il. Le couple Nyssen-Capitani renonce finalement au projet mais le couple Biessy, après avoir visité le lieu convoité, a « un coup de foudre » et l’achète pour 1,1 million d’euros. Il s’agit d’un ancien et vaste cinéma au style Art déco, 3 000 mètres carrés au cœur des remparts avignonnais. Ses quatre salles (de 80 à 600 places) sont connues des spectateurs du « off » d’Avignon. Le Pandora (ex-Capitole) sera donc rebaptisé, d’ici à juin 2022, La Scala Provence. Il deviendra « un lieu de création et de résidence d’artistes à l’année », « de rodage pour les stand-upers » et toujours une adresse du festival « off » en été avec une « programmation pluridisciplinaire ».

« Un ensemble complémentaire »

Ce n’est pas la première fois qu’un théâtre privé parisien crée une « antenne » avignonnaise. Les Béliers et La Reine Blanche, avec des structures plus petites, sont déjà présents dans les deux villes. La future Scala Provence aura « la même allure » que sa grande sœur parisienne : 1, 1 million d’euros de travaux vont être lancés pour l’aménager à la couleur bleue de La Scala et créer huit studios dont l’un sera dévolu aux enregistrements produits par Scala Music.

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Ce nouveau label, dirigé par le compositeur Rodolphe Bruneau-Boulmier, producteur à France Musique et conseiller musical de La Scala, entend « soutenir l’émergence », « estomper les frontières entre classique, jazz et électro » et « porter des projets qui peuvent se décliner sur scène ». « Nous voulons produire des artistes de A à Z », explique son directeur, qui garde pour l’instant secret le nom des cinq premiers artistes signés. Outre la sortie de disques, le label sera distribué en ligne par Believe pour sa déclinaison numérique.

8 10/2021

Ariane Ascaride : « Je ne suis pas Ava Gardner, je suis une copine ! » | LES ECHOS 08_10_21

vendredi 8 octobre 2021|Catégories: Spectacle Vivant|Mots-clés: |

INTERVIEW

Ariane Ascaride : « Je ne suis pas Ava Gardner, je suis une copine ! »

Une pièce de théâtre « Paris retrouvée » en poésie et en chansons, où elle évoque la capitale, un festival pour enfant, un film… Rentrée chargée pour la comédienne qui va retrouver tous les plaisirs de la scène.

ParAdrien Gombeaud

Publié le 8 oct. 2021 à 10:00

Comment est né ce spectacle ?

C’est une histoire de plaisir, justement. Le dernier jour du jeûne, que je jouais avec Simon Abkarian a été annulé avec le confinement. On l’a vécu comme un deuil. En février, j’étais avenue de Wagram, il faisait froid, il pleuvait, tout était fermé. Dans ce Paris vide, je me suis dit qu’on allait mourir. J’ai eu envie de créer un spectacle avec des amis pour faire réentendre le plaisir de la poésie de Paris, d’Aragon… à Oxmo Pucino !

On vous associe plus volontiers à Marseille…

J’ai passé plus de temps de ma vie à Paris qu’à Marseille, mais je ne suis pas Parisienne ! Paris est la ville où j’ai voulu venir. Le Paris ouvrier que j’avais vu au cinéma et dont je rêvais existait encore lorsque j’ai emménagé rue Clavel, dans le XIXe. Aujourd’hui, je regrette de ne plus voir, par exemple, les menuisiers et tapissiers du faubourg Saint-Antoine. La ville est plus dure. Cependant je discute beaucoup et constate que cette humanité revient vite tant les gens ont besoin de se parler.

Dans la conception d’un spectacle, à quelle étape prenez-vous le plus de plaisir ?

Aux répétitions vous cherchez, vous ne trouvez pas, c’est parfois désespérant. Et un jour, ça vient. Hop ! On se sent respirer. C’est magique. Ensuite il y a le plaisir de la représentation. Des mois d’angoisse, de douleur… et trente secondes de bonheur !

Vous parlez…

Des applaudissements ! Parfois ça part doucement et ça monte. Parfois ça part d’un coup. Soudain, le temps est suspendu.

Et la dernière représentation ?

Comment dire… C’est comme une colonie de vacances qui s’est super bien passée. Vous êtes heureux de retrouver vos parents mais vous pleurez en descendant du car. Un spectacle, on sait que ça doit finir mais c’est un moment d’orphelinat.

