Théâtre national de Marseille «La Criée» – Direction Macha Makeïeff

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23 10/2017

La Fuite ! – Théâtre / Critique – Journal La Terrasse

lundi 23 octobre 2017|Catégories: Spectacle Vivant|Mots-clés: |

La Fuite !

THÉÂTRE GÉRARD-PHILIPE – CDN DE SAINT-DENIS / DE MIKHAÏL BOULGAKOV / MES MACHA MAKEÏEFF

La directrice du Théâtre national de Marseille revient sur son histoire familiale à travers une pièce de Mikhaïl Boulgakov relatant l’exil des Russes blancs au début des années 1920. C’est La Fuite !, une grande fresque théâtrale qui déploie tous les charmes poétiques des rêves.

Une petite fille est là, au sein d’une chambre, à l’avant-scène. Près d’un lit. Dans une forme de pénombre. De beau clair-obscur onirique. Il s’agit bien là d’un rêve. Le rêve d’une metteure en scène, Macha Makeïeff, qui avant de se lancer dans l’œuvre de Boulgakov (1891-1940), se revoit enfant, auprès de sa grand-mère, en train d’écouter les récits exaltants et dangereux qu’elle lui racontait, des années après avoir dû quitter la Russie et s’installer en France. Ce sont de tels récits – d’exil, de paradis perdus, d’ailleurs incertains, de destins à reconstruire… – qui composent les huit songes de La Fuite !. Dans cette comédie fantastique, l’auteur du Maître et Marguerite revient sur l’exode des Russes blancs, au début des années 1920, à la suite de la prise de pouvoir bolchévique. Il nous entraîne dans les pérégrinations d’une société bigarrée : des femmes et des hommes en perte de repères tentant de survivre au sein d’un monde en pleine débâcle.

De Sébastopol à Paris, en passant par Constantinople

Dans la représentation que signe Macha Makeïeff, ce monde nous apparaît à travers tous les accents de son excentricité, de sa drôlerie, de sa mélancolie. Comme à l’intérieur d’un vaste rêve, les lieux se succèdent et le temps s’éfaufile. Les personnages vivent avec démesure. D’un pays à l’autre, ils s’opposent, s’aiment, se perdent, livrent le combat de l’existence. Ils sont une trentaine, incarnés par une troupe d’interprètes absolument remarquables : Pascal Rénéric, Vanessa Fonte, Vincent Winterhalter, Thomas Morris, Geoffroy Rondeau, Alain Fromager, Pierre Hancisse, Sylvain Levitte, Samuel Glaumé, Karyll Elgrichi, Emilie Pictet. C’est toute la matière de cette course folle qui nous touche par leur biais. Et par le biais des tableaux d’une grande beauté composés par la directrice du Théâtre de La Criée (les lumières sont de Jean Bellorini, la création sonore est de Sébastien Trouvé). Entre fulgurances esthétiques et densité d’un jeu d’acteurs très corporel, Macha Makeïeff trouve ici un parfait équilibre. Elle nous suspend au fil de son enfance et nous plonge dans un rêve de théâtre profondément personnel.

Manuel Piolat Soleymat

19 10/2017

« La Fuite ! » : le rêve noir de Bougalkov et Makeïeff | Les Echos Week-end

jeudi 19 octobre 2017|Catégories: Spectacle Vivant|Mots-clés: , |


Défait, l’état-major russe blanc prépare sa « fuite ». © Pascal Victor/ArtComPress

Créée à La Criée, à Marseille, « La Fuite ! », comédie fantastique en huit songes de Mikhaïl Boulgakov, est promise à une longue tournée. Macha Makeïeff en a fait une belle fugue onirique et burlesque, portée par des comédiens habités.

« La Fuite ! » est sans doute le spectacle le plus ambitieux de Macha Makeïeff. D’abord parce que la pièce de Mikhaïl Boulgakov est un monstre, une épopée de plus de trois heures qui retrace en huit « songes » et 22 personnages le (mauvais) trip des Russes blancs prenant le large après leur défaite face aux bolcheviques. Ensuite, parce qu’il s’agit du projet le plus personnel de la directrice de La Criée. Ces rêves grinçants, peuplés de « vaincus » écorchés vifs et fantasques (officiers psychopathes ou en perdition, femmes bafouées, artistes de foire, idéalistes en mal d’idéal) lui rappellent étrangement les « cauchemars éveillés » de sa grand-mère, recluse avec son mari dans leur sombre appartement lyonnais après un périple comparable.

