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1810/2019

UN JARDIN DE SILENCE | THOMAS JOLLY- RAPHAËLLE LANNADÈRE | TÉLÉRAMA

vendredi 18 octobre 2019|Catégories: Spectacle Vivant|Mots-clés: |

 Théâtre et chant 

Thomas Jolly et Raphaële Lannadère : “Barbara chantait sa vérité pour tenir debout”

  • Valérie Lehoux
  • Publié le 17/10/2019.Mis à jour le 17/10/2019 à 17h14.

 Après Depardieu et Mathieu Amalric, la chanteuse Raphaële Lannadère (alias L), épaulée par le metteur en scène Thomas Jolly, s’attaque au mythe et à l’œuvre de Barbara. Leur étonnant spectacle, “Un jardin de silence”, est à l’affiche de La Scala, à Paris, jusqu’au 3 novembre, avant de partir en tournée dans toute la France.

 Est-il encore possible d’imaginer un spectacle sur Barbara, après la ribambelle d’hommagesqui ont récemment marqué les 20 ans de sa mort ? La chanteuse L, de son vrai nom Raphaële Lannadère, et le metteur en scène Thomas Jolly ont tenté le pari. Ensemble, ils proposent Un jardin de silence, créé au festival de Vannes Les Émancipéés, en avril dernier – une première version, bien plus dépouillée, avait vu le jour au même endroit l’année précédente. Chacun des deux protagonistes ose y sortir de sa zone de confort : l’un se met à chanter, l’autre joue la comédie. Quant à leur pas de deux, il s’articule certes autour des chansons de Barbara (entre autres) mais aussi, beaucoup, autour de ses propos, extraits de dizaines d’interviews qu’elle donna au fil du temps. Un parti pris original, qui jette une lumière inattendue sur l’artiste.

Comment est née l’idée de ce spectacle ?

Thomas Jolly : En septembre 2014, je suis reçu dans la matinale de France Musique, dont Raphaële est ce jour-là l’invitée musicale. À 8 heures du matin, je découvre soudain cette voix et cette personne, hors normes. Nous avons tout de suite sympathisé. Puis Raphaële m’a parlé d’un projet autour de Barbara auquel elle songeait depuis longtemps ; en dehors de toute la vague de commémoration qui allait marquer les 20 ans de sa disparition. C’est Raphaële, vraiment, qui est à l’initiative de cette aventure.

 Raphaële, justement, on vous a souvent comparée à Barbara…
Raphaële Lannadère :
 Ce spectacle est pour moi une façon de tuer la mère ! Il porte quelque chose d’extrêmement libérateur. Barbara m’a poursuivie. J’ai bien conscience de la proximité artistique qu’on peut me trouver avec elle, mais il n’y a pas que cela : en 2011, mon premier album m’avait valu le prix… Barbara, remis par le ministère de la Culture – d’ailleurs le spectacle s’ouvre sur le discours que Frédéric Mitterrand avait prononcé à cette occasion. Et un autre jour, après un concert, une femme que je ne connaissais pas m’avait donné un chapeau, un bibi, qui lui venait de Barbara. Longtemps, elle m’a semblé comme une ombre, planante et impressionnante, me suivant partout ; désormais, grâce à ce travail avec Thomas, elle devient un être de chair et d’humanité. Une compagne. Cette étape était nécessaire pour que je puisse aborder la suite.

T.J. : Disons-le franchement : dès le début, Raphaële a eu la volonté d’exorciser ! Mais nous savions surtout très bien l’un et l’autre ce que nous ne souhaitions pas : ni un biopic, ni un best of. Concrètement, nous avons écouté et retranscrit des dizaines d’interviews de Barbara, qui constituent notre matière première, plus encore que les chansons.

