Théâtre national de Nice – Direction Irina Brook

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7 11/2017

Irina Brook, directrice du Théâtre National de Nice : « Il n’y a rien de tel que la rencontre directe et humaine. » | portraits | spectacle | Artistik Rezo, agitateur de vie culturelle

mardi 7 novembre 2017|Catégories: Spectacle Vivant|Mots-clés: |

Fille du grand metteur en scène Peter Brook, Irina, dont le prénom est celui d’une des « Trois Soeurs » de Tchékhov, vient d’être reconduite à la direction du Théâtre National de Nice pour son deuxième mandat jusqu’en 2020. Enthousiaste, volontaire, cette bûcheuse acharnée poursuit à Nice une révolution en douceur par l’approche d’un public élargi qu’elle va chercher dans tous les coins de la région, dans les usines, les écoles, les maisons de retraite, jusqu’à l’équipe de Football de Nice, afin de leur donner le goût d’une découverte théâtrale. Le chantier est énorme mais Irina Brook, décorée l’an dernier « Officier des Arts et des Lettres » par le Ministère de la Culture, n’est pas du genre à se décourager. A l’occasion du tout premier festival entièrement dédié au jeune public, « Génération Z « , son désir d’offrir la culture à tous est encore plus ardent.

 

Comment est née l’idée de lancer ce premier festival pour la jeunesse ?

-C’est une conclusion de 4 années de travail. Au bout de mes deux premières années à la tête de ce CDN (Centre Dramatique National), j’ai remarqué qu’il n’y avait aucun enfant dans les salles. J’ai donc commencé à programmer des spectacles pour le jeune public, mais sans succès car les familles n’étaient pas habituées ni invitées à fréquenter le théâtre. Les gens ne se déplacent pas lorsqu’ils pensent que le lieu n’est pas pour eux. Malgré des spectacles de grande qualité, les salles n’étaient pas remplies. Je me suis dit que l’une des mes missions était celle-là : faire venir de jeunes spectateurs au spectacle. Il ne suffit pas de présenter 3 spectacles jeune public dans un programme de saison, il faut agir autrement. L’idée d’un festival est venue l’an dernier.
C’était compliqué de faire cela à Nice ?
-C’était risqué. D’abord parce que le festival est programmé durant les vacances de la Toussaint quand le théâtre est historiquement toujours fermé. J’avais donc l’histoire contre moi mais on a continué droit devant ! Dans cette première semaine d’ouverture, ce qui est très réjouissant c’est que les spectacles sont pleins, les ateliers sont pleins, que ce soit pour les jeunes enfants ou les adolescents (spam, clowns, contes pour enfants, hip-hop). Les habitudes sont donc longues à changer, mais cela bouge, heureusement très positivement. On avait très peur au début, car on ne remplissait pas l’atelier improvisation pour les 11-18 ans ! Mais je dois avouer que j’ai été très émue quand j’ai assisté à la représentation d’ « Azerty et les mots perdus » et que j’ai vu, pour la première fois, une salle composée d’adultes et d’enfants tous réunis en famille. Les rencontres au bord du plateau, entre les équipes artistiques et le public, marche aussi très bien.

Donc c’est une première expérience réussie ?
-C’est aussi l’aboutissement de deux années de travail, de recherches et de démarches auprès des publics. Ça ne vient pas tout seul, on a démarché comme le font les comédiens au festival Off d’Avignon !

Point dinterrogation Gaëlle Simon 3 copie copie

Vous n’avez pas « tracté » ?
-Si ! Je n’ai aucune fierté ! Je distribuerai des tracts et des programmes jusqu’à ce que la dernière place soit vendue. Ma petite compagnie de jeunes acteurs, « Les Eclaireurs », ont mis des nez rouges et on est sortis ensemble dans la coulée verte à Nice pour aborder les gens. Quand il faut remplir, il faut remplir ! Il n’y a rien de tel que la rencontre immédiate et humaine. On peut créer les plus belles affiches, communiquer sur tous les réseaux sociaux, écrire les plus beaux textes, tant qu’on ne rencontre pas réellement l’autre pour lui parler et avoir les arguments pour le convaincre, les gens ne se déplacent pas. Il faut les tirer par la main physiquement !

C’est ce que vous faites vraiment ?

