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911/2020

Au Théâtre de la Ville, les voix solitaires et lumineuses de Nicole Garcia et Scali Delpeyrat | Le Monde 09-112020

lundi 9 novembre 2020|Catégories: Spectacle Vivant|

En cette période de reconfinement, l’établissement parisien propose plusieurs spectacles joués en direct et visibles gratuitement en streaming sur son site Internet.

Par Brigitte Salino  Publié aujourd’hui à 02h06, mis à jour à 05h44

Temps de Lecture 4 min.

Scali Delpeyrat, dans la pièce « Je ne suis plus inquiet », le 5 novembre.
Scali Delpeyrat, dans la pièce « Je ne suis plus inquiet », le 5 novembre. JEAN-LOUIS FERNANDEZ

Changement de programme : au premier confinement, le Théâtre de la Ville avait choisi de maintenir un lien avec le public en lui proposant des consultations poétiques par téléphone. Au deuxième, dont on espère qu’il sera le second, il passe de l’oral à l’image, en offrant des spectacles qui étaient prévus en novembre, dans un format particulier : ils sont joués en direct et visibles en streaming sur le site Internet du théâtre ou sur Facebook Live, mais seulement une ou deux fois.

L’idée : que les spectateurs prennent rendez-vous, comme quand ils assistent à une représentation. Qu’ils soient dans l’ici et maintenant du théâtre, autant que faire se peut. David Lescot échappe à la règle : sa nouvelle création, J’ai trop d’amis, a droit à trois passages. Elle a été présentée une première fois le vendredi 6 novembre, à 14 h 30, un horaire spécialement choisi pour les écoles, qui ont été près de 360 à faire découvrir le spectacle à 20 000 élèves, dans toute la France.

Des pas de côté

Nous n’avons pas pu voir cette pièce, taillée pour les préadolescents, qui sera donnée une dernière fois le vendredi 13 novembre, à 18 heures. Mais nous avons pu assister à la préparation de deux autres : Royan, de Marie Ndiaye et Je ne suis plus inquiet, de Scali Delpeyrat, jouée dans une petite salle autrefois réservée aux projections de films. Cette intimité s’accorde au propos : Scali Delpeyrat se livre, seul en scène. Cet acteur, qui s’est fait connaître du grand public avec son rôle de secrétaire général de l’Elysée dans la série de Canal+ Baron Noir, écrit comme il pratique le théâtre, où il s’ouvre à toutes les expériences : en faisant avec talent des pas de côté.

Je ne suis plus inquiet commence comme le journal de bord d’un homme qui s’observe et observe le monde autour de lui avec une empathie mise à distance par sa solitude de célibataire dans Paris : qu’il adopte un chat, dîne chez des amis ou écoute FIP, tout est source d’affolement, d’une angoisse sourde teintée d’un humour presque involontaire. Puis des souvenirs d’enfance se mêlent aux séquences du quotidien, et un écheveau se met en place. Il mènera au nœud de l’histoire, à la grand-mère juive, sauvée pendant la seconde guerre mondiale par un résistant, alors qu’elle passait en zone libre avec sa fille qui, par son mariage avec un fils d’agriculteur, fera de Scali Delpeyrat « un juif du Lot-et-Garonne », parlant avec l’accent du Sud-Ouest et récitant en hébreu les prières de shabbat.

Grand écart culturel, problème existentiel ? Oui et non, car Scali Delpeyrat sait se raconter avec une incongruité qui le rend drôlement attachant. Ecoutez-le parler de la télécommande qu’il a fait encadrer, de la façon dont sont modulées les annonces vocales des stations de métro, du silence du reporter en direct à la télévision, attendant que la question en studio lui parvienne à l’oreille. Ecoutez-le tout court, jeudi 12 novembre à 19 heures, et vous comprendrez pourquoi il a pu appeler sa pièce Je ne suis plus inquiet.

Une femme puissante

Dans Royan, une autre voix solitaire se fait entendre : celle d’une femme, jouée par Nicole Garcia. Mardi 10 novembre, à 21 heures, vous pourrez voir des extraits de ce monologue, accompagnés d’une discussion entre l’actrice et Emmanuel Demarcy-Mota, le directeur du Théâtre de la Ville. L’équipe, dirigée par le metteur en scène Frédéric Bélier Garcia a préféré cette formule, mieux adaptée à l’état des répétitions, encore en cours.

