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1804/2018

Le verbe de Victor Hugo ressuscité par Jacques Weber |Le Point

mercredi 18 avril 2018|Catégories: Spectacle Vivant|Mots-clés: |

Le comédien incarne l’écrivain dans « Hugo au bistrot », une plongée rafraîchissante au plus près du génie de l’auteur.

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Publié le | Le Point.fr
Le comédien fait une lecture très vivante des plus beaux textes de Victor Hugo.
Le comédien fait une lecture très vivante des plus beaux textes de Victor Hugo. © CHARLY TRIBALLEAU / AFP
Et si l’on possédait le pouvoir magique de rencontrer d’illustres écrivains ou peintres de génie accoudés au comptoir du bar du quartier ? Woody Allen l’a imaginé pour son long-métrage Midnight in Paris. Son héros incarné par Owen Wilson croisait au détour de ses errances nocturnes la route de Francis Scott Fitzgerald. Puis il rencontrait, ébahi, Ernest Hemingway assis à la table d’un café parisien. Aujourd’hui, 133 ans après la mort de Victor Hugo, le comédien Jacques Weberpropose de réaliser le doux rêve de croiser l’auteur des Misérables et de Notre-Dame de Paris. Il le fait à l’occasion d’une lecture vivante, qu’il ne manque pas d’animer avec fougue et passion.

 

1804/2018

A Beaubourg Les passions sous le regard de Philippe Mangeot |Les Echos

mercredi 18 avril 2018|Catégories: Art & Patrimoine|Mots-clés: |

Marianne Bliman / Cheffe d’info |
Philippe Mangeot anime « L\'Observatoire des passions » au Centre Pompidou durant toute l\'année 2018 -
Philippe Mangeot anime « L’Observatoire des passions » au Centre Pompidou durant toute l’année 2018 – photo Hervé Veronese/Centre Pompidou

Enseignant, ex-militant et ex-président de l’association de lutte contre le sida Act-Up, coscénariste de « 120 battements par minute », Philippe Mangeot anime, durant toute l’année 2018, un « Observatoire des passions » au Centre Pompidou. Interview.

Vous êtes « Le grand invité de la parole » du Centre Pompidou en 2018. Comment est né ce projet ?

C’était il y a environ un an et demi. A son arrivée comme responsable du Département de la parole du Centre Pompidou, Jean-Max Colard a demandé à me voir. Il voulait mettre sur pied un nouveau genre de conférences. Ce que je lui ai dit croisait sa préoccupation du moment de ne pas souscrire au modèle unique de la conférence « one shot ».

Je crois que des choses les plus intéressantes ne peuvent se faire que sur le long terme. Par exemple « L’Encyclopédie des guerres », de Jean-Yves Jouannais, qui a été lancé en 2008 et qui a trouvé son public, et qui a contribué à réidentifier Beaubourg. C’est une sorte de one man show intellectuel, de stand-up laboratoire. Quelque chose comme une oeuvre intellectuelle. Pour moi, c’était une sorte de modèle. Mais un modèle, ça ne se reproduit pas tel quel…

Vous engagez alors quelque chose avec Jean-Max Colard ?

Non. Pour plusieurs raisons. D’abord, un sentiment d’illégitimité : la chose au monde la mieux partagée ! Ensuite, le fait que je n’étais pas une femme, et que je trouverais intéressant que ce ne soit pas toujours les garçons qui passent en premier. Troisième raison : en devenant prof en classes préparatoires, j’ai fait le choix de n’avoir pas de spécialité. Si j’intervenais à Beaubourg, ce ne serait donc pas dans le cadre d’un champ de spécialité qui serait le mien.

J’ai beau avoir la vanité de penser que les idées les plus fortes naissent plutôt entre les spécialités qu’en leur sein, cela représentait un travail supplémentaire, et j’étais à l’époque très fatigué. C’est Philippe Artières, auquel Jean-Max Colard avait du reste également pensé, qui a inauguré ces cycles avec un très beau projet autour de la question de l’archive.

Du temps a passé et Jean-Max Colard vous a rappelé au printemps dernier. Et…

Et je lui ai dit oui, en lui proposant le thème des passions contemporaines. J’avais travaillé sur Marivaux, j’étais allé voir du côté de Saint Augustin, j’avais été frappé par la façon dont les classiques pensaient l’homme comme jouet passionnel, alors que nous mettons aujourd’hui au premier plan les déterminations économiques.

