LE 12/03/2021

Épisode 5 :

Diriger le théâtre national Populaire: avec le pouvoir, la responsabilité

 À VOIX NUE par Lucile Commeaux

L’épiphanie poétique

Il impose en 2002 son goût pour le répertoire, ses incertitudes aussi, sur la réalité économique et esthétique d’un théâtre populaire. Christian Schiaretti y mène une politique d’ouverture, manifeste dans le choix des spectacles qui s’y donnent mais aussi dans les travaux qu’il entreprend.

Je pense que si le théâtre a quelque chose à dire au monde, il est dans le fond poétique et que dans ce fond poétique, il y a à douter fondamentalement de la qualité d’un mot, et de son véhicule sémantique. Le poète ne fait que cela, donc de ce point de vue là,  j’essaie de l’exprimer au ras du silence,  mais pas dans l’achèvement des distractions élégantes.

Démocratiser par l’élégance et non par l’aisance

Le théâtre de Villeurbanne est entièrement refait, la grande salle modernisée, un restaurant et une librairie ouvrent dans le bâtiment, et il s’en dit très fier. Il y monte de grands spectacles qui connaîtront un franc succès, notamment une adaptation d’Une Saison au Congo d’Aimé Césaire, écrivain dont il admire la prosodie.

C’est aussi pour lui un temps de réflexion sur le rôle de l’acteur, et son fonctionnement en troupe: il a voulu faire de Villeurbanne une maison pour les comédiens, où ils peuvent travailler à l’année.

Je démystifie le travail avec l’acteur, c’est à dire que son état ne m’intéresse pas, la psychologie ne m’intéresse pas. Une sorte de dérive vulgaire stanislavskienne qui supposerait qu’on soit dans des convulsions intérieures pour être au bord d’une improvisation psychologique épatante tous les soirs ne m’intéresse pas. Ce qui m’intéresse, c’est la technicité prosodique, alors là j’ai besoin d’athlètes et à cet endroit là, évidemment, j’apprends autant de l’actrice que de l’acteur.

Christian Schiaretti a fait ses adieux au TNP de Villeurbanne en 2020, des adieux qui coïncident étonnamment avec la crise sanitaire, un ultime signe pour lui qui croit tant en eux.

Une série d’entretiens proposée par Lucile Commeaux. Réalisation : Franck Lilin. Prise de son : Georges Thô. Attachée de production : Daphné Abgrall. Coordination : Sandrine Treiner.

 

Bibliographie :

Christian Schiaretti Pour en finir avec les créateurs Atalande, 2014.Bibliographie

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