Le Figaro

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2 12/2016

Charles Berling, un acrobate chez Irina Brook | Le Figaro

vendredi 2 décembre 2016|Catégories: Spectacle Vivant|Mots-clés: , |

Point d'interrogation, de Stefano Massini, une pièce «futuriste» qui s'interroge sur le monde de demain.

LA CHRONIQUE D’ARMELLE HÉLIOT

La fille de Peter Brook dirige le Centre dramatique de Nice et lui, le Théâtre Liberté de Toulon. Elle l’a invité pour un exercice particulier.

Il entre d’un pas décidé sur le plateau de la grande salle, pleine à craquer, du Théâtre de Nice. Blonde et dorée, ravissante, Irina Brook vient de prendre la parole devant ce public qui la suit depuis trois ans. Elle a expliqué l’étrange exercice auquel Charles Berling a accepté de se prêter. Dans une enveloppe scellée, le texte d’une pièce qu’il va jouer devant nous, la découvrant en même temps que les spectateurs interloqués. Un drôle de texte qui s’intitule Lapin blanc, lapin rouge. Une pièce écrite par un jeune Iranien en 2010, alors qu’il ne pouvait pas sortir de son pays. Depuis, Nassim Soleimanpour a séjourné à Berlin. Il est actuellement à Copenhague. Et sa pièce circule en Europe. L’auteur s’adresse à l’acteur qu’il imagine. Six ans après, par-delà le temps, par-delà l’espace, Nassim Soleimanpour guide l’interprète et invite les spectateurs à monter sur scène. Ce que raconte Lapin blanc, lapin rouge, n’est pas gai. C’est insolite et l’on rit beaucoup devant les comédiens d’un soir et devant la malice aiguë de Berling. mais il y a quelque chose de très mélancolique, de discrètement désespéré dans ce texte bouteille à la mer. En tout cas, Berling, silhouette de jeune premier, sourire désarmant d’un artiste qui aime partager et a le sens des échanges ludiques, est très fort. Rien de plus difficile que de tenir ainsi une salle, des partenaires improvisés et de donner un supplément d’âme à un exercice de virtuosité.

L’après-midi même il avait assisté dans la petite salle, au milieu des enfants et de leurs parents, à une représentation de Point d’interrogationde Stefano Massini, l’auteur brillant deChapitres de la chute, sur les Lehman Brothers. Dans cette pièce «futuriste », on s’interroge sur le monde de demain. Quatre jeunes comédiens, deux garçons, deux filles, jonglent avec des questions et des objets, dans un espace léger, harmonieux et mobile. Les questions de Massini sont celles d’Ariane Mnouchkine. Le modèle que s’est choisi Irina Brook.

Entente fertile

Lorsqu’elle avait été nommée, tout n’avait pas été facile. Succéder à Daniel Benoin – aujourd’hui à Antibes -, une personnalité affirmée, peu désireuse de s’effacer, c’était dur. Être une femme à qui l’on confie des responsabilités, c’est difficile, dans le monde de la culture aussi.

Mais Irina Brook, fille de la regrettée Natasha Parry et de Peter Brook, est à la fois sensible et forte. Elle est crâne. Elle a tenu devant les coups plus ou moins loyaux. Elle s’est imposée. Elle a élaboré une très intéressante programmation depuis trois saisons, le théâtre est accueillant, les spectateurs, mêlés. On est vraiment dans le théâtre, service public. On pense à la société, à la planète, on s’adresse aux jeunes, à la diversité. Dans la ville meurtrie de Nice, le théâtre a une place éminente et les tutelles, en particulier l’ancien maire et président de la région Paca, Christian Estrosi, fait toute confiance à Irina Brook.

À quelques kilomètres de là, à Toulon, Charles Berling codirige le Liberté, devenu scène nationale, avec Pascale Boeglin-Rodier, tandis que son frère Philippe travaille en Bourgogne.

