CRITIQUE

La comédienne confirme son génie comique dans « On purge bébé », qu’elle joue, met en scène – et en chansons – au Théâtre de L’Atelier. Sans écraser ses partenaires, elle fait des étincelles en mégère survoltée et transforme le vaudeville de Feydeau en joyeux cauchemar.

Julie Follavoine (Emeline Bayart), Chouilloux (Manuel Le lièvre) et Bastien Follavoine (Eric Prat).
Julie Follavoine (Emeline Bayart), Chouilloux (Manuel Le lièvre) et Bastien Follavoine (Eric Prat). (v Caroline Moreau)
Publié le 14 oct. 2020 à 15:52

Une présence inouïe, un humour dévastateur mix de Jacqueline Maillan et de Valérie Lemercier, le tout enrichi d’une solide expérience du théâtre public (sous la férule de Christophe Rauck, Denis Podalydès ou Clément Poirée) : Emeline Bayart s’affirme comme une des grandes actrices comiques de notre époque. Elle connaît ses classiques, sait de plus chanter… et mettre en scène – comme le démontre sa version au vitriol du vaudeville de Feydeau « On purge bébé » (1910), créée au Théâtre Montansier de Versailles et désormais à l’affiche du Théâtre de l’Atelier à Paris.

Celle qui fut Bécassine à l’écran fait des étincelles dans le rôle de Julie Follavoine, qui s’escrime à faire absorber un purgatif à Toto, son petit diable de 7 ans, tandis que son mari, fabricant de porcelaine, tente de vendre ses pots de chambre à un fonctionnaire du ministère de la Guerre dénommé Chouilloux. Emeline Bayart met de la démesure dans son personnage de mégère obsessionnelle, mais elle n’écrase pas pour autant ses principaux partenaires – Eric Prat (Bastien Follavoine), Manuel Le Lièvre (Chouilloux) et Valentine Alaqui (Toto et la bonne), tous trois excellents. Plutôt que tirer le fil scatologique et un brin trash de la pièce, elle pousse la satire du couple bourgeois, voulue par Feydeau, jusqu’à la transe cauchemardesque.

Accents de cabaret

La farce est d’autant plus intense qu’elle est musicale – ponctuée de chansons Belle Epoque, volontiers grivoises et grinçantes, finement choisies par la metteure en scène. Accompagnés du pianiste Manuel Peskine, les comédiens s’en donnent à coeur joie. C’est bien sûr Emeline Bayart, dotée d’un joli vibrato, qui donne le « la ». Son interprétation mutine de « Ca ne vaut pas la tour Eiffel » (crée en 1900 par Marguerite Daval) en guise de prologue est un délice.

ON PURGE BÉBÉ

Théâtre

de Georges Feydeau

Mise en scène d’Emeline Bayart

Paris, Théâtre de l’Atelier, 01 46 06 49 24

A 19 h 00. Durée : 1 h 20

Philippe Chevilley

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