La Scala Paris

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20 10/2021

Ariane Ascaride célèbre “Paris retrouvée” | Télérama Sortir 20_10_21

mercredi 20 octobre 2021|Catégories: Spectacle Vivant|Mots-clés: |

Ariane Ascaride célèbre “Paris retrouvée” : “Une ville n’est pas une juxtaposition de terrasses”.  

Propos recueillis par Joëlle Gayot

Publié le 20/10/21

Avec “Paris retrouvée”, Ariane Ascaride entend “faire entendre de quelle manière Paris a inspiré des auteurs magnifiques”.

jerome lobato pour télérama

Trop longtemps endormie, la capitale a enfin repris vie. Dans son dernier spectacle, à voir à La Scala, à Paris, la comédienne fête cette renaissance, avec les mots de Victor Hugo, Elsa Triolet ou Aragon.

Pourquoi revenir au théâtre avec un spectacle sur Paris ?
En février 2020, j’avais rendez-vous avenue de Wagram. Je suis arrivée en avance. Il n’y avait pas un café ouvert, ce qui m’a mise dans un grand état de frustration et de colère. Je regardais les gens marcher et je ne les voyais accomplir que des parcours strictement fonctionnels. Ils ne regardaient plus Paris. Je me suis alors dit : lorsque ces périodes de confinement et de couvre-feu seront derrière nous, je ferai un spectacle sur cette ville. J’ai réuni des textes, appelé les actrices qui jouaient avec moi dans Le Dernier Jour du jeûne, de Simon Abkarian sollicité une chanteuse et un accordéoniste, et l’aventure a démarré.

S’agit-il d’un cabaret ?
Plutôt d’une lecture-spectacle. Nous sommes des saltimbanques, debout, derrière nos pupitres et nos micros, mais nous pouvons nous poser n’importe où. Nous voulons faire entendre de quelle manière Paris a inspiré des auteurs magnifiques.

Pourquoi ce titre, « Paris retrouvée » ?
J’ai pensé à de Gaulle : « Paris outragé ! Paris brisé ! Paris martyrisé ! mais Paris libéré ! » Mais surtout, une fois la liberté de circuler rétablie, j’ai eu le sentiment vivace de retrouver Paris. Nous en avons été exclus si longtemps. Il faut revenir flâner dans les rues et être de nouveau réunis. Raison pour laquelle je suis entourée d’amies pour dire les mots d’Aragon, d’Elsa Triolet, de Louise Michel ou encore de Victor Hugo. J’aimerais que ce moment apaisant ressemble à une photo de Robert Doisneau

“Paris ne doit surtout pas devenir un musée. On y ferme des écoles, elle est de moins en moins populaire.”

Le mot « retrouvée » est écrit au féminin. Pour vous, Paris est-elle une femme ?
Absolument. Et aussi une amie qui ne doit surtout pas devenir un musée. On y ferme des écoles, elle est de moins en moins populaire. Les tapissiers, les menuisiers de la rue du Faubourg-Saint-Antoine ont disparu. Je ne suis pas passéiste, mais je pense qu’une ville n’est pas qu’une juxtaposition de terrasses.

Quels dégâts le Covid a-t-il faits ?
Nous avons vécu un tsunami. Or, après un tsunami, lorsque la mer se retire, beaucoup de choses traînent sur les plages : des voitures, des cahiers, des morts. Nous sommes en train de découvrir ces traces. Le traumatisme est fort. Il paraît que, pour les Américains, Paris est la ville de l’amour. C’est aussi celle des attentats de 2015, celle de Mai 68, de la Commune. Je ne l’oublie pas.

Avez-vous envie de restaurer son image ?
Je voudrais surtout que l’on s’autorise à la regarder pour rien, à s’y balader, que l’on se charge de tout ce qu’elle peut émettre, que l’on s’y dope à l’énergie d’une simple promenade. Nous étions enfermés. Nous ressortons et tout a changé : des rues en sens interdit, d’autres qui ne sont plus accessibles. Nous ne pouvons plus faire les mêmes trajets qu’avant. Nous devons en inventer de nouveaux.

Êtes-vous une marcheuse citadine ?
De chez moi, je vais à pied jusqu’à la place de la République. Une fois là, deux options : soit je prends les Grands Boulevards, soit je bifurque vers la Seine, auquel cas je me rends sur les quais, je traverse les ponts. J’adore marcher, c’est le meilleur moyen de voir une ville et de laisser aller son imagination. Je regarde, je prends des notes, mais je fais peu de photos. L’architecture, les lumières, tout cela ne peut que provoquer des envies d’écrire ou de filmer.

“J’ai fait le tri dans des mondanités qui ne m’intéressent pas.”

Le tsunami Covid a-t-il aussi sévi en vous ?
Bien sûr. J’ai perdu des amis chers durant cette période. Ils me manquent. Mais j’ai aussi gagné en liberté. J’ai fait le tri dans des mondanités qui ne m’intéressent pas. Moi qui suis déjà une grande gueule, j’ai encore plus envie de parler. Je suis également devenue grand-mère, l’aventure la plus géniale qui soit. Les enfants ont été héroïques pendant le confinement, on leur doit un respect absolu. J’ai d’ailleurs accepté d’être la marraine de Mon premier festival, le festival de cinéma pour enfants organisé par la mairie de Paris et l’association Enfances au cinéma.

Est-ce une coïncidence si vous faites un spectacle sur Paris au moment où Anne Hidalgo annonce sa candidature à la présidentielle ?
Elle m’a prise de court ! Blague à part, j’ignorais qu’elle allait se présenter. Je la respecte, mais nous ne sommes pas intimes. Je ne crois pas que nous importerons ce spectacle dans ses futurs meetings.