Si les moyens d’un centre dramatique et d’une scène nationale ne sont pas les mêmes, si les trajets de ces deux artistes inspirés, engagés, volontaires, sont différents, ils ont en partage une énergie, un sens de leur mission, le goût des textes de qualité, l’amour du public. Tout pour que l’entente soit fertile.

Source : Le Figaro

10 10/2016

Ariane Ascaride et les secrets de famille | Le Figaro

lundi 10 octobre 2016|Catégories: Spectacle Vivant|Mots-clés: , |


© Pascal Victor

Dans Le Silence de Molière à la Tempête, Ariane Ascaride interprète Esprit-Madeleine, la fille de Jean-Baptiste Poquelin.

C’est une pièce envoûtante et délicate, révélée il y a quelques années en France par Jacques Nichet. Le Silence de Molière, de l’écrivain et critique littéraire italien Giovanni Macchia, date de 1975. Elle s’appuie sur des éléments réels, mais est avant tout une œuvre d’imagination. Macchia (1912-2001) était un spécialiste de la littérature française. Il a composé des essais très savants sur Baudelaire, Proust et un passionnant Paris en ruines, dans lequel il peint une capitale classique, comme le furent Athènes et Rome. Dans Le Silence de Molière, il imagine un jeune homme désirant devenir auteur de théâtre qui, fasciné par la vie et l’œuvre de Jean-Baptiste Poquelin, cherche à rencontrer un témoin: il est admis chez sa fille, Esprit-Madeleine. On est en 1705, elle a une quarantaine d’années et vit recluse. Esprit-Madeleine s’éteindra en 1723, à 58 ans. Sans laisser aucun témoignage. On sait qu’elle avait refusé de jouer Louison dans Le Malade imaginaire, rôle écrit pour elle par son père, qui mourra en le jouant en 1673, sept ans avant Armande Béjart.

Un transistor posé sur le plateau et la voix de Michel Bouquet, reconnaissable entre toutes, qui nous éclaire sur la situation

Macchia, lui, par le truchement des confidences qu’il imagine, cherche à percer les secrets de Molière lui-même. À la Tempête, Marc Paquien joue avec des anachronismes, puisant dans des textes de Jacques Copeau, notamment. Il les broche dans son adaptation, mais sans rien perdre de l’essence de l’œuvre de Giovanni Macchia.

Un décor sobre de Gérard Didier, de très belles lumières de Dominique Bruguière et, en ouverture, un transistor posé sur le plateau et la voix de Michel Bouquet, reconnaissable entre toutes, qui nous éclaire sur la situation.

Esprit-Madeleine possède ici la grâce particulière d’Ariane Ascaride, dans une longue robe blanche signée Claire Risterucci. Elle a quelque chose d’une moniale, n’était son visage dégagé et la longue natte qui coule dans son dos.

Devant le jeune homme que joue avec intelligence et finesse Loïc Mobihan, Esprit-Madeleine, méfiante et rétive, s’adoucit peu à peu. Elle laisse affleurer la petite fille qu’elle n’a jamais cessé d’être, elle laisse comprendre les sentiments ambivalents qui l’ont depuis toujours tourmentée. On a le cœur déchiré devant ce destin empêché. Esprit-Madeleine a souffert. Le monde des comédiens est cruel. Faire rire est un exercice ambigu. Où est la vérité, lorsque l’on a été plongé, de toute éternité, dans ce monde du faux-semblant? De sa voix acidulée, ombrée de touches graves, Ariane Ascaride, très bien dirigée par Marc Paquien, nous conduit sur des chemins d’obscurité et de douleur. Un beau et pur moment de théâtre.

Théâtre de la Tempête (Cartoucherie, Paris XIIe) jusqu’au 16 octobre, puis en tournée. 20 h 30 du mar. au sam., dim. à 16 h 30. Durée: 1 h 20 (01 43 28 36 36).