-Mon objectif en arrivant ici était de faire venir des personnes qui n’avaient jamais mis les pieds dans un théâtre. J’étais assez naïve pour croire qu’il suffisait de quelques manifestations en dehors des murs du théâtre, des événements sur le marché de Nice pour faire venir des spectateurs. En réalité, c’est lorsque nous avons joué le spectacle « Point d’interrogation » à l’usine Malongo il y a deux ans que j’ai réalisé que les ouvriers de l’usine ne décollaient pas de leurs chaises pour aller vers nous. On leur faisait peur, nous, les artistes, la culture, alors qu’ils étaient dans leur propre lieu de travail ! Il fallait donc les prendre par la main. On ne peut pas sous estimer la peur des gens face à la culture. La mission d’un CDN est d’aller vers les gens, même s’ils ne deviennent pas tous des abonnés. Ensuite, le travail de fond consiste à constituer un nouveau public. Cela demande beaucoup d’abnégation et de patience.

Les premières années de votre mandat, après avoir succédé à Daniel Benoin, ancien directeur qui a été nommé au Théâtre d’Antibes, vous avez vu les salles se vider ?
-Oui, mais c’est normal car nous ne faisons pas la même programmation. Si les spectateurs souhaitent voir Pierre Arditi ou d’autres têtes d’affiche parisiennes, ils ont un choix fabuleux chez mon voisin à Antibes, donc ils n’ont pas besoin de moi. En réalité, nous sommes complémentaires. Mais vous savez, je n’ai rien contre les stars.  Pour « Lapin Blanc, Lapin Rouge » de l’Iranien Nassim Soleimanpour a été joué par François Cluzet, Lambert Wilson, Charles Berling ou Jacques Weber. La rencontre de comédiens prestigieux avec un texte unique et surprenant chaque soir. C’est ce mélange que j’aime. Il nous faut en même temps répondre au cahier des charges d’un CDN, c’est à dire proposer du cirque, de la danse, de la chanson, mais aussi des textes forts, qui touchent à la société, aux problématiques actuelles.

 

Comment se conjugue votre désir de théâtre engagé, porteur de problématiques sociales, politiques, écologiques avec la municipalité de Nice ? Vous sentez vous aujourd’hui « adoptée » par Nice et son maire Christian Estrosi ?

-Je me dois absolument de ne pas mélanger la politique de la Ville de Nice, qui subventionne le théâtre à 50% avec l’Etat, avec mes choix artistiques. De même que le maire de Nice, Christian Estrosi, déclare respecter les artistes qui sont nommés quelques soient leurs créations. Depuis mon arrivée à Nice en 2014, je me suis toujours sentie bien accueillie et soutenue par la municipalité. Bien sûr, comme je suis impatiente de nature et que je voulais changer rapidement les choses, il y a eu ça et là des petites crispations, mais fondamentalement les tutelles municipales m’ont agréablement soutenue dans ma volonté d’ouverture aux publics. Le travail que l’on fait profite d’abord à la ville de Nice, comme en témoignent les nombreuses associations qui font appel à nous. J’aime être utile aux autres. C’est ce sentiment d’être utile, qui m’a fait abandonner la fabuleuse liberté que j’avais avant de prendre ce poste. Pour accepter cette responsabilité, la lourdeur de cette tâche avec l’aspect administratif qui va avec, pour accepter le sacrifice que j’ai fait de ma vie familiale, moi qui ai toujours privilégié la relation avec mes enfants, il fallait vraiment que je sente l’utilité de ce travail. Je n’ai jamais été intéressée ni par le pouvoir, ni par l’argent. Je ne déjeune par sur des yachts, mais on travaille simplement du matin au soir sans répit.

Ressentez-vous aujourd’hui de la gratitude vis à vis de votre travail ?
-Oui, mais je ressens surtout l’énorme désir des gens de tous milieux pour le théâtre. Nous tentons d’y répondre par tous les moyens possibles, et notamment en nous déplaçant chez eux.

Vous faites du porte-à porte comme les politiques ?
-Absolument, et j’adore ça. Et quand il vous faut parler dans le détail de 40 spectacles, vous pouvez y passer deux heures ! Cela devient un exercice de style, et invariablement les gens ont envie de tout voir.

