Le dimanche idéal de Philippe Torreton

Vincent Bouquet / Journaliste |  Le 30/08 à 05:00

Lorsqu’il n’est pas sur scène, le comédien passe ses dimanches en famille, de préférence autour d’un bon repas. Un plaisir de la chère partagé avec le Galilée de Brecht, son prochain rôle.

À QUOI RESSEMBLENT VOS DIMANCHES ?

Selon les périodes, j’alterne les dimanches en famille, ceux où je joue, et les dimanches chômés où je suis éloigné à cause d’une pièce ou d’un tournage. J’ai la chance que mes dimanches ne se ressemblent pas beaucoup, tant mieux ! Même si, parfois, je suis frustré de ne pas être plus libre.

FINALEMENT UN JOUR COMME LES AUTRES…

Comme tout le monde, j’entretiens un rapport particulier au dimanche. Dans mon enfance, c’était, par définition, d’un jour ennuyeux. Le samedi correspondait à un moment de joie : je partais à la campagne avec mes parents, je jouais avec mes frères. Tout semblait possible car il restait le dimanche. Une fois le dimanche arrivé, il ne reste plus rien, si ce n’est une pente douce qui conduit jusqu’au lundi. C’est pour cela qu’en tant que jeune comédien à la Comédie-Française, j’étais content de travailler ce jour-là.

UNE OCCASION, AUSSI, DE JOUER EN MATINÉE. CELA CHANGE-T-IL QUELQUE CHOSE ?

Au fil des années, j’ai pu observer que ces représentations étaient souvent beaucoup plus souples que les autres, comme si les comédiens jouaient à l’improviste. Cela provoque généralement de belles choses, plus épurées. J’aime bien les matinées car nous sommes face à un public qui vient au théâtre en ayant le temps, débarrassé de la charge mentale de la semaine. Dans la salle, règne une ambiance plus légère dont les acteurs profitent aussi.

AVEZ-VOUS UN PÉCHÉ MIGNON OU UN RITUEL DOMINICAL ?

Que je sois chez moi ou en déplacement, je ne manque jamais l’émission de ma femme, Elsa Boublil, entre 11 heures et 12 h 30, sur France Musique. Lorsque je suis à la maison, j’aime aussi faire le marché ou la cuisine pour ma famille.

COMME LE GALILÉE DÉPEINT PAR BRECHT, VOUS ÊTES AMATEUR DE PLAISIRS TERRESTRES ?

S’il y a un bien un point commun entre ce personnage et moi, c’est le goût du bon vin et de la bonne chère. Partager un repas, à table, avec mes proches, autour d’une bonne cuisine, constitue vraiment un très grand plaisir pour moi. Comme le dit Galilée : « C’est au cours d’un bon repas que j’ai le plus d’idées. »

DES IDÉES QUI PEUVENT RÉVOLUTIONNER LA SCIENCE ET LE MONDE…

Effectivement. Dans sa façon de décrire la démarche scientifique comme un art du doute, d’interroger les relations de soumission entre science et pouvoir, de lutter contre l’obscurantisme religieux, de sonder la responsabilité humaine – Galilée a-t-il eu raison d’abdiquer face à l’Inquisition pour sauver sa peau ? – la pièce de Brecht est un chef-d’oeuvre. En préparant ce rôle, je n’arrête pas de penser à nos chercheurs modernes, ces Galilée en puissance, scientifiques du Giec ou d’ailleurs, qui nous alertent sur le réchauffement climatique, mais se heurtent à nos modes de vie occidentaux qui ressemblent, dans leur inconscience environnementale, à un nouvel obscurantisme.

« La Vie de Galilée » de Bertolt Brecht, mise en scène de Claudia Stavisky. La Scala Paris (Tél. : 01 40 03 44 30), du 10 septembre au 9 octobre, puis en tournée.

@VincentBouquet