Par Ariane Bavelier

Publié hier à 16:27, mis à jour hier à 16:27

 

Mélanie et Frédéric Biessy souhaitent faire de La Scala Provence un lieu où accueillir les artistes en résidence pour qu’ils élaborent leur spectacle. Thomas O’BRIEN via La Scala Provence

REPORTAGE – La salle parisienne, qui voulait ouvrir un lieu en Provence, a repris le grand cinéma de la ville. Ouverture le 7 juillet avec de beaux spectacles.

Envoyée spéciale en Avignon

Coup de théâtre! La Scala qui avait ouvert une salle voici quatre ans s’installe dans la Cité des papes. l’ancien Capitole, le cinéma historique de la ville. «Un coup de foudre», résume Frédéric Biessy, que son épouse Mélanie approuve. Tambour battant, les patrons de la Scala achètent le lieu pour 1,5 million et investissent 3,6 millions pour les travaux. «Nous continuons sur la même formule qu’à Paris: un théâtre privé d’intérêt public avec une aide aux travaux de l’État de 500 000 euros plus 150 000 de la région.»

L’opération galope au rythme de leur passion: les travaux ont commencé en septembre 2021. L’ouverture est programmée ce 7 juillet en même temps que le Festival d’Avignon. Les câbles électriques traînent, le granito attend son ponçage, les gravats n’ont pas encore été déménagés. Les murs sont bleus. Une première couche du bleu Scala, inventé par Richard Peduzzi et qui teinte la Scala Paris, a été passée. À l’unisson des nuits de lune en Provence, celles que les acheteurs ont par hasard découvertes peintes au plafond de la grande salle. «Les Avignonnais veulent voir revivre ce lieu où ils sont allés voir leurs plus grands films. On se sent très soutenus, par la mairie, les habitants, l’architecte et les entreprises locales qui travaillent sur le chantier», raconte Frédéric Biessy. Très à l’aise dans son nouveau rôle de chef de chantier, il a écouté l’esprit des lieux.

Un paquebot en région

Construit en 1935, le Capitole avait une seule grande salle Art déco avec stucs, un orchestre, deux balcons et des fauteuils en laiton doré. En 1941, un incendie ravage la salle qui est reconstruite et refaite à l’identique. La structure Eiffel n’a pas souffert. En 1960, place aux multiplexes! Une dalle est coulée dans la grande salle. Le cinéma dispose désormais de quatre salles: deux de 120 et 220 places en bas, la grande de 620 places au premier étage avec un seul balcon et une petite salle de 60 places. Dans la débâcle des années 2010, les salles sont à nouveau morcelées: «Les gens d’ici ont des souvenirs du lieu. Ils nous guident pour retrouver dans le fatras des cloisons en BA 13, le dessin des années 1960», dit Frédéric Biessy, qui soigne les matériaux. Le granito vient de Tonello, qui a servi pour le Palais des doges. Les appliques Art déco monumentales de 6 mètres de haut son restaurées ainsi que les ferronneries d’origine.

L’idée est de ne pas faire payer la location des lieux, mais que chaque artiste qui y vienne en résidence nous offre quatre représentations en avant-première

Frédéric Biessy, co-patron de la Scala

Depuis longtemps, il cherchait un paquebot en région. Un lieu où accueillir les artistes en résidence pour qu’ils élaborent leur spectacle. À Paris, le navire amiral ne fait que 1 500 m2. Avec ses 3 000 m2, le Capitole permet cela. Des logements sont aménagés au dos de la grande salle. «En juillet, nous participerons au festival, mais avec ce qui est notre ADN», souligne Frédéric Biessy. À savoir pas simplement du théâtre, mais aussi des arts visuels et de la musique. La muse Erato fait chanter le cœur des Biessy qui ont créé un label Scala musique: classique, électro jazz et rap. Le label aura son studio d’enregistrement au Capitole rebaptisé Scala Provence. Yamaha y donnera l’exclusivité de son nouveau grand piano à queue de concert. Martha Argerich, sa marraine, viendra le jouer.

«Qualité et multidisciplinarité»

«Il y aura aussi Alexandre Tharaud, Simon Mcburney, Tiago Rodrigues, nouveau patron du festival, trop heureux d’avoir un lieu ici. L’idée est de ne pas faire payer la location des lieux, mais que chaque artiste qui y vienne en résidence nous offre quatre représentations en avant-première», explique Frédéric Biessy. «Nous travaillons en lien avec l’Opéra, la Fondation Lambert, les Hivernales. Nous offrons la plus grande salle du Off. Nous sommes un lieu très désiré par les artistes.» Qui ne chômeront pas.

  «Il y aura 31 spectacles par jour, de 10 heures à 23 heures, avec, pour le choix des artistes, la même ligne éditoriale qu’à Paris: qualité et multidisciplinarité. Nous aimons créer des relations entre les gens et qu’il en sorte des choses nouvelles. Notre modèle, c’est la Factory d’Andy Warhol, un système sans système, une start-up.» La programmation de ce premier Festival d’Avignon à la Scala affiche la couleur: du cirque, avec notamment deux spectacles de l’excellent collectif Machine de Cirque et Flip Fabrique ; du théâtre, avec la reprise d’Une histoire d’amour, d’Alexis Michalik, La Machine de Turing, de Benoit Solès, ou Kids, de Fabrice Melquiot ; du rire, avec Jos Houben ou La Framboise Frivole des concerts, avec Renaud Capuçon, le Sirba Octet ou Keren Ann. Et une foule d’autres propositions…

La Scala Provence, 3, rue Pourquery-de-Boisserin, à Avignon (84). Du 7 au 30 juillet.

www.lefigaro.fr