Aujourd’hui, alors que vous entamez votre deuxième mandat, vous sentez que vous tenez le bon bout ? 
-A la fin de mon premier mandat, j’aurais pu m’enfuir en courant. Profiter de mes enfants, voir la pluie tomber, ne pas être dans une course folle et incessante. Mais c’était impossible, car je commençais juste à voir émerger les résultats de notre difficile action. Je table sur une période de 7 ans pour faire émerger les projets auxquels nous nous attelons et les encouragements que nous recevons chaque jour, les remerciements sont des preuves de gratitude à l’égard de notre travail. Ma vie entière se déroule au théâtre. Ce sera difficile d’arrêter.

Hélène Kuttner

[Crédits Photo 6 : Peer Gynt © Jean-Claude Fraicher

17 05/2017

Irina Brook : « J’aimerais être beaucoup plus révolutionnaire ! » | Profession Spectacle

mercredi 17 mai 2017|Catégories: Spectacle Vivant|Mots-clés: , |

Actrice et metteur en scène franco-britannique, Irina Brook est tombée dedans quand elle était petite : fille de Peter Brook et de l’actrice Natasha Parry, elle se forme aux États-Unis avant de rejoindre l’Angleterre, puis la France, où elle s’attache à la mise en scène avec, comme figure tutélaire, William Shakespeare. Couronnée par deux Molière, Irina Brook est nommée en 2014, pour trois ans, à la tête du théâtre national de Nice, mission qui vient d’être renouvelée au début de l’année 2017. Rencontre.

Vous avez été reconduite à la tête du Théâtre National de Nice pour une période de trois ans, jusqu’en 2020. Comment décririez-vous votre parcours ?

Je suis passée d’actrice à metteur en scène à la fin des années 1990. Alors, j’étais libre comme l’air, suivant simplement mes aspirations artistiques et créatives. En France, à la différence des autres pays, il y a toujours un moment où un metteur en scène est invité à diriger une maison, un théâtre. Il arrive un moment, et c’est spécifique à la France, où l’on ne peut pas aller plus loin, si l’on ne rentre pas dans ce système. J’avais toujours dit que cela ne m’intéressait pas car le plus important pour moi était d’être libre, de ne pas être obligée de rester quelque part à plein temps. Ce que j’ai beaucoup aimé dans mon travail de metteur en scène, ce fut également de tourner ; je pense que je suis assez gitane dans l’âme, j’ai aimé voyager et bouger constamment.

Vous avez été en Angleterre et aux États-Unis avant cela ?

Je n’ai jamais vraiment tenu en place nulle part. C’était très bien pour moi de pouvoir constamment me déplacer avec les spectacles, de théâtre en théâtre, de ville en ville, de public en public, comme avec un cirque. C’est, pour moi, l’un des grands intérêts de la mise en scène. Mais il y a trois ans environ, j’ai pris conscience que, comme metteur en scène, j’avais aussi besoin d’un lieu, car il arrive un moment où le metteur en scène est à la merci des directeurs de lieux, qui ont tout le pouvoir. L’artiste n’a pas beaucoup de possibilité s’il n’a pas de lieu. Il faut absolument être dans les bonnes grâces d’un directeur. C’est ainsi que j’ai compris pourquoi tout le monde finissait par diriger des théâtres.

Je suis une enfant des années 70 et mon rêve a toujours été La Cartoucherie de Vincennes et j’ai toujours cru, depuis vingt ans, que je pourrais créer ma propre Cartoucherie. Plusieurs fois, je suis allée au ministère demander des subventions. Peu avant de me proposer pour Nice, j’étais encore allée voir le ministère car j’avais la possibilité de m’installer dans une vieille friche à Ris-Orangis, en région parisienne. Le maire de l’époque, Thierry Mandon, m’avait proposé de reprendre une friche pour en faire un théâtre dans son éco-village, ce qui me semblait absolument génial. J’étais partie au ministère pour tenter d’y trouver des subventions afin de créer ce lieu. On m’y a répondu que c’était impossible de créer de nouveaux lieux aujourd’hui, qu’il fallait que je me propose pour diriger un CDN.

Quelles sont les raisons qui ont été invoquées pour expliquer l’impossibilité de créer un nouveau lieu ?