À voir
Paris retrouvée, jusqu’au 6 novembre. Du jeudi au dimanche à 19h à La Scala, 13 bd de Strasbourg, 10e. 28 €.

Propos recueillis par Joëlle Gayot

www.telerama.fr

18 10/2021

Avignon : dans huit mois, le Capitole deviendra la Scala Provence | La Provence 17_10_21

lundi 18 octobre 2021|Catégories: Spectacle Vivant|Mots-clés: |

DIMANCHE 17/10/2021 à 15H04

 

Mélanie et Frédéric Biessy engagent 3 M€ sur ce lieu historique de la ville

Par Fabien Bonnieux

Capitole, Pandora, re-Capitole. Et bientôt, donc, « La Scala Provence », à partir de juin 2022. Depuis 1935, il en a connu, des séquences éclectiques, ce cinéma « Art déco » mué en théâtre chaque mois de juillet, et situé à quelques mètres de la rue de la République. Nouvelle étape : les lieux viennent d’être rachetés à René Kraus (Capitole Studios) par Mélanie et Frédéric Biessy. Un couple de parisiens qui, a mis sur orbite, avec succès, en 2018, un lieu de création multidisciplinaire (théâtre, musique contemporaine et classique, danse, nouveau cirque, arts visuels…) : la Scala Paris, qui programme tout autant Alexis Michalik, Jonathan Lambert, le stand-upper Jason Brokerss, les chorégraphes Kaori Ito et Yoann Bourgeois, le musicien électro et classique, Francesco Tristano, ou encore les circassiens novateurs de « Machine de cirque ». Mots choisis avec Frédéric Biessy.

Ci-dessus, le dessin de ce que sera « La Scala Provence » à partir de juin 2022, en lieu et place du Capitole. Ci-contre, Mélanie et Frédéric Biessy, qui ont (re) mis sur orbite « La Scala », à Paris, en 2018.PHOTOS SCALA

Croisement des genres

« Françoise Nyssen et Jean-Paul Capitani, dont on est proches (son épouse et lui NDLR), m’ont appelé récemment en me parlant du Capitole, qui était à vendre à Avignon. J’ai découvert le lieu il y a six mois, j’en suis tombé amoureux, j’ai vu tout le potentiel. On vient à Avignon avec une proposition qui ajoute au foisonnement d’ici, mais certainement pas en donneurs de leçon. Notre ADN à la Scala Paris, depuis le début, c’est l’émergence et le croisement des genres : théâtre, danse, musique, mais aussi nouveau cirque, stand-up, arts visuels et numériques. On a acheté le Capitole 1,5 millions d’euros et les travaux, qui viennent de commencer et se poursuivront jusqu’à fin mai, coûteron eux aussi 1,5 million ».

Ouvert à l’année

« Notre ambition est que « La Scala Provence » vive à l’année, et pas seulement en juillet. Le lieu va travailler avec des spectacles créés entièrement lors de résidences de création dans les quatre salles : la grande (autour de 600 places), les deux salles du bas (220 et 120 places) et une quatrième, toute petite, à l’étage. Les sorties de résidence (lesquelles pourraient durer un mois en moyenne) permettront de proposer des représentations, des avant-premières qui feront une programmation assez permanente ».

Quels travaux ?

« L’ancien cinéma est très beau dans sa structure et il n’est pas question de la modifier. Par contre, dans les deux salles du bas, on va mettre le plateau (la scène NDLR) en plain-pied, avec des gradins rétractables, qui seront de grands espaces de répétions, mais qui, en dix minutes, seront modulables pour accueillir du public. Aux deuxième et troisième étage, on va construire des studios pour loger les artistes qui seront en résidence. Enfin, sur le plan visuel, on décline à Avignon ce qu’on a fait à la création de « La Scala Paris » : le lieu a été pensé et dessiné par Richard Peduzzi (scénographe qui signait les décors des pièces et films de Patrice Chéreau, dont « La Reine Margot » NDLR). Par exemple comme à Paris, les fauteuils de « La Scala Provence » seront tout bleu, « bleu Scala » (couleur déposée), qui est fait de17 pigments et qui réagit différemment en fonction des lumières ».

Un label musical

Au sein de « La Scala Provence » sera installé le studio d’enregistrement d’un nouveau label, « Scala Music », dirigé par Rodolphe Bruneau- Boulmier, compositeur, producteur et animateur sur France Musique (Radio France). L’ambition est de soutenir l’émergence et d’estomper les frontières entre le classique, la musique contemporaine ou l’électro. Le label produira ses artistes de la pose des micros aux concerts de sortie de disque. Enfin, « Scala Music » sera distribué en ligne par « Believe ».

 

8 10/2021

La jeune création musicale à La Scala Paris | Les Echos 07_10_21

vendredi 8 octobre 2021|Catégories: Spectacle Vivant|Mots-clés: |

 

Le festival Aux Armes Contemporains permet de découvrir de nombreuses compositions d’aujourd’hui et des esthétiques contrastées, du piano solo à l’ensemble instrumental avec choeur. Avis aux curieux !

« Le Papillon noir », opéra de Yann Robin sur un livret de Yannick Haenel, va faire vibrer La Scala Paris. (Gwendal Le Flem)

ParPhilippe Venturini

Publié le 7 oct. 2021 à 16:17Mis à jour le 7 oct. 2021 à 16:54

 

« La Scala suscite de plus en plus d’intérêt de la part des artistes », explique Rodolphe Bruneau-Boulmier, conseiller musical de la salle parisienne du boulevard de Strasbourg. « Nous sommes très sollicités par des ensembles étrangers. » Avec ses deux salles de 550 et 180 places, la Scala Paris propose, depuis sa réouverture, outre le théâtre, une programmation musicale originale tournée vers la création et la découverte dont le festival Aux Armes Contemporains est l’étendard.