 

“Sa langue est d’une grande simplicité, ce qui fonde aussi sa modernité”, Raphaële Lannadère

 

Vous dévoilez une Barbara complexe et assez méconnue…
T.J. : Nous sommes allés fouiller dans un répertoire un peu plus secret que celui que tout le monde connaît. En fait, trois axes nous intéressaient : montrer la Barbara fantaisiste et drôle – son humour ravageur éclatait dans ses interviews et ses interventions sur scène. La Barbara engagée, militante de la lutte contre le sida – peu de gens savent à quel point elle s’y est consacrée. Et enfin la figure de l’artiste. Car dans ses propos, Barbara déployait une pensée certes confuse, mais de laquelle émergeaient des perles, qui définissent exactement ce qu’est un artiste. Rarement même quelqu’un aura su si bien le dire. Nous les artistes, sommes toujours un peu empêtrés dans des questions de production, de publics, de médias… Alors que rien ne doit prendre le pas sur la seule question qui compte : le désir personnel en scène. Quand je préparais Thyeste pour le Festival d’Avignon en 2018, cela m’a fait un bien fou d’écouter cette femme parler de notre métier. Cela m’a refondé.

R.L. : Quant à moi, chaque fois que je donne un concert après avoir joué ce spectacle, je me sens plus juste. Dans notre époque en partie régie par les réseaux sociaux, nous avons tendance à développer un rapport à la célébrité et à l’immédiateté qui est éloigné, parfois même contraire, aux questions purement artistiques. Barbara nous recentre sur la nécessité qui l’animait : chanter sa vérité, pour tenir debout. Sans compromis.

 

T.J. : Et que dire de son talent d’interprète ! Moi qui n’ai pas perdu mon père à Nantes – d’ailleurs il n’est pas mort, et n’habite pas cette ville –, chaque fois que j’entends cette chanson, j’ai l’impression d’avoir perdu mon père à Nantes… Les très grands interprètes, et Raphaële en est une, parviennent à nous donner la sensation qu’ils parlent de nous. En cela, Barbara est éternelle.

R.L. : Sa langue est d’une grande simplicité, ce qui fonde aussi sa modernité. Elle ne se regardait pas écrire, tout comme elle ne s’écoutait pas chanter. Elle nous parlait en musique, ce qui rejoint l’esprit même du théâtre. C’est aussi pour cela que même à la fin de sa vie, en ayant perdu des aigus et du souffle, elle restait toujours aussi puissante. Elle continuait sa conversation avec le public.

 

Dans les interviews de Barbara que vous citez, on voit apparaître deux discours a priori contradictoires : une volonté de démystifier ses propres chansons, qu’elle qualifie de « petits zinzins », à la limite de la dévalorisation. Et en même temps, une énorme sacralisation de ce métier…
T.J. : J’y vois la conséquence de sa peur d’être en scène – dont elle parle ouvertement. D’où son besoin de se replier avant les concerts, de rôder dans la salle dès 9 heures du matin, puis de s’enfermer dans sa loge et de ne plus parler à personne. C’est moins de la sacralisation que de l’honnêteté. Elle ne peut pas monter sur scène sans être pleinement en connexion avec celles et ceux qui viennent la voir. Et ce n’est pas une posture – même si elle a pu s’enfermer dans un personnage. En 1969, au sommet du succès, elle s’est sentie menacée par une forme de fonctionnariat et a décidé d’arrêter le tour de chant pour tenter une aventure théâtrale : elle a joué dans une pièce musicale, Madame. C’était assez raté, mais ce n’est pas grave ! Ce n’est qu’en prenant des risques, donc en essuyant quelques échecs, qu’on peut remporter des victoires.

 

“Une chanson de trois minutes est plus difficile pour moi à assumer qu’une pièce entière dans la Cour d’honneur du Palais des Papes à Avignon”, Thomas Jolly

 

Vous aussi, vous prenez un risque aujourd’hui…
T.J. 
: Et comment ! Au départ, je devais mettre en scène, sans apparaître sur le plateau ni bien sûr chanter. Et voilà que je me suis laisser embrigader. C’est une expérience incroyable, dans laquelle Raphaële me guide beaucoup. Mais c’est aussi un tel déplacement pour moi, une telle mise en danger… Les chanteurs me semblent beaucoup plus exposés que les acteurs, qui répondent à une scénographie, portent un costume, incarnent un personnage. Devant ce micro, quand je chante, je me sens à poil. Une chanson de trois minutes est plus difficile pour moi à assumer qu’une pièce entière dans la Cour d’honneur du Palais des Papes à Avignon.

R.L. : De mon côté, Thomas m’apprend à me déplacer sur la scène et ce n’est pas rien. Nous partageons nos disciplines. Le trait d’union, c’est le rapport intime au corps et aux mots.