Royan est l’une des trois pièces de Marie NDiaye prévues cette saison : Berlin mon garçon, qui devait être créée au printemps au Théâtre national de Strasbourg, dans une mise en scène de Stanislas Nordey  est annoncée pour le printemps 2021. Les Serpents a été créée fin septembre à Tours, dans une mise en scène de Jacques Vincey mais sa tournée a été interrompue par le confinement. Royan, qui devait être créée à l’Espace Cardin, devrait tourner de janvier à fin mars 2021.
C’est la quatrième fois que Frédéric Bélier-Garcia met en scène un texte de Marie NDiaye. Il dirige sa mère, pour qui la pièce a été écrite, à partir d’un fait divers : le suicide d’une adolescente, maltraitée par ses camarades de classe. Sa professeure de français rentre chez elle. Elle sait que les parents de la jeune fille l’attendent. Ils veulent parler avec elle, comprendre ce qui s’est passé. Mais Gabrielle, la professeure, refuse toute explication, et se refuse à toute compassion. Pourquoi ?

C’est tout l’enjeu de la pièce, qui dresse le portrait d’une femme puissante, dans la lignée de Trois femmes puissantes de Marie Ndiaye elle dit non. Non à la bonne pensée, aux bons sentiments, à la bonne tenue. Mais, comme toujours chez l’autrice, ce « non » s’accorde à une écriture taillée dans un diamant fauve, qui soulève plus de mystères qu’il n’en résout. C’est un cadeau pour Nicole Garcia, et une ode à son jeu heurté qui renvoie mille et un éclats sur le destin d’une femme.

Les directs du Théâtre de la Ville à suivre sur le site www.theatredelaville.com

J’ai trop d’amis, de David Lescot (Actes Sud-Papiers, 64 p., 10 €). Je ne suis plus inquiet, de Scali Delpeyrat (Actes Sud-Papiers, 72 p., 13,50 €). Royan, de Marie NDiaye (Gallimard, 72 p., 9,50 €).

911/2020

Mathieu Touzé et le « feuilleton kafkaïen » du Théâtre 14 | Le Monde 09-11-2020

lundi 9 novembre 2020|Catégories: Spectacle Vivant|Mots-clés: |

Confinement,  couvre-feu,  reconfinement… Le comédien et metteur en scène, à la tête  de la salle parisienne depuis janvier, confie son  désarroi.

Propos recueillis par Fabienne Darge  aujourd’hui à 07h30, mis à jour à 14h16

Temps de Lecture 5 min

Mathieu Touzé dans « Un garçon d’Italie »,  une pièce tirée du roman de Philippe Besson, en mars 2019, au Théâtre Transversal à Avignon.
Mathieu Touzé dans « Un garçon d’Italie »,  une pièce tirée du roman de Philippe Besson, en mars 2019, au Théâtre Transversal à Avignon. CHRISTOPHE RAYNAUD DE LAGE/HANS LUCAS

« On a un peu l’impression d’être bizutés par la vie, et d’être coupés dans notre élan », lance d’emblée Mathieu Touzé, avec l’humour et l’élégance qui le caractérisent. Le jeune directeur du Théâtre 14, à Paris, n’est pas du genre à se lamenter, il est plutôt connu dans la profession pour son enthousiasme et sa fraîcheur. Mais pour lui, qui a pris en janvier 2020, avec l’administrateur Edouard Chapot, la tête de cette salle municipale parisienne assoupie depuis des années, la succession du confinement-déconfinement-couvre-feu-reconfinement a pris l’apparence d’un « feuilleton kafkaïen ».

A l’automne 2019, la nomination de cet équipage par la Mairie de Paris avait créé la surprise – une surprise bienvenue : accompagnés par toute une bande d’amis comédiens, les deux jeunes gens, à peine dans la trentaine, arrivaient avec un projet plein de panache, à la fois exigeant sur le plan artistique et ancré dans la vie des quartiers populaires de ce coin du 14e, propre à réveiller cette belle endormie qu’était le Théâtre 14.