Il semble que je sois née à la mauvaise époque. Dans les années 80, tout était en floraison, on pouvait encore imaginer des Cartoucheries, des Bouffes, des lieux extraordinaires, mais cela s’est vraiment ralenti malgré quelques exceptions. Nous ne sommes plus à cette époque où l’on pouvait rêver d’un lieu créé spécialement sur mesure. Selon le ministère, le plus judicieux était de déplacer les artistes d’un endroit à un autre, afin de diriger toutes ces maisons qui en ont besoin. J’avais dans l’idée de récupérer un bâtiment en friche, de le reconstruire en bois, de l’appeler le Dream Théâtre, d’en faire quelque chose de complètement alternatif… On m’a poussée à proposer ma candidature pour diriger le théâtre de Nice. J’ai failli tomber de ma chaise.

L’aspect intéressant, c’est qu’il s’agissait d’un des seuls CDN que je connaissais bien : on allait y jouer chaque année avec la compagnie. J’avais une affection particulière pour ce théâtre, car je trouvais le public extraordinaire, en dépit des a priori que l’on peut avoir sur Nice, la Côte-d’Azur… Je ne sais pas si j’aurais éprouvé la même envie pour un autre CDN. J’ai donc postulé et, après quelques complications politiques, j’ai fini par être choisie.

Comment se sont passées ces trois premières années ?

La première année, je me suis sentie très bien accueillie. J’étais naïve, pleine d’idées et d’enthousiasme, puis la réalité a repris le dessus. Je me suis rendue compte que changer le monde, ou même simplement une ville, voire un théâtre, était naïf et impossible. Tout est contre le mouvement de changement. On se retrouve à contre-courant si l’on prétend changer quoi que ce soit. Les obstacles ont surgi de tous les côtés et j’ai perdu courage. Mais depuis l’été dernier, j’ai commencé à voir les premières pousses de ce que nous avions semé. C’est comme si l’on m’avait confié un énorme champ à défricher et replanter, avec un peu plus de bio. J’ai été mitigée sur l’idée de reconduire ma candidature, car j’ai toujours cette envie de liberté, de bouger, de choisir avec qui travailler ; mais, dans le même temps, j’ai très envie de voir croître ce que j’ai semé. Il est impossible de voir un changement radical en trois ans. J’ai ouvert un énorme chantier que je ne peux pas abandonner en plein travail.

Le public vous a-t-il suivie ?

Le public a suivi son mouvement naturel ; il a changé et suivi. Le public avait un a priori sur moi, avant que j’arrive. Un deuxième théâtre a été construit à Antibes, que dirige mon prédécesseur [Daniel Benoin, NDLR]. Le mouvement naturel d’une partie du public a été de le suivre. C’est naturel et bon, car cela signifie qu’il peut exister plusieurs directions de théâtres différentes. Évidemment, les chiffres de la fréquentation n’ont fait que baisser les deux premières années. Cela a fait peur aux tutelles. Il est pourtant impossible de remplir avant de vider.

Vous assumez un changement radical de public ?

Pas radical car il y a des abonnés de tous les âges qui sont restés très aventureux, très ouverts et qui ont suivi le changement avec joie. D’innombrables personnes abonnées depuis longtemps me disent qu’elles sont contentes. C’est un mélange. Un public est une masse organique et humaine. Il n’est pas le même la première semaine d’un spectacle que les suivantes. L’essentiel pour moi est de ramener la jeunesse, car on n’a pas fait beaucoup d’efforts au TNN pour y amener la jeunesse.

Revenons à votre répertoire. On peut y discerner deux lignes. Une classique, à vos débuts, une plus contemporaine aujourd’hui. Y voyez-vous un fil directeur ?

Pour moi, le fil conducteur de ces pièces, c’est l’humanité et ce que ça touche en nous et dans le public. Il est évident que l’on revient beaucoup aux classiques qui demeurent intemporels parce qu’ils ont cette humanité incontournable. On trouve cela beaucoup plus difficilement dans le contemporain, surtout celui qui se démode rapidement. Le contemporain du dernier siècle n’est plus du tout à jour, tandis que les grands classiques le sont toujours. J’ai parfois la chance de tomber sur des pièces contemporaines qui répondent au même besoin de parler de l’humain dans son entièreté.

