Le Figaro

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17 03/2018

Un Mois à la campagne: subtils vertiges de l’amour | Le Figaro

samedi 17 mars 2018|Catégories: Spectacle Vivant|Mots-clés: , |

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© Michel Corbou

Alain Françon met en scène avec un sens profond de l’indicible l’adaptation de la pièce d’Ivan Tourgueniev par Michel Vinaver. Anouk Grinberg et Micha Lescot sont entourés d’excellents comédiens.

Tout, ici, est d’une infinie délicatesse. Pas d’éclats, pas de cris, ou alors des éclats de rire et des cris de joie, lorsque le temps est beau et que l’on s’égaye dans les prairies… Et pourtant il y a dans la pièce la plus célèbre d’Ivan Tourgueniev, Un Mois à la campagne, quelque chose de profondément vénéneux. Cruauté de l’amour, philtres empoisonnés.

Tout pourrait être aussi harmonieux et léger que le cerf-volant qu’Alexeï (Nicolas Avinée), le jeune étudiant engagé comme précepteur, construit pour son jeune protégé Kolia. On vit dans une propriété heureuse, à la belle saison. Arkadi Islaïev (Guillaume Lévêque), riche propriétaire terrien et entrepreneur, ainsi que le précise l’auteur, a trente ans. Il s’occupe avec énergie de son domaine, de ses affaires. Sa femme, Natalia Petrovna (Anouk Grinberg), trente-neuf ans, s’ennuie sans doute vaguement. Leur fils Kolia a dix ans. Il fait sa joie. Mais cela ne comble pas une vie. Dans la maison, il y a aussi Anna Semionovna (Catherine Ferran), la mère d’Arkadi, et puis Véra (India Hair), une toute jeune fille de dix-sept ans, pupille de Natalia et Lizaveta (Laurence Côte), trente-six ans, demoiselle de compagnie. Tourgueniev précise bien les âges, car ils sont très importants dans les mouvements des cœurs, des âmes, les tourments. Auprès de Natalia, il y a également, dévoué à elle, amoureux d’elle depuis toujours, Mikhaïl Rakitine (Micha Lescot), «ami de la maison», comme dit Tourgueniev. Un très beau personnage. Une grande âme. Pas comme le docteur Chpiguelski (Philippe Fretun), quarante ans, ou son riche ami Bolchintsov (Jean-Claude Bolle-Reddat), quarante-huit ans…

Sans l’avoir voulu consciemment, Natalia s’enflamme pour Alexeï… Elle en souffre. Et elle souffre surtout de la complicité qui s’établit entre le jeune homme et sa protégée Véra. Natalia se montre dure, méchante, avec elle, cette rivale…

Michel Vinaver offre ici une partition d’une musicalité lancinante. Et Alain Françon, une mise en scène admirable

Michel Vinaver a composé une nouvelle traduction de la pièce en cinq actes et réduit un peu le texte. Cela donne une partition d’une musicalité lancinante. Dans un décor de Jacques Gabel qui abolit intérieur et extérieur, avec ce grand fond clair et ses fleurs comme un fouillis à la Monet, quelques meubles et même un samovar, Alain Françon signe une mise en scène admirable.
Dans les lumières flatteuses de Joël Hourbeigt, des costumes seyants qui flottent entre plusieurs mondes, les comédiens sont tous remarquables.

Tous les sentiments palpitent à fleur de mots. Les hommes brutaux sont bien dessinés, les jeunes femmes qui vont être sacrifiées sont bouleversantes. Le jeune précepteur comprend sourdement ce qui advient… Et tout cela est trop lourd pour un garçon qui n’est pas exceptionnel… Tourgueniev est ironique. On s’enchante de la subtilité du jeu d’Anouk Grinberg, tout en nuances presque imperceptibles et l’on a de l’admiration pour l’élégant Micha de Micha Lescot, personnage douloureux et digne.

Un Mois à la campagne. Théâtre Déjazet, 41, bd du Temple, PARIS (IIIe) Tél.: 01 48 87 52 55.
Horaires: 20h30, du lun. au sam. Jusqu’au 28 avril 2018. Places: de 16 à 39€.

Source: Le Figaro

9 01/2018

Xavier Legrand un réalisateur qui a l’étoffe des Lions | Le Figaro

mardi 9 janvier 2018|Catégories: Spectacle Vivant|Mots-clés: , |

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© JC Tardivon

On découvrira le 7 février son premier long métrage, Jusqu’à la garde, doublement récompensé à la Mostra de Venise. Au théâtre, il joue en janvier Auto-accusation de Peter Handke.

L’émotion de Xavier Legrand a été vive à la dernière Mostra de Venise: deux lions d’un coup pour son film, Jusqu’à la garde, drame du divorce et de la violence conjugale (sur les écrans le 7 février). Lion d’argent pour la mise en scène et lion du futur de la première œuvre. «C’était déjà une belle surprise d’être en compétition avec de grands réalisateurs… Me retrouver au palmarès est un cadeau qui me permet d’avoir confiance. Je me dis que lorsqu’on travaille scrupuleusement et avec son cœur, ça se voit.»

« C’était déjà une belle surprise d’être en compétition avec de grands réalisateurs… Me retrouver au palmarès est un cadeau qui me permet d’avoir confiance. »

À 38 ans, comédien devenu cinéaste, Xavier Legrand n’accède pas par hasard à cette reconnaissance internationale. Jusqu’à la garde a été précédé en 2014 d’un court-métrage abondamment primé déjà, Avant que de tout perdre, qui traitait du même thème de la violence conjugale, sur le mode du thriller angoissant, avec le même couple d’interprètes, Léa Drucker et Denis Ménochet. «Mais c’était l’étape précédente, le moment où la femme battue décide de s’enfuir avec ses enfants. Je mets en scène la peur et la menace. Et je voulais assigner au spectateur une place où il reste impliqué étroitement. Ne pas montrer la femme victime et ne pas montrer la violence, parce que dans la réalité elle est cachée et que, si on la rend trop visible, le spectateur prend ses distances, pour se protéger.»

