Le metteur en scène s’installe au TNP de Villeurbanne avec une sublime « Seconde surprise de l’amour ». Un spectacle pétillant et délicat, où les sentiments sont les éternels agitateurs du grand mouvement de la vie.

  • Marie-Valentine Chaudon,
  • le 09/12/2021 à 10:08
  • Si les premières passions ont le piquant de l’inédit, les rencontres tardives jouissent de la saveur des levers de soleil, le goût troublant de la « répétition de l’unique», selon les mots d’Alain Françon. Formule qui s’applique à merveille au théâtre, et plus précisément à sa dernière création : une Seconde surprise de l’amour d’une fraîcheur lumineuse au cœur de l’hiver.

La Marquise pleure son époux disparu. Son voisin, le Chevalier porte lui aussi le deuil d’un amour perdu, Angélique retirée dans un couvent. Les deux inconsolables vont trouver un réconfort inespéré dans leur amitié : « vous avez renoncé à l’amour et moi aussi, et votre amitié me tiendra lieu de tout, si vous êtes sensible à la mienne », déclare le Chevalier à la Marquise dans l’acte I. Avant même que ceux-ci ne s’en aperçoivent, les sentiments des protagonistes orchestrés par la plume de Marivaux vont opérer une mue inattendue.

Une distribution éclatante

Le décor de Jacques Gabel offre à leurs amours naissantes un écrin tout en élégance : deux perrons se font face sur fond d’une forêt impressionniste, ravissant miroir des émotions entrelacées des personnages. Sublimé par une mise en scène limpide et enlevée, le marivaudage dévoile ici la noblesse des cœurs fragiles. Il interprète leur symphonie intemporelle sur une cadence ardente, portée de bout en bout par une distribution éclatante.

Georgia Scalliet pétille de mille nuances dans le rôle de la Marquise, silhouette hagarde qui voit peu à peu son inertie métamorphosée, les émois qui la submergent déclenchant moult soupirs et roulements d’yeux. Pierre-François Garel est un Chevalier lunaire, saisi par sa soudaine jalousie et touchant dans son exquise naïveté, lorsqu’il s’étonne : « Je n’aurais jamais cru que l’amitié allât si loin ! »

Reflet des aventures de leurs maîtres, Lubin (Thomas Blanchard) et Lisette forment aussi un couple plein de charme. Suzanne De Baecque, tout juste sortie de l’École du Nord, joue avec bonheur des variations comiques du personnage de la suivante, répliquant avec malice aux vaines tentatives de séduction d’Hortensius. L’intellectuel croulant sous d’improbables piles de livres est, lui, incarné par un Rodolphe Congé irrésistible lorsqu’il crie au « blasphème littéraire » après que les deux amoureux ont osé considérer Sénèque comme « un petit auteur ». Menée d’un même mouvement par Alain Françon, cette belle troupe bat la mesure du balancement des cœurs, délicieuse mélodie de la vie.

Du 9 au 19 décembre au TNP de Villeurbanne puis les 20 et 21 janvier à Toulon, du 1er au 5 février à Caen, du 10 au 19 février au Théâtre Montansier à Versailles, du 8 au 12 mars à Dijon…