Avant d’enclencher la machine à rêves, Macha Makeïeff raconte son histoire en voix off et se met elle-même en scène, enfant. On retrouvera la petite Macha, dans un halo de lumière à la fin de ce fantastique voyage qui nous aura conduits à un train d’enfer de Tauride, en Crimée, puis de Constantinople et Paris, à l’aube des années 1920. La metteuse en scène s’approprie ainsi totalement, intimement, l’oeuvre censurée (comme tant d’autres) par Staline. « La Fuite ! » n’est pourtant pas une quelconque tentative de réhabilitation de la Russie tsariste et de ses partisans, juste une mise en abîme ironique et désespérée de la folie des hommes, de l’absurdité de la guerre civile et de la douleur de l’exil.

DÉCOR ÉBLOUISSANT

Macha Makeïeff, aidée d’une belle troupe de comédiens habités (Pascal Rénéric, Vanessa Fonte, Karyll Elgrichi, Alain Fromager, Vincent Winterhalter, Pierre Hancisse, Sylvain Levitte…) orchestre une grande « fugue » onirique et burlesque, truffée d’images puissantes et de points de suspension mélancoliques. Le grand décor amovible (gare, bureau du renseignement, fête foraine, appartement parisien…) et les costumes variés, signés de la metteuse en scène, sont éblouissants. De même que les lumières bigarrées imaginées par Jean Bellorini, directeur du TGP (le cousinage artistique entre la femme et l’homme de théâtre se confirme ici avec brio).

On n’oubliera pas non plus le fin regard complice d’Angelin Preljocaj porté sur les chorégraphies. Car on danse, on joue de la musique (accordéons, cuivres…) et on chante dans cette « Fuite ! » marseillaise. Le rêve noir de Bougalkov est magnifié par tous les arts. Macha Makeïeff a réussi son pari, en portant à son acmé une forme de théâtre satirique, onirique et flamboyant. Bougalkov, pour rire, pour pleurer… et pour rêver.

Philippe Chevilley

LA FUITE ! de Mikhaïl Boulgakov
Macha Makeïeff, à Marseille Théâtre de La Criée (04 91 54 70 54). Jusqu’au 20 oct. Puis tournée : Nice (7 au 9 nov.), Tarbes (14-15 nov), Corbeil-Essonnes (21 nov.), TGP Saint-Denis (29 nov.-16 Déc.), Toulon Théâtre Liberté (21-22 déc.), Lyon – Célestins (9-13 janv.) Angers Le Quai (19-20 janv.)

Source: Les Echos

9 10/2017

La Fuite de Boulgakov ressuscitée par Macha Makeïeff | Sceneweb

lundi 9 octobre 2017|Catégories: Spectacle Vivant|Mots-clés: , |


© photo Pascal Victor/ArtComPress

S’il y a un spectacle qui va marquer la carrière de Macha Makeïeff, c’est bien celui-là. La directrice de La Criée à Marseille fait redécouvrir une pièce oubliée de Boulgakov sur l’exil des russes blancs en 1920. Une pièce de troupe entre la farce et le drame

Les grands-parents de Macha Makeïeff, des russes blancs, ont fui les bolcheviks en 1920 et se sont installés en France. Elle le raconte brièvement au début du spectacle en voix off. La pièce de Boulgakov c’est un peu l’histoire de sa famille déracinée. C’est aussi celle de centaines de milliers d’exilés sur la planète fuyant les régimes autoritaires et les guerres de toutes sortes. Le sort des réfugiés est une matière théâtrale très présente sur les plateaux ; les auteurs contemporains et les metteurs en scène se lancent à corps perdu dans cette thématique. Boulgakov avait déjà tout dit dans cette pièce méconnue et rarement montée en France (il y a eu une adaptation d’Antoine Vitez en 1970 dans une mise en scène de Pierre Debauche aux Amandiers à Nanterre).

Le déshonneur ressenti par les exilés, la perte de leur dignité, la clandestinité et la traversée de la Méditerranée pour rejoindre Marseille : il n’a rien à enlever dans l’écriture de Boulgakov. C’est comme si la pièce avait été écrite aujourd’hui. Il y a une vraie signification pour Macha Makeïeff de créer cette pièce à la Criée en 2017.