Et puis, j’ai été happé par la question des modalités de rencontres dans le monde virtuel, notamment des rencontres sexuelles. On dispose aujourd’hui, à portée de clic, chez soi, à la fois d’une archive et d’un terrain d’expérimentation, voire d’invention, de l’ensemble des passions humaines.

Quel est donc le dispositif que vous proposez au Centre Pompidou ?

Mon dispositif comporte deux volets : ce que j’ai appelé « l’Observatoire des passions » proprement dit et des événements parallèles sur le thème des passions. Ces derniers peuvent être en lien avec le musée. Nous travaillons actuellement sur l’hypothèse d’une visite ou une « revisite » passionnelle des collections. Je demanderai par exemple à un conservateur, à un restaurateur d’oeuvres ou à un gardien d’identifier une ou deux oeuvres avec lesquelles il a un rapport passionnel – qui peut être aussi un rapport d’hostilité ou un rapport de possession jalouse – et de faire une visite guidée commentée. Ca, c’est « L’Observatoire » qui se déplace au musée.

« L’Observatoire » se déplace aussi à « L’Assemblée générale », c’est-à-dire aux commémorations de mai 68. J’ai proposé une soirée sur les passions tristes dans les mobilisations politiques, celles qui entament la joie des soulèvements : amour du chef, volonté que ça s’écroule une fois qu’on est parti, soupçons, amour exclusif des structures, etc. Toutes ces choses qu’en tant que militant, j’ai vues et connues.

Et « L’Observatoire des passions » proprement dit, qu’est-ce donc ?

Une fois par mois, j’invite trois personnes à discuter ensemble. Deux personnes qui sont engagées dans une pratique passionnelle particulière, dont l’une a un lien avec les technologies modernes. Et une troisième qui pense les passions dans sa discipline de chercheur.

Lors de la première séance, il y avait un couple de collectionneurs d’art conceptuel, qui consacrent leur argent à des oeuvres dont la visibilité et le mode d’existence sont précaires, un joueur de jeux vidéo et le philosophe Pierre Zaoui. En mars, il y avait une marathonienne – la question de l’articulation entre souffrance et jouissance m’intéresse -, un Instagramer à plusieurs centaines de milliers de posts et de followers et l’économiste Frédéric Lordon.

Et le 20 avril, il y aura un usager de drogue qui a un rapport passionnel, et pas seulement addictif, à la drogue, une fan d’une chanteuse lyrique, qu’elle suit partout, et Claude Millet, professeure de littérature et spécialiste du romantisme.

Concrètement, comment ça se passe ?

Après une introduction et une remise en contexte que je fais, une conversation s’instaure avec les invités. Ce que je cherche, c’est le point d’équilibre entre ce qui relève du travail (les séminaires) et ce qui relève du spectacle. Sachant que les séminaires m’emmerdent souvent parce que je n’y vois que de l’entre-soi et que l’entre-soi me fatigue, et que les shows m’emmerdent parce que j’ai envie d’aller danser sur scène avec les gens !

Le public participe, pose des questions, intervient. A chaque séance, la salle, qui peut contenir 160-180 personnes, est pleine. C’est assez joyeux !

Parmi les activités que vous avez hors de votre travail de prof, vous avez été coscénariste de « 120 battements par minute ». L’énorme succès du film en France vous a-t-il surpris ?

Ca a surpris tout le monde ! Personnellement, je n’avais pas de doute sur le fait que « 120 BPM » était réussi. Mais je crois que la surprise a commencé bien avant, lorsque les financements ont été accordés plutôt facilement. Cela tient à la qualité du scénario, mais pas seulement : beaucoup de bons scénarios ne trouvent pas de financements.

Je crois que le film tombait juste et au bon moment. Peut-être cela a-t-il à voir avec l’arithmétique de la mémoire.

https://www.lesechos.fr

1703/2018

Un Mois à la campagne: subtils vertiges de l’amour | Le Figaro

samedi 17 mars 2018|Catégories: Spectacle Vivant|Mots-clés: , |

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© Michel Corbou

Alain Françon met en scène avec un sens profond de l’indicible l’adaptation de la pièce d’Ivan Tourgueniev par Michel Vinaver. Anouk Grinberg et Micha Lescot sont entourés d’excellents comédiens.

Tout, ici, est d’une infinie délicatesse. Pas d’éclats, pas de cris, ou alors des éclats de rire et des cris de joie, lorsque le temps est beau et que l’on s’égaye dans les prairies… Et pourtant il y a dans la pièce la plus célèbre d’Ivan Tourgueniev, Un Mois à la campagne, quelque chose de profondément vénéneux. Cruauté de l’amour, philtres empoisonnés.