En un week-end, cette quatrième édition réunit en effet pas moins de treize compositeurs qui offriront sept pièces en création mondiale ou parisienne. Certaines oeuvres créées en province viennent ainsi se faire entendre pour la première fois en Île-de-France comme « Le Papillon noir », opéra de Yann Robin sur un livret de Yannick Haenel mis en espace par Arthur Nauzyciel. Il sera interprété par la soprano Elise Chauvin, souvent entendue dans les spectacles du Balcon, et les remarquables ensembles Multilaterale et Les Métaboles sous la direction du brillant Léo Warynski.

« J’admire Yannick Haenel, j’ai beaucoup aimé « Tiens ferme ta couronne » et j’étais curieux de savoir comment il pouvait s’accorder à la musique. Par ailleurs, le langage de Yann Robin a beaucoup évolué, quittant les sonorités saturées qui l’ont fait connaître. « Le Papillon noir » questionne le genre de l’opéra. Que faire aujourd’hui de cette forme tellement marquée par le poids de l’histoire ? » Une chanteuse-actrice, un petit orchestre, un choeur, un dispositif électronique : c’est la première fois que La Scala accueille un opéra et une trentaine d’artistes sur scène.

Saxo et électro

La manifestation qui se veut un soutien à la jeune génération s’ouvre par un concert qui ne manque pas de souffle autour du saxophoniste Eudes Bernstein (« il est très très fort ! ») qui, avec quelques instrumentistes, affiche un programme où Berlioz, Ravel et Webern côtoient les compositeurs d’aujourd’hui tels Ondrej Adamek, Vincent David, lui-même saxophoniste et Grand Prix Lycéen des Compositeurs 2021, et Matteo Franceschini dont on découvrira, en première mondiale, une pièce pour saxophone ténor et électronique.

Vanessa Wagner, qui vient d’enregistrer un superbe programme américain à deux pianos avec Wilhem Latchoumia pour La Dolce Volta, évoluera entre Arvo Pärt, Bryce Dessner, Francesco Filidei, Alex Nante et l’Américaine dont on parle beaucoup Caroline Shaw. De quoi satisfaire sa soif de découverte, tout comme « La Toute Multiple », nouvelle pièce de l’ensemble Liken conçue par le compositeur et trompettiste Timothée Quost et dirigée par Léo Margue qui promet, grâce à l’amplification, de l’inouï.

Voilà de quoi enthousiasmer les plus curieux, les plus à l’écoute de leur temps. On parle, en outre, de projets d’extension et de label discographique. La Scala Paris n’a donc pas fini de grimper.

FESTIVAL AUX ARMES CONTEMPORAINS

Musique

La Scala Paris

13, boulevard de Strasbourg, 75010

01 40 03 44 30, www.lascala-paris.com

du 8 au 10 octobre

Philippe Venturini

www.lesechos.com

8 10/2021

La Scala s’implante à Avignon et lance un label musical |LE MONDE

vendredi 8 octobre 2021|Catégories: Spectacle Vivant|Mots-clés: |

Le théâtre parisien ouvrira, en juin 2022, « La Scala Provence », un lieu de création pluridisiplinaire et de résidence d’artistes.

ParSandrine Blanchard

Publié aujourd’hui à 08h00, mis à jour à 08h38

Temps de Lecture 3 min

Le cinéma Pandora (ex-Capitole) sera rebaptisé, d’ici à juin 2022, La Scala Provence,  1, 1 million d’euros de travaux vont être lancés pour l’aménager.

Le cinéma Pandora (ex-Capitole) sera rebaptisé, d’ici à juin 2022, La Scala Provence,  1, 1 million d’euros de travaux vont être lancés pour l’aménager. LA SCALA

Alors que les lieux culturels ont été fermés pendant de longs mois pour cause de pandémie, « la période du Covid a été propice et fructueuse », assure, sourire aux lèvres, Frédéric Biessy, directeur de La Scala Paris. Boutade ? Provocation ? Ni l’une ni l’autre, plutôt un optimisme inébranlable et une dose d’ambition. Trois ans après avoir inauguré leur nouveau théâtre privé dans le quartier des Grands Boulevards, le couple Frédéric et Mélanie Biessy – lui ancien producteur indépendant de spectacles, elle directrice d’une société de capital-investissement –, entendent amplifier l’aventure. Ils ouvriront, en juin 2022, La Scala Provence à Avignon et lanceront, en janvier, leur propre label musical, Scala Music.

« Nous ne voulions pas devenir un garage chic qui ne programmerait que des créations venues d’ailleurs », justifie Frédéric Biessy. Lieu pluridisciplinaire où se croisent théâtre (Alexis Michalik), danse (Kaori Ito), musique (Yann Robin), humour (Jonathan Lambert), cirque et arts visuels, La Scala Paris se veut « un théâtre privé d’intérêt public ». A l’automne 2020, La Piccola Scala (180 places) est venue s’ajouter aux 700 fauteuils de la grande salle mais a supprimé les salles de répétition. En quête d’espace supplémentaire, c’est grâce à l’ancienne ministre de la culture Françoise Nyssen et son mari Jean-Paul Capitani, à la tête du groupe d’éditions Actes Sud, que Frédéric Biessy s’est tourné vers Avignon.

