Déconfinement : la directrice de La Criée à Marseille refuse de « dénaturer le théâtre » en le transformant en « vaste dispensaire »

Macha Makeïeff préfère attendre septembre où les conditions devraient être plus favorables. En attendant, les répétitions reprennent et La Criée s’ouvre à la jeunesse marseillaise avec l’opération « Rêvons au théâtre ».

Macha Makeïeff, la directrice du théâtre La Criée à Marseille. (PIERRE ROBERT / MAXPPP)

Mis à jour le 02/06/2020 | 08:28
publié le 02/06/2020 | 08:28

Les théâtres peuvent rouvrir à partir de ce mardi 2 juin, avec port du masque obligatoire, sauf dans les zones orange où la réouverture est fixée au 22 juin. À Marseille, le théâtre national La Criée ne rouvrira sans doute pas au public avant septembre, a indiqué sur franceinfo sa directrice Macha Makeïeff. « Ce serait dénaturer le théâtre que de le transformer en vaste dispensaire, en infirmerie, avec un spectateur sur quatre et avec les préconisations actuelles. Il vaut mieux attendre et accueillir les artistes différemment », a-t-elle expliqué. La Criée propose donc à partir du 8 juin l’opération « Rêvons au théâtre », des « ateliers artistiques » à destination de la jeunesse de Marseille.

franceinfo : Chez vous, la réouverture n’est pas pour tout de suite, mais les répétitions, en tout cas, reprennent dès aujourd’hui ?

Macha Makeïeff : Oui, on commence les répétitions du Jeu des ombres de Novarina et Bellorini, et La Réponse des hommes de Tiphaine Raffier. La création est en marche. Les ateliers sont ouverts et tout avance. Et après, dans le théâtre, c’est autre chose, on ne va pas rouvrir les salles tout de suite. D’abord parce que ce serait dénaturer le théâtre que de le transformer en vaste dispensaire, en infirmerie, avec un spectateur sur quatre et avec les préconisations actuelles. Il vaut mieux attendre et accueillir les artistes différemment. C’est pour cela qu’on organise toute une série d’ateliers artistiques pour les enfants les plus démunis de Marseille, et puis aussi pour les adolescents, pour des primo-arrivants, avec l’École de la deuxième chance, avec ATD Quart Monde et quatre autres associations.

Vous préférez donc attendre encore plusieurs semaines pour pouvoir faire le plein dans vos théâtres plutôt que d’ouvrir au compte-gouttes avec un siège sur deux ou un siège sur trois ?

Oui, ce serait dénaturer le théâtre. Et puis surtout, il y a un équilibre financier à trouver. Je ne pourrais pas mettre plus de 160 personnes dans la grande salle. Donc c’est compliqué de faire ça, il y a un équilibre financier qui ne serait pas atteint. On a de très bons signaux du côté du ministère tous les 10 jours. Je pense que tout va s’assouplir, tout va rentrer dans l’ordre. Je pense qu’en septembre, on pourra, je le souhaite en tout cas, ouvrir comme d’habitude et sans dénaturer la relation entre les spectateurs. Mais en attendant, évidemment, il faut que le théâtre dans la cité soit ouvert et qu’on accueille les artistes et qu’on organise de la transmission artistique.

Cette émotion du théâtre vous manque-t-elle, justement ?

Oui, ça a été le moment dans le confinement qui a été extrêmement difficile, après la sidération. À l’heure de la représentation, le théâtre qui n’a pas lieu, on se demande où il va… C’est perdu. Donc, après ce temps-là, il a fallu commencer à imaginer autre chose.

Il y a un partage de l’imaginaire à mettre en place. Le confinement m’a permis d’imaginer et de solliciter mes équipes, très compétentes et très enthousiastes, pour mettre au point ce ‘Rêvons au théâtre’ afin d’accueillir les enfants et les artistes d’une autre façon.Macha Makeïeff, directrice du théâtre La Criée à Marseilleà franceinfo