Ce « Jardin de silence » relève-t-il du théâtre ou d’autre chose encore ?
T.J. : J’en ai assez des carcans, d’un côté la chanson, de l’autre le cinéma, ailleurs la danse… C’est l’hybridation qui est passionnante. Et Barbara, chanteuse, mais aussi personnage éminemment théâtral, s’y prête à merveille. Alors qu’avons-nous monté au juste ? Disons que nous faisons du spectacle.

Un jardin de silence, spectacle musical imaginé et écrit par L (Raphaële Lannadère) avec des chansons originales de Barbara, mis en scène par Thomas Jolly. Du 18 octobre au 3 novembre, La Scala, Paris 10e. Rés. : 01 40 03 44 30. Puis en tournée dans toute la France jusqu’en avril 2020.

 

2509/2019

La vie de Galilée | New York Times | 19_09_19

mercredi 25 septembre 2019|Catégories: Spectacle Vivant|Mots-clés: |

 

THEATER REVIEW

By Laura Cappelle

Sept. 19, 2019

Another recently reopened theater, La Scala Paris, inaugurated its season with more conventional fare: a new production of Brecht’s “Life of Galileo” by Claudia Stavisky.

It serves as a star vehicle for an exceptional stage actor, Philippe Torreton, but he isn’t the only Galileo in town. In June, Eric Ruf staged an ornate version of the same play at the Comédie-Française, which will return at the end of this month.

The duplication doesn’t feel merely like a coincidence. The central conflicts in “Life of Galileo” — between science and religion, moral responsibility and personal comfort — speak to our moment. In the 17th-century astronomer, Brecht created a hero and an antihero at once. The character’s willingness to compromise and lie, whether to further his work or for fear of torture when the Catholic Church deems his theories unacceptable, is a reminder that factual evidence doesn’t always win the day.

Not that it makes the play an easy sell: Many scenes are static and heavy on dry scientific debate. Mr. Ruf’s production struggled to inject life into the proceedings, despite strong performances. The sumptuous sets and costumes by Christian Lacroix often felt like the raison d’être of the evening rather than a bonus. The most arresting scene had the pope being robed ever so slowly by assistants, each element of his costume exquisite in its own right, in a visual demonstration of power dressing.

Ms. Stavisky’s “Life of Galileo” looks pared down by comparison. Its simpler costumes and high walls, with faint light streaming through narrow slits, clear the way for a serious, insightful production, with nothing extraneous in Mr. Torreton’s performance.

From the beginning, when he undresses wearily after a long night of work and dunks his face in water for an uncomfortably long time, to his final encounter with a disgruntled former assistant, Mr. Torreton inhabits the role with focused simplicity. His character can’t see past his excesses — until it’s too late.

“Unhappy the land that is in need of heroes,” the elderly astronomer says shortly before the curtain falls — words that linger in the mind far longer than any stunts.

Parade. Directed by Martin Duncan. Théâtre du Châtelet.
La Vie de Galilée. Directed by Claudia Stavisky. La Scala Paris, through Oct. 9.
La Vie de Galilée. Directed by Eric Ruf. Comédie-Française, from Sept. 30 to Jan. 19.

More Theater Reviews from France

From The Times’s Critic, Laura Cappelle.

209/2019

LE DIMANCHE IDEAL DE PHILIPPE TORRETON – Les Échos

lundi 2 septembre 2019|Catégories: Spectacle Vivant|Mots-clés: |

Le dimanche idéal de Philippe Torreton

Vincent Bouquet / Journaliste |  Le 30/08 à 05:00

Lorsqu’il n’est pas sur scène, le comédien passe ses dimanches en famille, de préférence autour d’un bon repas. Un plaisir de la chère partagé avec le Galilée de Brecht, son prochain rôle.

À QUOI RESSEMBLENT VOS DIMANCHES ?

Selon les périodes, j’alterne les dimanches en famille, ceux où je joue, et les dimanches chômés où je suis éloigné à cause d’une pièce ou d’un tournage. J’ai la chance que mes dimanches ne se ressemblent pas beaucoup, tant mieux ! Même si, parfois, je suis frustré de ne pas être plus libre.