Vous avez fait jouer deux pièces contemporaines, Lampedusa Beach et Terre noire…

J’ai découvert Lampedusa Beach, une pièce extraordinaire, par Lina Prosa ; nous l’avons montée avec Romane Bohringer. C’est à Stefano Massini que nous avons commandé Terre noire pour le festival « Réveillons-nous » que j’ai initié à Nice, autour de la COP21, pour un éveil autour de l’environnement. Il me semblait important que les théâtres y prennent part.

Ne sommes-nous pas là dans ce contemporain qui se démode, dont vous parliez ?

Nous verrons dans 50 ans si Terre noire raconte encore quelque chose. L’écriture de Stefano Massini est très belle, épurée, faite pour durer. Malheureusement, je ne pense pas que le sujet de l’environnement se démodera, cela ne risque que d’empirer.

Nous sommes aujourd’hui très focalisés sur ces problèmes. Peut-être les regarderons-nous différemment dans quelques années…

Il est certain que la façon dont on les voit sera sans doute datée et démodée, mais peu importe, ce qu’il faut, c’est raconter ce qui est d’aujourd’hui.

Nous ne sommes donc plus du tout dans le classique, qui aborde aussi des thèmes actuels et concrets mais par un autre biais, en essayant de ne pas y aller de manière frontale.

Ce qui est important, c’est de pouvoir présenter un peu de tout. Il est dommage de ne faire que du Tchekhov et du Shakespeare, quand certaines choses ont aujourd’hui besoin d’être racontées frontalement. Terre noire raconte quelque chose d’actuel, frontalement, de manière très simple, à la façon d’un conte. Cette pièce évoque les paysans d’Afrique du Sud, atteints par la corruption des multinationales et des avocats qui se disputent leurs terrains. Shakespeare ne peut pas nous raconter ces histoires d’aujourd’hui. Or cela touche les gens, notamment les jeunes, et parfois pour la première fois, grâce au théâtre : ils voient cette histoire représentée par des êtres de chair sous leurs yeux. Je me dis que c’est utile.

J’ai lu que vous revendiquiez un théâtre lanceur d’alertes. Est-ce le rôle du théâtre aujourd’hui ? Est-ce là quelque chose d’essentiel pour lui ?

Je pense qu’il faut rester modéré ; qu’il faut de tout. Je ne prétendrais pas que mon théâtre soit un théâtre lanceur d’alertes, cela serait exagéré, car j’estime que ma goutte est très petite dans l’océan de ces nécessités. Un théâtre aujourd’hui doit présenter un mélange de choses : de l’actualité, un rôle de lanceur d’alerte, mais aussi du pur divertissement… L’actualité est très déprimante et nous avons besoin de nous divertir et de rire pendant quelques heures. Quand on dirige un théâtre, il faut proposer au public un repas qui soit bien composé.

Comment arrivez-vous à être critique, en dirigeant un théâtre national, donc public ?

Je ne peux pas être critique, je me dois de rester neutre, car mon théâtre est financé pour moitié par la ville et par le ministère pour l’autre moitié. Je ne peux pas mordre la main qui me nourrit. Si j’avais un petit théâtre dans les champs, je serais peut-être beaucoup plus extrême. Il peut y avoir quelque chose de frustrant, car, compte-tenu de ce qui se passe autour de nous, j’aimerais être beaucoup plus révolutionnaire ; mais être obligée de diluer cela est aussi plus sain. Si on imagine tous les besoins de l’être humain : le rire, le réconfort, sentir son humanité, pleurer, être alerté, la direction d’un théâtre requiert une vision plus globale, oblige à dépasser sa subjectivité personnelle, ce qui est un travail très intéressant.

Quels sont vos projets pour les années à venir ?