Une passion pour les tragédies

D’où vient son insistance à creuser ce sujet terrible?

«De la tragédie, je pense, dit Xavier Legrand. Je me suis très tôt passionné pour les tragiques grecs, puis pour Corneille, Shakespeare, Victor Hugo. Les liens du sang, le pouvoir et le crime… Je voulais écrire du théâtre et quand j’ai cherché un équivalent actuel à ce monde tragique, j’en suis venu à la violence familiale, si incroyablement répandue. Cette emprise d’un être sur l’autre, ce harcèlement impitoyable qui va jusqu’aux coups, jusqu’au sang. J’ai étudié beaucoup de faits divers, passé des nuits à police-secours, consulté des psychologues… J’ai eu besoin d’“entrer dans la peau” de cette violence, comme je le fais pour un rôle.»

« Je me suis rendu compte que le théâtre me permettait de devenir à la fois miroir de l’autre et vecteur de dialogue. »

Au fil de son travail, Xavier Legrand s’est aperçu qu’il n’était pas fait pour l’écriture de théâtre et c’est devenu un scénario, que le producteur Alexandre Gavras l’a encouragé à tourner. « Je me suis vite senti assez à l’aise avec la mise en scène », dit-il. Pas question pour autant de renoncer au métier de comédien, où il a débuté bien avant ses années de conservatoire : « J’étais en CM2, je crois, quand une association est venue organiser un spectacle pour des handicapés. J’avais le rôle principal et je jouais dans un fauteuil roulant. Et je faisais rire ces enfants qui étaient réellement handicapés. Je me suis rendu compte que le théâtre me permettait de devenir à la fois miroir de l’autre et vecteur de dialogue.»

Un dialogue qu’il poursuit toujours. Avant la sortie de son film, Xavier Legrand sera sur scène à partir du 17 janvier au Théâtre-Studio d’Alfortville avec un monologue de Peter Handke, Auto-accusation, tiré d’Outrage au public. « Je le joue dans une nouvelle traduction qui fait ressortir sa dimension philosophique et langagière. C’est un fleuve de mots, absurde et drôle, où toutes les phrases commencent par “je”. Une partition corporelle du langage et du son très puissante.»

Source: Le Figaro

31 03/2017

Irina Brook reste à la tête du Théâtre national de Nice | Le Figaro

vendredi 31 mars 2017|Catégories: Spectacle Vivant|Mots-clés: , |

La metteur en scène britannique Irina Brook, à la tête du Théâtre national de Nice (TNN) depuis 2014, a été reconduite pour un nouveau mandat de trois ans, de 2018 à 2020, a annoncé jeudi l’établissement. Férue de Shakespeare mais aussi de dramaturges contemporains puisant leur inspiration dans les drames de l’actualité, des migrants au conflit israélo-palestinien, en passant par la question de l’environnement, Irina Brook, 55 ans, a réussi à se faire adopter dans une ville qui ne lui était pas acquise d’avance.

Adepte d’un «théâtre lanceur d’alerte», elle développe aussi une pratique du théâtre hors les murs ouverte aux nouveaux publics.

Aurélie Filippetti a soutenu sa candidature

À Nice, elle a, par exemple, investi la colline du Château pour une représentation en plein air, ou des lieux plus inattendus comme la communauté Emmaüs, l’usine de café Malongo, le jardin d’un lycée horticole, ou encore la maison d’arrêt, pour la création de Esperanza d’Aziz Chouaki, dans une mise en scène de Hovnatan Avédikian.

L’ex-maire LR Christian Estrosi avait pris fait et cause, avant sa nomination en octobre 2013, pour Daniel Benoin, ex-directeur du TNN, prêchant pour une direction partagée entre le metteur en scène en place depuis 2002 et l’actrice-réalisatrice Zabou Breitman. Cette solution ayant été écartée à l’époque par la ministre de la Culture Aurélie Filippetti, il avait finalement appuyé la candidature de Mme Brook.

Source : Le Figaro

31 03/2017

Orléans, capitale francophone | Le Figaro

vendredi 31 mars 2017|Catégories: Spectacle Vivant|Mots-clés: , |

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Par Armelle Héliot le 31 mars 2017 11h30

Aujourd’hui, 31 mars, et demain, samedi 1er avril, se déroulent à Orléans, des rencontres autour de la notion de frontière. Sous le titre « Voix d’Orléans », elles réunissent trente-cinq intellectuels et artistes venus de vingt-deux pays. Des débats publics très intéressants.

C’est la deuxième édition de cette manifestation très intéressante portée par la municipalité, son député maire et président délégué d’Orléans-Métropole, Olivier Carré et la maire-adjointe chargée de la politique culturelle, Nathalie Kerrien.

C’est dans le mouvement d’émotion et de prise de conscience de la nécessité de réagir aux attentats, que l’idée de cette manifestation est née. La première édition a eu lieu en 2016, rencontrant immédiatement un grand succès. Il était question de la place des femmes.

Cette année, c’est une très belle notion, celle de la frontière, qui est au cœur des rencontres. Les tables rondes qui vont se succéder deux jours durant, sont très riches, très variées et touchent à toutes les grandes questions de notre monde.

Trente-cinq intellectuels et artistes, originaires de vingt-deux pays, ont accepté d’être présents. La manifestation est placée sous le Haut Patronage du Président de la République dans le cadre du « Grand Tour 2017 » qui a pour thème le « Voyage en francophonie ».

