© Tristan Jeanne Valès

Au festival des Boréales de Caen (cf détails plus bas) où la Scandinavie est à l’honneur, Lucie Berelowitsch que nous avions encensée pour sa fabuleuse mise en scène d’Antigone adapte et met en scène un roman d’Herbjørg Wassmo (création à la Comédie de Caen dont elle est artiste associée).

Best-seller en Norvège le roman est l’histoire de Dina qui après la mort accidentelle de sa mère, livrant l’enfant à elle-même et aux plus noirs versants de sa personnalité, va être précipitée et avec elle tout son entourage dans une tornade de destruction. Mais c’est par le meurtre du père que la pièce commence, car au meurtre par négligence succédera des meurtres et des assassinats comme si Dina, fille sauvage et rebelle restera soumise à une malédiction d’anéantissement.

La scénographie est épurée fait d’un seul tableau. Pourtant, le froid et l’étouffement sont là, figurés avec la solitude de ces contrées lointaines aussi. Au fond de la scène, une maison-hangar vitrée pose la limite, car même cette ouverture n’est qu’un couloir aveugle. Deux échelles posent la limite vers le ciel.

Dina porte le poids du meurtre de sa mère et à travers son cheminement on découvre une société norvégienne avec ses règles, ses asservissements, ses contraintes et ses conventions ; mais pas seulement, car Dina fixe toutes nos craintes et tabous, celui du parricide mais aussi celui de l’inceste elle qui est mariée à Jacob de 15 ans plus âgé qu’elle (on pense au Jacob biblique père de Dina). Lucie Berelowitsch habile a choisi de rendre compte de la déshérence de cette femme par le motif de deux personnages : une Dina jeune (jouée par l’émouvante Armande Boulanger déjà vu avec bonheur dans De l’influence des rayons gamma sur le comportement des marguerites de et avec Isabelle Carré) et une Dina adulte. Les deux Dina vont se rencontrer, se parler, se rater surtout, car, et c’est le message de la pièce, aussi étrange qu’enthousiasmant, la Dina enfant recouvrira la Dina adulte dans un dernier meurtre et se dépliera en elle dans une réincarnation finale. Nous sommes identifiés à Dina. Désemparés dans une étrange nouveauté nous savons que le sacrifice de l’absolution ne viendra pas. Au contraire.

Dina lutte contre sa folie et c’est là que Berelowitsch réussit le mieux son industrie en nous montrant ou plutôt en nous faisant sentir cette lutte contre la mort, où l’Éros va triompher de Thanatos.

Certaines scènes sont magnifiques comme la scène de la nuit de noces accablée de sens et de sensualité. Ou comme la dernière scène que nous n’osons spoiler cependant que l’on peut au moins en dire deux choses : elle advient extraordinaire alors que nos esprits modelés par une doucereuse préparation l’attendaient sans le savoir, et elle figure l’utopique car Dina va s’ancrer au monde et à la nature et s’échapper de son destin délétère.

Une pièce pénétrante esquivant la psychologisation où loin de l’exubérance de son Antigone, Lucie Berelowitsch explore les demis tons avec talent.

Le livre de Dina
d’Herbjørg Wassmo
Traduction : Luce Hinsch
Mise en scène : Lucie Berelowitsch
Distribution : Malya Roman, Thibault Lacroix, Jonathan Genet, Armande Boulanger
Musique : Sylvain Jacques
Scénographie :Pierre Guilhem Coste
Coproduction la Compagnie Les 3 sentiers et La Comédie de Caen – Centre Dramatique National de Normandie, en partenariat avec le Festival Les Boréales.
Avec le soutien de la DRAC Normandie et du Conseil départemental de la Manche
Durée 1h40

Création à la Comédie de Caen
Du 19 au 21 novembre 2016 dans le cadre du Festival Les Boréales 2016

Au Théâtre de l’Union de Limoges
8 et 9 Février 2017 – 20h00

Source : Toutelaculture