La Fuite est une grande fresque dramatique et farcesque découpée en huit songes. Du haut de son atelier qui domine le Vieux-Port, Macha Makeïeff a imaginé un théâtre forain composé d’assemblages d’objets récupérés ou fabriqués pour l’occasion. Jean Bellorini a conçu des lumières exceptionnelles qui illuminent une structure métallique mouvante. On passe du rêve au cauchemar, d’un quai de gare à une église, de Constantinople à Paris. C’est une traversée totalement enivrante, dans une forme qui épouse la tradition du théâtre de tréteaux, en évitant son côté poussiéreux.

La troupe géniale de comédiens interprète une trentaine de personnages qui se croisent dans un ballet frénétique orchestré avec la complicité du voisin Angelin Preljocaj. On retrouve avec un grand bonheur Alain Fromager, formidable ex-ministre du commerce Korzoukine, aérien et léger. Geoffroy Rondeau (génial Trissotin en 2015) campe un général Khloudov inquiétant et trouble, véritable chacal ombrageux. Kallyll Elgrichi est ahurissante dans le rôle du Général Wrangel. Bref, ils sont tous talentueux. On sent une belle énergie et une belle fusion sur le plateau pour incarner cette satire sociale et politique dénonçant la folie de la guerre et les oppressions en tous genres.

Stéphane CAPRON – www.sceneweb.fr

La Fuite !
De Mikhaïl Boulgakov (1891 – 1940)

Adaptation, mise en scène, décor, costumes Macha Makeïeff

Lumières Jean Bellorini
Collaboration Angelin Preljocaj
Avec
Pascal Reneric, Vanessa Fonte, Vincent Winterhalter, Thomas Morris, Geoffroy Rondeau, Alain Fromager, Pierre Hancisse, Arthur Deschamps, Sylvain Levitte, Karyll Elgrichi, Emilie Pictet… et une petite fille.
Conseillère à la langue russe Sophie Bénech Création sonore Sébastien Trouvé Coiffure et maquillage Cécile Kretschmar Assistante à la mise en scène Gaëlle Hermant Assistant lumières Olivier Tisseyre Assistante aux costumes et Atelier Claudine Crauland Assistante à la scénographie et aux accessoires Margot Clavières Intervenante en scénographie Clémence Bezat Régie générale André Neri Iconographe et vidéo Guillaume Cassar Régisseurs plateau Ruddy Denon, Julien Ynesta Fabrication du décor Ateliers du TNP Villeurbanne, stagiaires Pavillon Bosio (Monaco)

Production La Criée – Théâtre national de Marseille
Coproduction Théâtre Gérard Philipe – Centre dramatique national de Saint-Denis
Durée: 3h20 avec entracte

La Criée – Théâtre national de Marseille
Du 6 au 20 octobre 2017
Théâtre National de Nice > 7 au 9 novembre 2017
Le Parvis – Scène Nationale Tarbes Pyrénnées > 14 et 15 novembre 2017
Espace Jean Legendre à Compiègne > 21 novembre 2017
Théâtre Gérard Philippe – Centre dramatique national de Saint-Denis > 29 novembre au 17 décembre 2017
Théâtre Liberté – Scène Nationale de Toulon > 21 et 22 décembre 2017
Théâtre Les Célestins à Lyon > 9 au 13 janvier 2018
Théâtre du Beauvaisis > 5 et 6 avril 2017
Le Quai, Centre dramatique national d’Angers > 19 et 20 janvier 2018

Source: Sceneweb

8 03/2017

L’aventure ethnologique sur un plateau | Libération

mercredi 8 mars 2017|Catégories: Spectacle Vivant|Mots-clés: , |

Faire de la scène un nouveau «terrain» d’expérience comme l’est celui de l’ethnologue à chaque immersion : c’est cette envie qui a nourri la rencontre entre Macha Makeïeff, auteure et metteuse en scène, directrice du théâtre de La Criée à Marseille, et Philippe Geslin, ethnologue fondateur de l’anthropotechnologie, qui partage le quotidien de certains peuples depuis plus de vingt ans. Cette «longue conversation» a donné naissance à une conférence spectacle déclinée en trois volets d’après trois terrains de prédilection de Philippe Geslin : les Inuits du Groënland, les Soussou de Guinée et les Massaï du Kenya et de Tanzanie.

