CULTURE ET SAVOIRS

Festival Arte Flamenco

27 Juin 2021

Génica Baczynski

Arte Flamenco revient en ses terres du 29 juin au 3 juillet à Mont-de-Marsan. La contrainte du plein air est ici, dans les arènes du Plumaçon, à la fois un retour à une forme originelle et l’écrin tragique de cet art « insensé ».

On attendait Arte Flamenco peut-être plus que n’importe quel autre festival, l’année aveugle a décuplé l’envie d’embarquer à nouveau sur les mers aux mille et un récits, aux mille et un « palos ». Les quelques jours à Mont-de-Marsan sont un exil qu’aucun autre voyage ne peut inventer ni même rêver. Le festival est une traversée où l’on se révèle en aficionados souvent insoupçonné et à jamais possédé par cet art du ravissement enfiévré.

Langue charnelle et magique

Le flamenco dévore tout le paysage. Il réenchante les êtres qui s’aventurent dans le noir merveilleux de ses bras. Alors, pour le spectateur, il n’existe plus que cette langue charnelle et magique qui jamais ne se répète. Le flamenco est un art du sortilège. Le désir ne voudrait jamais en partir et pour toujours en pâtir. On ne raisonne pas, on succombe corps et âme à cette réalité résolue à être enfin vagabonde. On est toujours, même dans ce décor où les obligations modèlent une absolue liberté, dans cet incendie des émotions. Les arènes concrétisent à la perfection ce continent où l’enfermement n’est jamais autre chose que l’éventualité de raconter des histoires pour esquiver la mort.

Dans cette ville métamorphosée en âme sévillane, on s’enivre à la mesure des débats, des bodegas et des bavardages cadencés

Tout au long de la journée, dans cette ville métamorphosée en âme sévillane, on s’enivre à la mesure des débats, des bodegas et des bavardages cadencés autour des artistes. En particulier, cette année, avec la lecture sonore des Danseurs de l’aube. La vie de Sylvin Rubinstein – héros somptueux, juif russe, danseur de flamenco jusqu’à son dernier souffle, inépuisable résistant contre les nazis – s’y raconte dans l’écho d’un jeune danseur en quête d’origine comme de légende.

Les mythes tissent leurs hypothèses

Tous les soirs, à la tombée du jour, au cœur du monde qui se rejoue dans l’arène, les virtuoses du flamenco défient le ciel en lui disputant ses chants intempestifs. Comme une nuit du monde où les mythes tissent leurs hypothèses, Rafaela Carrasco , immense danseuse, chorégraphe, que l’on croirait évadée du tableau Gitane à la cigarette, de Matisse, y dévoile Ariadna, al hilo del mito, écrit par le dramaturge Alavaro Tato. Elle vole sur les pas d’Ariane, figure funeste comme le sont les destinées soumises à l’inconstance fatale des hommes.

De Rafaela Carrasco, il émane une résistance inouïe. On la croirait sortie d’un brasier de rébellion. Elle est plus qu’une apparition, elle est le présage d’un refus comme une utopie qui ne cède rien de sa grâce à la brutalité du monde. Elle soulève l’esprit. Elle est une intelligence en mouvement. Telle Shéhérazade, réussissant à se soustraire d’un destin sans promesse par la parole, elle danse jusqu’à désarmer la violence et le silence. La Gitane embrase Ariane, devenue ombre, et l’entraîne sur des routes où les fantasmes déjouent les désillusions, où la femme invente son épique et méduse tous les hommes.

Inexplicable vertige

Chaque soir, ici, tend à un firmament et avec l’œuvre de Pedro Ricardo Mino  Universo Jondo, même la nuit est remuée. Accompagné par El Choro à la danse et l’ardente cantaora Ananbel Valancia, le pianiste fait surgir cet irréel duende, ce vertige inexplicable, où se brisent les sensations jusqu’alors connues pour nous laisser suspendu dans une commotion inexplorée.

Arte Flamenco est l’asile éphémère de l’art dont il porte le nom. Le flamenco s’y dessine comme un des mondes fragiles, si cher à Antonio Machado, on le regarde « se colorer, de soleil et d’écarlate, voler sous le soleil bleu, trembler soudainement et se disloquer ».

► Arte Flamenco : du 29 juin au 3 juillet, Mont-de-Marsan.

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