Dans l’immédiat, je veux essayer d’approfondir tout ce que j’ai mis en place. Les grands axes sont le festival « Shake Nice ! », qui est le premier grand festival shakespearien international en France. J’aimerais pouvoir approfondir le travail que je mène avec les enfants et les jeunes, pour ce festival, par le biais de « Shakespeare Freestyle ! ». Pendant deux jours, des centaines de lycéens et de collégiens retransmettent sur le plateau leur vision d’une pièce de Shakespeare en moins d’une demi-heure. C’est une des choses dont je suis le plus fière à Nice. J’espère obtenir un partenariat avec l’université de Montpellier qui est la seule, je crois, à avoir un département exclusivement shakespearien. Ce qui nous manque, c’est le fond intellectuel sur Shakespeare. Je vais aussi approfondir le travail pour la jeunesse avec un festival qui aura lieu à la rentrée, car il ne suffit pas de proposer deux ou trois spectacles pour la jeunesse dans notre programmation. Nous allons organiser quatre semaines autour de la jeunesse. Cela aura lieu en octobre 2017, ce sera le festival « Génération Z ». Il reste beaucoup de travail pour le mettre en place. J’ai trop d’idées et d’envies que je n’ai pas les moyens humains de réaliser. L’équipe n’a pourtant jamais été si inventive et si entreprenante.

Propos recueillis par Matthieu de GUILLEBON

Source : Profession Spectacle

31 03/2017

Irina Brook reste à la tête du Théâtre national de Nice | Le Figaro

vendredi 31 mars 2017|Catégories: Spectacle Vivant|Mots-clés: , |

La metteur en scène britannique Irina Brook, à la tête du Théâtre national de Nice (TNN) depuis 2014, a été reconduite pour un nouveau mandat de trois ans, de 2018 à 2020, a annoncé jeudi l’établissement. Férue de Shakespeare mais aussi de dramaturges contemporains puisant leur inspiration dans les drames de l’actualité, des migrants au conflit israélo-palestinien, en passant par la question de l’environnement, Irina Brook, 55 ans, a réussi à se faire adopter dans une ville qui ne lui était pas acquise d’avance.

Adepte d’un «théâtre lanceur d’alerte», elle développe aussi une pratique du théâtre hors les murs ouverte aux nouveaux publics.

Aurélie Filippetti a soutenu sa candidature

À Nice, elle a, par exemple, investi la colline du Château pour une représentation en plein air, ou des lieux plus inattendus comme la communauté Emmaüs, l’usine de café Malongo, le jardin d’un lycée horticole, ou encore la maison d’arrêt, pour la création de Esperanza d’Aziz Chouaki, dans une mise en scène de Hovnatan Avédikian.

L’ex-maire LR Christian Estrosi avait pris fait et cause, avant sa nomination en octobre 2013, pour Daniel Benoin, ex-directeur du TNN, prêchant pour une direction partagée entre le metteur en scène en place depuis 2002 et l’actrice-réalisatrice Zabou Breitman. Cette solution ayant été écartée à l’époque par la ministre de la Culture Aurélie Filippetti, il avait finalement appuyé la candidature de Mme Brook.

Source : Le Figaro

8 03/2017

Irina Brook : « J’essaie de faire un théâtre lanceur d’alerte » | Le Figaro Madame

mercredi 8 mars 2017|Catégories: Spectacle Vivant|Mots-clés: , |

Irina Brook : « J’essaie de faire un théâtre lanceur d’alerte »
Par Laetitia Cénac | Le 08 mars 2017

Irina Brook, directrice du théâtre National de Nice depuis trois ans défend la responsabilité éthique du théâtre, et son rôle dans nos vies quotidiennes, notamment celles des femmes.

