Théâtre de l’Atelier

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23 03/2020

Peter Stein revient à Tchekhov | La Terrasse | 21_02_20

lundi 23 mars 2020|Catégories: Spectacle Vivant|Mots-clés: |

 

Peter Stein revient à Tchekhov avec Le Chant du cygne, Les Méfaits du tabac, La Demande en mariage et le comédien Jacques Weber.

©Maria_Letizia_Piantoni

D’ANTON TCHEKHOV / MES PETER STEIN

Publié le 21 février 2020 – N° 285

Après une double échappée dans le théâtre de Molière par le biais du Tartuffe et du Misanthrope, le metteur en scène allemand Peter Stein revient à l’un de ses auteurs de prédilection : Anton Tchekhov. Il crée Le Chant du cygneLes Méfaits du tabac et La Demande en mariage, trois pièces en un acte interprétées par Jacques Weber, Marion Combe et Loïc Mobihan.

Pour ce nouveau spectacle, vous retrouvez Jacques Weber qui semble être devenu votre comédien français fétiche. Comment pourriez-vous caractériser la relation artistique qui vous unit l’un à l’autre ?

Peter Stein : C’est une relation de grand respect et de grande fidélité qui a commencé avec ma mise en scène du Prix Martin de Labiche, en 2013, à l’Odéon. Je crois que ce qui plaît à Jacques Weber, c’est que je suis un metteur en scène très traditionnel, un metteur en scène qui envisage le théâtre de façon artisanale. Ce qui implique notamment de centrer mon travail sur l’acteur et la force de jeu qu’il est capable de déployer sur scène. Je suis très fier et très ému qu’un artiste de son envergure me fasse ainsi confiance, de spectacle en spectacle, pour l’accompagner dans son chemin d’acteur. C’est un grand cadeau qu’il me fait.

Comme vous le dites, l’art de l’acteur se situe au cœur de votre univers de création. Que cherchez -vous à explorer et à atteindre avec les comédiens que vous dirigez ?

  1. : J’appartiens à une catégorie de metteurs en scène qui n’existent plus. J’entends par là des metteurs en scène dont la préoccupation essentielle est d’éclairer l’œuvre d’art dont ils s’emparent et non d’essayer de se mettre en avant. Ce sont les acteurs qui me permettent de vraiment comprendre les textes que je mets en scène. C’est grâce à eux, à leur talent, à la puissance de leur art, que je réussis à percevoir la vérité profonde des chefs-d’œuvre de la littérature dramatique. J’en serais, je crois, incapable tout seul, malgré les connaissances que je peux avoir sur les auteurs, sur la place qu’ils occupent dans l’histoire du théâtre, sur la philosophie de leurs œuvres… Toutes ces choses sont évidemment fondamentales, mais sans l’expérience concrète à laquelle les acteurs donnent naissance sur scène, il me serait difficile de saisir toute la complexité des grandes pièces du répertoire. Les comédiens sont comme mes yeux, comme mes oreilles, comme mon cerveau… Même si je sais que, comme moi, ils ne sont pas très intelligents ! Mais, ensemble, nous pouvons parvenir à révéler le cœur d’un texte : comme des nains qui grimperaient les uns sur les autres et parviendraient ainsi à une hauteur qu’ils auraient été incapables d’atteindre individuellement.

 

« CE SONT LES ACTEURS QUI ME PERMETTENT DE COMPRENDRE LES TEXTES QUE JE METS EN SCÈNE. »

Pourquoi vous plonger aujourd’hui dans Le Chant du cygneLes Méfaits du tabac et La Demande en mariage d’Anton Tchekhov ?   

  1. : L’œuvre d’Anton Tchekhov représente un peu mon théâtre de prédilection. A côté des pièces des auteurs grecs classiques, cette écriture est sans doute celle pour laquelle j’ai le plus de considération. Lorsque Jacques Weber m’a demandé avec quel texte nous pourrions poursuivre notre chemin commun, je lui ai proposé ces trois pièces qui sont comme des monologues.

 Qu’avez-vous mis à jour à leur propos en commençant à répéter avec vos comédiens ?