Ariane Ascaride à la Piccola Scala où se joue «Paris retrouvée».©Léa Crespi pou Les Echos Week-End

Tous les comédiens ne connaissent pas le plaisir d’appartenir à une troupe.

Ça s’est fait comme ça. J’aime être avec ceux que j’aime mais je n’avais pas de plan de carrière. Je voulais raconter des histoires, je ne correspondais à aucun code de la « vedette ». Je suis comme tout le monde, je n’ai jamais pensé faire rêver qui que ce soit. Je ne suis pas Ava Gardner, je suis une copine !

Chanter est-ce un menu plaisir d’actrice ?

Pratiquement tous les comédiens français ont voulu chanter. Je suis née dans une famille à moitié italienne, chez moi ça a toujours chanté ! Je viens d’un pays où il fait chaud, où vous entendez chanter les voisins par la fenêtre ouverte. D’ailleurs, les films de Guédiguian sont traversés par des tas de musiques, de Bach à la variété.

Au théâtre, le fou rire n’est pas un menu plaisir.

C’est terrible ! Je me souviens d’un fou rire incroyable. On était tous sur le plateau à rire, on se regardait les uns les autres, on ne pouvait plus repartir ! J’ai encore la sensation des larmes sur mes joues. C’est un sentiment de plaisir total et de cauchemar absolu. Et bien entendu, plus on se dit que c’est cauchemardesque… plus on rit !

Là tout de suite, qu’est-ce qui vous ferait le plus plaisir ?

Je pourrais répondre un chocolat chez Angelina. Mais ce qui me ferait vraiment plaisir, c’est qu’on essaye de se servir de ce qu’on vient de traverser, de toute cette violence, pour reconstruire autre chose, en repensant que la bonté existe.

Propos recueillis par Adrien Gombeaud

(1) « Paris retrouvée », à la Piccola Scala à Paris jusqu’au 6 novembre. Loc. : 01 40 03 44 30. 28 euros.

(2) « Mon premier festival », 17e édition, du 20 au 29 octobre à Paris.

(3) « Les héroïques », film de Maxime Roy. En salles le 20 octobre.LES

15 08/2021

Les voix et l’océan – Le Festival Lyrique de Belle-Île-en-Mer | Forum Opéra 12-08-21

dimanche 15 août 2021|Catégories: Spectacle Vivant|Mots-clés: |

Par Marcel Quillévéré | jeu 12 Août 2021 | Imprimer

De tout temps, Belle-Île-en-Mer a eu un lien fort avec l’Amérique du Nord (50% des Bellîlois sont d’ailleurs d’origine acadienne). Rien de plus  naturel, donc, que ce soit le célèbre baryton-basse Richard Cowan qui a eu l’idée d’y créer un Festival d’Art Lyrique en 1997. Cette année-là il chante à Berlin et décide de prendre des vacances en Bretagne. A Belle-Île, il visite la citadelle Vauban, et rencontre André et Anna Larquetoux à qui le domaine public a vendu un monument en péril et qui l’ont restauré de manière remarquable. Cowan chante pour eux et les convainc d’y organiser Le Festival Lyrique de Belle-Île-en-Merdont ils seront ainsi les premiers mécènes. En 1998 les deux premiers récitals ont attiré jusqu’à 600 personnes. Chaque année Cowan est parvenu, grâce au public et aux donateurs, à monter un opéra et de grandes œuvres pour solistes, chœur et orchestre (en petit effectif). En 2001, il fait appel au pianiste britannique Philip Walsh comme chef de chant et chef d’orchestre. À sa mort en 2015 c’est ce dernier qui reprend la direction artistique du festival. Le public est toujours aussi fidèle et la billetterie représente aujourd’hui 35% du budget allié à un mécénat à plus de 50%. C’est assez exceptionnel et ce courage mérite d’être soutenu davantage. Cet été, suite à la crise sanitaire, il n’y a pas d’opéra. Mais l’imagination et le talent sont au rendez-vous. Après une Soirée Cabaret, le public est convié le 1er août  à assister a un concert littéraire Un été chez Sarah Bernhardt à Belle-île qui évoque les séjours, chez elle, du compositeur Reynaldo Hahn. Le cadre choisi est sublime : la falaise de la Pointe des Poulains qui domine le fortin de la comédienne. Ce récital en plein air réunit, autour du piano de Philip Walsh, le comédien Michaël Martin-Badier et la soprano américaine Lauren Urquhart (en saison au Volksoper de Vienne) qui a remplacé au pied levé la cantatrice prévue. Un exploit car elle appris le répertoire en 36 heures. Le résultat est époustouflant. Elle nous fait comprendre chaque mot, et porte la musique au sommet. Sa voix de soprano léger au timbre lumineux distille avec justesse les poèmes choisis par Reynaldo Hahn parmi ceux de Verlaine, Hugo, Leconte de l’Isle, et bien d’autres. Dans l’Air du départ, sur le texte de Sacha Guitry, son interprétation rappelle même Yvonne Printemps sa dédicataire. A ses côtés, le comédien Michaël Martin-Badier est un élégant complice avec ce qu’il faut de douce ironie et d’humour. Le texte que Fabienne Marsaudon a écrit à partir des lettres et récits de Reynaldo Hahn est d’une sensibilité à fleur de peau et évoque la belle amitié du compositeur et de la comédienne avec une justesse et un sens de la théâtralité qui captive l’auditeur. Philip Walsh donne une grandeur insoupçonnée à plusieurs mélodies et souligne ainsi la filiation qui unit Hahn à Poulenc. Il joue plusieurs fois en soliste notamment l’accompagnement du Tango habanera qui vaut d’être entendu sans la ligne de chant. Il est rare d’entendre un récital entièrement consacré à Reynaldo Hahn. Grâce soit rendue aux interprètes de nous en avoir exprimé la véritable envergure. A la fin, sur les dernières phrases du piano, la chanteuse et le comédien se tournent, face à l’océan mordoré, vers le fortin de Sarah Bernhardt, alors qu’un soleil couchant éblouissant les illumine. Quand les artistes et l’écrivaine quittent la scène, ils se mêlent au public qui leur fait, très ému, une véritable haie d’honneur sur la lande.