En quelques mois, ils ont fait du théâtre un lieu chaleureux et accueillant, et bâti une programmation de qualité, mêlant des artistes reconnus comme Pascal Rambert, le tgSTAN ou Alain Françon, et des compagnies émergentes. « On a ouvert en janvier dans une euphorie totale, raconte Mathieu Touzé. C’était notre rêve de toujours, de participer à cette grande aventure du théâtre public en France. Et puis tout est allé très vite : comme les autres, on a d’abord été impactés par le mouvement des “gilets jaunes” et par la grève à la SNCF et à la RATP, puis le couperet du confinement est tombé, le 17 mars. »

« Vissé à son téléphone »

Comme tous les directeurs de théâtre de France, Mathieu Touzé s’est « vissé à son téléphone », pour annuler et tenter de reprogrammer les spectacles prévus. Sans savoir quand les théâtres auraient le droit de reprendre leur activité. Le 2 juin, le Théâtre 14 est la première salle de France à rouvrir. « On s’est glissés dans un vide juridique, sourit Mathieu Touzé qui, en plus d’être comédien, metteur en scène et directeur de théâtre, est également avocat, profession qu’il a exercée plusieurs années. En voyant les mères de famille du quartier épuisées par ces semaines passées enfermées avec leurs enfants, on s’est dit qu’il fallait faire quelque chose. On a fait appel au marionnettiste Johanny Bert, qui est venu avec son spectacle Elle pas princesse, lui pas héros, et on a fait venir les enfants par très petites jauges. »

Pendant l’été, alors que la plupart des institutions théâtrales restent fermées, Mathieu Touzé accueille au Théâtre 14 une dizaine de spectacles de jeunes compagnies, qui auraient dû jouer dans le « off », à Avignon. Et il reprogramme son ouverture de saison 2020-2021 au 22 septembre, avec Le Quai de Ouistreham, de Florence Aubenas (journaliste au Monde), mis en scène par Louise Vignaud, un spectacle fort, dont l’envol a été stoppé net en mars.

Le 16 octobre, le couvre-feu, fixé à 21 heures, tombe sur la timide reprise des théâtres parisiens. Là encore, Mathieu Touzé et son équipe s’adaptent. « On choisit alors de mettre en place une offre surtout sur les week-ends, avec des représentations avancées à 18 h 30, des conférences, des concerts, quelque chose d’un peu festif », raconte le jeune directeur.

« Sentiment d’injustice »

« A peine avait-on fini ce travail d’adaptation que l’on a appris la nouvelle du nouveau confinement. Il avait beau être prévisible, on l’a pris comme un coup de massue, qui nous a laissés sonnés, poursuit Mathieu Touzé. Mon équipe, composée de quatre personnes, est exsangue, comme celles de nombreux théâtres. On a fait trois fois le travail de report et d’annulation, avec énormément de variables à gérer. Les séquelles du premier confinement ne sont pas dissipées, à un moment on ne pourra plus tirer sur la corde », prévient-il.

« Mon équipe est exsangue. On a fait trois fois le travail de report et d’annulation »

Mathieu Touzé et Edouard Chapot se sont retrouvés à tout faire dans leur théâtre, « s’occuper du bar, de la billetterie et du ménage », mais là n’est pas le pire, pour le directeur du Théâtre 14. « Ce qui est le plus difficile à vivre, c’est d’abord le sentiment d’injustice dû au fait que les salles de spectacle ont mis en place les protocoles sanitaires les plus stricts. Et c’est surtout l’imprévisibilité dans laquelle on nous laisse, et l’impression que le gouvernement navigue à vue. On a absolument besoin de visibilité pour pouvoir continuer. C’est pour cela que j’ai proposé, comme une boutade, que le gouvernement nous confine systématiquement une semaine par mois, jusqu’au reflux de l’épidémie. Ce qui, au moins, permettrait de s’organiser ».

Mais ce qui désole par-dessus tout ce jeune hussard du théâtre public à la française, c’est l’absence d’écoute et de réflexion qu’il ressent du côté de l’Etat. « On ne va même pas revenir sur le fait que le président de la République n’ait pas prononcé une seule fois le mot culturedans son allocution du reconfinement, évacue-t-il. Mais le sentiment est de plus en plus criant que l’État n’a tout simplement aucune visibilité sur les rôles à la fois concrets et symboliques que nous jouons. Une expérience comme celle menée avec les quartiers autour du théâtre cet été, elle ne s’apprend dans aucun texte théorique sur les relations publiques », plaide-t-il.

