Jeune pousse.

Le Flamenco féministe de Patricia Guerrero.

Par Rosita Boisseau – le Monde Mag Samedi 1 juillet 2017

© Catedral Archivo Bienal. Fotógrafo Óscar Romero 2.

Charme juvénile et force bouillonnante. À 27 ans, Patricia Guerrero, étoile du amenco repérée en 2013 dans le spectacle Flamenco Hoy de Carlos Saura, commence à beaucoup faire parler d’elle. Mais l’Espagnole ne se contente pas d’être le nouvel espoir du genre, elle interroge la place des femmes dans la société. À l’image de Catedral, son nouveau spectacle, à l’a che du festival Arte Flamenco à Mont-de-Marsan le 5 juillet. « On y voit l’évolution d’une femme qui a trop longtemps subi l’oppression et trouve en n la force de sa libération, explique-t- elle. Au départ, le personnage que j’incarne est enfermé dans des dogmes et ne peut même pas danser. » Rude exercice de rete- nue pour une jeune femme convertie au mouvement permanent depuis ses 3 ans, dans sa ville natale de Grenade. « J’y ai été initiée par ma mère, Maria del Carmen Guerrero, également danseuse, qui m’a transmis l’amour pour cet art et m’a ensei- gné mes premiers pas, jusqu’à ce qu’elle réalise que j’avais de réelles aptitudes, pour- suit-elle. J’ai continué avec Stella Arauzo

pour me retrouver dans un tablao [un caba- ret] à 14 ans. » La même année, elle intègre la compagnie de Mario Maya avant d’aller parfaire ses apprentissages à Séville.

En 2005 – à 15 ans seulement –, elle décroche le prix prestigieux du concours d’Ubrique, puis est sacrée «révélation» à la Biennale de Séville en 2012, et crée sa com- pagnie. Parmi les femmes qui comptent actuellement dans le amenco comme Sara Baras, Rafaela Carrasco ou Rocío Molina, Patricia Guerrero se fau le avec grâce et mordant. « Je me sens plus proche d’elles maintenant mais elles restent mes réfé- rences, commente-t-elle. J’ai toujours consi- déré Rocío, par exemple, comme l’une de mes maestras. Mais à chaque fois que je suis programmée dans les mêmes tournées, sur les mêmes scènes qu’elles, je sais que je peux me projeter dans le futur avec un style di é- rent, rien qu’à moi. Chacun cherche son propre langage dans le amenco. » Le sien combine liberté et théâtralité. Patricia Guer- rero partage le plateau de Catedral avec un ténor et un contre-ténor, et convoque des airs lyriques tout autant que des chants d’église. « Ce sont de vrais personnages dans le spectacle », précise-t-elle. Ce qui ne l’em- pêchera pas de danser jusqu’à plus soif.

Catedral, de Patricia Guerrero et Juan Dolores Caballero. Le 5 juillet à Arte Flamenco,
à Mont-de-Marsan, arte amenco.landes.fr