« Un jour, ils m’ont appelé. Ils venaient de visiter un lieu à vendre à Avignon, envisageaient d’y créer une grande librairie et me demandaient si je serais intéressé pour m’y associer », raconte-t-il. Le couple Nyssen-Capitani renonce finalement au projet mais le couple Biessy, après avoir visité le lieu convoité, a « un coup de foudre » et l’achète pour 1,1 million d’euros. Il s’agit d’un ancien et vaste cinéma au style Art déco, 3 000 mètres carrés au cœur des remparts avignonnais. Ses quatre salles (de 80 à 600 places) sont connues des spectateurs du « off » d’Avignon. Le Pandora (ex-Capitole) sera donc rebaptisé, d’ici à juin 2022, La Scala Provence. Il deviendra « un lieu de création et de résidence d’artistes à l’année », « de rodage pour les stand-upers » et toujours une adresse du festival « off » en été avec une « programmation pluridisciplinaire ».

« Un ensemble complémentaire »

Ce n’est pas la première fois qu’un théâtre privé parisien crée une « antenne » avignonnaise. Les Béliers et La Reine Blanche, avec des structures plus petites, sont déjà présents dans les deux villes. La future Scala Provence aura « la même allure » que sa grande sœur parisienne : 1, 1 million d’euros de travaux vont être lancés pour l’aménager à la couleur bleue de La Scala et créer huit studios dont l’un sera dévolu aux enregistrements produits par Scala Music.

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Ce nouveau label, dirigé par le compositeur Rodolphe Bruneau-Boulmier, producteur à France Musique et conseiller musical de La Scala, entend « soutenir l’émergence », « estomper les frontières entre classique, jazz et électro » et « porter des projets qui peuvent se décliner sur scène ». « Nous voulons produire des artistes de A à Z », explique son directeur, qui garde pour l’instant secret le nom des cinq premiers artistes signés. Outre la sortie de disques, le label sera distribué en ligne par Believe pour sa déclinaison numérique.

8 10/2021

Ariane Ascaride : « Je ne suis pas Ava Gardner, je suis une copine ! » | LES ECHOS 08_10_21

vendredi 8 octobre 2021|Catégories: Spectacle Vivant|Mots-clés: |

INTERVIEW

Ariane Ascaride : « Je ne suis pas Ava Gardner, je suis une copine ! »

Une pièce de théâtre « Paris retrouvée » en poésie et en chansons, où elle évoque la capitale, un festival pour enfant, un film… Rentrée chargée pour la comédienne qui va retrouver tous les plaisirs de la scène.

ParAdrien Gombeaud

Publié le 8 oct. 2021 à 10:00

Comment est né ce spectacle ?

C’est une histoire de plaisir, justement. Le dernier jour du jeûne, que je jouais avec Simon Abkarian a été annulé avec le confinement. On l’a vécu comme un deuil. En février, j’étais avenue de Wagram, il faisait froid, il pleuvait, tout était fermé. Dans ce Paris vide, je me suis dit qu’on allait mourir. J’ai eu envie de créer un spectacle avec des amis pour faire réentendre le plaisir de la poésie de Paris, d’Aragon… à Oxmo Pucino !

On vous associe plus volontiers à Marseille…

J’ai passé plus de temps de ma vie à Paris qu’à Marseille, mais je ne suis pas Parisienne ! Paris est la ville où j’ai voulu venir. Le Paris ouvrier que j’avais vu au cinéma et dont je rêvais existait encore lorsque j’ai emménagé rue Clavel, dans le XIXe. Aujourd’hui, je regrette de ne plus voir, par exemple, les menuisiers et tapissiers du faubourg Saint-Antoine. La ville est plus dure. Cependant je discute beaucoup et constate que cette humanité revient vite tant les gens ont besoin de se parler.

Dans la conception d’un spectacle, à quelle étape prenez-vous le plus de plaisir ?

Aux répétitions vous cherchez, vous ne trouvez pas, c’est parfois désespérant. Et un jour, ça vient. Hop ! On se sent respirer. C’est magique. Ensuite il y a le plaisir de la représentation. Des mois d’angoisse, de douleur… et trente secondes de bonheur !

Vous parlez…

Des applaudissements ! Parfois ça part doucement et ça monte. Parfois ça part d’un coup. Soudain, le temps est suspendu.

Et la dernière représentation ?

Comment dire… C’est comme une colonie de vacances qui s’est super bien passée. Vous êtes heureux de retrouver vos parents mais vous pleurez en descendant du car. Un spectacle, on sait que ça doit finir mais c’est un moment d’orphelinat.

Ariane Ascaride à la Piccola Scala où se joue «Paris retrouvée».©Léa Crespi pou Les Echos Week-End

Tous les comédiens ne connaissent pas le plaisir d’appartenir à une troupe.

Ça s’est fait comme ça. J’aime être avec ceux que j’aime mais je n’avais pas de plan de carrière. Je voulais raconter des histoires, je ne correspondais à aucun code de la « vedette ». Je suis comme tout le monde, je n’ai jamais pensé faire rêver qui que ce soit. Je ne suis pas Ava Gardner, je suis une copine !

Chanter est-ce un menu plaisir d’actrice ?

Pratiquement tous les comédiens français ont voulu chanter. Je suis née dans une famille à moitié italienne, chez moi ça a toujours chanté ! Je viens d’un pays où il fait chaud, où vous entendez chanter les voisins par la fenêtre ouverte. D’ailleurs, les films de Guédiguian sont traversés par des tas de musiques, de Bach à la variété.

Au théâtre, le fou rire n’est pas un menu plaisir.

C’est terrible ! Je me souviens d’un fou rire incroyable. On était tous sur le plateau à rire, on se regardait les uns les autres, on ne pouvait plus repartir ! J’ai encore la sensation des larmes sur mes joues. C’est un sentiment de plaisir total et de cauchemar absolu. Et bien entendu, plus on se dit que c’est cauchemardesque… plus on rit !