Tout pourrait être aussi harmonieux et léger que le cerf-volant qu’Alexeï (Nicolas Avinée), le jeune étudiant engagé comme précepteur, construit pour son jeune protégé Kolia. On vit dans une propriété heureuse, à la belle saison. Arkadi Islaïev (Guillaume Lévêque), riche propriétaire terrien et entrepreneur, ainsi que le précise l’auteur, a trente ans. Il s’occupe avec énergie de son domaine, de ses affaires. Sa femme, Natalia Petrovna (Anouk Grinberg), trente-neuf ans, s’ennuie sans doute vaguement. Leur fils Kolia a dix ans. Il fait sa joie. Mais cela ne comble pas une vie. Dans la maison, il y a aussi Anna Semionovna (Catherine Ferran), la mère d’Arkadi, et puis Véra (India Hair), une toute jeune fille de dix-sept ans, pupille de Natalia et Lizaveta (Laurence Côte), trente-six ans, demoiselle de compagnie. Tourgueniev précise bien les âges, car ils sont très importants dans les mouvements des cœurs, des âmes, les tourments. Auprès de Natalia, il y a également, dévoué à elle, amoureux d’elle depuis toujours, Mikhaïl Rakitine (Micha Lescot), «ami de la maison», comme dit Tourgueniev. Un très beau personnage. Une grande âme. Pas comme le docteur Chpiguelski (Philippe Fretun), quarante ans, ou son riche ami Bolchintsov (Jean-Claude Bolle-Reddat), quarante-huit ans…

Sans l’avoir voulu consciemment, Natalia s’enflamme pour Alexeï… Elle en souffre. Et elle souffre surtout de la complicité qui s’établit entre le jeune homme et sa protégée Véra. Natalia se montre dure, méchante, avec elle, cette rivale…

Michel Vinaver offre ici une partition d’une musicalité lancinante. Et Alain Françon, une mise en scène admirable

Michel Vinaver a composé une nouvelle traduction de la pièce en cinq actes et réduit un peu le texte. Cela donne une partition d’une musicalité lancinante. Dans un décor de Jacques Gabel qui abolit intérieur et extérieur, avec ce grand fond clair et ses fleurs comme un fouillis à la Monet, quelques meubles et même un samovar, Alain Françon signe une mise en scène admirable.
Dans les lumières flatteuses de Joël Hourbeigt, des costumes seyants qui flottent entre plusieurs mondes, les comédiens sont tous remarquables.

Tous les sentiments palpitent à fleur de mots. Les hommes brutaux sont bien dessinés, les jeunes femmes qui vont être sacrifiées sont bouleversantes. Le jeune précepteur comprend sourdement ce qui advient… Et tout cela est trop lourd pour un garçon qui n’est pas exceptionnel… Tourgueniev est ironique. On s’enchante de la subtilité du jeu d’Anouk Grinberg, tout en nuances presque imperceptibles et l’on a de l’admiration pour l’élégant Micha de Micha Lescot, personnage douloureux et digne.

Un Mois à la campagne. Théâtre Déjazet, 41, bd du Temple, PARIS (IIIe) Tél.: 01 48 87 52 55.
Horaires: 20h30, du lun. au sam. Jusqu’au 28 avril 2018. Places: de 16 à 39€.

Source: Le Figaro

1603/2018

A Lyon, le festival En Acte(s) met l’actualité en pièces | Mediapart

vendredi 16 mars 2018|Catégories: Spectacle Vivant|Mots-clés: , |

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© Michel Cavalca

Le TNP abrite la quatrième édition de ce festival qui offre à dix auteurs accompagnés chacun par un metteur en scène de traiter d’un sujet d’actualité en respectant d’excitantes règles de jeu.

Jonas est allé là-bas, il est revenu, il a fait de la prison, et le voici de retour chez ses parents, assigné à résidence chez eux, par ordre de la justice peut-être, surtout par volonté parentale, pour ne pas effrayer les voisins du pavillon d’à côté, ne pas faire de vagues ; il y en a eu suffisamment comme cela lorsque la mère a écrit un livre sur son fils. Son mari lui en fait le reproche, il aurait voulu rester « invisible ». L’atmosphère est d’autant plus nerveuse qu’un attentat vient d’être commis dans le métro et puis un deuxième et puis il y a cinq tasses dans l’évier. Le frère, la sœur et les parents, ça fait quatre. Qui est venu boire un café à la maison avec Jonas alors que la sœur est censée garder son frère ? Jonas ne dit rien.