« Un monde meurtri »

Mathieu Touzé glisse, sans s’appesantir, sur les conséquences sur son propre travail artistique de comédien et de metteur en scène. « Comment trouver l’espace vide, la disponibilité mentale nécessaires à la création, dans ce contexte ? » souffle-t-il. Un garçon d’Italie, d’après le livre de Philippe Besson, le spectacle qui l’a fait connaître, dans le « off » à Avignon, devait être repris à partir du 1er décembre. Parallèlement, il devait créer, à la Ménagerie de verre, à Paris, Une absence de silence, adaptation de Que font les rennes après Noël ?, d’Olivia Rosenthal. La création est, pour le moment, repoussée à mars 2021.

A ce jour, comme ses pairs, Mathieu Touzé n’a aucune idée de la date à laquelle il pourra rouvrir son théâtre. « Si je peux le faire le 1er décembre, je rouvre. Mais on rentre dans un temps long où il va vraiment falloir réfléchir à ce sur quoi on se bat, médite-t-il. Qu’est-ce qui aura changé chez moi avec cette crise ? Je ne le sais pas encore. On est dans un monde meurtri. On ne peut pas faire abstraction de la peur, des séparations, de la solitude. Mon endroit artistique, c’est la manière dont les événements du monde nous traversent, nous transpercent. Je ne me vois pas aller vers des spectacles “covid-compatibles”… »

En attendant, c’est « la vie avec des plans a, b, c, d, e, f, etc. », résume Mathieu Touzé, chez qui l’humour n’est jamais bien loin. Un humour qui n’efface pas la tristesse de voir que « la culture n’est en aucun cas considérée comme un outil pour la société. Pourtant, les conséquences de cet oubli politique de la culture, on les vit déjà tous les jours : l’enfermement dans des croyances étroites, le conspirationnisme, l’absence d’esprit critique… A un moment, on va se relever et on sera sur un champ de ruines, non seulement sur le plan économique, mais sur le plan humain. »

811/2020

Antis : théâtre fragmentaire pour société fragmentée |Sceneweb | 06-11-20

dimanche 8 novembre 2020|Catégories: Spectacle Vivant|Mots-clés: |

 

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Au Théâtre 14, la jeune metteuse en scène Julie Guichard s’empare, avec une fluidité remarquable, du texte de Perrine Gérard et lance une alerte percutante à nos démocraties.

Les théâtres ont trouvé un modus vivendiPrivés de public en raison du reconfinement, mais autorisés à aménager des temps de répétition pour offrir aux artistes un espace de travail, certains lieux ont décidé d’aller plus loin et d’organiser des « filages-spectacles » – parfois doublés d’une captation vidéo – réservés, dans le respect des règles sanitaires, à un très petit nombre de professionnels et de journalistes. L’objectif est simple : permettre au monde du spectacle de préparer l’avenir, les saisons « post-Covid », et assurer aux compagnies, déjà grandement fragilisées, une once de visibilité. Grâce au soutien du Théâtre 14, qui l’accueille dans son incubateur, Le Grand Nulle Part a pu bénéficier de ce « lot de consolation ». Son spectacle, Antis, initialement prévu du 4 au 8 novembre et déjà interrompu lors de sa création, en mars dernier, au TNP de Villeurbanne, s’est joué, cette semaine, sous cette forme particulière.

Quelques mois de latence que son autrice, Perrine Gérard, en étroite collaboration avec l’ensemble de l’équipe artistique, a mis à profit pour remanier en profondeur le texte initial afin de suivre les emballements et les soubresauts de l’actualité. Non pas, et c’est heureux, celle liée au coronavirus et au confinement, mais plutôt celle relative à la violence, sous toutes ses formes, qui, en plein ou en creux, met à mal le tissu social. Car, lorsque Agnès, Nicolas, Tito, Ivan et Sibyle – qui, à eux tous, forment l’acronyme Antis – se penchent sur une série d’agressions nocturnes, ces journalistes sont loin d’imaginer mettre le doigt dans un engrenage qui va, très vite, les dépasser et les conduire jusqu’à un groupuscule haineux, l’Action nationale pour le triomphe de l’identité suprême – l’autre Antis –, qui, dans un sombre mélange d’intérêts convergents, s’en prend à toutes les minorités, sans distinction.