Là tout de suite, qu’est-ce qui vous ferait le plus plaisir ?

Je pourrais répondre un chocolat chez Angelina. Mais ce qui me ferait vraiment plaisir, c’est qu’on essaye de se servir de ce qu’on vient de traverser, de toute cette violence, pour reconstruire autre chose, en repensant que la bonté existe.

Propos recueillis par Adrien Gombeaud

(1) « Paris retrouvée », à la Piccola Scala à Paris jusqu’au 6 novembre. Loc. : 01 40 03 44 30. 28 euros.

(2) « Mon premier festival », 17e édition, du 20 au 29 octobre à Paris.

(3) « Les héroïques », film de Maxime Roy. En salles le 20 octobre.LES

25 05/2021

À La Scala de Paris, dans les coulisses d’une réouverture tant attendue | Le Figaro – 25-05-21

mardi 25 mai 2021|Catégories: Spectacle Vivant|Mots-clés: |

 

REPORTAGE – Cet ancien théâtre à l’italienne, en grande partie reconstruit entre 2016 et 2018, prépare le retour de son public avec enthousiasme et une certaine fébrilité.

Par Lou Fritel

Publié le 25-05-21

Comme une partie des théâtres, La Scala Paris prépare sa réouverture avec excitation. Devant la porte composée de panneaux réfléchissants, Frédéric Biessy, le directeur de l’institution, est enthousiaste. Le premier accueil du public est prévu pour le 7 juin, avec un enregistrement ouvert à tous les mélomanes, en partenariat avec France Musique et le Centre national de la musique.

Les restrictions sanitaires ne seront pas un obstacle pour cet ancien théâtre à l’italienne. Après le galop d’essai que fut l’été 2020, tout a été pensé pour accueillir les visiteurs dans le respect du protocole anti-Covid, qu’il s’agisse des sens de circulation à respecter ou des jauges de spectateurs à limiter. Surtout, ces quelques mois de fermeture ont permis de repenser en partie l’espace, de rénover la petite salle – dite «La Piccola» – et de réagencer les couloirs, afin de permettre un accès direct aux bureaux depuis les loges d’artistes, dont quatre nouvelles viennent d’être aménagées.

«Sur des chardons ardents»

Dans la Grande salle aux gradins rétractables – où peuvent se masser pas moins de cinq cents spectateurs -, la sérénité s’impose. La lumière bleutée, «Bleu Scala» plus précisément, imprègne chaque recoin. Imaginée par le scénographe Richard Peduzzi – avec qui Patrice Chéreau collaborait régulièrement – lors de la reconstruction du bâtiment, achevée en 2018 après dix-huit mois de travaux, cette couleur particulière a été composée à partir de dix-sept pigments différents. «Le Bleu Scala ne crée pas de frontière entre le public et la scène, contrairement au noir qui est plus agressif», détaille Frédéric Biessy, soucieux d’offrir à son public et ses artistes la meilleure expérience sensorielle possible.

Dans cette perspective, la réouverture l’enchante. Mais la déception de décembre l’empêche d’y croire absolument : «On a tellement hâte. Mais nous sommes sur des chardons ardents», prévient-il. Observant un instant le piano, qui trône au centre de la scène, le directeur fronce un sourcil : «Il faudra lui donner un coup de chiffon.»

 Si les représentations ont cessé depuis octobre, le travail, lui, n’a pas manqué. Ce fut aussi l’occasion «de se découvrir entre nous, de travailler en profondeur», de prendre le temps de nouer des liens durables au sein des équipes. Mais «cette réouverture arrive au bon moment. Six mois de plus, c’eut été infernal», estime encore Frédéric Biessy. Concernant le calendrier de reprise, les discussions avec le gouvernement ont été constantes. «Mais il ne suffit pas d’appuyer sur un bouton. Il faut au moins un mois pour rouvrir un théâtre», concède encore le directeur de La Scala, où chaque année quinze à vingt compagnies défilent.

« Les terrasses ont manqué aux gens. Je ne doute pas qu’ils reviendront également assister à des spectacles. L’énergie sera particulière »

Mitch Riley, metteur en scène

Le restaurant, situé à l’étage, offre une vue plongeante sur le boulevard de Strasbourg. Il accueillera des clients à partir du 9 juin, à raison d’une table sur deux. Le retour sur scène, lui, se fera le 11 juin avec, entre autres, Perte, mis en scène par Mitch Riley et joué par Ruthy Scetbon, seule en scène. Le spectacle, à mi-chemin entre le théâtre et le cirque, a été créé il y a un an, avant d’être interrompu par la pandémie.

Pour l’heure, le temps est aux répétions. Dans la «Piccola Scala», la comédienne s’imprègne, aux côtés de son metteur en scène: «Mitch et moi avons travaillé sur d’autres projets pendant cette période. Mais ce spectacle est le premier que nous avons monté ensemble.» Et pour cause : la jeune femme était ouvreuse, jusqu’à ce que Frédéric Biessy ne découvre son talent, peu avant le premier confinement.