Ces deux jours vont être l’occasion de prendre la mesure de la vitalité de la langue française dans le monde et de la puissance morale autant que politique de la francophonie.

Voici un aperçu du programme qui s’ouvre vendredi à 15h00 par une conférence présentée et animée par notre confrère Emmanuel Khérad de France-Inter.

Toutes les rencontres se déroulent au CIUR (Centre International Universitaire pour la Recherche) 1, rue Dupanloup, sauf celle du vendredi 31 mars 22h30 à la salle de l’Institut.

Et, au-delà de ces deux jours très riches, d’autres propositions sont programmées dans les jours qui suivent, films, concerts, rencontres, expositions, etc…

Demandez le programme : Orléans, capitale francophone — Le grand théâtre du monde

OUVERTURE par Olivier CARRÉ, Maire d’Orléans, Président délégué d’Orléans-Métropole, Député du Loiret

CONFÉRENCE INTRODUCTIVE par Michel FOUCHER, géographe, diplomate et essayiste français présentée par Emmanuel KHÉRAD (France Inter) Co-organisée avec l‘association Guillaume Budé d’Orléans • 16H30 – GRANDE SALLE

LA LITTÉRATURE POUR ROMPRE LES FRONTIÈRES La langue est-elle la première des frontières qui séparent les hommes et les cultures ? Qu’est-ce qu’un écrivain international ? Il est traduit dans plusieurs langues, il écrit dans deux, trois langues… Animée par Emmanuel KHÉRAD (France Inter) Akira MIZUBAYASHI : professeur japonais de français langue étrangère, auteur de Une langue venue d’ailleurs (éd. Gallimard). Kim THUY : écrivaine québécoise d’origine vietnamienne traduite dans 25 langues. • 17H15 – SALON OVALE

ÉCRITURE, FICTION ET ACTUALITÉ “… Mais, à l’inverse, comment supporter que le pays dans lequel on semble vivre se prépare à l’adoption d’une loi interdisant la double nationalité ?” Animée par Jean-Louis TALLON. Nina YARGEKOV : écrivaine, auteure de Double nationalité (éd. P.O.L.). • 18H – GRANDE SALLE

LA FRONTIÈRE, ZONE DE CONTACT ET D’ÉVITEMENT. LE DEDANS ET LE DEHORS, LE LIEU CARREFOUR, LIGNE DE SÉPARATION ET DE RAPPROCHEMENT. La frontière qui rapproche et crée des interactions culturelles, linguistiques, commerciales, et celle qui sépare, rejette, contrôle. Animée par Pierre-Édouard DELDIQUE (RFI) Alain GUILLAUME : professeur à l’université Quisqueya, Haïti, juriste en droit public. Yvan GASTAUT : historien de l’époque contemporaine, maître de conférences à l’université de Sophia-Antipolis, Nice. Rajae ESSEFIANI : conseillère chargée de l’Éducation et de la Langue française, cabinet de Michaëlle Jean, Secrétaire générale de la Francophonie. 06 – les voix d’orléans – le programme • 18H15 – SALON OVALE

L’ART SANS FRONTIÈRE Comment les artistes s’affranchissent-ils des frontières, frontières sociales, frontières de genre, frontières culturelles ? Animée par Anthony GAUTHIER (Apostrophe 45) Ahmed EL ATTAR : auteur et metteur en scène égyptien, fondateur du Downtown Contemporary Arts Festival au Caire. Dieudonné NIANGOUNA : natif du Congo-Brazaville, auteur dramatique, metteur en scène et acteur, directeur artistique du festival Mantsina sur scène à Brazaville. Syhem BELKHODJA : artiste tunisienne, chorégraphe, créatrice de la pièce chorégraphique Les Frontières de l’invisible, directrice du festival “Rencontres chorégraphiques de Carthage” et activiste de la culture. • 19H30 – GRANDE SALLE

LE BREXIT ET APRÈS De l’Europe des Lumières à l’Europe des marchés en passant par le Brexit… Animée par Arnaud ARDOIN (LCP) Alex TAYLOR : journaliste et animateur de radio et de télévision britannique Jean-Paul POLLIN : professeur émérite à l’Université d’Orléans et membre du Cercle des économistes • 21H00 – SALLE DE L’INSTITUT, PLACE SAINTE-CROIX

UNE LECTURE-SPECTACLE, MISE EN JEU PAR CHRISTOPHE LIDON, MATÉRIAU BAOBAB. Entre lecture et jeu. Répétition et représentation… Nous allons grâce au texte de Valérie Alane, jouer à passer diverses frontières géographiques mais aussi mentales. De la paix à la guerre, du préjugé au ressenti, du rejet à l’accueil, du virtuel au réel… De quoi mettre en perspective bien des franchissements, voulus ou non. Les lignes n’étant pas toujours là où on les attend… Entre réalisme et fantastique, un moment de théâtre. • 22H30 – SALLE DE L’INSTITUT, PLACE SAINTE-CROIX

PASSER LES FRONTIERES : ÉXIL, REFUGE Les migrations liées aux guerres, aux variations climatiques, aux conflits ethniques ou religieux ne cessent de s’amplifier. Quelle gestion durable humanitaire et politique mettre en oeuvre ?
Animée par Fawzia ZOUARI (Jeune Afrique)

Mohamed Kamel DORAÏ : chargé de recherches au CNRS à l’Institut français

du Proche-Orient et chercheur à MIGRINTER (CNRS-Université de Poitiers)

Benny ZIFFER : rédacteur en chef du supplément littéraire d’Haaretz, écrivain israélien.

Pierre Jorès MÉRAT : enseignant et chercheur à l’Université d’État d’Haïti depuis 1999,

il y enseigne la géographie, la francophonie, les relations internationales et l’environnement.

