Par Emmanuelle Bouchez, Joëlle Gayot, Fabienne Pascaud

Publié le 22/07/22

« La Galerie », par Machine de cirque, un spectacle présenté à La Scala Provence jusqu’au 30 juillet. Photo Emmanuel Burriel

Des débats agricoles houleux, un florilège de figures acrobatiques, Patrick Dewaere ou Patrick Swayze… Avant de tirer le rideau sur cette édition 2022, nous vous livrons notre troisième sélection de spectacles à voir dans le Off d’Avignon.

“Coupures”, de Paul-Éloi Forget et Samuel Valensi

« Coupures »

Pas évident d’intéresser le public à une sombre histoire de paysans aux abois, aux prises avec une municipalité écologique qui refuse parfois de comprendre leurs problèmes, et d’un État régalien qui installe sans discussion sur leurs terres de nombreuses éoliennes… Le pari est pourtant gagné haut la main. Grâce à leur mise en scène, aux changements de situations et de décors, à leurs personnages endiablés, les comédiens-auteurs Paul-Éloi Forget et Samuel Valensi parviennent à nous passionner pour des débats agricoles houleux. Ils nous font réfléchir, aussi, à la place des citoyens français dans leur démocratie d’aujourd’hui. Sans nous prendre la tête, avec une constante allégresse, vivacité, drôlerie. Et sans échapper, bien sûr aux séquences « émotion » nécessaires. Un spectacle pour mieux comprendre un monde terrien oublié, s’indigner, partager, sortir plus solidaires et intelligents. Toujours grâce à la magie du théâtre. — F.P.

Jusqu’au 30 juillet, à La Scala Provence, à 10h. Durée 1h30. Relâche le 25. Tél. : 04 65 00 00 90.

“Frantz”, de Marc Granier

Dans sa Lettre au père, Franz Kafka invective son père qui ne lui passait rien et à qui il ne pardonnera jamais sa dureté. Marc Granier reprend ce thème d’une filiation tourmentée. Et n’intitule pas par hasard sa fiction d’un prénom qui évoque celui de l’auteur du Procès. Le spectacle se densifie lorsque Frantz apprend soudain qu’il est un orphelin. Comme si la représentation accédait, alors et alors seulement, à sa réelle nécessité. La vie ordonnée jusqu’à la maniaquerie du fils fuyant le terreau familial vacille. Dans le chaos qui surgit, l’acteur trouve son équilibre. Ce comédien ne parle pas. Il mime les gestes du quotidien. Derrière lui, des bruiteurs prennent en charge le son du quotidien tandis qu’un narrateur, double du père, nous raconte l’histoire. Jouer la pantomime requiert une précision totale du geste. Ce n’est pas toujours le cas sur la scène et il arrive qu’on s’égare. Mais ce pas à pas post mortem pacificateur d’un jeune adulte vers la figure de son père disparu est touchant et juste. Ce qui n’est pas chose évidente sur un sujet aussi sensible. — J.G.

Jusqu’au 30 juillet, à la Scala Provence, à 17h40. Durée : 1h20. Relâche le 25. Tél. : 04 65 00 00 90.

“La Galerie”, par Machine de cirque

 

Un espace tout blanc. Des estrades cubiques, pour accueillir des œuvres contemporaines. Sauf que dans cette galerie d’art, ce sont d’incroyables performeurs de cirque qui sculptent à l’envi des œuvres éphémères. Avec des corps élastiques, toujours prêts à dessiner des lignes dans l’espace avant d’atterrir où on ne les attend pas. Débarquée du Québec depuis la saison dernière, cette compagnie Machine de cirque (qui assume en même temps, à La Scala Provence, un époustouflant spectacle éponyme) y va franco dans la prouesse sans jamais se départir d’un sourire mutin. Deux femmes et cinq hommes en costumes chics sur des baskets rebondissantes, stimulés par une saxophoniste au chignon en déséquilibre et aux vocalises flûtées, offrent un florilège de toutes les figures acrobatiques possibles. À mains nues d’abord, dans des portés virtuoses. Puis grâce à une barre souple : sur un bastaing plat soutenu par leurs pairs, les deux acrobates (une femme et un homme) sont sidérants, à nous couper le souffle. Lorsqu’ils s’emparent de la bascule coréenne, les autres sont tout aussi tranchants, nets, puissants. C’est aussi cette émotion à nouer les tripes qu’on attend du cirque ! Après avoir crevé le miroir de la tradition et trouvé un ton plus onirique, ils convoquent sur scène de belles images, tel un rêve éveillé. — E.B.

Jusqu’au 30 juillet, à La Scala Provence, à 10h. Durée : 1h15. Relâche le 25. Tél. : 04 65 00 00 90.

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