Là où Léa Drouet avait récemment, dans Violences, choisi la voie du théâtre documentaire pour traiter d’un sujet connexe, Perrine Gérard et ses comparses font pousser des ramifications fictionnelles sur le terreau du réel. Façon, pour eux, d’éviter la dénonciation frontale et de profiter de la finesse d’une légère anticipation, qui se révèle tout aussi efficace. Par touches discrètes et jamais didactiques, Antis fait le pas de plus et donne à voir, avec une crédibilité qui fait frissonner, le monde à nos portes. Un monde où les policiers ne se contentent plus de groupes Facebook racistes – comme l’avait dévoilé Street Press –, mais rejoignent des milices ; où les perquisitions des entreprises de presse – comme celle qui avait avortée chez Mediapart – sont légales et bafouent le secret des sources ; où l’anonymat numérique et les vidéos d’interventions policières – actuellement menacées par la proposition de loi « sécurité globale » – sont interdites au nom de « l’unité de la nation » ; où le pouvoir politique, nouvellement élu, s’abandonne à des dérives autoritaires sous couvert de lutte contre « le séparatisme ». Le tout face à une presse qui, coincée entre ses leçons de prêt-à-penser déconnectées, les injonctions hiérarchiques à produire du contenu attrape-clics et les intérêts politico-financiers de ses propriétaires, peine à incarner un quatrième pouvoir.

Un tableau sombre, mais d’une acuité percutante, qui s’assemble selon une logique dramaturgique fragmentaire. A la manière d’une composition cinématographique, Julie Guichard orchestre un ballet de scènes d’une fluidité remarquable, où les lieux et les personnages se succèdent sans accroc. Profitant d’une troupe très engagée et d’un plateau presque nu, avec seulement quelques chaises, les lumières bien senties de Brendan Royer et d’élégants panneaux amovibles pour sculpter l’environnement, elle impose au texte de Perrine Gérard un rythme de plus en plus soutenu. A mesure que les pièces du puzzle s’imbriquent, il génère une sensation d’étouffement, d’enfermement, comparable à celle que peuvent ressentir ces journalistes qui, malgré leur engagement, se retrouvent dans une impasse. Façon, pour le théâtre, de jouer son rôle de lanceur d’alerte, essentiel, quoi qu’on en dise, à nos démocraties.

Vincent Bouquet – www.sceneweb.fr

Antis
Texte Perrine Gérard
Mise en scène Julie Guichard
Accompagnement artistique Maxime Mansion
Avec Ewen Crovella, Sophie Engel, Jessica Jargot, Maxime Mansion, Nelly Pulicani
Assistanat à la mise en scène Bastien Guiraudou
Scénographie Camille Allain-Dulondel
Costumes Sigolène Petey assistée de Joanne Haennel
Lumières Brendan Royer
Son Quentin Dumay
Musique originale Morto Mondor-Quentin Martinod, Guillaume Vesin

Production Le Grand Nulle Part / EN ACTE(S)
Coproduction Théâtre National Populaire de Villeurbanne, Théâtre 14
Avec le soutien de la DRAC et de la Région Auvergne Rhône-Alpes, de la Spedidam, de l’Adami et de la Ville de Lyon
Remerciements à La Fédération-Compagnie Philippe Delaigue

Durée : 1h35

Théâtre de Villefranche
le 12 janvier 2021

2110/2020

Théâtre. Ruthy Scetbon, la clowne qui dansait avec son balai | L’Humanité | 21-10-20

mercredi 21 octobre 2020|Catégories: Spectacle Vivant|Mots-clés: |

 

Mercredi 21 Octobre 2020

Gérald Rossi

Ruthy Scetbon propose à Paris son premier spectacle, Perte. L’aventure d’une femme de ménage qui nettoie la scène du théâtre et découvre que le public est dans la salle… C’est bien vu, drôle, et poétique.

D’abord, elle ne se doute de rien. Comme chaque soir, quand les comédiens sont rentrés chez eux, et que le public est lui aussi parti rejoindre ses pénates, la jeune femme entame sa mission. Celle de nettoyer la scène. Sauf que, cette fois, elle découvre que le public n’est pas parti, qu’il est dans la salle et qu’il la regarde. De quoi en effrayer plus d’un/une. Mais pas quand il s’agit d’une clowne. Au contraire.