Dix pièces, dix auteurs

Jonas ne répond pas pas aux questions. La police, les juges lui en ont tellement posé, des questions, à son retour. Seule sa sœur essaie de le comprendre sans le questionner. Elle a essayé de faire les cinq prières par jour mais, pour elle, « ça passe pas, ça bloque ». Elle aide son frère à faire des trous dans le jardin, il fait des trous comme il en faisait là-bas.

Voilà, à gros traits, l’univers de Et après, une pièce de Marilyn Mattei. Cette ancienne élève de l’ENSATT en section écriture traite d’un sujet d’actualité délicat qui ne court pas les planches. Elle le fait avec un sens du dialogue, du rythme, un bel habillage narratif et une continuelle délicatesse dans une approche jamais frontale des personnages. Tout cela l’emmène loin, très loin d’une écriture platement naturaliste, écueil habituel pour ce type de sujet. Fort bien mise en scène par Julie Guichard, interprétée à la perfection par Olivier Borle (Le père), Sophie Engel (la mère), Noémie Rimbert (la sœur) et Arthur Vandepoel (le fils), cette pièce forte clôturait en beauté la deuxième semaine du festival En Acte(s) qui, pour sa quatrième édition, vient d’être accueilli au TNP de Villeurbanne. Un festival entièrement consacré aux écritures contemporaines.

A l’origine, la compagnie lyonnaise En Acte(s) et son animateur Maxime Mansion (sorti de l’ENSATT et acteur dans la troupe du TNP). Les éditions précédentes ont eu lieu dans d’autres théâtres lyonnais (Lavoir public, Clochards célestes). C’est un deal. Le festival commande une pièce à dix auteurs, quasi-novices ou expérimentés, qu’il choisit. L’auteur doit écrire sur un sujet d’actualité (au sens large) une pièce qui doit pouvoir être représentée en une heure avec au maximum cinq comédiens. L’auteur a deux à trois mois pour écrire le texte. Par ailleurs, dès le début du processus, il travaille en binôme avec un metteur en scène (choisi par le festival) qui accompagne tout le mouvement préparatoire et, ensuite, a dix à douze jours pour mettre la pièce en scène. En respectant d’autres consignes : pas de régie technique, les sources lumineuses ou sonores doivent provenir du plateau et être prises en charge par les comédiens. Enfin, le texte doit être su par les acteurs, mais un souffleur veille.

Cela ressemble en partie à la façon dont fonctionne le Théâtre de Poche à Genève depuis que Mathieu Bertholet en a pris la direction. Dans les deux cas, on évacue la simple lecture mais aussi la mise en espace qui a fait les belles heures de Théâtre Ouvert de Lucien et Micheline Attoun, une forme qui a montré ses limites et s’est banalisée au fil du temps. Chaque pièce est présentée trois fois sur un plateau en bois commun à tous que chaque équipe aménage de façon sommaire. Il y a là un côté théâtre de tréteaux tout à fait revendiqué qui fait la part belle au texte et aux acteurs. La plupart des acteurs viennent des compagnies lyonnaises, certains sont des acteurs permanents du TNP.

Une initiative salutaire

On retrouve des auteurs expérimentés comme Guillaume Cayet, Kevin Keiss ou Julie Ménard, ces deux derniers faisant partie du collectif d’auteurs Traverse (co-auteurs pour le collectif OS’O du texte de Pavillon noir) ; on découvre des auteurs moins expérimentés comme Gwendoline Soublin, Théophile Dubus ou Marilyn Mattei, tous trois ayant été formés à l’ENSATT. Sur les dix textes, deux sont destinés à un jeune public.

