On aime beaucoup

Il y a dix ans, Florence Aubenas écrivait Le Quai de Ouistreham, édifiant témoignage d’une grande force littéraire, pour les besoins duquel la journaliste s’était mise dans la peau d’une chômeuse cherchant du travail. Les cheveux teints en blond, Florence Aubenas a vécu pendant de longs mois le quotidien d’une femme de ménage. Elle a récuré les toilettes sur les ferrys accostant à Ouistreham, couru d’un job à l’autre et enchaîné les petits contrats. La force de ce récit documentaire, qui convoque le peuple des précaires, tient à son refus du pathos, son souci du détail et la netteté percutante de ses phrases. Louise Vignaud, metteuse en scène, confie à l’actrice Magali Bonat le soin d’en faire entendre chaque aspérité. Seule sur le plateau, la comédienne se chauffe au bois de l’écriture, son corps sec accusant peu à peu la fatigue et l’usure dont le récit rend compte. Implacable. Et incontournable.