«Nous sommes partis de ses carnets et leur avons accolé le rythme de la dramaturgie, explique Macha Makeïeff. L’ethnologue produit un discours scientifique très habité, au-delà du savoir purement intellectuel.» D’où l’évidence de faire monter sur les planches Philippe Geslin pour jouer les textes.

Un plateau «rond comme une planète», avec un écran en toile de fond qui fait défiler des photos du chercheur, des documents d’archives, mais aussi des images «de fiction et de fantaisie» : la scénographie dépouillée vise bien à «montrer le corps de celui qui va là-bas», explique Macha Makeïeff, afin de rendre accessible au plus grand nombre «l’émotion première» ressentie face à ces «sociétés raffinées extrêmement résistantes». «C’est un voyage d’une heure très sonore et très visuel, une déambulation que l’on ressent plus qu’on ne la comprend», suggère l’auteure. Tel un éloge impressionniste de l’ailleurs.

Création théâtrale «les Ames offensées», de Macha Makeïeff et Philippe Geslin, en trois volets, (samedi 11 et dimanche 12 mars)

Maïté Darnault

Source : Libération

8 04/2016

Et Eva Doumbia créa l’épopée afropéenne ! | Le Point Afrique

vendredi 8 avril 2016|Catégories: Spectacle Vivant|Mots-clés: , |

Éva Doumbia, metteur en scène franco-ivoirienne, présente la pièce La Traversée © DR

Spectacle en trois volets, « La Traversée » d’Eva Doumbia est une plongée littéraire et musicale dans un passé encore douloureux. Celui de la traite.

Source : Théâtre : et Eva Doumbia créa l’épopée afropéenne ! | Le Point Afrique

Le Point Afrique – Publié le – Modifié le Par

Des femmes noires, au carrefour de plusieurs cultures. Des cris de révolte. De la musique et de la poésie. Dans La Traversée, présenté à Marseille au théâtre de la Criée du 29 mars au 2 avril 2016, on retrouve tous les ingrédients du théâtre d’Eva Doumbia. Ses obsessions et son esthétique hybride, qu’elle déploie sur les scènes françaises depuis une vingtaine d’années. Son goût pour la démesure aussi, son spectacle en trois parties d’une heure chacune réunissant pas moins de huit comédiens et quatre musiciens. Après avoir exploré les failles des afrodescendantes d’aujourd’hui, la metteuse en scène franco-ivoirienne se penche sur une histoire dont elle se sent l’héritière. Celle de la traite.

Trilogie de blessures intimes

Aborder la grande histoire n’est pas pour Eva Doumbia une raison de mettre entre parenthèses son exploration de l’intime. Au contraire. Comme les errements sentimentaux des jeunes protagonistes d’Afropéennes, adaptation du roman éponyme de Léonora Miano, les douleurs liées à l’esclavage sont dans La Traversée articulées autour de parcours individuels tantôt réels, tantôt fictifs. Celui de la romancière guadeloupéenne Maryse Condé pour commencer, et de deux personnages de Ségou (1984), sa saga africaine en deux tomes. Insulaires fait ensuite entendre les voix de protagonistes d‘Humus (2006) de la Martiniquaise Fabienne Kanor et de Petite Île (1988) de l’Antiguaise Jamaica Kincaid. La Petite Chambre de Fabienne Kanor clôt le voyage avec un dialogue entre une jeune Antillaise de France née au Havre et un Africain sans papiers. Sur un plateau occupé côté jardin par un bureau et une bibliothèque, côté cour par une petite scène où sont installés les musiciens, La Traversée oscille entre blessures passées et présentes. Entre Afrique et Europe, à l’image des Afropéennes de Léonora Miano.

 © La part du pauvre cie
« La petite chambre » de Fabienne Kanor © La part du pauvre cie

D’un « je » à l’autre, le spectacle déploie dans un espace-temps indéterminé une poétique de la cicatrice et de la fracture. Où le « moi » qui se cherche est le lieu d’une révolution. Le point de départ d’une réinvention du collectif. De la société française en l’occurrence, dont Eva Doumbia déplore d’amnésie. « L’histoire de la colonisation et de la traite sont méconnues. Il y a une sorte de black out autour de ces périodes, alors que la France s’est construite à partir d’elles, et qu’elle en tire une grande partie de sa richesse actuelle », dit-elle. L’intime de La Traversée s’oppose ainsi au « je », souvent narcissique du théâtre français. Loin de se cantonner au fond de cale dont ils sont issus ou auquel ils reviennent régulièrement, les récits mis en scène par Eva Doumbia embrassent le monde. De l’entre-deux qui les fonde, ils posent les bases d’un métissage créatif.