Judith Zins qui écrit pour le jeune public a traité de l’anorexie ; Gwendoline Soublin, d’un petit village où les ados s’ennuient mais où vit une vieille femme très étonnante ; Guillaume Cayet, avec son habituelle fibre sociale, aborde, à travers deux générations, l’histoire d’une barre d’immeuble sur le point d’être rasée ; Aristide Tarnagda et Antonin Fadinard nous entraînent en Afrique noire ; Thibault Fayner montre neuf jeunes mettant leurs pieds dans la gadoue du monde économique ; Julie Ménard suit en profondeur une héroïne qui se noie dans l’alcool, la baise et les mensonges ; Kevin Keiss, accroc à la production de textes très personnels, décline l’addiction sous toutes ses formes. La pièce de ce dernier, Irrépressible, a été mise en scène par Baptiste Guiton qui, comme Julie Guichard, est membre du « Cercle de formation et de transmission » du TNP. C’est aussi le cas de Maxime Mansion. Julie Guichard et lui présenteront ce samedi 17 mars à 20h30 un spectacle « audio-immersif » réunissant sept auteurs venant de pays francophones (Belgique, Burkina Faso, Canada, Grèce, Mali) qui bouclera une troisième semaine consacrée à la francophonie.

De telles initiatives sont salutaires. Pour les auteurs, les metteurs en scène et les acteurs, cela constitue un challenge. Et pour le public qui joue, lui aussi, le jeu et découvre de nouveaux textes. Il y a des pièces qui manquent de souffle, d’ambition ou s’égarent ; pas grave. Il y a des auteurs que l’on retrouve avec plaisir, d’autres que l’on découvre (pour ma part) avec joie, comme Marilyn Mattei.

L’ensemble des textes des pièces a été édité en un volume aux éditions En Actes(s).

Source: Mediapart

603/2018

« La Cerisaie » balayée par la folle énergie du désespoir | Les Echos

mardi 6 mars 2018|Catégories: Spectacle Vivant|Mots-clés: , |

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© Simon Gosselin

Au Théâtre-Studio d’Alfortville, Christian Benedetti continue d’imposer son rythme effréné à l’oeuvre de Tchekhov. Après « La Mouette », « Oncle Vania » et « Les Trois Soeurs », il s’installe aux commandes d’une « Cerisaie » à la fois féroce et lumineuse.

Cité par Evtikhi Karpov dans « Tchekhov dans les souvenirs », le dramaturge russe assurait : « Je voudrais qu’on me joue d’une façon toute simple, primitive… Comme dans l’ancien temps… une chambre… sur l’avant-scène un divan, des chaises… Et puis de bons acteurs qui jouent… C’est tout. » Cette confidence, Christian Benedetti l’a placée au coeur de son projet un peu fou entamé il y a près de sept ans, celui de monter tout Tchekhov. Après « La Mouette », « Oncle Vania » et « Les Trois Soeurs », le metteur en scène s’aventure dans « La Cerisaie ». Créé en 2015 aux Nuits de Fourvière, le spectacle est repris au Théâtre-Studio d’Alfortville et s’ancre à pleines racines dans le sillon théâtral qui a fait la singularité, et le succès, des trois précédents opus.

Avec pour seul décor une vieille armoire, un banc et quelques chaises, comme autant d’éléments imposés, Christian Benedetti ne s’embarrasse d’aucunes fioritures. Il met le texte à nu, imprime un rythme effréné où les silences, savamment maîtrisés, soulignent les noeuds du drame tchekhovien et traduisent sa fine lecture de l’oeuvre. Débarrassée de ses longueurs et langueurs, « La Cerisaie » dévoile alors toute sa férocité. Pris, les bras ballants, dans ce tourbillon bourgeois qui terrasse une aristocratie aveuglée par sa rutilance passée, l’aréopage de personnages n’en devient que plus pathétique.

Enterrement de première classe

Mus par une extrême vitalité, les comédiens semblent se nourrir de cette folle énergie du désespoir. De Christian Benedetti, ambivalent Lopakhine, à Hélène Viviès, touchante Varia, tous donnent une teinte nouvelle à cette inéluctable décadence. Montée avec un ton quasi vaudevillesque, la pièce se transforme en une célébration presque lumineuse. La fête du troisième acte, orchestrée comme un théâtre d’ombres, tourne à l’enterrement de première classe d’un monde qui s’est dissout dans un mélange d’orgueil et d’oisiveté. Jusqu’à devoir mendier auprès de ceux que jadis il dominait.
Abrupts et anguleux, les personnages ne perdent pour autant ni de leur profondeur, ni de leur complexité. Leurs relations sont toujours sous-tendues par cette attraction-répulsion antédiluvienne, leur rapport au monde encore dicté par ces réflexes sociaux reçus en héritage mais aujourd’hui dépassés. A travers le travail de Christian Benedetti, c’est bien toute l’acuité de Tchekhov qui se fait jour. Et comme tout regard perçant, il est cruel, forcément cruel.

