L’Iliade: sable, sueur et sang à la Scala

Par   Jean Talabot

Publié le 27/05/2019 à 16:22

CRITIQUE – Pauline Bayle reprend son diptyque homérien en mélangeant les hommes, les femmes et les dieux dans un tumulte moderne et épique. Jusqu’au 2 juin.

Tout commence dans le hall de la Scala. Une classe de scolaires piétine. Il fait chaud. Quelques gouttes de sueur apparaissent sur le front des spectateurs, impatients de rentrer dans la salle climatisée. Soudain, Achille et Agamemnon débarquent. Combat de coq et échange de noms d’oiseaux: qui est le véritable chef des armées grecques? On se croirait sur les plages venteuses de Troie. Chacun doit hurler pour se faire entendre au milieu des soldats.

Arrive «l’industrieux» Ulysse, un peu plus malin que les autres. Il compte les forces mobilisées. Un gamin tout content se voit appeler « Ajax le Grand». Il est remercié pour avoir mobilisé «quarante navires». Enfin, tout le monde rentre, prêt à se battre. Ça devient plus statique. Comme chez Homère, il y a une indigestion de noms propres. Chaque homme tué au combat est cité, ce qui fait beaucoup de morts et beaucoup de noms. Soufian Khalil tire son épée du jeu. Il campe un parfait Ulysse. On l’imaginait moins en Andromaque éplorée. Avec Pauline Bayle, qui reprend l’Iliadeet l’Odyssée, les sexes sont mélangés. Sans doute une volonté de «casser» l’identité très binaire du récit d’Homère.

Du sang, des larmes, des vagues

Hector, aussi conjugué au féminin, s’impose comme une figure aristocrate et romantique. Tout le contraire d’Achille (vibrante Mathilde Méry), rageur et bas du front, qui a le droit à de belles scènes de «furie» meurtrière. L’Iliade est son histoire, une histoire de pulsions, de ses colères à son pardon. Les gamineries triviales des dieux de l’Olympe tranchent avec le sérieux des hommes. On se détache complètement du poème original quand il s’agit de l’Olympe. Zeus et Era forniquent en coulisses. Le tonnerre du premier se traduit en un rap de l’enfer.

D’autres effets sont un peu chics mais le spectacle reste haletant. Pauline Bayle nourrit l’épique à peu de frais (de l’eau, des paillettes, un soutien-gorge) et avec beaucoup de cœur. Il y a du sang, des larmes et le fracas des vagues. De quoi revenir embarquer pour l’Odyssée, qui est aussi le thème du prochain Festival d’Avignon. Homère a décidément le vent en poupe.

 

  • L’Iliadeet l’Odyssée à la Scala, 13 Boulevard de Strasbourg (Xe).
    Jusqu’au 2 juin. Durée: 1h25 et 1h45. Tél.: 01 40 03 44 30