Le goût du composite

Issus d’horizons et de formations divers, les comédiens et musiciens de La Traversée sont les piliers de l’esthétique hybride d’Eva Doumbia. Avec leurs accents variés et leurs corps forgés par la danse, le jeu ou la musique, ils incarnent sur le plateau ce que la metteuse en scène souhaite voir advenir dans la vie. Une société où chacun serait accepté tel qu’il est. Avec sa couleur, sa culture et ses idées. Avec le passé peu glorieux dont il est la trace. Entre jazz nostalgique et rock débridé, les morceaux composés par Lionel Elian et interprétés par les quatre musiciens font écho à cette diversité de la distribution. De même pour les nombreuses vidéos à teneur documentaire – archives et interviews réalisées par Sarah Bouyain –, qui créent une distance bienvenue par rapport aux récits principaux.

Interrompue par des chants et des images, la parole tragique de la mère qui dans Humus dit la perte de son enfant lors de son entrée dans le navire négrier échappe au pathos. Férocement critique contre le colon d’Antigua, celle de Petite Île est mise à distance. Transformée en numéro de cabaret par une comédienne habillée de plumes multicolores, qui dit en dansant les malheurs de son île où « les gens parlent de l’esclavage comme s’il s’était agi d’un grand spectacle, d’une suite de tableaux pleins de grands vaisseaux voguant sur une mer bleue ». L’équilibre de La Traversée tient à un fil. Un peu moins d’énergie dans la caricature, un peu plus d’insistance dans les passages les plus pédagogiques, et on entre dans la didactique. On frôle le spectacle militant. Eva Doumbia assume ce risque. Il est le prix à payer pour éviter aussi bien le consensuel que l’ambigu.

 © La vie sans fards cie
« Astrid Bayiha joue Maryse Condé dans « La vie sans fard ». © La vie sans fards cie

Un théâtre populaire contre l’entre-soi

« Je tiens à ce que tout ce qui se dit dans mes pièces soit parfaitement intelligible. D’où les vidéos qui ponctuent La Traversée et les nombreuses incises contextuelles réalisées par les comédiennes. » Chez Eva Doumbia, le message préside à l’esthétique. Elle ne cite pas Sékou Touré sans une vidéo explicative ni n’évoque l’islamisation dans le Mali du XVIIIe siècle sans interventions de spécialistes de la question. En ce sens, la metteuse en scène prône un théâtre populaire, où chacun peut trouver les clés de compréhension qui lui manquent. « Je veux croire que le théâtre peut changer les choses. Pour cela, il doit être accessible, et surtout représentatif de la société dans laquelle il s’inscrit. »

Fatiguée d’une scène française où les afrodescendants et autres représentants de la « diversité » n’ont pas leur place, Eva Doumbia n’hésite pas à reprendre à son compte l’impératif formulé un jour par un ami : « Il faut coloniser les théâtres nationaux, investir différemment la pensée. » Autrement dit, il faut « décoloniser les arts », nom d’un collectif formé en mars 2015 par une quinzaine d’artistes et responsables de lieux culturels. Parmi lesquels Eva Doumbia. « De nombreux artistes afrodescendants créent en France, mais ils sont maintenus dans une quasi-invisibilité par une profession qui cultive l’entre-soi. Tout comme Maryse Condé, malgré l’ampleur et la qualité de son œuvre, n’a jamais été reconnue à sa juste valeur. Ça ne peut plus durer. » Pour qui veut prolonger la traversée, en attendant les prochaines dates du spectacle d’Eva Doumbia, la première réunion publique du collectif aura lieu le 23 avril au théâtre national de Chaillot.

* La Traversée, trois pièces mises en scène par Eva Doumbia. Tournée en construction.