  1. : Nous avons découvert que Le Chant du cygne et Les Méfaits du tabacne sont pas des farces, seule La Demande en mariage en est une. Ces deux premières pièces présentent des personnages tragiques, des personnages plongés dans des crises existentielles extrêmement vives. C’est très émouvant de découvrir ainsi un angle de vision auquel on ne s’attendait pas. Cela change évidemment la façon dont on s’empare de ces textes : on ne les aborde pas comme des comédies, mais comme on le ferait de n’importe quelle grande pièce de Tchekhov.

Qu’est-ce qui, pour vous, fait la grandeur de cette écriture 

  1. : Tout d’abord sa simplicité. Et puis, c’est l’écriture d’un pionnier, une écriture qui a permis, grâce à de nombreuses innovations, au théâtre européen du XXème siècle de naître. Enfin, Tchekhov est un auteur absolument sincère, un auteur à la recherche de la vérité personnelle des personnages qui peuplent ses pièces. Ceci, en faisant preuve à leur égard d’un grand amour, mais aussi d’une grande cruauté. C’est sans doute ce qui permet à ces personnages d’être, comme ils le sont, profondément vivants.

Entretien réalisé par Manuel Piolat Soleymat

16 12/2019

Pierre Richard : « Je n’ai pas de mérite à aimer la vie, mais je suis très pessimiste sur le monde » | Le Monde

lundi 16 décembre 2019|Catégories: Spectacle Vivant|Mots-clés: |

 

Par  Sandrine Blanchard

Publié hier à 01h54, mis à jour hier à 07h56

ENTRETIEN

Je ne serais pas arrivé là si… « Le Monde » interroge une personnalité sur un moment décisif de son existence. Cette semaine, l’acteur et réalisateur explique en quoi ses origines, mi-immigrées mi-aristocratiques, l’ont amené à composer son personnage de poète burlesque.

Avec son personnage lunaire, Pierre Richard a longtemps incarné le cinéma burlesque populaire. Aux côtés de ses amis Jean Carmet ou Gérard Depardieu, cet acteur et réalisateur a attiré des millions de spectateurs dans les salles.

A 85 ans, il n’a quitté ni le grand écran ni le théâtre. Il revient, jusqu’au 8 mars 2020, dans Monsieur X, la nouvelle création de Mathilda May au Théâtre de l’Atelier à Paris. Un spectacle sans paroles mais tout en mouvement, dans lequel Pierre Richard est seul en scène.

Je ne serais pas arrivé là si…

… Si mon grand-père maternel, qui était mon idole, mon dieu, n’avait pas dit à ma mère, juste avant de mourir : « Pierre sera le seul de mes petits-fils qui y arrivera. » J’avais 11 ans, c’était comme une sorte de message. J’ai galéré pendant plusieurs années, mais sans impatience, sans stress, sans angoisse, parce que j’étais porté par cette phrase.

En disant cela, mon grand-père ne pensait pas que je ferais du théâtre ou du cinéma. « Y arriver », c’était au sens large. Mais cette prédiction m’a aidé dans les moments où j’aurais pu désespérer. Elle m’a rendu confiant, patient.

Pourquoi ce grand-père était-il votre « dieu » ?

C’était aussi le dieu de ma mère. J’admirais son parcours d’Italien immigré. Onzième d’une famille issue d’un petit village près d’Ancône, il a, à l’âge de 20 ans, traversé l’Italie à pied, en faisant tous les métiers : bûcheron, tailleur, etc., pour finalement arriver à Valenciennes (Nord) – où je suis né.

Intelligent, il a fini par monter une petite entreprise, puis une moyenne, puis une grosse. Il avait la même prestance, le même physique de colosse, les mêmes colères homériques que Raimu, acteur dont j’étais fou. Il pouvait monter très haut, puis ne plus très bien savoir pourquoi il était en colère, ça en devenait touchant !

Est-ce ce grand-père qui vous a envoyé en pension ?

Non, c’est l’autre. Mais je ne lui en veux pas. Ce n’était tellement pas le même monde, la même philosophie de la vie. Mon grand-père paternel était un polytechnicien, rigide, directeur d’une aciérie du Nord. J’étais, à ses yeux, un petit couillon qui ne foutait pas grand-chose. J’ai vécu une enfance en étant des deux bords : d’un côté, un château avec un aristocrate et, de l’autre, un immigré italien. Cela m’a fait faire des grands écarts constants, m’a donné une grande souplesse avec, parfois, des choses qui me stupéfiaient.