Le 3 août rendez-vous dans la magnifique église de Locmaria (XIe siècle), pour le concert traditionnel de musique sacrée composé cette fois (actualité oblige!) autour du thème du Choral du Veilleur « Wachet auf » écrit par un compositeur du XVIe siècle, au temps de la peste, et repris par Bach et Mendelssohn. Le jeune chef David Jackson est à l’orgue. Il a réalisé la réduction pour un petit ensemble qu’il dirige : sept musiciens venus de partout en Europe dont l’excellent premier violon anglo-serbe Nemanja Ljubinkovič. Le quatuor vocal interprète les récits, airs et chœurs. Dommage qu’il soit peu homogène. Le ténor et le baryton, dans un répertoire qui leur convient mal, peinent à s’accorder au magnifique duo de Lauren Urquhart toujours aussi rayonnante et de la mezzo française Eléonore Gagey à la voix veloutée et l’émission franche et assurée. L’engagement de tous attire la sympathie du public, notamment dans les extraits du Paulus  de Mendelssohn.

Le lendemain c’est l’imposante citadelle de Vauban qui accueille les chanteurs pour un gala d’opéra. Le public a rempli la grande salle, lieu mythique du Festival. Eléonore Gagey est excellente dans l’air de Rosine du Barbier de Séville de Rossini et particulièrement émouvante dans l’air d’Ariodante de Haendel. Lauren Urquhart est à nouveau acclamée par le public notamment dans l’air de Morgane d’Alcina de Haendel et « O mio Babbino Caro » de Gianni Schicchi de Puccini. Sa technique exemplaire lui permet une égalité d’émission sur toute la tessiture, du grave sonore à l’aigu ample et brillant. Une vraie révélation !  Le ténor Peter Tantsits, très exubérant dans l’air de Gianni Schicchi, donne libre cours à des aigus très appuyés. Mais la ligne vocale et la justesse sont souvent hasardeuses. Un appui constant du souffle lui permettrait un meilleur legato et une diction vocalique plus précise. Le jeune baryton polonais Lukas Klimczak a une voix sonore et percutante. Son chant gagnerait à être plus nuancé car son timbre est magnifié quand il se permet des mezza-voce. Il est excellent dans l’air de Die Tote Stadt de Korngold et dans celui d’Eugène Onéguine de Tchaikovski.

Au piano David Jackson est tellement habité que le public lui fait une ovation. Durant les deux semaines du festival, c’est lui qui fait travailler le chœur d’enfants avec un talent rare de pédagogue. L’année prochaine il retrouvera le chœur de musique sacrée, formé par des amateurs de l’île et par les jeunes artistes en résidence. Car il y aura de l’opéra ! La beauté de ce festival (qui se poursuit cette année jusqu’au 12 août) tient aussi au fait que c’est le festival du peuple de Belle-Île et qu’il en est fier.

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