Le comédien Jacques Gamblin est à l’affiche d' »Harvey », histoire loufoque d’Elwood P. Dowd et de son ami Harvey, un lapin de presque deux mètres qu’il est le seul à voir. Très populaire chez les Anglo-saxons, la pièce n’avait jamais été jouée en France. C’est chose faite grâce à la mise en scène de Laurent Pelly.

Ariane Combes-Savary

France Télévisions / Rédaction Culture

Publié le 08/10/2021 11:19Mis à jour le 08/10/2021 11:25

Temps de lecture :  4 min.

Jacques Gamblin incarne Elwood dans « Harvey » de Mary Chase, mise en scène de Laurent Pelly.  (POLO GARAT)

 

Des éclats de rire à la pelle. Une salle enthousiaste et démonstrative. Voilà ce qu’il manquait à la troupe de Laurent Pelly qui répétait depuis des mois : se confronter au public et le sentir vibrer. Harvey, l’histoire fantasque et rocambolesque d’Elwood P. Dowd et de son ami imaginaire présentée au Théâtre National Populaire de Villeurbanne réussit son entrée en matière. Une dizaine de représentations du 1er au 10 octobre 2021, presque toutes complètes, le bouche à oreille fera le reste.

Sous les traits de Jacques Gamblin, Elwood P. Dowd est un cinquantenaire aimable et joyeux qui se promène partout avec son ami Harvey, un lapin géant de presque deux mètres que personne d’autre que lui ne voit. Un compagnon bien encombrant aux yeux de son entourage. Lasse de le voir troubler ses rendez-vous mondains, sa soeur décide de l’interner en hôpital psychiatrique mais c’est elle finalement qui se retrouve enfermée.

Emmanuel Daumas, Agathe L’huillier et Charlotte Clamens (POLO GARAT)

 

Harvey est une farce désopilante et mélancolique, un vaudeville grinçant qui vient détraquer la mécanique bien huilée d’une petite société bourgeoise. Une pièce qui navigue entre folie et méchanceté, entre cruauté et bienveillance. « C’est un boulevard américain beaucoup plus profond et beaucoup plus grave qu’on ne peut le penser », s’enthousiasme le metteur en scène Laurent Pelly dont l’obsession est d‘ »être au bon endroit, entre la farce et le sérieux. » Une comédie sans cesse sur le fil, qui interroge notre rapport à l’autre. Et à la folie.

Une part de mystère, d’enfance et de poésie

Jacques Gamblin campe un Elwood attachant, gentil et farfelu, toujours juste. Pour rester sur cette ligne fragile entre le trop et le pas assez, le comédien confie avoir beaucoup travaillé et répété. Le rôle « tient du clown par la candeur et la naïveté du personnage, mais il faut traduire un contrepoint de solitude qui le menace profondément et l’a conduit à créer cette amitié », témoigne-t-il dans le magazine L’avant-scène théâtre.

« Jacques c’était une évidence absolue. Je ne voyais personne d’autre pour incarner Elwood », révèle Laurent Pelly dont c’est la première collaboration avec le comédien. « Il est à la fois charmant et malicieux. Il a en lui cette part de mystère, d’enfance et de poésie. »

Immense succès à Broadway

Écrite en 1944 par la journaliste et dramaturge américaine Mary Chase et mise en scène l’année suivante par Antoinette Perry, Harvey connaît un succès immédiat et vaut à son auteure le prix Pulitzer. A Broadway, la pièce se joue pendant cinq ans sans interruption, soit 1775 représentations. En 1950, James Stewart immortalise Elwood au cinéma. C’est cette adaptation que Laurent Pelly découvre il y a six ans et qui lui donne envie de la mettre en scène. L’histoire connue de tous les Anglo-saxons n’avait étrangement jamais franchi l’Atlantique pour être jouée sur une scène française. Agathe Mélinand, complice de longue date du metteur en scène se charge de la traduction.

En 1950, le cinéma se saisit du conte de Mary Chase et offre à James Stewart le rôle d’Elwood et une nomination aux Oscars. Josephine Hull qui incarne la soeur d’Elwood remporte l’Oscar du meileur second role. (Copyright 1950 by Universal Pictures Co. Inc. Country of origin : USA)

 

La pièce est elle aussi une belle histoire de complicité et d’amitié entre les fidèles compagnons de Laurent Pelly comme Pierre Aussedat, Emmanuel Daumas et Christine Brücher qui interprète (en alternance avec Charlotte Clamens) Vita Simmons, la soeur d’Elwood. Un esprit de troupe cher au metteur en scène qui signe là une comédie réglée au millimètre, servie par des décors signés Chantal Thomas qui naviguent comme les personnages entre un intérieur bourgeois étriqué et un asile d’aliéné.

On sort joyeux et revigoré d’une telle rencontre avec cet Elwood qui a choisi d’être charmant plutôt qu’intelligent. On se surprend à penser qu’à notre tour, on l’inviterait bien à notre table cet Harvey. Juste pour goûter à la poésie et au merveilleux.

« Harvey » de Marie Chase, mise en scène Laurent Pelly – Tournée 2021-2022

– TNP, Villeurbanne, du 1er au 10 octobre 2021, du mardi au samedi à 20 h sauf jeudi à 19 h 30, dimanche à 15 h 30, relâche le lundi

– L’Odyssée, Périgueux, le 7 janvier 2022 à 20 h 30
– MAC, Créteil, les 12 et 13 janvier 2022 à 20 h
– Théâtre Montansier, Versailles, du 18 au 22 janvier 2022 à 20 h 30
– Théâtre de St Germain en Laye, le 28 janvier 2022 à 20 h 45
– Théâtre de Gascogne, Mont-de-Marsan, le 2 février 2022 à 20 h 30
– L’Olympia, Arcachon, le 4 février 2022 à 20 h 45
– L’Avant-Seine, Colombes, le 8 mars 2022 à 20 h 30
– Théâtre Jean Vilar, Suresnes, les 10 et 11 mars 2022 à 20 h 30
– ADO, Orléans, du 17 mars au 1er avril 2022
(les 17 et 23 mars à 19 h ; les 10, 11, 18, 19, 24, 25, 26 mars à 20 h 30, les 20 et 27 mars à 15 h)

www.francetv.fr