« J’étais, à ses yeux, un petit couillon qui ne foutait pas grand-chose. »

Mon grand-père paternel était profondément catholique, profondément croyant, mais il pouvait dire à sa femme : « Ce Lumumba [une des figures de l’indépendance du Congo belge], il n’y aurait personne pour l’assassiner ? » Tout ça parce qu’il avait des intérêts industriels au Congo belge ! Ce type pouvait à la fois aller à l’église et balancer des choses pareilles. Cela pose des questions fondamentales sur la complexité humaine.

Votre père, lui, était totalement absent…

Mon père a quitté ma mère avant que je naisse. C’est pour cela que mon grand-père maternel a été si important. C’était ma figure masculine. Il avait une énorme affection pour moi. Mon père a été banni de la famille par mon grand-père paternel. Pendant quinze ans, il n’a jamais voulu le voir. Il a fallu les fausses langueurs de ma grand-mère pour qu’il accepte que mon père revienne dans le giron.

Pourquoi vous ne « foutiez pas grand-chose » ? Vous n’aimiez pas l’école ?

Non seulement je n’aimais pas l’école, mais en plus j’avais une bonne raison : j’étais en pension ! Ça n’aide pas à l’aimer ! Je suis le contraire des 45 millions de Français de l’époque : pendant la guerre, je vivais une vie de petit sauvageon, à la Huckleberry Finn. Une grande liberté. Et quand Paris a été libéré, moi j’ai été enfermé ! Sept années de pension religieuse, de dortoir glacé, de nourriture infecte. Face à cette réalité, je foutais le camp dans ma tête, le rêve éveillé était la seule façon de m’en sortir.

Mais, au fond, cet univers a peut-être contribué, de manière inconsciente, à ce que je devienne acteur. En pension, il n’y avait pas trente-six manières de survivre : c’était soit être très fort physiquement, soit très fort intellectuellement, soit être très drôle. Faire rire ses camarades était très important. Il y en avait toujours qui disaient : « Ne touche pas à Pierre parce qu’il me fait rire ». J’étais le bouffon du roi, le roi étant celui qui était le plus costaud de la classe. Le dimanche, je rentrais chez moi : j’étais le seul qui mangeait de la merde pendant six jours et du caviar le septième ! Mais je m’emmerdais les dimanches dans ce château, sans frère et sœur et sans copain. Je me promenais dans le parc, je lisais Racine, Camus.

Pourquoi vous sentiez-vous « inadapté » à ce milieu familial aristocratique ?

Ah, ça, c’est sûr que je me sentais inadapté ! C’est un sentiment que j’éprouvais mais que je n’analysais pas. J’avais le don de faire exactement le contraire de ce qu’on attendait de moi.

Je me souviens qu’un jour où des invités devaient arriver, j’avais, avec un bâton, écrit « merde » en énorme sur le terre-plein en graviers rouges devant l’entrée du château familial. Je ne vous dis pas le scandale dans la famille ! Pourquoi ai-je fait ça ? J’étais sans doute anar sans le savoir. J’avais d’ailleurs lu beaucoup de choses sur les anarchistes, notamment Marius Jacob [1879-1954]. J’aurais bien aimé faire un film sur lui.

L’année du bac, vous découvrez au cinéma Danny Kaye, dans « Un fou s’en va-t-en guerre ». Et ce film vous bouleverse. Pourquoi ?

Je ne serais pas arrivé là si je n’étais pas allé, un après-midi, au cinéma Novéac, à Valenciennes, au lieu d’aller au lycée. Avant cette séance, je ne savais absolument pas ce que je voulais faire après le bac. Et là, j’ai eu un coup de foudre. J’ai vu un acteur – que je ne connaissais pas car je n’allais pas souvent au cinéma – grand, blond, qui chantait, dansait, qui était drôle et émouvant. J’ai été pris d’une extase, ce fut presque mystique ! J’avais compris : voilà ce que je veux faire ! C’était une révélation. Evidemment, je n’ai rien dit à ma famille car je n’étais pas censé sécher les cours pour aller au cinéma.

