Du 13 au 18 juillet, la scène parisienne a accueilli quinze propositions théâtrales, dont la plupart devaient être jouées dans la Cité des papes. Nous avons assisté à cet événement rassemblant professionnels, passionnés et novices.

Par Maud Cazabet

Publié il y a 6 heures, mis à jour il y a 4 heures

Le Paris Off Festival propose des spectacles variés, des clowneries de Bif Tek (ci-dessus), aux pièces plus littéraires comme L’Ordre du jour, réactions en chaîne, adapté du roman d’Éric Vuillard. Paris Off Festival

Il souffle comme un air d’Avignon au cœur du 14e arrondissement. À 9 h 30, ce vendredi 17 juillet, des rires enfantins fusent dans la salle, quasiment pleine du Théâtre 14. Des dizaines de petites têtes s’élèvent des fauteuils rouges pour interpeller les deux jeunes comédiennes de Bif Tek«C’est un pur bonheur de voir les enfants réagir avec autant d’enthousiasme à notre création après des semaines passées sans jouer et à s’inquiéter pour la suite», sourit Évangélia Pruvot, co-metteur en scène de la pièce pour jeune public.

Au premier rang, Lola, 9 ans, est venue accompagnée de sa grand-mère découvrir ce spectacle de clowns reprenant les codes du cirque traditionnel. «D’habitude on va au Festival d’Avignon l’été, mais cette année c’est à Paris», commence la fillette avant que sa grand-mère ne lui explique que les deux festivals sont bien différents.

Les affiches colorées des spectacles programmés, se balançant au vent, sont pourtant bien un clin d’œil à la Cité des papes. Elles trônent au cœur du village Paradol, espace de rencontre installé entre les deux lieux de représentation, le Théâtre 14 et le Gymnase Auguste Renoir, «notre Cour d’honneur, cédée par la mairie», plaisantent Mathieu Touzet et Édouard Chapot, nouveaux directeurs des lieux. Éprouvés par l’organisation en temps réduit du festival, ces jeunes passionnés peuvent se féliciter d’avoir relancé la machine théâtrale et fait résonner les trois coups dans le sud de la capitale.

Un festival «laboratoire» en temps de crise

Le Paris Off Festival est né dans la tête des deux directeurs à l’annonce de l’annulation d’Avignon, qui constitue pour beaucoup de compagnies de théâtre l’événement de l’année. Il détermine souvent le futur d’une pièce et d’une troupe. «Il y avait urgence à répondre à la détresse des compagnies qui s’étaient investies pendant des mois pour jouer à Avignon. Et l’on est fiers du résultat», confie Édouard Chapot.

Certaines œuvres sont en train d’éclore. C’est le cas d’Une goutte d’eau dans un nuage, voyage poétique et géographique d’Éloïse Mercier, déjà présenté à Avignon, mais qui semble trouver une deuxième vie à Paris.

Avec 15 spectacles à tarif libre contre plus de 1500 prévus à Avignon, le Paris Off Festival est avant tout symbolique. «On est une sorte de laboratoire en cette période d’incertitudes. Nos salles ne peuvent pas accueillir plus de 120 personnes pour des raisons sanitaires, mais le théâtre vit de nouveau et le public répond présent. L’objectif est atteint», témoigne encore Édouard Chapot.

Pour les professionnels du spectacle vivant, le festival est inespéré. Les patrons de salles représentent d’ailleurs 25% des spectateurs. Comme, Vincent Dumas, directeur de la Maison du Théâtre et de la Danse d’Épinay-sur-Seine, ils sont nombreux à enchaîner les pièces afin de programmer leur saison 2021-2022, la prochaine étant déjà planifiée. Car il faut en moyenne voir 150 spectacles pour une saison composée de 30 pièces. «Le Paris Off est une belle et courageuse initiative, le secteur en avait besoin. Ils essuient les plâtres et nous, on prend du plaisir tout en tirant des leçons de la manifestation», précise ce directeur de théâtre, particulièrement intéressé par le travail de Nathalie Bensard, metteuse en scène de Spécimens, une pièce traitant avec justesse et énergie de la période conflictuelle de l’adolescence.

Faire venir un nouveau public au théâtre

Alors que metteurs en scène et programmateurs échangent sur les créations en dégustant une barbe à papa dans les transats rouges du village Paradol, des enfants du quartier partagent une partie de volley improvisée avec des festivaliers. Les fanions multicolores servant de filet.

« On amène un bout d’Avignon chez les habitants de ce quartier prioritaire parisien. L’idée est de redonner un souffle de vie aux professionnels du théâtre tout en le rendant accessible au plus grand nombre »

Mathieu Touzet, codirecteur du Théâtre 14

«Certains gamins n’avaient jamais mis les pieds dans un théâtre et pourtant on les a retrouvés tous les jours dans les salles cette semaine. Contrairement à Avignon où le festival s’inscrit dans une sorte de bulle coupée du reste de la ville, on voulait vraiment ouvrir le théâtre au quartier», souligne Mathieu Touzet, en saluant l’un des jeunes filant vers le spectacle Spécimens.

L’expérience est concluante et les directeurs du Théâtre 14 comptent bien mener de nouveaux projets avec les associations du quartier. Et pourquoi pas rééditer le Paris Off Festival, à un autre moment que le festival d’Avignon. «Pour que le théâtre vive partout. Et pas que dans la Cité des papes