FINALEMENT UN JOUR COMME LES AUTRES…

Comme tout le monde, j’entretiens un rapport particulier au dimanche. Dans mon enfance, c’était, par définition, d’un jour ennuyeux. Le samedi correspondait à un moment de joie : je partais à la campagne avec mes parents, je jouais avec mes frères. Tout semblait possible car il restait le dimanche. Une fois le dimanche arrivé, il ne reste plus rien, si ce n’est une pente douce qui conduit jusqu’au lundi. C’est pour cela qu’en tant que jeune comédien à la Comédie-Française, j’étais content de travailler ce jour-là.

UNE OCCASION, AUSSI, DE JOUER EN MATINÉE. CELA CHANGE-T-IL QUELQUE CHOSE ?

Au fil des années, j’ai pu observer que ces représentations étaient souvent beaucoup plus souples que les autres, comme si les comédiens jouaient à l’improviste. Cela provoque généralement de belles choses, plus épurées. J’aime bien les matinées car nous sommes face à un public qui vient au théâtre en ayant le temps, débarrassé de la charge mentale de la semaine. Dans la salle, règne une ambiance plus légère dont les acteurs profitent aussi.

AVEZ-VOUS UN PÉCHÉ MIGNON OU UN RITUEL DOMINICAL ?

Que je sois chez moi ou en déplacement, je ne manque jamais l’émission de ma femme, Elsa Boublil, entre 11 heures et 12 h 30, sur France Musique. Lorsque je suis à la maison, j’aime aussi faire le marché ou la cuisine pour ma famille.

COMME LE GALILÉE DÉPEINT PAR BRECHT, VOUS ÊTES AMATEUR DE PLAISIRS TERRESTRES ?

S’il y a un bien un point commun entre ce personnage et moi, c’est le goût du bon vin et de la bonne chère. Partager un repas, à table, avec mes proches, autour d’une bonne cuisine, constitue vraiment un très grand plaisir pour moi. Comme le dit Galilée : « C’est au cours d’un bon repas que j’ai le plus d’idées. »

DES IDÉES QUI PEUVENT RÉVOLUTIONNER LA SCIENCE ET LE MONDE…

Effectivement. Dans sa façon de décrire la démarche scientifique comme un art du doute, d’interroger les relations de soumission entre science et pouvoir, de lutter contre l’obscurantisme religieux, de sonder la responsabilité humaine – Galilée a-t-il eu raison d’abdiquer face à l’Inquisition pour sauver sa peau ? – la pièce de Brecht est un chef-d’oeuvre. En préparant ce rôle, je n’arrête pas de penser à nos chercheurs modernes, ces Galilée en puissance, scientifiques du Giec ou d’ailleurs, qui nous alertent sur le réchauffement climatique, mais se heurtent à nos modes de vie occidentaux qui ressemblent, dans leur inconscience environnementale, à un nouvel obscurantisme.

« La Vie de Galilée » de Bertolt Brecht, mise en scène de Claudia Stavisky. La Scala Paris (Tél. : 01 40 03 44 30), du 10 septembre au 9 octobre, puis en tournée.

@VincentBouquet

3005/2019

Mademoiselle Julie | Le Figaro 29 -05-19

jeudi 30 mai 2019|Catégories: Spectacle Vivant|Mots-clés: |

Anna Mouglalis, la violence de Mademoiselle Julie

Xavier Legrand et Anna Mouglalis dans 
Mademoiselle Julie.

MORCEAU CHOISI – Face à Xavier Legrand, exceptionnel, et Julie Brochen, qui signe la mise en scène et joue Christine, elle est fascinante.

Le décor est à vue. Simple. Sur le plateau de l’Atelier, on distingue au lointain un passage. Un escalier derrière un voilage, les échos de la fête. La vie qui va, en cris, musique, piétinements de la danse, éclats de rire. Mais tout se jouera dans la cuisine, dans la chaleur d’une nuit de Saint-Jean.

Mademoiselle Julie a dansé avec les employés, les paysans. Son père est en déplacement, il ne rentrera qu’à l’aube. Sa mère est depuis longtemps morte. Mademoiselle Julie n’est plus une adolescente. Elle a 24 ans. Elle est une jeune femme en crise. Un être qui a mal grandi, déchirée qu’elle a été par les injonctions contradictoires de sa mère. Un grand caractère, cette figure dessinée en creux. Mais une épouse très perturbée, rêvant d’indépendance, élevant sa fille comme un garçon.