LA CERISAIE
d’Anton Tchekhov
Mise en scène de Christian Benedetti.
Théâtre-Studio d’Alfortville (01 43 76 86 56) jusqu’au 24 mars.
Durée : 1h30.

Source: Les Echos

2901/2018

A Villeurbanne, un « Misanthrope » énervé | Le Monde

lundi 29 janvier 2018|Catégories: Spectacle Vivant|Mots-clés: , |

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© Michel Cavalva

La jeune Louise Vignaud met en scène la pièce de Molière avec une virulence revendiquée.

Pour Louise Vignaud, c’est la saison des premières. Jusqu’au 15 février, elle présente sa première mise en scène au Théâtre national populaire de Villeurbanne (Rhône) : Le Misanthrope, de Molière. Fin mars, elle signera sa première mise en scène à la Comédie-Française : Phèdre, de Sénèque, au Studio du Carrousel du Louvre. Et en mai, elle créera Le Quai de Ouistreham, adaptation du livre de Florence Aubenas (grand reporter au Monde), au Théâtre des Clochards Célestes, une petite salle de la Croix-Rousse, à Lyon, qu’elle dirige depuis janvier 2017. Ainsi s’opère un tournant dans le trajet de Louise Vignaud (29 ans), une des jeunes femmes de cette saison féconde en découvertes, sur lesquelles veillent des directeurs de théâtre.

Christian Schiaretti, le patron du TNP, a imaginé un programme pour donner des outils à ceux qui se lancent dans le métier et deviendront peut-être patrons à leur tour, au TNP ou ailleurs. Quatre metteurs en scène ont été choisis, en respectant la parité : Julie Guichard, Baptiste Guiton, Maxime Mansion et Louise Vignaud. Pendant trois ans, ils participent à la vie du théâtre, dans tous les services, font une mise en scène par saison, et reçoivent une enveloppe de 100 000 euros pour les aider à monter leurs productions. C’est dans ce cadre du « cercle de formation et de transmission » qu’est créé Le Misanthrope. Les représentations ont lieu dans la salle Jean-Bouise, dont l’aspect modulable correspond au désir de Louise Vignaud de faire du plateau un ring, autour duquel les spectateurs sont assis, sur les quatre côtés.

Virulence et excès

Le sol est blanc, brillant. Quelques marches au milieu. Rien de plus pour évoquer le salon de Célimène, la veuve coquette dont est amoureux l’atrabilaire Alceste, décidé à se retirer du monde, c’est-à-dire de Paris, pour s’isoler dans le silence de sa campagne, loin des vanités d’une vie sociale dont il exècre l’hypocrisie. Selon les mises en scène, le côté mélancolique ou dépressif d’Alceste est plus ou moins pointé. Il n’en va pas de même avec Louise Vignaud : son misanthrope est un homme énervé, qui court et saute de rage, s’emballe et crie, au nom d’une liberté qu’il revendique haut et fort, tout comme Célimène revendique haut et fort sa liberté, dans le registre de la séduction rouée.

Virulence et excès : tels sont les piliers de la mise en scène, dont Louise Vignaud pense qu’ils « sont nécessaires pour raconter la folie des apparences ». Soit. On pourrait tout aussi bien dire et mettre en scène l’inverse, et l’on obtiendrait le même résultat. La seule question qui vaille est celle de la cohérence du spectacle. De ce point de vue, Louise Vignaud – qui s’est formée à l’Ecole normale supérieure de la rue d’Ulm, à Paris, puis au département de mise en scène de l’Ecole nationale supérieure d’art et techniques du théâtre (Ensatt), à Lyon – tient son pari. On entend la langue admirable de Molière, ce qui semble évident mais ne l’est pas toujours, sur les scènes d’aujourd’hui. On voit des comédiens très engagés, vêtus de costumes XVIIe siècle actualisés. Et, si l’on ne sent pas le frisson des grands soirs où une nouveauté s’impose, bouleverse et dérange, on se dit qu’il y a chez Louise ­Vignaud une promesse.

Le Misanthrope, de Molière. Mise en scène : Louise Vignaud. Avec Olivier Borie (Oronte), Joseph Bourillon, Pauline Coffre, Ewen Crovella, Sophie Engel (Célimène), Charlotte Fermand (Eliante), Clément Morinière (Philinte), Sébastien Mortamet, Mickaël Pinelli (Alceste). Théâtre national populaire, 8, place Lazare-Goujon, Villeurbanne (Rhône). Durée : 1 h 50. Jusqu’au 15 février.

Source: Le Monde