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9 10/2017

La Fuite de Boulgakov ressuscitée par Macha Makeïeff | Sceneweb

lundi 9 octobre 2017|Catégories: Spectacle Vivant|Mots-clés: , |


© photo Pascal Victor/ArtComPress

S’il y a un spectacle qui va marquer la carrière de Macha Makeïeff, c’est bien celui-là. La directrice de La Criée à Marseille fait redécouvrir une pièce oubliée de Boulgakov sur l’exil des russes blancs en 1920. Une pièce de troupe entre la farce et le drame

Les grands-parents de Macha Makeïeff, des russes blancs, ont fui les bolcheviks en 1920 et se sont installés en France. Elle le raconte brièvement au début du spectacle en voix off. La pièce de Boulgakov c’est un peu l’histoire de sa famille déracinée. C’est aussi celle de centaines de milliers d’exilés sur la planète fuyant les régimes autoritaires et les guerres de toutes sortes. Le sort des réfugiés est une matière théâtrale très présente sur les plateaux ; les auteurs contemporains et les metteurs en scène se lancent à corps perdu dans cette thématique. Boulgakov avait déjà tout dit dans cette pièce méconnue et rarement montée en France (il y a eu une adaptation d’Antoine Vitez en 1970 dans une mise en scène de Pierre Debauche aux Amandiers à Nanterre).

Le déshonneur ressenti par les exilés, la perte de leur dignité, la clandestinité et la traversée de la Méditerranée pour rejoindre Marseille : il n’a rien à enlever dans l’écriture de Boulgakov. C’est comme si la pièce avait été écrite aujourd’hui. Il y a une vraie signification pour Macha Makeïeff de créer cette pièce à la Criée en 2017.

La Fuite est une grande fresque dramatique et farcesque découpée en huit songes. Du haut de son atelier qui domine le Vieux-Port, Macha Makeïeff a imaginé un théâtre forain composé d’assemblages d’objets récupérés ou fabriqués pour l’occasion. Jean Bellorini a conçu des lumières exceptionnelles qui illuminent une structure métallique mouvante. On passe du rêve au cauchemar, d’un quai de gare à une église, de Constantinople à Paris. C’est une traversée totalement enivrante, dans une forme qui épouse la tradition du théâtre de tréteaux, en évitant son côté poussiéreux.

La troupe géniale de comédiens interprète une trentaine de personnages qui se croisent dans un ballet frénétique orchestré avec la complicité du voisin Angelin Preljocaj. On retrouve avec un grand bonheur Alain Fromager, formidable ex-ministre du commerce Korzoukine, aérien et léger. Geoffroy Rondeau (génial Trissotin en 2015) campe un général Khloudov inquiétant et trouble, véritable chacal ombrageux. Kallyll Elgrichi est ahurissante dans le rôle du Général Wrangel. Bref, ils sont tous talentueux. On sent une belle énergie et une belle fusion sur le plateau pour incarner cette satire sociale et politique dénonçant la folie de la guerre et les oppressions en tous genres.

Stéphane CAPRON – www.sceneweb.fr

La Fuite !
De Mikhaïl Boulgakov (1891 – 1940)

Adaptation, mise en scène, décor, costumes Macha Makeïeff

Lumières Jean Bellorini
Collaboration Angelin Preljocaj
Avec
Pascal Reneric, Vanessa Fonte, Vincent Winterhalter, Thomas Morris, Geoffroy Rondeau, Alain Fromager, Pierre Hancisse, Arthur Deschamps, Sylvain Levitte, Karyll Elgrichi, Emilie Pictet… et une petite fille.
Conseillère à la langue russe Sophie Bénech Création sonore Sébastien Trouvé Coiffure et maquillage Cécile Kretschmar Assistante à la mise en scène Gaëlle Hermant Assistant lumières Olivier Tisseyre Assistante aux costumes et Atelier Claudine Crauland Assistante à la scénographie et aux accessoires Margot Clavières Intervenante en scénographie Clémence Bezat Régie générale André Neri Iconographe et vidéo Guillaume Cassar Régisseurs plateau Ruddy Denon, Julien Ynesta Fabrication du décor Ateliers du TNP Villeurbanne, stagiaires Pavillon Bosio (Monaco)

Production La Criée – Théâtre national de Marseille
Coproduction Théâtre Gérard Philipe – Centre dramatique national de Saint-Denis
Durée: 3h20 avec entracte