16 02/2016

Immersion au Théâtre de La Criée | Les Echos

mardi 16 février 2016|Catégories: Spectacle Vivant|Mots-clés: , |

Source : Lesechos.fr

15 12/2015

Macha Makeieff, auteur et metteur en scène | France Inter

mardi 15 décembre 2015|Catégories: Spectacle Vivant|Mots-clés: , , |

L’Humeur Vagabonde reçoit Macha Makeieff, auteur et metteur en scène, pour sa nouvelle création « Trissotin ou les Femmes Savantes » de Molière, au théâtre La Criée à Marseille jusqu’au 17 janvier 2016

Source : France Inter

19 11/2015

Mariez-vous à Molière et à Makeïeff ! | France Inter

jeudi 19 novembre 2015|Catégories: Spectacle Vivant|Mots-clés: , , |

Sa mise en scène de « Trissotin ou les femmes savantes » de Molière a repris hier au Théâtre Gérard Philipe de Saint Denis, deux jours après son interruption suite aux attentats du 13 Novembre. Macha Makeïeff est l’invitée d’Augustin Trapenard.

Source : France Inter

16 11/2015

« Les Femmes savantes » déchaînées de Macha Makeïeff | Les Echos Week-end

lundi 16 novembre 2015|Catégories: Spectacle Vivant|Mots-clés: , , |

Rien ne va plus dans cette famille bourgeoise top moderne. La fille cadette, Henriette, fait la fête avec son amant Clitandre. La mère, Philaminte, se gave de sciences et de poésie – entraînant dans son addiction frénétique sa fille aînée, Armande, et sa belle-soeur lubrique, Bélise. De conversations pédantes en expériences chimiques, elles semblent avoir avalé leurs cornues et être sous influence psychotrope. Martine – la bonne -, avant d’être renvoyée pour inconvenance grammaticale, fait la loi (domestique). Quant au père de famille, Chrysale, il est complètement dépassé et pusillanime.

Décors et costumes seventies

Macha Makeïeff a fait un sort aux « Femmes savantes » de Molière en transposant la pièce de 1672 dans l’effervescence des années 1970 – et le résultat est probant. La directrice de La Criée à Marseille conserve le côté acide de la comédie, mais dissout son côté misogyne en plaçant les deux sexes sur le même pied d’hystérie et d’angoisse. Le décor acidulé, les costumes seventies offrent aux regards un patchwork coloré. Les alexandrins de Molière sonnent à l’oreille comme des refrains moqueurs. La « Cité des femmes » fait vaciller la loi des hommes, au fil des gags et des airs baroques-pop savamment distillés.

Macha Makeïeff a baptisé son spectacle « Trissotin ou les Femmes savantes ». C’est bien le triple sot qu’on attend et qui se fait désirer (comme Tartuffe) jusqu’à l’acte III. Surgit alors, pour incarner ce parangon de pédantisme, une folle créature, mix de John Galliano et de Conchita Wurst, qui fait basculer la comédie dans une transe burlesque. Geoffroy Rondeau est saisissant de drôlerie dans ce rôle. Mais il n’est pas le seul à provoquer le rire : Marie-Armelle Deguy (Philaminte) démontre son génie comique en ogresse philosophe. Thomas Morris campe une irrésistible Bélise transgenre. Et Karyll Elgrichi dépote en Martine, servante virago, vraie-fausse soumise à l’ordre masculin…

La distribution est sans fausse note. Chacun joue avec la même intensité la carte de la farce et de la cruauté – hommes et femmes au bord de la crise de nerf, à force de vouloir tout contrôler. C’est d’ailleurs sur une note sombre que se termine ces « Femmes savantes ». Des femmes débarrassées de leur mascotte parasite, Trissotin, mais condamnées à dire adieu à leurs illusions.

Rien ne va plus dans cette famille bourgeoise top moderne. La fille cadette, Henriette, fait la fête avec son amant Clitandre. La mère, Philaminte, se gave de sciences et de poésie – entraînant dans son addiction frénétique sa fille aînée, Armande, et sa belle-soeur lubrique, Bélise. De conversations pédantes en expériences chimiques, elles semblent avoir avalé leurs cornues et être sous influence psychotrope. Martine – la bonne -, avant d’être renvoyée pour inconvenance grammaticale, fait la loi (domestique). Quant au père de famille, Chrysale, il est complètement dépassé et pusillanime.

Source : Les Echos Week-end

13 11/2015

Macha Makeieff invitée de Frédéric Taddéi pour Les Femmes Savantes | Europe 1 social club

vendredi 13 novembre 2015|Catégories: Spectacle Vivant|Mots-clés: , , |

Source : Europe 1 social club