Édition 2016 © DR

le programme – les voix d’orléans – 07

SAMEDI 1ER AVRIL

• 11H30 – GRANDE SALLE

FRONTIÈRES ET MOBILITÉS À L’ÈRE DE LA MONDIALISATION

Plus les informations circulent au sein du village global et les marchés commerciaux s’ouvrent, plus les frontières se ferment et les murs se dressent entre les hommes…

Animée par Éric VALMIR (France Inter)

Smaïn LAACHER : professeur de sociologie à l’Université de Strasbourg, chercheur au centre d’étude des mouvements sociaux (CNRS-EHESS)

Serge LOUNGOU : géographe gabonais, a dirigé ses recherches sur la libre circulation des personnes entre les états membres de la CEMAC (Afrique Centrale).

Stéphanie LATTE-ABDALLAH : historienne et politiste spécialiste du Proche-Orient.

• 13H – SALON OVALE

PHOTOGRAPHIER LES FRONTIÈRES, INFOGRAPHIER LES FRONTIÈRES

Animée par Tewfik HAKEM (France Culture)

Valerio VINCENZO : artiste photographe italien. Borderline, les frontières de la paix.

Exposition de 50 photographies sur les grilles de l’hôtel Groslot, de l’hôtel Dupanloup et du parc Pasteur

Delphine PAPIN : docteure de l’Institut français de géopolitique, Université Paris 8 et cartographe au journal Le Monde.

• 13H30 – GRANDE SALLE

LA FRONTIÈRE LÀ OÙ ON NE L’ATTEND PAS

Table ronde proposée par la rédaction du Monde

La frontière, elle est au coin de la rue (à Lomé, Togo), elle sépare des gens qui sont en tous points pareils (périphérique de Paris), ou alors tout le monde tente de l’oublier et la traverse sans cesse mais elle résiste et resurgit avec fracas.

Animée par Serge MICHEL (Le Monde)

Sénamé KOFFI AGBODJINOU : architecte et anthropologue, l’une des nouvelles stars de la scène technologique ouest-africaine.

Camille LEFEBVRE : chercheure au CNRS au sein du laboratoire IMAF, spécialiste de l’Afrique de l’ouest au XIXe siècle et pendant la colonisation, et particulièrement du Niger.

Nassira EL MOADDEM : journaliste d’origine marocaine, patronne du Bondy Blog.

• 14H30 – SALON OVALE

LA FRONTIÈRE, FORME SPATIALE OU FORME SOCIOLOGIQUE ?

La frontière ne se résume pas à une ligne sur une carte ou une borne sur une route, elle est dans les consciences, les cultures, les représentations…

Animée par Pierre-Édouard DELDIQUE (RFI)

Feriel LALAMI : sociologue algérienne, chercheure au GRESCO (groupe de recherches en études sociologiques), Poitiers.

Abdessalam BEN MAISSA : philosophe marocain, titulaire de la Chaire Unesco en philosophie et pensée critique, Université Mohammed V-Agdal, Rabat.

Khadi HANE : femme de lettres sénégalaise.

08 – les voix d’orléans – le programme

• 15H – GRANDE SALLE

DÉPASSER LES FRONTIÈRES, L’IDÉAL DU COSMOPOLITISME.

De la Renaissance aux Lumières les gens de culture ont cherché à dépasser les frontières linguistiques ou politiques qui les séparaient en s’ouvrant à de nouveaux mondes.

Qu’en est-il aujourd’hui ?

Animé par Arnaud ARDOIN (LCP)

Sami TCHAK : écrivain, licencié de philosophie au Togo, Université de Lomé et docteur en sociologie à Paris, Université Paris 5.

Mamoudou GAZIBO : originaire du Niger, professeur agrégé au département de science politique de l’Université de Montréal.

Fouad LAROUI : économiste et écrivain maroco-néerlandais d’expression française et néerlandaise

• 15H30 – SALON OVALE

AUX FRONTIÈRES DES RELIGIONS

Comment rompre les malentendus entre l’Islam et l’Occident ? Malentendus qui n’ont cessé d’ériger des barrières entre chrétiens et musulmans.

Animée par Tewfik HAKEM (France Culture)

Fawzia ZOUARI : écrivaine et journaliste tunisienne présente son dernier ouvrage : Douze musulmans parlent de Jésus (éd. Desclée de Brouwer).

• 16H30 – GRANDE SALLE

FRONTIÈRES ET IDENTITÉS : ABOLITION OU AFFIRMATION DES DIFFÉRENCES ?

DIFFÉRENCIATION, ALTÉRITE, IDENTITÉ

Comment concilier identité et intégration, pluralité des cultures à l’intérieur d’une même frontière, ouverture des frontières pour ouverture sur l’autre ?

Animé par Éric VALMIR (France Inter)

Daniel MEIER : docteur en sociologie politique, a enseigné à Genève, Venise et Beyrouth.

Magdalena DEMBINSKA : professeure agrégée à l’Université de Montréal, recherches en conflits ethniques et politiques identitaires.

Jean-Luc AKA-EVY : docteur d’État es Lettres et Sciences Humaines à l’université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne

CONCLUSION

• 18H – GRANDE SALLE

QUELLE VOIX LES ARTISTES PORTENT-ILS ?

Comment le langage universel des arts rend-il compte des violences et des fractures du monde ?

L’artiste francophone peut-il nouer des liens transfrontaliers ?

Animé par Fawzia ZOUARI (Jeune Afrique)

Omar ABI AZAR : metteur en scène libanais, membre fondateur de Zouzak Theater Company.

Sedef ECER : romancière, auteure dramatique et scénariste turque. Auteure de E-passeur.com

présenté au festival d’Avignon 2016 par RFI, pour l’émission “Ça va, ça va le Monde”

Jean-Luc RAHARIMANANA : poète malgache, ethnolinguiste, il se consacre à l’écriture depuis 2002 après avoir fait du journalisme et enseigné.