D’abord avec peu de mots, des regards timides, des gestes esquissés, la femme de ménage entame un ballet avec son balai et un dialogue avec le public. Ce spectacle réjouissant, qui se déroule dans la toute nouvelle petite salle de la Scala, à Paris, avait une histoire avant de débuter, à l’heure de la réouverture des théâtres (malmenés par la crise sanitaire). Car la jeune clowne Ruthy Scetbon, afin de payer ses cours de la célèbre école Jacques Lecocq, a travaillé comme ouvreuse dans cette même Scala. Ce qu’elle évoque d’ailleurs dans Perte, écrit avec Mitch Riley, qui en assure aussi la mise en scène.

La vie rêvée des objets

Prenant petit à petit de l’assurance, la jeune femme au nez rouge entreprend de détailler comment elle procède, chorégraphie les mouvements de son grand balai, échafaude une théorie sur la poussière qu’elle expertise, tout comme elle imagine la vie passée des objets trouvés dans la salle. Et voilà des manteaux, une chaussure et même une jupe à paillettes dorées ayant appartenu à une danseuse.

Et le récit bifurque encore. Que sont devenus les propriétaires de ces objets délaissés ? Sont-ils morts ? Les ont-ils oubliés ? Avec autant d’humour que de poésie, Ruthy Scetbon campe ce personnage imprévu à qui il appartient de mettre ensuite la scène en veille, chaque soir, stoppant tous les rêves en branchant la Servante. Laquelle restera seul point de lumière jusqu’au lendemain. C’est touchant et c’est aussi très drôle, les fous rires qui se déclenchent certains soirs en témoignent.

Crédit photo : Chloé Tocabens

La Perte, à la Scala, 13 boulevard de Strasbourg, Paris 10e. À 18h30, les jeudis et vendredis, jusqu’au 30 octobre ; puis les mardis et mercredis à partir du 3 novembre. Téléphone : 01 40 03 44 30 et www.lascala-paris.com

2110/2020

OUVERTURE DE LA PICCOLA SCALA | Le Monde – 21-10-20

mercredi 21 octobre 2020|Catégories: Spectacle Vivant|Mots-clés: |

Avec l’humoriste Jason Brokerss, le stand-up entre à La Scala

Une nouvelle salle de 180 places, La Piccola Scala, réservée aux talents émergents, vient d’ouvrir à Paris.

Par Sandrine Blanchard  Publié aujourd’hui à 10h42

La Piccola Scala, une nouvelle salle réservée aux talents émergents à Paris. ALEXEI VASSILIEV

Il faut avoir une bonne dose d’optimisme pour ouvrir à Paris, en cette rentrée plombée par le Covid-19, une nouvelle salle de spectacle de 180 places. « A la sortie de cette crise sanitaire, qui fait suite à celles, sociales, des “gilets jaunes” puis des grèves contre la réforme des retraites, on sera indestructibles », veut croire Frédéric Biessy, directeur du théâtre La Scala. Refusant d’être « tétanisé » par cette rentrée cataclysmique pour le secteur culturel, il a maintenu le lancement de La Piccola Scala, un nouveau lieu niché sous la grande Scala de 500 places.

 « Je n’ai pas joué depuis mi-mars, je fais ma première le 15 octobre et le 17, c’est couvre-feu. Je suis le roi du timing ! », plaisante l’humoriste Jason Brokerss, qui inaugure ce petit amphithéâtre où le public, installé en arc de cercle, est au plus proche de l’artiste. Par sa configuration, cette Piccola Scala fait penser, en plus petit, à la salle de L’Européen, l’un des hauts lieux parisiens du stand-up. C’est d’ailleurs une petite bande de stand-upeurs, Fary, Panayotis Pascot et Jason Brokerss, qui a conseillé au directeur d’aménager le lieu en amphithéâtre. « J’étais allé découvrir le nouveau comedy club de Fary, Madame Sarfati, et je leur ai proposé de passer à La Scala car on galérait sur l’agencement de la nouvelle salle, raconte Frédéric Biessy. Et leur idée a été la bonne. »

Avec La Piccola Scala, le stand-up fait son entrée à La Scala. « Ces jeunes humoristes collent au plus près de la société. Ce ne sont pas seulement des stand-upeurs mais des auteurs dotés d’une grande curiosité », considère le directeur. Ce n’est pas le premier théâtre parisien qui ouvre ses portes à ce genre d’humour. Le Théâtre de l’Œuvre ou l’Edouard VII (où Haroun s’est produit l’hiver dernier), pour ne citer qu’eux, multiplient les propositions de one-man-show.