Fille du metteur en scène Peter Brook et de l’actrice Natasha Parry, Irina Brook a le théâtre en héritage. Comédienne dans une vie antérieure, elle multiplie les mises en scène depuis le milieu des années 1990. Elle est, depuis janvier 2014, à la tête du Théâtre National de Nice, une scène qu’elle veut ouverte sur le monde.>> Notre dossier sur la Journée internationale des droits des femmes »Une aventure éco-théâtrale »«J’essaie de faire un théâtre lanceur d’alerte. En dépit de la crise mondiale que nous traversons, il existe encore quelque chose d’unique, un baume pour les plaies, une inspiration pour les cœurs, un éveilleur de consciences, qui nous ramène à notre essence : le théâtre. Je peux reprendre la formule de Macha Makeïeff, directrice de la Criée à Marseille, quand elle dit : « Présidente de la République, le théâtre figurerait dans le top trois de mes priorités ». Il y a deux ans, j’ai inauguré une aventure éco-théâtrale sous la forme d’un festivalRéveillons-nous qui célèbre la vie, l’humain, le positif. C’était au moment de la Cop 21. J’ai eu une prise de conscience aiguë des dangers qui menacent notre planète : pesticides, OGM, ondes électromagnétiques etc. J’ai écouté Pierre Rabhi, Coline Serreau, Cyril Dion etc. Il n’y a pas pire ignorant que celui qui ne veut pas savoir. »Shakespeare transforme les gens » On devrait tous pratiquer le théâtre comme un exercice : pour être ensemble, pour s’ouvrir à l’autre, pour découvrir son corpsJ’ai passé commande à l’auteur de théâtre contemporain Stefano Massini d’une pièce autour de ces questions. Terre noire (1) condamne le scandale du pillage des terres par les multinationales agroalimentaires et nous renvoie l’image d’un monde en péril où l’humanité perd sa place face au pouvoir de l’argent. Pas de pathos dans cette pièce, c’est moi qui ai rajouté de l’émotionnel dans la mise en scène pour toucher le cœur des hommes. Autre spectacle engagé dans ma programmation, Lampedusa Beach (2) de Lina Prosa. Soit l’odyssée d’une réfugiée qui se noie en traversant la mer. Un monologue poétique, pas du tout dans la veine documentaire, interprété par Romane Bohringer. Les gens sortent profondément marqués de ce spectacle.Je souhaite un théâtre ouvert sur l’horizon avec des textes porte-parole de ce qu’on à dire. Ces trente dernières années le théâtre était devenu un divertissement. Mais avec la crise, il revient à ses fondamentaux, un service public, quelque chose d’essentiel. On devrait tous pratiquer le théâtre comme un exercice : pour être ensemble, pour s’ouvrir à l’autre, pour découvrir son corps… Les entreprises américaines qui proposent des cours de yoga ou de théâtre à leurs employés le savent bien. Plus rien n’est pareil au bout d’une heure de jeu. Les êtres humains se touchent au lieu d’être crispés sur leurs vies. Aux États-Unis, on envoie dans les prisons des professeurs shakespeariens. Chez Shakespeare, les situations sont intemporelles et les plus grands criminels ont une profondeur. Dans chaque parole, L’humanité est là. Son langage est guérisseur. Je crois au pouvoir de Shakespeare qui transforme les gens. Et je crois plus généralement, comme Jean Vilar, que le théâtre est une nourriture aussi essentielle que le pain et le vin».(1) Terre noire, de Stefano Massini, à Marseille à La Criée les 9 et 11 mars. À l’Yzeurespace, Yzeure, le 14 mars. Les 23 et 24 mars au centre culturel Il Funaro, à Pistoia, Italie.(2) Lampedusa Beach, de Lina Prosa, le 8 mars au Théâtre Liberté à Toulon, le 17 mars au théâtre la Colonne à Miramas.

Source : Le Figaro Madame

5 02/2017

Irina Brook, l’engagée | Les Echos Week-end

dimanche 5 février 2017|Catégories: Spectacle Vivant|Mots-clés: , |


photo : BRUNO BEBERT

Faire « un théâtre ouvert sur l’horizon ». Pour servir cette vaste ambition, qu’elle s’est fixée depuis qu’elle a pris la direction du Théâtre national de Nice (TNN) il y a plus de trois ans, Irina Brook s’appuie avant tout sur les textes. L’essentiel, souligne- t-elle, est d’en trouver « qui racontent ce qu’on veut raconter, qui soient des porte-paroles de ce qu’on a à dire ». Et peu importe que leurs auteurs soient connus ou pas. Côté « classiques », les spectateurs peuvent, jusqu’à ce week-end, se confronter à Shakespeare, dans le cadre d’un festival qui aura duré trois semaines en tout. Le Songe d’une nuit d’été revisité et réinterprété par des collégiens et lycéens, Le Conte d’hiver sublimé par la merveilleuse troupe « so british » du metteur en scène londonien (né de parents irlandais) Declan Donnellan… « Il y a tout dans Shakespeare », s’exclame Irina Brook, regrettant toutefois qu’en France il « reste un auteur anglais et ne soit pas devenu « notre » auteur, comme très souvent dans les autres pays ».