Camille LAEMLÉ : productrice de films documentaires, dont Fuocoammare de Gianfranco ROSI et Entre les frontières de Avi MOGRABI.

Source : Le Figaro

28 02/2017

Marc Zinga, le discret | Le Figaro

mardi 28 février 2017|Catégories: Spectacle Vivant|Mots-clés: , |

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Marc Zinga. – Crédits photo : MF/ABACA

PORTRAIT – Comédien, chanteur, d’Aimé Césaire à James Bond, du théâtre au cinéma, en passant par la télévision, son talent s’impose.

Afrique! Aide-moi à rentrer, porte-moi comme un vieil enfant dans tes bras.» Ainsi parle le souverain défait à la fin de La Tragédie du roi Chistophe d’Aimé Césaire. Et si l’action se passe à Haïti, c’est bien aussi du continent noir qu’il est question dans cette pièce. L’un des chefs-d’œuvre de la littérature d’expression française du XXe siècle dans lequel joue Marc Zinga, sur la scène du Théâtre des Gémeaux, à Sceaux. Le spectacle, mis en scène par Christian Schiaretti, a été créé au Théâtre national populaire (TNP) de Villeurbanne. Sur le plateau, plus de quarante comédiens, musiciens, chanteurs, pour la plupart venus d’Afrique ou originaires d’Afrique.

«Vers 16-17 ans, j’ai réfléchi. J’avais peur, en devenant acteur, d’être cantonné dans des rôles peu intéressants»
Marc Zinga

Comme Marc Zinga, trente-deux ans, né au Zaïre (devenu République démocratique du Congo), de nationalité belge. Un comédien exceptionnel déjà applaudi dans une autre grande œuvre d’Aimé Césaire, Une saison au Congo. «Je mesure la chance que j’ai. Mes premiers pas au théâtre, en France, se sont faits au TNP, entouré d’une troupe formidable, dirigé par un metteur en scène qui est une des personnalités qui compte le plus pour moi, et pour servir des œuvres composées dans une langue magnifique et qui ont à voir avec l’Afrique.» Il garde de cette Afrique où il est né, et a vécu jusqu’à cinq ans, des souvenirs émus. Évoque «ces heures passées dehors, le grand air, les nuits autour du feu à chasser les sauterelles avec les copains», mais aussi «la chaleur de la famille et des tombées de la nuit comme il n’y en a pas en Europe.» «J’avais déjà envie de raconter des histoires, tout m’était bon», dit-il. Profession griot, en quelque sorte, le jeune Marc qui aimait déjà voir, raconter. Et ses premiers souvenirs de Belgique? «Nous avons d’abord vécu à Ostende. La mer du Nord, grise, le vent, l’air très vif… C’était un véritable changement», glisse-t-il en souriant et en précisant être resté «très proche de la famille de Wilhelm Vermandere, un artiste multidisciplinaire», auteur-compositeur-interprète flamand qui est aussi connu pour son travail de sculpteur. «Je fréquentais beaucoup son atelier près de Furnes, j’étais fasciné par son établi de musicien-plasticien… Cela m’a influencé profondément. Il y a une atmosphère particulière, à Ostende. Dans mes souvenirs, il y a aussi Arno, que j’avais croisé sans me rendre compte de sa notoriété…»

Curiosités plurielles

Mais c’est en arrivant à Bruxelles, où il vit toujours, que Marc Zinga se rapproche de ce qui devait être sa voie. Il suit les cours d’un conservatoire de quartier. «Une académie» comme on dit là-bas et il a alors la révélation profonde du théâtre grâce à des «professeurs remarquables, comme Philippe Van Latthen.» Autre personnalité déterminante, Christine De Spot. Il découvre Ghelderode grâce à elle.

«Quand la directrice du casting m’a vu, me scannant, littéralement, elle m’a dit : ‘tu pourrais passer l’audition pour Mobutu’»

«Cette langue, cet univers, m’a profondément impressionné», avoue cet amoureux du style. Il ne se contente pas de cela et suit aussi de très rigoureux cours individuels de diction auprès de Christian Labo. Mais Marc Zinga, avec beaucoup de sagacité, s’interroge. «Vers 16-17 ans, j’ai réfléchi. J’avais peur, en devenant acteur, d’être cantonné dans des rôles peu intéressants.» Il entre alors dans une école de cinéma, l’IAD de Louvain-la-Neuve, où il apprend, deux ans durant, à faire des films. Tourner, monter, diriger, tout l’intéresse. Mais c’est la musique qui va l’emporter. Il pratique la guitare en amateur et rencontre «un guitariste de génie». Il se fond alors dans un groupe, The Peas Project, de 2001 à 2011. «Nous étions neuf, dans une cave, à faire du funk mais aussi du classique, du jazz, du rap, du rock, du folk!» Ils enregistrent plusieurs disques avant une dissolution réfléchie. Marc Zinga est désormais libre pour le cinéma et le théâtre.

Plus que les films qu’il a tournés, cet homme à l’intelligence vive, à la culture profonde, aux curiosités plurielles, évoque son chemin selon les rencontres qu’il a pu faire. Pour le théâtre, donc, Schiaretti. Auparavant, il avait eu quelques expériences. Pour Mister Bob, il s’était présenté à un casting, à Paris, cherchant des comédiens d’origine africaine «Quand la directrice du casting m’a vu, me scannant, littéralement, elle m’a dit: “Tu pourrais passer l’audition pour Mobutu”. J’ai fait celui qui n’était en rien impressionné… J’ai fait un bout d’essai et Thomas Vincent m’a engagé. J’étais sur un nuage, lorsque je suis rentré à Bruxelles. Le tournage s’est déroulé en Afrique du Sud. Clovis Cornillac a été formidable de douceur, de finesse, de professionnalisme.» Cela lui a ouvert les portes de la télévision, notamment avec la série Engrenages.