« On ne vous demandait pas d’être connu mais d’être bon. Et surtout drôle. »

Dès que j’ai eu mon bac, j’ai quitté Valenciennes pour retrouver ma mère à Paris et m’inscrire au cours Charles-Dullin. Elle ne m’a jamais freiné dans mon souhait de devenir comédien. C’est un des rares privilèges d’avoir des parents divorcés. D’un côté, on m’a dit « non », de l’autre, « oui bien sûr », rien que pour emmerder l’autre moitié ! J’ai divisé pour mieux régner. Mais j’ai enlevé mon nom – Defays – et je n’ai gardé que mon prénom – Pierre-Richard – pour ne pas gêner la famille.

 

 

Comment s’est fait le passage au music-hall ?

Grâce aux conseils d’un ami, j’ai rencontré Victor Lanoux et on s’est mis à travailler ensemble. Comme tous les jeunes acteurs, on avait besoin de gagner de l’argent. A l’époque, il y avait les cabarets de la rive gauche. On ne vous demandait pas d’être connu mais d’être bon. Et surtout drôle. On s’est produit à L’Ecluse, où Barbara faisait ses débuts, et à la Galerie 55, où démarraient des artistes comme Jean Yanne, Jacques Dufilho, Guy Bedos… Notre duo a eu la chance d’être pris pour les premières parties de Brassens, une des personnes les plus attachantes que j’ai connues dans le métier.

Mais si j’en suis là, c’est parce qu’en 1962, j’ai décroché un tout petit rôle dans une pièce de Bertolt Brecht – Dans la jungle des villes – mise en scène par Antoine Bourseiller. Trois ans après, Bourseiller m’appelle : « Je vais te faire passer une audition pour une pièce de Slawomir Mrozek, mais je te préviens, ce n’est pas moi qui choisis, ce sera l’acteur principal, quelqu’un de très connu ». Trois jours après l’audition, j’apprends qu’Yves Robert m’a choisi. Encore un « je ne serais pas arrivé là si… » !

Et deux ans plus tard, Yves Robert vous offre un rôle dans « Alexandre le bienheureux ». Pendant le tournage, il vous dit : « Tu n’es pas un acteur, tu es un personnage. Fais ton cinéma ». Vous avez toujours dit que c’est le meilleur conseil qu’on vous ait donné. Pourtant, cela aurait aussi pu vous déstabiliser ?

N’oubliez jamais la phrase de mon grand-père ! En réalité, je n’avais conscience de rien. Mais ce conseil d’Yves Robert n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd.

« Burlesque, poétique et contestataire : tels étaient les fondements de mon cinéma. »

Quand j’ai raconté tout cela à mes copains, André Ruellan m’a dit : « Tu devrais lire Les Caractères de La Bruyère ». Le lendemain j’ai acheté le livre et lu le portrait de Ménalque le distrait. Il avait raison, c’était pour moi. Ruellan et moi, nous nous sommes mis à écrie Le Distrait. Un an plus tard, je suis allé voir Yves Robert : « Tu te souviens de ce que tu m’avais dit ? Eh bien, voilà un film. » Il a lu le scénario et m’a annoncé : « Tu vas le faire toi-même. »

Vous dites souvent que votre cinéma est « burlesque et poétique, dénonciateur et dévastateur »…

Cela a été le cas des trois premiers films que j’ai réalisés : Le Distrait était une satire de la pollution de la publicité. Je n’ai pas réussi mon coup, le problème s’est aggravé ! Les Malheurs d’Alfred dénonçait l’imbécillité des jeux télés. Ça ne s’est pas arrangé non plus. Et Je sais rien, mais je dirai tout – le plus personnel car j’étais le fils d’un gros industriel et me préoccupais de social – était contre la vente d’armes. Là encore, ça ne s’est pas arrangé !

Burlesque, poétique et contestataire : tels étaient les fondements de mon cinéma. Par la suite, je me suis prêté à d’autres metteurs en scène en étant moins attentif à ce triangle. J’ai fait beaucoup de burlesque, quelquefois poétique, mais j’ai oublié la contestation. Je le regrette parfois.

Le public va rapidement apprécier votre personnage inadapté au monde. Comment expliquez-vous cet attachement ?