Elle ne cache pas le désarroi qui fut le sien durant ces longues semaines de fermeture. «La situation était terrifiante pendant les mois d’hiver. C’en était douloureux», confie-t-elle. D’autant que le gouvernement, prudent, se gardait bien d’évoquer un quelconque calendrier de réouverture. Contrairement au directeur du Théâtre de Paris, Stéphane Hillel, qui se disait sceptique quant à un retour du public dans les salles avant septembre, Mitch Riley apparaît confiant: «On voit que les terrasses ont manqué aux gens. Je ne doute pas qu’ils reviendront également assister à des spectacles. L’énergie sera particulière, comme au cinéma au soir de la réouverture. Il y aura une attente. Les spectateurs seront heureux de retrouver les théâtres. Ce fut un manque pour notre société.» Que, tous, à la Scala, espèrent combler.

www.lefigaro.fr

29 03/2021

Kaori Ito et Francesco Tristano dans les Suites anglaises à La Scala Paris | Resmusica 29_03_21

lundi 29 mars 2021|Catégories: Spectacle Vivant|Mots-clés: |

Le 29 mars 2021  par Delphine Goater 

Autour des Suites anglaises de Bach, une extraordinaire improvisation de la danseuse et chorégraphe Kaori Ito et du pianiste Francesco Tristano filmée en livestreaming depuis le théâtre La Scala Paris.

Francesco Tristano a renouvelé l’expérience de la séance d’enregistrement en streaming de son dernier album, On Early Music, filmée en février, en invitant la danseuse japonaise Kaori Ito à le rejoindre sur scène. Autour de l’Intégrale des six Suites Anglaises de Jean-Sébastien Bach, ils élargissent tous deux leur champ d’action sur fond d’improvisation pour un moment unique et magique.

Entre chaque Suite, Francesco Tristano transforme son instrument, alternant entre piano arrangé, percussions et improvisation de jazz. Quel que soit le style, il est brillant ! Ses poignets ultra fins sont ceints de bandeaux d’éponge noire, filmé d’au-dessus, ses mains semblent des éperviers prêts à s’envoler. Les Suites anglaises de Bach semblent comme des diamants noirs, éclairés de l’intérieur, par ces éclats musicaux venus d’ailleurs.

Kaori Ito met son style inimitable au service de Bach, et se prête, elle aussi, à l’improvisation, au fil des propositions musicales de Francesco Tristano. Jambes et pieds nus, légèrement en dedans, tout son corps se met en mouvement, depuis ses hanches qui forment pivot jusqu’aux bras désarticulés. Sa robe rouge et ses longs cheveux noirs ponctuent le spectacle d’éclairs. Espiègle et allègre, elle va jusqu’à proposer un remake de french cancan sur l’une des Suites. Sautillante ou ancrée dans le sol, elle prend possession de tout l’espace autour du piano. Enfin, comme une mère araignée, elle épouse le corps du pianiste assis à son piano, posant ses bras sur ses bras, ses épaules sur ses épaules, sa tête sur sa tête.

Gageons que pour les deux artistes, habitués du théâtre La Scala Paris, cette rencontre en augure de nombreuses autres, aussi fantastiques et fascinantes.

La Scala, Paris. 28-III-21. Kaori Ito et Francesco Tristano : Suite anglaise. Arrangements et improvisations autour de Jean-Sébastien Bach – Suite anglaise n° 1 en la majeur, BWV 806, Suite anglaise n° 2 en la mineur, BWV 807, Suite anglaise n° 3 en sol mineur, BWV 808, Suite anglaise n° 4 en fa majeur, BWV 809, Suite anglaise n° 5 en mi mineur, BWV 810, Suite anglaise n° 6 en ré mineur, BWV 811. Chorégraphie et interprétation : Kaori Ito. Piano : Francesco Tristano
Spectacle sans public diffusé sur le site et la page Facebook de La Scala Paris

21 10/2020

Théâtre. Ruthy Scetbon, la clowne qui dansait avec son balai | L’Humanité | 21-10-20

mercredi 21 octobre 2020|Catégories: Spectacle Vivant|Mots-clés: |

 

Mercredi 21 Octobre 2020

Gérald Rossi

Ruthy Scetbon propose à Paris son premier spectacle, Perte. L’aventure d’une femme de ménage qui nettoie la scène du théâtre et découvre que le public est dans la salle… C’est bien vu, drôle, et poétique.

D’abord, elle ne se doute de rien. Comme chaque soir, quand les comédiens sont rentrés chez eux, et que le public est lui aussi parti rejoindre ses pénates, la jeune femme entame sa mission. Celle de nettoyer la scène. Sauf que, cette fois, elle découvre que le public n’est pas parti, qu’il est dans la salle et qu’il la regarde. De quoi en effrayer plus d’un/une. Mais pas quand il s’agit d’une clowne. Au contraire.

D’abord avec peu de mots, des regards timides, des gestes esquissés, la femme de ménage entame un ballet avec son balai et un dialogue avec le public. Ce spectacle réjouissant, qui se déroule dans la toute nouvelle petite salle de la Scala, à Paris, avait une histoire avant de débuter, à l’heure de la réouverture des théâtres (malmenés par la crise sanitaire). Car la jeune clowne Ruthy Scetbon, afin de payer ses cours de la célèbre école Jacques Lecocq, a travaillé comme ouvreuse dans cette même Scala. Ce qu’elle évoque d’ailleurs dans Perte, écrit avec Mitch Riley, qui en assure aussi la mise en scène.

La vie rêvée des objets

Prenant petit à petit de l’assurance, la jeune femme au nez rouge entreprend de détailler comment elle procède, chorégraphie les mouvements de son grand balai, échafaude une théorie sur la poussière qu’elle expertise, tout comme elle imagine la vie passée des objets trouvés dans la salle. Et voilà des manteaux, une chaussure et même une jupe à paillettes dorées ayant appartenu à une danseuse.

Et le récit bifurque encore. Que sont devenus les propriétaires de ces objets délaissés ? Sont-ils morts ? Les ont-ils oubliés ? Avec autant d’humour que de poésie, Ruthy Scetbon campe ce personnage imprévu à qui il appartient de mettre ensuite la scène en veille, chaque soir, stoppant tous les rêves en branchant la Servante. Laquelle restera seul point de lumière jusqu’au lendemain. C’est touchant et c’est aussi très drôle, les fous rires qui se déclenchent certains soirs en témoignent.