Côté cinéma, où il est désormais bien connu, il cite Benoît Mariage pour Les Rayures du zèbre. Avec Abd Al Malik, c’est un frère qu’il trouve. Il le choisit pour incarner son propre «personnage» dans le film qu’il tire de son beau livre Qu’Allah bénisse la France. «Dès la poignée de mains, j’ai senti la sagesse et l’amour en cet homme. Ce fut une rencontre poignante, fulgurante, lumineuse. Nous avons cimenté, par le travail, une véritable fraternité.» Pour tous les deux, le film marque un palier: leur entrée dans le monde du cinéma français, et la chance d’être nommé pour les César. Ensuite, c’est Sam Mendès, qui l’engage pour un James Bond 007, Spectre avec Daniel Craig. Il joue le lieutenant du méchant! Une vraie composition pour cet homme fin et très doux, discret et pudique et qui voit bien au-delà des apparences, comme les grands griots de sa belle Afrique. Juste avant de jouer à Villeurbanne, il a tourné un nouveau film, Nos patriotes, de Gabriel LeBomin, qui raconte la vie de Mamadou Addi-bah, un tirailleur qui a sauvé beaucoup de monde pendant la guerre. Une belle histoire comme Marc Zinga aime en raconter, une façon de jeter un pont entre Afrique et Europe, ce qu’il fait au quotidien.

BIO EXPRESS

1984 Naissance au Zaïre.

1989 Arrive à Ostende (Belgique).

2003-2011 Chanteur du groupe de funk The Peas Project.

2011 Joue Mobutu dans le film Mister Bob.

2014 Joue dans Qu’Allah bénisse la France.

2015 Joue Lumumba dans Une saison au Congo d’Aimé Césaire.

2017 Au théâtre dans La Tragédie du roi Christophe et tourne Nos patriotes.

Source: Le Figaro

5 02/2017

Aimé Césaire, le chant profond d’Haïti | Le Figaro

dimanche 5 février 2017|Catégories: Spectacle Vivant|Mots-clés: , |

La Tragédie du roi Christophe, l'une des plus grandes pièces de la littérature française du XXe siècle.

La Tragédie du roi Christophe, l’une des plus grandes pièces de la littérature française du XXe siècle.
Crédit photo : Michel Cavalca

 

Christian Schiaretti fait de La Tragédie du roi Christophe un opéra envoûtant. Trente-sept interprètes, dont l’exceptionnel Marc Zinga.

Est-ce la Caraïbe? Est-ce l’Afrique? Est-ce le monde? L’immense plateau du Théâtre national populaire (TNP) de Villeurbanne est vide, le sol est couleur terre. Au fond, une longue baraque ouverte sur la scène. Elle abritera les quatre musiciens et parfois la chanteuse qui, près de trois heures durant, accompagnent la représentation de La Tragédie du roi Christophe, l’une des plus grandes pièces de la littérature française du XXe siècle.

Publiée en 1963, créée dès l’année suivante par Jean-Marie Serreau, elle a fait depuis l’objet de mises en scène puissantes, telle celle de Jacques Nichet, en 1996. Antoine Vitez la fit entrer au répertoire de la Comédie-Française. Christian Schiaretti inscrit ce grand travail dans le droit fil de celui qu’il a consacré à Une saison au Congo, du même écrivain, en 2013.

Un même esprit, une ampleur, une audace

On retrouve d’ailleurs un même esprit, une ampleur, une audace, un sens du choral et de l’héroïsme. On retrouve une partie des artistes qui portaient, de toute leur vitalité, l’histoire de Patrice Lumumba. Ils sont près de quarante, venus de France, de Belgique, d’Afrique et notamment de Ouagadougou avec le collectif Béneeré. Acteurs rompus à la langue flamboyante d’Aimé Césaire et investis de toute leur énergie dans cette épopée qui finit mal. Histoire d’échec, histoire du basculement d’un idéaliste lucide dans la dictature. Histoire qui fait réfléchir.

Le 1er janvier 1804, Haïti devient la première république noire au monde. Dessalines, qui a mené la guerre de libération, est assassiné en 1806 quand débute l’action, combat pour le pouvoir qui oppose Alexandre Pétion et Henri Christophe. Ce dernier, ancien esclave, choisit de créer un royaume au nord de l’île. Il veut mettre au travail son peuple libre. Ce n’est que le début d’un long glissement tragique qui fracasse les espérances et les êtres.

Première république noire

Nous reparlerons de ce grand opéra qui, par-delà la Caraïbe, nous parle de l’Afrique. Marc Zinga avait incarné avec une puissance et une intelligence rayonnante Lumumba. Il est Christophe. Un héros shakespearien que le comédien, star du cinéma, porte avec une humanité et une intelligence bouleversantes. Aussi fin qu’impressionnant.

TNP-Villeurbanne (69) jusqu’au 12 février (tél.: 04.78.03.30.00). Les Gémeaux de Sceaux (92) du 22 février au 12 mars (tél.: 01.46.61.36.67). L’Avant-scène théâtre éditeur (14 €).