Quand Le Distrait est sorti, en 1970, je n’étais pas connu. J’ai eu la chance d’avoir Bernard Blier à mes côtés. A sa sortie, le film a bien marché. Yves Robert m’a dit : « Tu as de la chance, le public adore ton personnage parce que la distraction est un défaut poétique. Les gens qui sont comme toi s’identifient et les autres, ça les fait rire. »

Par contre, cela a été plus compliqué avec la critique…

J’étais parfois critiqué assez méchamment. Dans Combat, lors de la sortie du Grand blond avec une chaussure noire (1972), le critique Henry Chapier s’étonnait de mon succès et trouvait cela désolant. Sinon, j’étais toujours considéré avec une certaine condescendance.

« Pour recevoir le César d’honneur, j’ai mis un smoking mais des baskets blanches. C’était une manière de dire : je ne suis pas contre vous, mais je ne suis pas non plus avec vous. »

Il a fallu que j’attende quarante années pour que Les Inrocks sortent un long papier. J’étais stupéfait qu’on reconnaisse pour la première fois mon style de cinéma. Quinze jours après, c’était Télérama, puis Les Cahiers du cinéma : je me demandais ce qui se passait ! Et puis, en 2006, j’ai même eu droit aux honneurs de la Cinémathèque française.

D’où, aussi, mon énorme étonnement, ma stupéfaction même, quand j’ai reçu, cette année-là, le César d’honneur. Je ne voulais pas y aller mais, autour de moi, tout le monde m’y a incité. J’ai mis un smoking, parce que c’était obligatoire, mais des baskets blanches. C’était une manière de dire : je ne suis pas contre vous, mais je ne suis pas non plus avec vous.

Pourquoi dites-vous souvent que votre film préféré, c’est « Le Jouet » ?

Pour plusieurs raisons. D’abord – et c’est une chose très étonnante de la part du réalisateur Francis Veber qui est vraiment tout sauf un homme de gauche – ce film dénonce la puissance de l’argent, avec une charge virulente contre Marcel Dassault, et décrit des relations père-fils nulles, comme celles que j’ai eues avec le mien. Ensuite, le talent de Veber a été de parvenir à faire une satire sociale tout en étant drôle. Enfin, il y a une raison plus personnelle : l’admiration et l’affection que j’ai pour Michel Bouquet. L’idée de jouer avec lui me terrorisait, mais on a tout de suite eu des rapports formidables.

Votre père est-il toujours resté un inconnu pour vous ?

Oui. Mon père était une espèce de seigneur des temps modernes, toujours avec de belles voitures et de belles femmes. Un jour où je tournais une séquence au casino de Deauville pour Je suis timide mais je me soigne, j’avais demandé à un salarié du casino si mon père y était déjà venu jouer. Il est allé consulter un gros livre : « Ah oui, il est venu et on lui autorisait des découverts énormes ! » Mon père a passé son temps dans les casinos, aux courses de chevaux et à la chasse. Il a fini fauché car il a tout perdu. Un jour, il m’a attendu à la sortie de la Galerie 55 où je jouais avec Victor Lanoux pour m’inviter à boire un verre. En fait, c’était pour me demander de l’argent, alors qu’à l’époque je gagnais 50 francs par soir ! C’est pour vous dire dans quel état il s’était mis !

A 85 ans, vous remontez seul sur scène dans un spectacle sans paroles. Qu’est-ce qui vous a séduit dans le projet ?

L’idée de Mathilda May m’a séduit. Au fond, je fais dans cette pièce ce que je faisais à une époque au cinéma. Je dis toujours non aux scénarios qui annoncent : « Il est dans une chambre d’hôpital avec un déambulateur. »

« Je n’ai jamais pris mon métier pour un travail. »

Avec ce spectacle, je retrouve tout ce que j’aime : la musique, le rythme, le muet. Tout passe par le corps, c’est complètement fou. C’est un défi, mais ça m’amuse beaucoup.

Finalement vous êtes heureux de votre parcours ?

Je n’ai jamais pris mon métier pour un travail. J’ai fait 70 films, je me suis amusé 70 fois, à deux ou trois exceptions près. J’ai eu du bol.