« Provoquer des rencontres »

« Cela me plaît de brasser les genres et je n’avais pas encore tenté cet univers », justifie Frédéric Biessy en jurant que ce choix n’est pas dicté par des considérations économiques. Pas de décor, juste un comédien et un micro, il n’y a pas plus léger qu’un plateau de stand-up. « Si c’était pour des raisons financières, je l’aurais programmé dans la grande salle », se défend le directeur.

En découvrant, en février, le spectacle de Jason Brokerss au Musée de l’homme (dans le cadre de l’opération Paris face cachée),  suivi d’une discussion sur le racisme avec l’anthropologue Evelyne Heyer, Frédéric Biessy a été, dit-il, « fasciné » par ces regards croisés. La Piccola Scala « sera réservée aux talents émergents et à de nouveaux univers, en danse, musique, théâtre, etc. J’ai envie de provoquer des rencontres, par exemple entre humour et philosophie », poursuit-il, en rêvant d’un échange entre Jason Brokerss et la philosophe Cynthia Fleury.

L’humoriste Jason Brokerss à La Scala à Paris, en juin 2020. LAMBERT DAVIS

Intitulé 21e seconde – « parce que, quand tu rencontres quelqu’un pour la première fois, inconsciemment, en vingt secondes, cette personne se fait un avis sur toi et décide si tu es quelqu’un de bien ou pas » –, le spectacle de Jason Brokerss interroge les préjugés et le vivre-ensemble. A 34 ans, cet artiste musulman, au crâne rasé et à la longue barbe noire, sait prendre du recul sur ce que son physique inspire et parle mieux que personne des contrôles au faciès.

Avec un mélange d’autodérision et de bienveillance, il aborde avec aisance aussi bien le quotidien des usagers des bus low cost que les tourments du mariage ou les grands bonheurs et petites angoisses de la paternité. Ses thématiques ne sont pas d’une grande originalité mais son personnage est attachant et ses vannes savoureuses. « Pour la première fois, avec ce spectacle, les habitants de Strasbourg-Saint-Denis, le quartier du théâtre, entrent dans La Scala », se réjouit Frédéric Biessy en découvrant le public jeune et bigarré de Jason Brokerss.

21e seconde, de et avec Jason Brokerss, mise en scène : Fary. A La Piccola Scala,  13, boulevard de Strasbourg, Paris 10e. Jusqu’au 15 novembre, les samedis à 16 h 30 et à 18 h 30, et les dimanches à 18 h 30.

Sandrine Blanchard 

www.lemonde.fr

2010/2020

EMBRASE MOI – Kaori ITO | Télérama 19-10-20

mardi 20 octobre 2020|Catégories: Spectacle Vivant|Mots-clés: |

Avec “Embrase-moi”, Kaori Ito danse l’amour de façon crue mais pas scabreuse

Emmanuelle Bouchez,

Publié le 19/10/20

Kaori Ito. Depuis une dizaine d’années, l’artiste japonaise installée en France convie toutes sortes de complices dans ses spectacles, comme son père, ou cette fois, son compagnon.

Grégory Batardon

Au Théâtre de La Scala à partir du 20 octobre, la danseuse et chorégraphe japonaise dévoile un journal intime écrit à deux voix avec son compagnon circassien Théo Touvet.

Cet automne est celui de la danseuse et chorégraphe Kaori Ito. Au milieu d’un calendrier chargé de créations récentes (Le Tambour de soie, nô inspiré de Mishima présenté fin octobre à Avignon, ou Chers, recherche sur le thème des ancêtres, présenté début novembre au Centquatre à Paris), se glisse un délicieux intermède : Embrase-moi. Ce journal intime écrit à deux voix est à saisir à la volée, à partir du 20 octobre lors de séances qui s’égrènent jusqu’en janvier 2020, à Paris et ailleurs.