Source : Le Figaro

17 01/2017

Le Temps et la Chambre de Botho Strauss, l’art de l’esquive | Le Figaro

mardi 17 janvier 2017|Catégories: Spectacle Vivant|Mots-clés: , |

Alain Françon rêvait depuis longtemps de monter la plus étrange des pièces du dramaturge allemand, Le Temps et la Chambre. Une pléiade de comédiens puissants sert avec jubilation un monde où tout peut advenir. Bizarrement et logiquement…
C’est un espace splendide. Pas du tout une chambre – ou alors c’est la figuration d’une camera oscura où des sortilèges adviendraient. C’est un espace vaste aux murs d’un rouge profond. À gauche, trois immenses baies vitrées qui pourraient être celles d’un atelier transformé en appartement. À droite, la porte d’entrée en bois bien ciré. Au fond, des portes monumentales, blanches, un dégagement, un espace carrelé qui doit être la salle de bains, une chambre sans doute…
Il s’agit exactement d’un loft berlinois décrit par Botho Strauss, réinventé par Jacques Gabel. L’immense salle est très peu meublée: deux fauteuils de cuir qui vont être déplacés, une colonne massive, du même rouge que les murs. Cette colonne est célèbre dans la littérature dramatique du XXe siècle: elle parle.
La pièce de Botho Strauss ne date pas d’hier mais de près de trente ans. Luc Bondy la créa, Patrice Chéreau la monta et en fit un film d’après sa mise en scène.
Alain Françon s’en empare à son tour avec une jubilation juvénile. Il a récemment travaillé sur La Trilogie du revoir avec les élèves de l’École nationale des arts et techniques du spectacle de Lyon. Ce fut très réussi, très pertinent. On a le même sentiment avec sa vision très libre du Temps et la Chambre dans la traduction de Michel Vinaver. Françon ne craint pas ce qu’il y a de cocasse dans cette plongée perturbante au cœur d’un monde où les règles logiques de l’espace-temps n’ont pas cours. En tout cas pas toujours.
Télescopages de la mémoire
Il y a quelque chose de magique dans l’apparition de Marie Steuber (Georgia Scalliet) qui sait ce que les deux hommes, les deux faux jumeaux qui ouvrent la pièce (Jacques Weber et Gilles Privat), disaient d’elle deux minutes plus tôt en la voyant passer en bas de l’immeuble. Il y a de la magie dans le fait qu’une colonne soit aussi savante que la Pythie de Delphes, mais il y a aussi l’insolite quotidien des pertes (une montre pour Wladimir Yordanoff), des humeurs moirées (Dominique Valadié), des poussées enfiévrées (Charlie Nelson), des trépidations vitales (Aurélie Reinhorn), des esquives (Antoine Mathieu), des glissements (Renaud Triffault). «Mais de quoi ça parle?» demande le spectateur potentiel? Du passage – cela commence juste après la Saint-Sylvestre. Des télescopages de la mémoire qui palpite toujours au pur présent. De tentations terrestres et d’aspirations spirituelles.
Il y a un danger dans la pièce: qu’on en use avec elle comme s’il s’agissait de fragments, voire de sketchs comiques. Elle recèle indéniablement des situations cocasses, des personnages déjantés et très fin du XXe siècle en Europe. Tout ce qui peut appeler le rire. Et l’on rit. Mais l’on demeure plutôt du côté de l’inquiétante étrangeté: les êtres, ici, sont aussi poreux que les murs. On croit les voir, on croit les entendre. Mais que nous ont-ils livré? Et la colonne, vous êtes certain qu’elle a parlé?
«Le Temps et la Chambre». La Colline. 15, rue Malte-Brun (XXe). Tél.: 01 44 62 52 52. Horaires: mar. à 19 h 30; du mer. au sam. à 20 h 30; dim. à 15 h 30. Jusqu’au: 3 février. Durée: 1 h 45. Places: de 10 à 30 €.

Source : Le Figaro

2 12/2016

Charles Berling, un acrobate chez Irina Brook | Le Figaro

vendredi 2 décembre 2016|Catégories: Spectacle Vivant|Mots-clés: , |

Point d'interrogation, de Stefano Massini, une pièce «futuriste» qui s'interroge sur le monde de demain.

LA CHRONIQUE D’ARMELLE HÉLIOT

La fille de Peter Brook dirige le Centre dramatique de Nice et lui, le Théâtre Liberté de Toulon. Elle l’a invité pour un exercice particulier.

Il entre d’un pas décidé sur le plateau de la grande salle, pleine à craquer, du Théâtre de Nice. Blonde et dorée, ravissante, Irina Brook vient de prendre la parole devant ce public qui la suit depuis trois ans. Elle a expliqué l’étrange exercice auquel Charles Berling a accepté de se prêter. Dans une enveloppe scellée, le texte d’une pièce qu’il va jouer devant nous, la découvrant en même temps que les spectateurs interloqués. Un drôle de texte qui s’intitule Lapin blanc, lapin rouge. Une pièce écrite par un jeune Iranien en 2010, alors qu’il ne pouvait pas sortir de son pays. Depuis, Nassim Soleimanpour a séjourné à Berlin. Il est actuellement à Copenhague. Et sa pièce circule en Europe. L’auteur s’adresse à l’acteur qu’il imagine. Six ans après, par-delà le temps, par-delà l’espace, Nassim Soleimanpour guide l’interprète et invite les spectateurs à monter sur scène. Ce que raconte Lapin blanc, lapin rouge, n’est pas gai. C’est insolite et l’on rit beaucoup devant les comédiens d’un soir et devant la malice aiguë de Berling. mais il y a quelque chose de très mélancolique, de discrètement désespéré dans ce texte bouteille à la mer. En tout cas, Berling, silhouette de jeune premier, sourire désarmant d’un artiste qui aime partager et a le sens des échanges ludiques, est très fort. Rien de plus difficile que de tenir ainsi une salle, des partenaires improvisés et de donner un supplément d’âme à un exercice de virtuosité.