Je n’ai pas de mérite à aimer la vie. En revanche, je suis très pessimiste sur le monde. La déforestation massive, la fonte des glaces, la pollution des océans, les animaux qui disparaissent… c’est atterrant. Le communisme a raté son coup et le capitalisme est en train de nous foutre en l’air. Nicolas Hulot a eu raison de dire que capitalisme et écologie sont fondamentalement antinomiques. Tant qu’on voudra gagner un maximum d’argent dans un minimum de temps, on bousillera la planète. Et je ne vois pas le capitalisme disparaître…

« Monsieur X », écrit et mis en scène par Mathilda May, jusqu’au 8 mars 2020 au Théâtre de l’Atelier à Paris

www.theatre-atelier.com

18 10/2019

LA PROMESSE DE L’AUBE | STEPHANE FREISS | LE FIGARO

vendredi 18 octobre 2019|Catégories: Spectacle Vivant|Mots-clés: |

Romain Gary au coin du feu au Théâtre de l’Atelier

30 05/2019

Mademoiselle Julie | Le Figaro 29 -05-19

jeudi 30 mai 2019|Catégories: Spectacle Vivant|Mots-clés: |

Anna Mouglalis, la violence de Mademoiselle Julie

Xavier Legrand et Anna Mouglalis dans 
Mademoiselle Julie.

MORCEAU CHOISI – Face à Xavier Legrand, exceptionnel, et Julie Brochen, qui signe la mise en scène et joue Christine, elle est fascinante.

Le décor est à vue. Simple. Sur le plateau de l’Atelier, on distingue au lointain un passage. Un escalier derrière un voilage, les échos de la fête. La vie qui va, en cris, musique, piétinements de la danse, éclats de rire. Mais tout se jouera dans la cuisine, dans la chaleur d’une nuit de Saint-Jean.

Mademoiselle Julie a dansé avec les employés, les paysans. Son père est en déplacement, il ne rentrera qu’à l’aube. Sa mère est depuis longtemps morte. Mademoiselle Julie n’est plus une adolescente. Elle a 24 ans. Elle est une jeune femme en crise. Un être qui a mal grandi, déchirée qu’elle a été par les injonctions contradictoires de sa mère. Un grand caractère, cette figure dessinée en creux. Mais une épouse très perturbée, rêvant d’indépendance, élevant sa fille comme un garçon.

Les malheurs s’héritent parfois. La mélancolie aussi. Julie va mal. Julie est impressionnante tant son désespoir est profond. Tant elle peut apparaître odieuse, méprisante, perverse dans son jeu avec Kristin, la cuisinière, et le fiancé de celle-ci, Jean, serviteur du comte. La pièce a été écrite par August Strindberg en 1888. Dans la remarquable traduction de Terje Sinding, elle frappe par sa violence, sa crudité, la tension permanente, la cruauté de ce qui se dit, par-delà l’attirance sexuelle d’une jeune aristocrate pour un valet. Et par-delà les souvenirs enchantés de ce dernier. Strindberg, qui parlait de sa pièce comme d’une «tragédie naturaliste», lui donne une densité de pierre. Il se dit tant en l’espace d’une heure vingt… Il connaît la complexité des âmes.

Les chansons de Gribouille

Jean est un homme intelligent, cultivé, entreprenant. En rien un rustre. Julie Brochen, qui signe la mise en scène à la demande d’Anna Mouglalis et Xavier Legrand, impose la présence silencieuse, douloureuse, de Kristin. Elle est très humaine et fière, elle aussi. Car dans cette nuit de pensées, de sentiments, de gestes paroxystiques, d’humeurs toxiques, la fierté blessée, pour Jean, la fierté aveuglée pour Julie, est comme le feu d’une ordalie païenne. Jamais on n’aura si bien entendu ce que dit Strindberg, et qui dérange, et qui bouscule, et qui heurte, et qui blesse, que dans cette production.

» LIRE AUSSI – Xavier Legrand, un réalisateur qui a l’étoffe des lions

Xavier Legrand est un comédien exceptionnel. Le cinéaste de Jusqu’à la garde , passé par le Conservatoire, comme Anna Mouglalis, est d’une finesse étourdissante. Tout est juste, acéré, déchirant. Face à lui, Anna Mouglalis, si belle, à la voix si envoûtante, silhouette déliée dans les costumes harmonieux de Lorenzo Albani, passe par toutes les nuances qu’exige Strindberg. De l’abandon d’une petite fille à la fureur d’une Gorgone. Elle communique à la salle un vertige troublant. Julie Brochen montre tout. La mort, le sang. Curieusement, elle ponctue les mouvements de la pièce de chansons de Gribouille. Qui se souvenait qu’elle célébrait Julie, l’androgyne à voix grave?