Les malheurs s’héritent parfois. La mélancolie aussi. Julie va mal. Julie est impressionnante tant son désespoir est profond. Tant elle peut apparaître odieuse, méprisante, perverse dans son jeu avec Kristin, la cuisinière, et le fiancé de celle-ci, Jean, serviteur du comte. La pièce a été écrite par August Strindberg en 1888. Dans la remarquable traduction de Terje Sinding, elle frappe par sa violence, sa crudité, la tension permanente, la cruauté de ce qui se dit, par-delà l’attirance sexuelle d’une jeune aristocrate pour un valet. Et par-delà les souvenirs enchantés de ce dernier. Strindberg, qui parlait de sa pièce comme d’une «tragédie naturaliste», lui donne une densité de pierre. Il se dit tant en l’espace d’une heure vingt… Il connaît la complexité des âmes.

Les chansons de Gribouille

Jean est un homme intelligent, cultivé, entreprenant. En rien un rustre. Julie Brochen, qui signe la mise en scène à la demande d’Anna Mouglalis et Xavier Legrand, impose la présence silencieuse, douloureuse, de Kristin. Elle est très humaine et fière, elle aussi. Car dans cette nuit de pensées, de sentiments, de gestes paroxystiques, d’humeurs toxiques, la fierté blessée, pour Jean, la fierté aveuglée pour Julie, est comme le feu d’une ordalie païenne. Jamais on n’aura si bien entendu ce que dit Strindberg, et qui dérange, et qui bouscule, et qui heurte, et qui blesse, que dans cette production.

» LIRE AUSSI – Xavier Legrand, un réalisateur qui a l’étoffe des lions

Xavier Legrand est un comédien exceptionnel. Le cinéaste de Jusqu’à la garde , passé par le Conservatoire, comme Anna Mouglalis, est d’une finesse étourdissante. Tout est juste, acéré, déchirant. Face à lui, Anna Mouglalis, si belle, à la voix si envoûtante, silhouette déliée dans les costumes harmonieux de Lorenzo Albani, passe par toutes les nuances qu’exige Strindberg. De l’abandon d’une petite fille à la fureur d’une Gorgone. Elle communique à la salle un vertige troublant. Julie Brochen montre tout. La mort, le sang. Curieusement, elle ponctue les mouvements de la pièce de chansons de Gribouille. Qui se souvenait qu’elle célébrait Julie, l’androgyne à voix grave?

«Mademoiselle Julie», Théâtre de l’Atelier (Paris XVIIIe), à 19 heures du mardi au samedi, 15 heures le dimanche. Durée: 1 h 20. Jusqu’au 30 juin. Tél. : 01 46 06 49 24.

 

2905/2019

MOIS MOLIERE | TELERAMA SORTIR | 29 – 05 -19

mercredi 29 mai 2019|Catégories: Spectacle Vivant|Mots-clés: |

https://www.telerama.fr/sortir/avec-le-mois-moliere,-versailles-se-metamorphose-en-grand-theatre-a-ciel-ouvert,n6272012.php

Décryptage

Avec le Mois Molière, Versailles se métamorphose en grand théâtre à ciel ouvert

 

  • Publié le 29/05/2019.Mis à jour le 29/05/2019 à 15h50.

Depuis 23 ans, durant tout le mois de juin, la cité entière est envahie par les tréteaux. Le répertoire classique, de Molière à Feydeau en passant par Shakespeare, y est à l’honneur.

Quoi ?

Créé en 1996, le Mois Molière propose deux cents spectacles dans tous les genres artistiques : théâtre, danse, opéra et cirque. Le sieur Poquelin n’est pas seul à l’affiche. Si la première semaine lui est consacrée, la seconde explore le répertoire russe (dont L’Idiot par la compagnie Thomas Le Douarec, les 14 et 15 juin), la troisième, celui de Shakespeare, avant de conclure avec la légèreté d’un Feydeau (Le Dindon, les 26 et 27 juin) et d’une opérette d’Offenbach (La Vie parisienne, par le Théâtre du Petit Monde, du 28 au 30 juin).

Qui ?