L’après-midi même il avait assisté dans la petite salle, au milieu des enfants et de leurs parents, à une représentation de Point d’interrogationde Stefano Massini, l’auteur brillant deChapitres de la chute, sur les Lehman Brothers. Dans cette pièce «futuriste », on s’interroge sur le monde de demain. Quatre jeunes comédiens, deux garçons, deux filles, jonglent avec des questions et des objets, dans un espace léger, harmonieux et mobile. Les questions de Massini sont celles d’Ariane Mnouchkine. Le modèle que s’est choisi Irina Brook.

Entente fertile

Lorsqu’elle avait été nommée, tout n’avait pas été facile. Succéder à Daniel Benoin – aujourd’hui à Antibes -, une personnalité affirmée, peu désireuse de s’effacer, c’était dur. Être une femme à qui l’on confie des responsabilités, c’est difficile, dans le monde de la culture aussi.

Mais Irina Brook, fille de la regrettée Natasha Parry et de Peter Brook, est à la fois sensible et forte. Elle est crâne. Elle a tenu devant les coups plus ou moins loyaux. Elle s’est imposée. Elle a élaboré une très intéressante programmation depuis trois saisons, le théâtre est accueillant, les spectateurs, mêlés. On est vraiment dans le théâtre, service public. On pense à la société, à la planète, on s’adresse aux jeunes, à la diversité. Dans la ville meurtrie de Nice, le théâtre a une place éminente et les tutelles, en particulier l’ancien maire et président de la région Paca, Christian Estrosi, fait toute confiance à Irina Brook.

À quelques kilomètres de là, à Toulon, Charles Berling codirige le Liberté, devenu scène nationale, avec Pascale Boeglin-Rodier, tandis que son frère Philippe travaille en Bourgogne.

Si les moyens d’un centre dramatique et d’une scène nationale ne sont pas les mêmes, si les trajets de ces deux artistes inspirés, engagés, volontaires, sont différents, ils ont en partage une énergie, un sens de leur mission, le goût des textes de qualité, l’amour du public. Tout pour que l’entente soit fertile.

Source : Le Figaro

10 10/2016

Ariane Ascaride et les secrets de famille | Le Figaro

lundi 10 octobre 2016|Catégories: Spectacle Vivant|Mots-clés: , |


© Pascal Victor

Dans Le Silence de Molière à la Tempête, Ariane Ascaride interprète Esprit-Madeleine, la fille de Jean-Baptiste Poquelin.

C’est une pièce envoûtante et délicate, révélée il y a quelques années en France par Jacques Nichet. Le Silence de Molière, de l’écrivain et critique littéraire italien Giovanni Macchia, date de 1975. Elle s’appuie sur des éléments réels, mais est avant tout une œuvre d’imagination. Macchia (1912-2001) était un spécialiste de la littérature française. Il a composé des essais très savants sur Baudelaire, Proust et un passionnant Paris en ruines, dans lequel il peint une capitale classique, comme le furent Athènes et Rome. Dans Le Silence de Molière, il imagine un jeune homme désirant devenir auteur de théâtre qui, fasciné par la vie et l’œuvre de Jean-Baptiste Poquelin, cherche à rencontrer un témoin: il est admis chez sa fille, Esprit-Madeleine. On est en 1705, elle a une quarantaine d’années et vit recluse. Esprit-Madeleine s’éteindra en 1723, à 58 ans. Sans laisser aucun témoignage. On sait qu’elle avait refusé de jouer Louison dans Le Malade imaginaire, rôle écrit pour elle par son père, qui mourra en le jouant en 1673, sept ans avant Armande Béjart.

Un transistor posé sur le plateau et la voix de Michel Bouquet, reconnaissable entre toutes, qui nous éclaire sur la situation

Macchia, lui, par le truchement des confidences qu’il imagine, cherche à percer les secrets de Molière lui-même. À la Tempête, Marc Paquien joue avec des anachronismes, puisant dans des textes de Jacques Copeau, notamment. Il les broche dans son adaptation, mais sans rien perdre de l’essence de l’œuvre de Giovanni Macchia.

Un décor sobre de Gérard Didier, de très belles lumières de Dominique Bruguière et, en ouverture, un transistor posé sur le plateau et la voix de Michel Bouquet, reconnaissable entre toutes, qui nous éclaire sur la situation.

Esprit-Madeleine possède ici la grâce particulière d’Ariane Ascaride, dans une longue robe blanche signée Claire Risterucci. Elle a quelque chose d’une moniale, n’était son visage dégagé et la longue natte qui coule dans son dos.

Devant le jeune homme que joue avec intelligence et finesse Loïc Mobihan, Esprit-Madeleine, méfiante et rétive, s’adoucit peu à peu. Elle laisse affleurer la petite fille qu’elle n’a jamais cessé d’être, elle laisse comprendre les sentiments ambivalents qui l’ont depuis toujours tourmentée. On a le cœur déchiré devant ce destin empêché. Esprit-Madeleine a souffert. Le monde des comédiens est cruel. Faire rire est un exercice ambigu. Où est la vérité, lorsque l’on a été plongé, de toute éternité, dans ce monde du faux-semblant? De sa voix acidulée, ombrée de touches graves, Ariane Ascaride, très bien dirigée par Marc Paquien, nous conduit sur des chemins d’obscurité et de douleur. Un beau et pur moment de théâtre.

Théâtre de la Tempête (Cartoucherie, Paris XIIe) jusqu’au 16 octobre, puis en tournée. 20 h 30 du mar. au sam., dim. à 16 h 30. Durée: 1 h 20 (01 43 28 36 36).

Source : Le Figaro

13 11/2015

On achève bien les anges : Bartabas donne des ailes | Le Figaro

vendredi 13 novembre 2015|Catégories: Spectacle Vivant|Mots-clés: , |

Le maître écuyer du théâtre équestre zingaro signe un superbe spectacle dans lequel il apparaît sur des chansons de Tom Waits.

Source : Le Figaro