«Mademoiselle Julie», Théâtre de l’Atelier (Paris XVIIIe), à 19 heures du mardi au samedi, 15 heures le dimanche. Durée: 1 h 20. Jusqu’au 30 juin. Tél. : 01 46 06 49 24.

 

27 03/2019

Aurélia Thierrée, une acrobate sublime |L’EXPRESS 26 – 03-19

mercredi 27 mars 2019|Catégories: Spectacle Vivant|Mots-clés: |

SUR LES PLANCHES

Les spectacles à voir (ou pas)

Par Igor Hansen-Love 

publié le 26/03/2019 à 16:00 , mis à jour à 17:07

Un spectacle d’une rare poésie (Bells and Spells), un Molière au goût du jour (Les Fourberies de Scapin)… Les recommandations scènes de L’Express.

Bells and Spells

Théâtre de l’Atelier, Paris (XVIIIe). Jusqu’au 12 mai. 

La note de L’Express : 18/20 

Place au plus beau spectacle du mois, de l’année, de la décennie… Et peut-être même du siècle. A cheval entre la danse, le mime, la magie nouvelle, le cirque et le théâtre d’objet, cette courte pièce (1h10) créée au théâtre des Célestins, à Lyon, en juillet 2018, met en scène les tribulations d’une jeune femme cleptomane (l’élégante et la sublime Aurélia Thierrée, soeur de James Thierrée et petite-fille de Charlie Chaplin) poursuivie par un soupirant alcoolique désoeuvré (Jaime Martinez) dans un monde imaginaire à l’esthétique joliment vintage (évoquant l’univers des cabarets pendant les années folles) peuplé par de créatures fantastiques. Ici, les portemanteaux se transforment en oiseaux préhistoriques ou en taupes, les draps deviennent des partenaires de danse et les corps se disloquent régulièrement, sans douleur, pour se réassembler quelques minutes plus tard.

Jamais mièvres, les numéros (muets pour la plupart) s’enchaînent avec une fluidité remarquable, comme si un tapis roulant filant à vive allure avait été installé sur la scène (la performance est à saluer). Les idées de mise en scène – signée par Victoria Thierrée Chaplin, la mère de l’acrobate – fusent. Et les émotions se bousculent : le rire, le suspense, l’émerveillement, la peur… Rares sont les spectacles où la poésie est aussi ensorcelante et contagieuse. Un véritable petit bijou. I.H.-L.

18 03/2019

Aurélia Thierrée L’art de la cambriole | Le Figaro 15-03-19

lundi 18 mars 2019|Catégories: Spectacle Vivant|Mots-clés: |

Par Armelle Héliot

Mis à jour le 15/03/2019 à 19h10 | Publié le 15/03/2019 à 17h04

Dans Bells and Spells, imaginé par Victoria Chaplin, elle enchante en kleptomane dans des apparitions enjouées.

Tout un monde, c’est tout un monde que celui d’Aurélia Thierrée qui, avec «Bells and Spells»(«Cloches et sorts», un titre plus musical en anglais), suit le fil de ses précédentes créations tout en élargissant son cercle. Après « L’Oratorio d’Aurélia », en 2003, puis «Murmures des mur»s en 2011, la sœur aînée de James Thierrée se remet entre les mains de leur magicienne de mère, Victoria Thierrée-Chaplin, pour vivre les aventures si particulières du personnage déroutant que l’on découvre sur le plateau du Théâtre de l’Atelier.

 

Chez les Thierrée-Chaplin, on pratique la magie cousue main. Et le merveilleux n’en est que plus enchanteur

Aurélia Thierrée n’est pas seule. Elle est accompagnée du danseur Jaime Martinez qui partageait déjà le plateau de «Murmures des murs». Mais, d’entrée, la première scène réunit quatre interprètes et, pour faire fonctionner avec fluidité les inventions de Victoria, pas moins de cinq personnes sont nécessaires. Elles sont intégrées au jeu, déplaçant à vue certains éléments scéniques ou tenant lieu, même fugitivement, de véritables protagonistes. Cinq qu’il faut saluer: Baptiste Bridon, Marco d’Amico, Régine Marangé, Monika Schwarzl, Gerd Walter. Ils ont la souplesse et la grâce des danseurs.