Maire de Versailles, François de Mazières a toujours été passionné de théâtre. Enarque, devenu en 1995, adjoint à la culture de la Mairie versaillaise, il crée le Mois Molière. « Vingt-trois ans plus tard, je reste fidèle à la volonté de promouvoir du théâtre populaire avec les grands textes du répertoire. »

Comment ?

« Pendant un mois, toute la ville devient une grande scène à ciel ouvert. » Rues, places, cours, parcs et jardins : plus de soixante-dix lieux sont investis. Que leurs mises en scène soient classiques ou contemporaines, les compagnies jouent sur des tréteaux, comme les troupes itinérantes du temps de Molière.

Pourquoi ?

Avec une aussi riche programmation, l’édile tend à mettre en avant la puissance de création d’une ville chargée d’histoire. Aux côtés des amateurs, à qui il souhaite donner une « occasion de goûter au plaisir des planches », le fondateur du Mois Molière réunit les onze compagnies professionnelles en résidence à Versailles. A l’exemple de la troupe de L’Eternel Eté, qui présente sa nouvelle création en ouverture du festival (Le Capitaine Fracasse, les 1er et 2 juin), avec quarante acteurs sur scène, pour un spectacle réalisé pour et par Versailles.

Y aller 
Mois Molière, du 1er au 30 juin, dans toute la ville, Versailles (78 ), 01 30 21 51 39, 0-21 €.

2805/2019

L’Iliade: sable, sueur et sang à la Scala |Le Figaro | 27-05-19

mardi 28 mai 2019|Catégories: Spectacle Vivant|Mots-clés: |

L’Iliade: sable, sueur et sang à la Scala

Par   Jean Talabot

Publié le 27/05/2019 à 16:22

CRITIQUE – Pauline Bayle reprend son diptyque homérien en mélangeant les hommes, les femmes et les dieux dans un tumulte moderne et épique. Jusqu’au 2 juin.

Tout commence dans le hall de la Scala. Une classe de scolaires piétine. Il fait chaud. Quelques gouttes de sueur apparaissent sur le front des spectateurs, impatients de rentrer dans la salle climatisée. Soudain, Achille et Agamemnon débarquent. Combat de coq et échange de noms d’oiseaux: qui est le véritable chef des armées grecques? On se croirait sur les plages venteuses de Troie. Chacun doit hurler pour se faire entendre au milieu des soldats.

Arrive «l’industrieux» Ulysse, un peu plus malin que les autres. Il compte les forces mobilisées. Un gamin tout content se voit appeler « Ajax le Grand». Il est remercié pour avoir mobilisé «quarante navires». Enfin, tout le monde rentre, prêt à se battre. Ça devient plus statique. Comme chez Homère, il y a une indigestion de noms propres. Chaque homme tué au combat est cité, ce qui fait beaucoup de morts et beaucoup de noms. Soufian Khalil tire son épée du jeu. Il campe un parfait Ulysse. On l’imaginait moins en Andromaque éplorée. Avec Pauline Bayle, qui reprend l’Iliadeet l’Odyssée, les sexes sont mélangés. Sans doute une volonté de «casser» l’identité très binaire du récit d’Homère.

Du sang, des larmes, des vagues

Hector, aussi conjugué au féminin, s’impose comme une figure aristocrate et romantique. Tout le contraire d’Achille (vibrante Mathilde Méry), rageur et bas du front, qui a le droit à de belles scènes de «furie» meurtrière. L’Iliade est son histoire, une histoire de pulsions, de ses colères à son pardon. Les gamineries triviales des dieux de l’Olympe tranchent avec le sérieux des hommes. On se détache complètement du poème original quand il s’agit de l’Olympe. Zeus et Era forniquent en coulisses. Le tonnerre du premier se traduit en un rap de l’enfer.

D’autres effets sont un peu chics mais le spectacle reste haletant. Pauline Bayle nourrit l’épique à peu de frais (de l’eau, des paillettes, un soutien-gorge) et avec beaucoup de cœur. Il y a du sang, des larmes et le fracas des vagues. De quoi revenir embarquer pour l’Odyssée, qui est aussi le thème du prochain Festival d’Avignon. Homère a décidément le vent en poupe.

 

  • L’Iliadeet l’Odyssée à la Scala, 13 Boulevard de Strasbourg (Xe).
    Jusqu’au 2 juin. Durée: 1h25 et 1h45. Tél.: 01 40 03 44 30