Crédit photo : Chloé Tocabens

La Perte, à la Scala, 13 boulevard de Strasbourg, Paris 10e. À 18h30, les jeudis et vendredis, jusqu’au 30 octobre ; puis les mardis et mercredis à partir du 3 novembre. Téléphone : 01 40 03 44 30 et www.lascala-paris.com

21 10/2020

OUVERTURE DE LA PICCOLA SCALA | Le Monde – 21-10-20

mercredi 21 octobre 2020|Catégories: Spectacle Vivant|Mots-clés: |

Avec l’humoriste Jason Brokerss, le stand-up entre à La Scala

Une nouvelle salle de 180 places, La Piccola Scala, réservée aux talents émergents, vient d’ouvrir à Paris.

Par Sandrine Blanchard  Publié aujourd’hui à 10h42

La Piccola Scala, une nouvelle salle réservée aux talents émergents à Paris. ALEXEI VASSILIEV

Il faut avoir une bonne dose d’optimisme pour ouvrir à Paris, en cette rentrée plombée par le Covid-19, une nouvelle salle de spectacle de 180 places. « A la sortie de cette crise sanitaire, qui fait suite à celles, sociales, des “gilets jaunes” puis des grèves contre la réforme des retraites, on sera indestructibles », veut croire Frédéric Biessy, directeur du théâtre La Scala. Refusant d’être « tétanisé » par cette rentrée cataclysmique pour le secteur culturel, il a maintenu le lancement de La Piccola Scala, un nouveau lieu niché sous la grande Scala de 500 places.

 « Je n’ai pas joué depuis mi-mars, je fais ma première le 15 octobre et le 17, c’est couvre-feu. Je suis le roi du timing ! », plaisante l’humoriste Jason Brokerss, qui inaugure ce petit amphithéâtre où le public, installé en arc de cercle, est au plus proche de l’artiste. Par sa configuration, cette Piccola Scala fait penser, en plus petit, à la salle de L’Européen, l’un des hauts lieux parisiens du stand-up. C’est d’ailleurs une petite bande de stand-upeurs, Fary, Panayotis Pascot et Jason Brokerss, qui a conseillé au directeur d’aménager le lieu en amphithéâtre. « J’étais allé découvrir le nouveau comedy club de Fary, Madame Sarfati, et je leur ai proposé de passer à La Scala car on galérait sur l’agencement de la nouvelle salle, raconte Frédéric Biessy. Et leur idée a été la bonne. »

Avec La Piccola Scala, le stand-up fait son entrée à La Scala. « Ces jeunes humoristes collent au plus près de la société. Ce ne sont pas seulement des stand-upeurs mais des auteurs dotés d’une grande curiosité », considère le directeur. Ce n’est pas le premier théâtre parisien qui ouvre ses portes à ce genre d’humour. Le Théâtre de l’Œuvre ou l’Edouard VII (où Haroun s’est produit l’hiver dernier), pour ne citer qu’eux, multiplient les propositions de one-man-show.

« Provoquer des rencontres »

« Cela me plaît de brasser les genres et je n’avais pas encore tenté cet univers », justifie Frédéric Biessy en jurant que ce choix n’est pas dicté par des considérations économiques. Pas de décor, juste un comédien et un micro, il n’y a pas plus léger qu’un plateau de stand-up. « Si c’était pour des raisons financières, je l’aurais programmé dans la grande salle », se défend le directeur.

En découvrant, en février, le spectacle de Jason Brokerss au Musée de l’homme (dans le cadre de l’opération Paris face cachée),  suivi d’une discussion sur le racisme avec l’anthropologue Evelyne Heyer, Frédéric Biessy a été, dit-il, « fasciné » par ces regards croisés. La Piccola Scala « sera réservée aux talents émergents et à de nouveaux univers, en danse, musique, théâtre, etc. J’ai envie de provoquer des rencontres, par exemple entre humour et philosophie », poursuit-il, en rêvant d’un échange entre Jason Brokerss et la philosophe Cynthia Fleury.

L’humoriste Jason Brokerss à La Scala à Paris, en juin 2020. LAMBERT DAVIS

Intitulé 21e seconde – « parce que, quand tu rencontres quelqu’un pour la première fois, inconsciemment, en vingt secondes, cette personne se fait un avis sur toi et décide si tu es quelqu’un de bien ou pas » –, le spectacle de Jason Brokerss interroge les préjugés et le vivre-ensemble. A 34 ans, cet artiste musulman, au crâne rasé et à la longue barbe noire, sait prendre du recul sur ce que son physique inspire et parle mieux que personne des contrôles au faciès.

Avec un mélange d’autodérision et de bienveillance, il aborde avec aisance aussi bien le quotidien des usagers des bus low cost que les tourments du mariage ou les grands bonheurs et petites angoisses de la paternité. Ses thématiques ne sont pas d’une grande originalité mais son personnage est attachant et ses vannes savoureuses. « Pour la première fois, avec ce spectacle, les habitants de Strasbourg-Saint-Denis, le quartier du théâtre, entrent dans La Scala », se réjouit Frédéric Biessy en découvrant le public jeune et bigarré de Jason Brokerss.

21e seconde, de et avec Jason Brokerss, mise en scène : Fary. A La Piccola Scala,  13, boulevard de Strasbourg, Paris 10e. Jusqu’au 15 novembre, les samedis à 16 h 30 et à 18 h 30, et les dimanches à 18 h 30.

