Jacques Weber
© Charly Triballeau / AFP

Le comédien incarne l’écrivain dans « Hugo au bistrot », une plongée rafraîchissante au plus près du génie de l’auteur.

Et si l’on possédait le pouvoir magique de rencontrer d’illustres écrivains ou peintres de génie accoudés au comptoir du bar du quartier ? Woody Allen l’a imaginé pour son long-métrage Midnight in Paris. Son héros incarné par Owen Wilson croisait au détour de ses errances nocturnes la route de Francis Scott Fitzgerald. Puis il rencontrait, ébahi, Ernest Hemingway assis à la table d’un café parisien. Aujourd’hui, 133 ans après la mort de Victor Hugo, le comédien Jacques Weber propose de réaliser le doux rêve de croiser l’auteur des Misérables et de Notre-Dame de Paris. Il le fait à l’occasion d’une lecture vivante, qu’il ne manque pas d’animer avec fougue et passion.

Rien de très formel, tout est plutôt spontané et a d’ailleurs trouvé sa genèse dans un bistrot parisien, entre bières et assiettes de charcuterie. Ventre généreux, pantalon large et crinière de lion, Jacques Weber déboule par une porte en bougonnant et maugréant. Il récite, clame, interprète ou lit simplement des textes d’Hugo aussi divers que son souvenir de la peur que lui inspirait la femme de Chateaubriand ou les lettres qu’il adressait à sa maîtresse Juliette Drouet (incarnée avec naturel par Magali Rosenzweig). L’acteur s’arrête parfois, pour s’étonner du génie de l’écrivain, de sa capacité au « cadencement, aux hémistiches, aux brèves et aux longues », comme lors de la lecture du poème de L’Expiation sur la retraite de Russie de Napoléon : « Il neigeait. On était vaincu par sa conquête. Pour la première fois, l’aigle baissait la tête. Sombres jours ! L’Empereur revenait lentement, laissant derrière lui brûler Moscou fumant. Il neigeait. »

« Le remettre parmi nous »

« Il y a chez Hugo un lyrisme très direct, très simple, avec des mots forts, puissants. Je souhaitais le remettre parmi nous, le descendre de son piédestal pour un autre cadre que celui d’une soirée académique et solennelle. Qu’il soit organique. Hugo traite de tous les grands thèmes politiques, à tel point que je n’ai pas arrêté de l’entendre cité par les politiques de tous bords durant la campagne électorale de 2017. Mais il évoque aussi tous les sujets humains, du bonheur d’être grand-père ou du malheur d’avoir perdu sa fille », explique Jacques Weber. Pêle-mêle, les spectateurs découvrent ou redécouvrent des textes de la Chambre des députés sur la « destruction de la misère », sur l’exil, des écrits sur sa barbe, son testament, des poèmes chantés par Georges Brassens ou des phrases qui claquent de manière définitive : «Vieillir, c’est remplacer par la clarté la flamme.»

« Victor Hugo est un homme protéiforme et broussailleux, poursuit Jacques Weber. Il y a ses discours, sa poésie dramatique, sa poésie tout court. Pour celle-ci, j’aime laisser un peu l’émotion abîmer les vers. J’aime faire vivre mes lectures. C’est tout le sens de ce spectacle, essayer de partager son talent. Hugo est si formidable ! Même s’il ne faut pas s’arrêter au XIXe siècle, car il existe au XXIe siècle d’autres talents qui animent et réaniment la langue. » Un génie qui, comme tout homme, avait ses travers, note avec malice le comédien : « Par exemple, par rapport à DSK, c’était un enfant de chœur. Quand, à 80 ans, le docteur lui conseilla de cesser les relations sexuelles après un malaise, il lui répondit : Ah, mais non, la nature n’avait qu’à prévenir ! »

« Hugo au Bistrot », La Scène Thélème, à Paris, du 18 avril au 5 mai 2018. Le 15 mai à Chartres. En tournée en province de février à mai 2019.

Source: Le Point