Une performance intense

Depuis une dizaine d’années, l’artiste japonaise installée en France, formée au classique comme à l’école américaine d’Alvin Ailey, a convié toutes sortes de complices, dont son père sculpteur, avec qui elle s’était réconciliée sur scène il y a cinq ans. En 2017, elle a imaginé Embrase-moi, avec son compagnon Théo Touvet, comédien-circassien spécialiste de la roue Cyr passé par le Centre national des arts du cirque, et ingénieur climatologue dans une autre vie. Ce marathon en plusieurs phases commence à la manière d’un pari et finit en performance intense mettant en scène l’amour tel qu’on ne l’a jamais vu. Le couple y célèbre sa rencontre comme une fête drôle et grave à la fois. La première période divise le public en deux. Un groupe suit Kaori, l’autre Théo, avant de se retrouver pour le final où les deux artistes croisent leurs âmes, leur corps et leurs disciplines. Côté Kaori, on fait salon : elle se tient assise entre deux lampadaires, invite le public à poser toutes les questions possibles au fur et à mesure de ses confidences. « UnCV amoureux », rit-elle avant de décliner ses émotions sensuelles et de décrire — anonymement — les garçons avec qui elle a couché en s’amusant des nationalités, des âges ou des préférences. Elle réussit à être crue sans se montrer scabreuse et intègre, avec humour dans son discours, ses attentes comme ses déceptions. Quand les questions du public débordent sur Théo, elle les rejette d’un « vous verrez bien tout à l’heure… ».Si elle évoque leur partition en parallèle, on n’aura pas pour autant celle de Théo. Car on n’a pas moyen d’assister aux deux versions de l’histoire. Dommage !

Changement de salle. Le public se retrouve autour d’un carré central, où, sur le sol blanc, gît un grand cercle : la roue Cyr de Théo. Elle entre, il la suit. Il fait deux têtes de plus qu’elle : il est l’athlète, elle est la danseuse. Ils se regardent et s’épient. Parade d’amour ou duel, quand elle danse autour de lui, quand ils s’affrontent doucement et prennent conscience du corps de l’autre ? Phrases à l’emporte-pièce de Kaori tournant le dos à Théo : « Tu as toujours raison, c’est ça ? » Traduction de celui-ci : « J’ai du mal à accepter que tu aies un autre point de vue que moi ! » Mais les armes sont bientôt déposées. Ils se dévêtissent en même temps, lentement, et dévoilent non sans courage leur nudité dans une lumière claire. Le sérieux l’emporte sur une quelconque dérive équivoque et l’amour, dans ce qu’il a d’absolu, sur un érotisme de circonstance. Ils offrent un ballet de portés acrobatiques fluides où elle se retrouve suspendue, confiante, comme une liane autour de son corps à lui, si solide. Théo a les joues rougies, les yeux d’un bleu intense. Kaori, l’œil noir perçant, dénoue sa longue chevelure. Commence alors la plus étonnante des cérémonies : un voyage de quelques tours ensemble, serrés dans la roue Cyr. Le couple à l’intérieur de l’anneau, tels des amants éternels…

À voir Embrase-moi, de Kaori Ito et Théo Touvet, le 20 octobre à 18h30 ; le 24 novembre à 18h30au Théâtre de La Scala, Paris 10e ;  les 7 et 8 janvier, à L’Hexagone, à Meylan (38).

Kaori Ito, et après quoi ?, lundi 23 novembre à 18h30 et lundi 7 décembre à 18h30, au Théâtre de La Scala, Paris 10e.

Le Tambour de soie, de Kaori Ito et Yoshi Oïda, du 23 au 26 octobre à La Semaine d’art du Festival d’Avignon (84) ; les 29 et 30 octobre à 19h, le 31 octobre à 15h et 19h, le 1er novembre à 15h, au Théâtre de la Ville/Espace Cardin, Paris 8e ; les 17 et 18 décembre à La Maison de la culture, Amiens (80)…

Chers, de Kaori Ito, du 4 au 7 novembre, au Centquatre, Paris 19e ; les 10 et 11 novembre, au Festival TNB // Le Triangle, à Rennes (35) ; le 20 novembre au Théâtre de Châtillon (92) ;
du 26 au 28 novembre, à la Maison des arts et de la culture de Créteil (94) ; le 5
décembre à L’Octogone, à Pully (Suisse) ; le 16 décembre, au Théâtre du fil de l’eau, à Pantin (93)…