Source : Le Figaro

13 11/2015

On achève bien les anges : Bartabas donne des ailes – Le Figaro

vendredi 13 novembre 2015|Catégories: Spectacle Vivant|Mots-clés: , , |

Le maître écuyer du théâtre équestre zingaro signe un superbe spectacle dans lequel il apparaît sur des chansons de Tom Waits.

Source : Le Figaro

15 07/2015

Avignon : l’affaire Bettencourt avec Anouk Grinberg – Le Figaro

mercredi 15 juillet 2015|Catégories: Spectacle Vivant|Mots-clés: , , |

TNP Villeurbanne - Direction Christian Schiaretti - «Bettencourt Boulevard» de Michel Vinaver

Dans le cadre du cycle de France Culture au musée Calvet, la comédienne a lu magistralement la pièce de son père, Michel Vinaver, Bettencourt Boulevard ou une histoire française.

Les politiques vont et viennent dans Avignon sans susciter la passion des foules. Mais la politique est au cœur du festival, avec des rencontres, des débats. C’est encore mieux quand le théâtre s’empare de sujets d’actualité.

Michel Vinaver, 88 ans, s’est toujours intéressé à la société, au monde. Lui qui fut l’un des grands dirigeants de Gillette France, a puisé ses arguments dans la guerre avec Les Coréens, dans les faits divers avec L’Ordinaire, dans l’entreprise avec Par-dessus bord, dans la réalité avec 11 septembre 2001.

Il y a un peu moins d’un an, L’Arche a publié sa nouvelle pièce, Bettencourt Boulevard ou une affaire française. Elle sera créée en novembre prochain, au Théâtre national Populaire de Villeurbanne, dans une mise en scène de Christian Schiaretti.

Cette pièce, Blandine Masson, directrice de la fiction à France Culture, l’a programmé en ouverture de l’excellent cycle de lectures et de mises en espace en public, donné dans la cour du Musée Calvet d’Avignon. C’est Michel Vinaver qui devait lire lui-même sa pièce. Mais il a été renversé dans le métro, à Paris, et a dû être hospitalisé avec une méchante fracture. C’est sa fille, la merveilleuse Anouk Grinberg, qui l’a remplacé. Elle a eu trois jours pour travailler et le résultat, vendredi soir, était remarquable.

Travail documentaire

Blandine Masson et Anouk Grinberg ont enregistré à l’aide d’un simple téléphone les propos de l’écrivain, lundi dernier et les diffusent liminairement. De sa voix ferme, Michel Vinaver explique son projet, analyse son propos. Pour lui, par-delà «l’affaire», c’est bien notre histoire qui affleure. Et la pièce en témoigne. Gilet sans manches et pantalon noirs, fine comme une brindille, Anouk Grinberg commence par la liste des personnages par ordre d’entrée en scène: chroniqueur, Eugène Schueller, Rabbin Robert Meyers, Liliane Bettencourt, François-Marie Banier, Patrice de Maistre, Françoise Bettencourt Meyers, Lindsay Owen-Jones, Dominique Gaspard, etc…Ils sont dix-sept personnages. Sans le faire exprès, Anouk Grinberg, très émue, a sauté un nom…Celui de Nicolas Sarkozy! Joli lapsus!

C’est que la pièce est bâtie sur un travail documentaire d’une précision profonde et l’on verra aussi apparaître en une scène hallucinante trois jeunes gens en visite en Allemagne en 1939, quelques semaines avant le déclenchement de la guerre: André BettencourtFrançois Dalle, qui fut le grand PDG de l’Oréal, François Mitterrand. Une évocation qui éclaire leurs relations futures, leurs mentalités et l’Histoire!

Michel Vinaver a construit la pièce en trente scènes qu’il nomme «éclats». Des précipités dramatiques très savoureux dans lesquels, de sa plume aigue, il cerne les personnages et les faits.

Source : Le Figaro