La Criée – Théâtre national de Marseille
Du 6 au 20 octobre 2017
Théâtre National de Nice > 7 au 9 novembre 2017
Le Parvis – Scène Nationale Tarbes Pyrénnées > 14 et 15 novembre 2017
Espace Jean Legendre à Compiègne > 21 novembre 2017
Théâtre Gérard Philippe – Centre dramatique national de Saint-Denis > 29 novembre au 17 décembre 2017
Théâtre Liberté – Scène Nationale de Toulon > 21 et 22 décembre 2017
Théâtre Les Célestins à Lyon > 9 au 13 janvier 2018
Théâtre du Beauvaisis > 5 et 6 avril 2017
Le Quai, Centre dramatique national d’Angers > 19 et 20 janvier 2018

Source: Sceneweb

2 12/2016

Brancusi contre Etats-Unis de Eric Vigner entre au répertoire du Théâtre national de Bucarest | sceneweb

vendredi 2 décembre 2016|Catégories: Spectacle Vivant|Mots-clés: , |

Au moment où l’état roumain lance une souscription publique pour acheter LA SAGESSE DE LA TERRE, 11 millions d’euros, au moment où sur les façades des immeubles de Bucarest se déploient de larges banderoles avec le slogan BRANCUSI est aussi à toi. La question BRANCUSI à travers ce procès déborde largement celle de l’art pour aborder celle du politique. On se souvient qu’à l’heure de sa mort voulant faire don de son œuvre à son pays natal, le régime de Ceausescu lui opposa une fin de non- recevoir, ce qui fait dire encore aujourd’hui à une partie des Roumains que la Roumanie ne mérite pas BRANCUSI. Aux minutes du procès de 1927 nous ferons entendre pour la première fois, le sténogramme des débats de l’Académie des beaux -arts roumaine de 1954 qui reprend, paradoxalement, les arguments des Etats-Unis, 30 ans auparavant, refusant à BRANCUSI le statut d’artiste. Artiste répudié au début des années 50 par l’idéologie communiste, encensé la décennie suivante, instrumentalisé par Ceausescu, BRANCUSI est devenu l’emblème de l’identité roumaine. D’instrument idéologique, il est devenu une marque nationale, en constant recyclage.

Brancusi contre Etats-Unis, texte et mise en scène Eric Vigner, Traduction Georges Banu
Avec la troupe du Teatrul Odeon:
OANA STEFANESCU, MARIUS DAMIAN, CARMEN TANASE, RICHARD BOvnoczki, SILVIAN VALCU, MIRCEA CRETU, ELVIRA DEATCU, MUGUR ARVUNESCU, LAURENTIU LAZAR, VIRGINIA ROGIN, RELU POALELUNGI
Texte et mise en scène ………………………………………. ÉRIC VIGNER
Traduction ………………………………………………… GEORGES BANU
Assistant mise en scène …………………………………….. VLAD CHIRITA
Scénographie et costumes ……………………………. CONSTANTIN CIUBOTARIU
Création lumière ………………………………………….. KELIG LE BARS
Création son ………………………………………………… JOHN KACED
Création de l’affiche ………………………………………. Mircea Cantor

Création le 9 décembre 2016 au Teatrul Odeon de Bucarest, entrée au répertoire.
Production: Teatrul ODEON – Compagnie Suzanne M • Avec le soutien du Ministère de la Culture et de la Communication, l’institut français, la région Bretagne et L’ambassade de France en roumanie.
Théâtre de l’Odéon de Bucarest- A partir du 9 décembre 2016 (entrée au répertoire), avec la troupe du Théâtre national de Bucarest

Le texte du spectacle BRÂNCUSI CONTRA STATELOR UNITE est édité chez Curtea Veche, 2016.
Production : Teatrul Odeon — Cie Suzanne M • Avec le soutien du Ministère de la Culture et de la Communication, de l’Institut Français, de la Région Bretagne, et de l’Ambassade de France en Roumanie.

Source : sceneweb

20 01/2016

Alain Françon : « Albee est un auteur magistral » | Sceneweb

mercredi 20 janvier 2016|Catégories: Spectacle Vivant|Mots-clés: , |

Alain Françon remet au goût du jour un classique américain :

« Qui a peur de Virginia Woolf  ?». La pièce d’Edward Albee est un combat féroce entre deux couples au cours d’une nuit d’ivresse. Martha (Dominique Valadié) et George (Wladimir Yordanoff) invitent un couple plus jeune, Honey (Julia Faure) et Nick (Pierre-François Garel). Alain Françon donne à entendre la violence des mots de l’auteur américain.