Sandrine Blanchard 

www.lemonde.fr

20 10/2020

EMBRASE MOI – Kaori ITO | Télérama 19-10-20

mardi 20 octobre 2020|Catégories: Spectacle Vivant|Mots-clés: |

Avec “Embrase-moi”, Kaori Ito danse l’amour de façon crue mais pas scabreuse

Emmanuelle Bouchez,

Publié le 19/10/20

Kaori Ito. Depuis une dizaine d’années, l’artiste japonaise installée en France convie toutes sortes de complices dans ses spectacles, comme son père, ou cette fois, son compagnon.

Grégory Batardon

Au Théâtre de La Scala à partir du 20 octobre, la danseuse et chorégraphe japonaise dévoile un journal intime écrit à deux voix avec son compagnon circassien Théo Touvet.

Cet automne est celui de la danseuse et chorégraphe Kaori Ito. Au milieu d’un calendrier chargé de créations récentes (Le Tambour de soie, nô inspiré de Mishima présenté fin octobre à Avignon, ou Chers, recherche sur le thème des ancêtres, présenté début novembre au Centquatre à Paris), se glisse un délicieux intermède : Embrase-moi. Ce journal intime écrit à deux voix est à saisir à la volée, à partir du 20 octobre lors de séances qui s’égrènent jusqu’en janvier 2020, à Paris et ailleurs.

Une performance intense

Depuis une dizaine d’années, l’artiste japonaise installée en France, formée au classique comme à l’école américaine d’Alvin Ailey, a convié toutes sortes de complices, dont son père sculpteur, avec qui elle s’était réconciliée sur scène il y a cinq ans. En 2017, elle a imaginé Embrase-moi, avec son compagnon Théo Touvet, comédien-circassien spécialiste de la roue Cyr passé par le Centre national des arts du cirque, et ingénieur climatologue dans une autre vie. Ce marathon en plusieurs phases commence à la manière d’un pari et finit en performance intense mettant en scène l’amour tel qu’on ne l’a jamais vu. Le couple y célèbre sa rencontre comme une fête drôle et grave à la fois. La première période divise le public en deux. Un groupe suit Kaori, l’autre Théo, avant de se retrouver pour le final où les deux artistes croisent leurs âmes, leur corps et leurs disciplines. Côté Kaori, on fait salon : elle se tient assise entre deux lampadaires, invite le public à poser toutes les questions possibles au fur et à mesure de ses confidences. « UnCV amoureux », rit-elle avant de décliner ses émotions sensuelles et de décrire — anonymement — les garçons avec qui elle a couché en s’amusant des nationalités, des âges ou des préférences. Elle réussit à être crue sans se montrer scabreuse et intègre, avec humour dans son discours, ses attentes comme ses déceptions. Quand les questions du public débordent sur Théo, elle les rejette d’un « vous verrez bien tout à l’heure… ».Si elle évoque leur partition en parallèle, on n’aura pas pour autant celle de Théo. Car on n’a pas moyen d’assister aux deux versions de l’histoire. Dommage !

Changement de salle. Le public se retrouve autour d’un carré central, où, sur le sol blanc, gît un grand cercle : la roue Cyr de Théo. Elle entre, il la suit. Il fait deux têtes de plus qu’elle : il est l’athlète, elle est la danseuse. Ils se regardent et s’épient. Parade d’amour ou duel, quand elle danse autour de lui, quand ils s’affrontent doucement et prennent conscience du corps de l’autre ? Phrases à l’emporte-pièce de Kaori tournant le dos à Théo : « Tu as toujours raison, c’est ça ? » Traduction de celui-ci : « J’ai du mal à accepter que tu aies un autre point de vue que moi ! » Mais les armes sont bientôt déposées. Ils se dévêtissent en même temps, lentement, et dévoilent non sans courage leur nudité dans une lumière claire. Le sérieux l’emporte sur une quelconque dérive équivoque et l’amour, dans ce qu’il a d’absolu, sur un érotisme de circonstance. Ils offrent un ballet de portés acrobatiques fluides où elle se retrouve suspendue, confiante, comme une liane autour de son corps à lui, si solide. Théo a les joues rougies, les yeux d’un bleu intense. Kaori, l’œil noir perçant, dénoue sa longue chevelure. Commence alors la plus étonnante des cérémonies : un voyage de quelques tours ensemble, serrés dans la roue Cyr. Le couple à l’intérieur de l’anneau, tels des amants éternels…

À voir Embrase-moi, de Kaori Ito et Théo Touvet, le 20 octobre à 18h30 ; le 24 novembre à 18h30au Théâtre de La Scala, Paris 10e ;  les 7 et 8 janvier, à L’Hexagone, à Meylan (38).

Kaori Ito, et après quoi ?, lundi 23 novembre à 18h30 et lundi 7 décembre à 18h30, au Théâtre de La Scala, Paris 10e.

Le Tambour de soie, de Kaori Ito et Yoshi Oïda, du 23 au 26 octobre à La Semaine d’art du Festival d’Avignon (84) ; les 29 et 30 octobre à 19h, le 31 octobre à 15h et 19h, le 1er novembre à 15h, au Théâtre de la Ville/Espace Cardin, Paris 8e ; les 17 et 18 décembre à La Maison de la culture, Amiens (80)…

Chers, de Kaori Ito, du 4 au 7 novembre, au Centquatre, Paris 19e ; les 10 et 11 novembre, au Festival TNB // Le Triangle, à Rennes (35) ; le 20 novembre au Théâtre de Châtillon (92) ;
du 26 au 28 novembre, à la Maison des arts et de la culture de Créteil (94) ; le 5
décembre à L’Octogone, à Pully (Suisse) ; le 16 décembre, au Théâtre du fil de l’eau, à Pantin (93)…