Au Théâtre de l’Atelier, à Paris, les « Sorcières » de Mona Chollet prennent voix sur scène

L’essai à succès, sorti en 2018 et vendu à plus de 270 000 exemplaires, est adapté en lecture musicale.

Par Sandrine Blanchard

Publié le 27 octobre à 09h48

Anna Mouglalis, Clotilde Hesme, Eye Haïdara et Aure Atika, le 27 septembre 2022, lecture musicale d’après l’essai de Mona Chollet au Théâtre de l’Atelier, à Paris.

Sur scène, de gauche à droite : Anna Mouglalis, Clotilde Hesme, Eye Haïdara et Aure Atika, le 27 septembre 2022, dans « Sorcières », lecture musicale d’après l’essai de Mona Chollet au Théâtre de l’Atelier, à Paris. Copyright JULIEN MIGNOT

C’est rock, c’est pop, c’est galvanisant. L’adaptation scénique de Sorcières rend un bel hommage au best-seller de Mona Chollet. A l’image du succès rencontré par ce livre sorti en 2018 et vendu à plus de 270 000 exemplaires, sa lecture musicale proposée au Théâtre de l’Atelier, à Paris, attire un large auditoire dans une atmosphère empreinte de sororité. Le public, essentiellement féminin, de toutes générations, se régale d’entendre cette « puissance invaincue des femmes ».

Une pléiade de comédiennes (parmi lesquelles Ariane Ascaride, Valérie Donzelli, Constance Dollé, Suzanne de Baecque, Clotilde Hesme, etc.), et de musiciennes et chanteuses (Anne Paceo, Fishbach, Léonie Pernet, Clara Ysé, etc.) participent, en alternance, à cette version polyphonique de l’essai féministe le plus lu de ces dernières années. Toutes ont répondu à l’appel du collectif A définir dans un futur proche, fondé par Elodie Demey, Mélissa Phulpin et Géraldine Sarratia, qui a créé ce spectacle, en 2019, au Théâtre du Rond-Point, à Paris.

Lors de chaque soirée, quatre actrices, accompagnées d’une instrumentiste et d’une chanteuse, se succèdent

Lors de chaque soirée, quatre actrices, accompagnées d’une instrumentiste et d’une chanteuse, se succèdent et font résonner, avec force et humour, des extraits marquants de Sorcières. Sur scène, une batterie côté jardin, un bureau au parterre jonché de livres côté cour. La lecture reprend le pont dressé par Mona Chollet entre les figures féminines persécutées au Moyen Age pour leurs soi-disant « agissements diaboliques » et leur prolongement contemporain fait de conventions et de stéréotypes.

S’affranchir des dominations, s’éloigner des normes patriarcales reste suspect. Suspecte, la femme qui refuse de servir toute sa famille, suspecte la femme qui ne veut pas d’enfant, suspecte la femme qui reste célibataire, suspecte celle qui n’a que faire de l’arrivée des cheveux blancs et des diktats de la féminité.

Belles respirations

Les intermèdes musicaux offrent de belles respirations et dégagent une énergie (formidables Lucie Antunes et P.R2B le soir où nous y étions) qui s’accorde à merveille avec la plume alerte de Mona Chollet. Parmi les comédiennes, celles qui parviennent à oublier les feuilles qu’elles tiennent entre les mains portent beaucoup mieux les mots et le ton de Sorcières.

Christiane Millet retrace tellement bien la problématique de l’âge qu’elle suscite des rires d’approbation dans la salle

Ainsi, quel bonheur d’entendre Christiane Millet parler du regard de la société sur l’apparence physique, de cette « hantise de l’obsolescence programmée qui marque toute l’existence des femmes, et qui leur est propre ». Il est un fait : « Les hommes ne vieillissent pas mieux que les femmes, ils ont seulement l’autorisation de vieillir. » La comédienne retrace tellement bien cette problématique de l’âge qu’elle suscite des rires d’approbation dans la salle.

Car cette lecture musicale a beau aborder des questions d’injustice et d’inégalité, elle ne sombre jamais ni dans le pessimisme ni dans le renoncement. Et c’est ce qui fait sa force. Qu’on ait lu ou pas l’essai de Mona Chollet, on en sort stimulé, peut-être même remonté à bloc. Comme le dit l’autrice, dans ces lignes qui concluent la représentation : « La force des stéréotypes et des préjugés peut avoir quelque chose de profondément démoralisant mais elle offre aussi une chance : celle de tracer de nouveaux chemins. Elle donne l’occasion de goûter aux joies de l’insolence, de l’aventure, de l’invention, elle invite à se montrer iconoclaste, c’est-à-dire à briser les anciennes images et la malédiction qu’elles comportent. »

Sorcières, lecture musicale d’après l’essai de Mona Chollet, direction artistique et mise en scène par le collectif A définir dans un futur proche. Les 26 octobre, 1er, 2, 3, 8, 9, 15 et 16 novembre à 19 heures au Théâtre de l’Atelier à Paris.

Sandrine Blanchard

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