Il vous fallait ces quatre comédiens pour monter cette pièce ?

Oui mais il faut dire que Dominique Valadié et Wladimir Yordanoff m’ont demandé de monter cette pièce. Et les deux jeunes acteurs (Julia Faure et Pierre-François Garel ) ont été des élèves de Dominique lorsqu’elle était professeur au Conservatoire. Cette pièce ne fait pas partie du mon répertoire habituel, j’ai d’ailleurs un peu hésité et puis finalement je suis tombé sur le livre d’un groupe de psychanalystes et sociologue américains qui s’appelle « La logique de la communication » et il y a 150 pages d’analyse sur la pièce. Ils analysent la forme et le protocole de la parole qui lie George et Martha, comme un conflit coopératif. Je prends la boxe comme métaphore. Il y a des règles. Il y a de cela dans la pièce. C’est comme un protocole de survie entre eux avec des formes inouïes puisqu’ils inventent un enfant fictif. Mais la règle c’est de ne pas en parler. Et la femme va rompre cette règle. Alors George décide de « mettre à mort l’enfant ». Elle est presque plus tragique que s’il était vivant. Mais à la fin ils passent de l’humiliation à l’humilité.

C’est une pièce finalement peu jouée et pourtant les dialogues sont riches

En France dans notre tradition de théâtre psychologique on joue plutôt l’empoignade, le combat physique, comme si on oubliait la matière textuelle. En générale toutes les représentations de la pièce en France ce sont mal déroulées et ont fini par des procès. A la création, Madeleine Robinson et Raymond Gérôme avait chacun leur avocat dans la salle ! J’ai fait comme dans la tragédie classique. Tout ce qui est physique je l’ai fait à l’extérieur. C’est au spectateur à imaginer s’ils se sont mis des coups. Je ne voulais pas qu’ils existent sur le plateau car pour moi les coups sont d’ordre textuel.

Et puis il y a l’absent de la pièce, cet enfant, c’est l’intrigue

On ne peut pas expliquer une œuvre par la vie de son auteur mais tout de même Albee est un enfant adopté et cela s’est mal passé. Beaucoup de ses traumatismes viennent de là. Dans sa littérature il y a beaucoup d’enfants rebelles. Et dans la pièce on ne sait plus s’ils inventent ou non. Mais en fait j’ai enlevé les deux répliques où ils disent qu’ils n’ont pas pu avoir d’enfant. Cet auteur est vraiment magistral.

Propos recueillis par Stéphane CAPRON

Source : Sceneweb.fr

13 11/2015

Trissotin ou les Femmes savantes, version pop baroque de Macha Makeieff | Sceneweb

vendredi 13 novembre 2015|Catégories: Spectacle Vivant|Mots-clés: , , |

Macha Makeïeff fait swinguer les alexandrins de Molière en pleine révolution hippie ! Sa version colorée de la pièce de Molière, « Les femmes savantes » est emmenée par une belle troupe de comédiens survoltés !

Molière avec des robes à fleurs et des pantalons « patte d’éléphant » ! Macha Makeïeff place l’action de la comédie de Molière à la fin des années 60, début des années 70. C’est l’après mai 68, le temps du power flower. Philaminte (exquise Marie-Armelle Deguy) et sa belle-sœur Bélize tentent de s’émanciper des hommes et se lancent dans toutes sortes d’expériences chimiques, plus drôles les unes que les autres. Macha Makeïeff a confié le rôle de Bélize au ténor Thomas Morris, irrésistible dans ce rôle de vieille dame érotomane qui s’extasie lorsque de la fumée en forme de pénis monte dans les éprouvettes !

Une grande vague de bonheur submerge le plateau. Nous sommes chez Molière par la langue, mais aussi un peu chez Feydeau par le rythme imposé sur le plateau et le va et vient incessant des comédiens qui ne se ménagent. Macha famille Macha Makeïeff. A composé une famille totalement timbrée ! Chacun en prend pour son compte. C’est délicieusement bien croqué et caricaturé.

Ces femmes savantes tombent sous le charme d’un usurpateur, Trissotin, qui est ici une sorte de gourou sectaire, androgyne, mélange de Jésus Christ allumé et de Conchita Wurst. Geoffroy Rondeau est à la fois inquiétant et d’une douceur exquise qui fait craindre le pire. Dans cette version pop et baroque de la comédie de Molière, le rire l’emporte dans un mélange des genres absolument réussi.

Source : sceneweb