Dans ce monde, on ne connaît pas la vidéo, les nouvelles technologies ni même ces tubes de néon qui sont du dernier chic au théâtre. Non. Chez les Thierrée-Chaplin, on pratique la magie cousue main. Et le merveilleux n’en est que plus enchanteur.

Difficile de raconter «Bells and Spells». Tout fonctionne comme dans un rêve, en enchaînements pas toujours rationnels. Mais la logique a sa part! On pourrait dire que le personnage incarné par Aurélia est une kleptomane, une chapardeuse qui adore faire disparaître les objets, même ceux dont elle n’a aucune utilité. Ce fil ténu court tout au long de la représentation mais se ramifie.

 Étonnantes métamorphoses

Un spectacle de Victoria Thierrée-Chaplin, c’est comme un bel arbrisseau avec ses tiges souples et ses feuilles nervurées. C’est fait d’un matériau vivant, vibrant. Les objets, avec elle, ont une âme et son aptes à d’étonnantes métamorphoses. C’est ce qui fascine le plus dans son travail. Devant chaque image, chaque tableau, on se demande: mais comment ça marche? Comment fait-elle? Son imagination la conduit vers des zones très étranges. Un peu archaïques. On a souvent le sentiment d’être du côté des pays de l’Est, avec sombres boiseries, lustres à pendeloques, bijoux de strass, violon tsigane. Qu’on les voie ou non! L’équipe artistique réunie fait de chaque seconde un miracle: son, lumières, costumes, chorégraphie, c’est toute une troupe qui se cache derrière ces fantasmagories.

Et l’imagination de Victoria demeurerait inerte si Aurélia n’était pas là pour lui donner cohérence et vitalité. Dans «Bells and Spells», on l’entend parler, ce qui est une nouveauté. Oh! Elle chuchote, elle lance des répliques furtives. Son art, c’est son corps, sa présence, sa mobilité de vif-argent, son regard. Elle a conservé, à plus de quarante-cinq ans, une silhouette de ballerine et l’espièglerie et la gravité mêlées d’une petite fille. Cela aussi, c’est de famille! Frêle comme un oiseau, Jaime Martinez est un partenaire de conte. Aigu, léger, il joue des claquettes et se fond dans l’étoffe des songes.

Bref, le spectacle séduira aussi bien les jeunes que leurs aînés. Rares sont ces moments à partager, heureux.

Théâtre de l’Atelier, à 21 heures du mardiau samedi, 15 heures dimanche. Durée: 1 h 20. Tél.: 01.46.06.49.24. Jusqu’au 12 mai.

20 04/2017

Weber et Morel rejouent le débat Mitterrand-Chirac: « En 1988, c’était sauvage » | L’Obs

jeudi 20 avril 2017|Catégories: Spectacle Vivant|Mots-clés: , |

Entre les deux tours de la présidentielle, Jacques Weber et François Morel vont jouer le dernier grand débat télévisé entre François Mitterrand et Jacques Chirac. Ils nous disent pourquoi, et ce qu’ils pensent de l’élection qui vient.

Entre le premier et le second tour de l’élection présidentielle, le Théâtre de l’Atelier à Paris propose cinq représentations exceptionnelles de « Débat 1988, Mitterrand-Chirac ». Avec Jacques Weber et François Morel. Deux vieux routiers du spectacle en qui vont se réincarner, pour quelques jours, deux vieux briscards de la ­politique.

Le débat Chirac/Mitterrand, à la veille du second tour de la présidentielle de 1988,
animé par Michèle Cotta et Elie Vannier. (Barthelemy/Sipa)

En septembre dernier, Weber a publiquement apporté son soutien à Jean-Luc ­Mélenchon. Il a maintenant l’air de ne plus savoir sur quel pied danser. Morel, lui, tout en se déclarant de gauche, semble n’être fanatique de personne. Ecoutons-les débattre avant le débat.

Source : L’Obs