Responsabilité éthique

En programmant également des auteurs plus contemporains que Shakespeare, Dostoïevski ou Cervantès, la directrice du TNN s’inscrit tout autant dans ce qu’elle tient pour « la responsabilité civique et éthique » du théâtre. Nombreux sont les thèmes majeurs qu’elle souhaite ainsi partager, ou autour desquels elle tente de rassembler : l’environnement, la liberté, les droits de l’homme, « les vilenies du monde »… Les migrations, aussi, dont il est question dans Lampedusa Beach, de l’Italienne Lina Prosa. Écrit dans une langue crue mais d’« une poésie à la fois contemporaine et épique », selon les mots d’Irina Brook, ce monologue de 2004 reste d’une actualité brûlante. Et tire aussi sa force de l’interprétation puissante de Romane Bohringer. En mars, pendant que la comédienne sera en tournée, Lampedusa et les migrants seront de nouveau à l’affiche au TNN avec Esperanza, de l’écrivain algérien Aziz Chouaki.

Lorsqu’elle n’était encore « que » metteure en scène et directrice de compagnie, la fille de Peter Brook et de l’actrice Natasha Parry venait régulièrement se produire à Nice, figurant depuis parmi ses « très très bons souvenirs ». Pour celle qui se rêvait révolutionnaire quand elle était petite, ouvrir l’horizon passe aussi par une plus grande proximité avec le public. Conférences, débats, projections, stages pour ados, visite des coulisses, ateliers pour enfants… les occasions ne manquent pas, tout au long de la saison, pour toucher le plus de monde possible.

Théâtre National de Nice. Programme et réservations : www.tnn.fr ou 04 93 13 90 90

Marianne Bliman

Source : Les Echos Week-end

1 02/2017

Irina Brook veut faire « voyager ceux qui ne bougent pas » | Arkult

mercredi 1 février 2017|Catégories: Spectacle Vivant|Mots-clés: , |


Irina Brook (photo : Martin Bouffard)

À la tête du Théâtre National de Nice depuis 2014, menant des projets tel que « Réveillons-nous », festival écologiste depuis 2015, dirigeant des mises en scène de textes comme « Terre Noire » ou « ? » de Stefano Massini, « Lampedusa Beach » de Lina Prosa, Irina Brook est l’une des femmes de théâtre à placer très ouvertement le mot « écologie » au cœur de ses projets. Le terme est pris dans sons sens large : humanité, programme social, respect de la nature et donc des êtres. La franchise de son projet va avec l’urgence d’une prise de conscience globale à l’échelle de la planète, un travail au quotidien à sa hauteur.

Irina Brook a régulièrement assumé une conscience écologiste arrivée sur le tard, au fil de lectures. En parallèle de la Cop21, durant la saison 2015-2016, elle lançait « Réveillons-nous », ce festival aux formes multiples qui fait du théâtre un lieu où construire une pensée plus verte, plus à l’écoute du monde qui l’entoure. Durant cette première édition, elle avait accueilli la créations « Les Glaciers grondants », fable de David Lescot, mais aussi l’avant-première du film qui a depuis créé l’événement, « Demain », pour un public curieux et néanmoins nombreux.

Les questions sur les rapports nord/sud transparaissent évidemment dans son travail de metteure en scène, avec « Lampedusa Beach », pièce sur l’émigration tragique d’une africaine pour l’Italie, mais surtout avec « Terre Noire ». Cette pièce de Stefano Massini montre le combat de petits paysans contre la « Earth Corporation » – avatar transparent de Monsanto – afin de pouvoir reprendre le droit de cultiver durablement leurs terres. Dans un très beau décor, où le jeu sur la transparence laisse entrevoir en fond de scène quelques carcasses de machines jonchant des terres souillées, la sagesse simple mais essentielle se laisse entendre. A la question d’un paysan à son fils, « qui travaille le plus à nous nourrir ? », la réponse est l’évidence même : « la terre », et pourtant, on ne la respecte pas. Le couple de paysans est porté par un duo très touchant incarné par Babetida Sadjo et Pitcho Womba Konga, et le combat entre les avocats Romane Bohringer et Hippolyte Girardot ne manque pas de cynisme. Sur des questions capitales, « Terre Noire » est un drame haletant, intense. Certains y verront de la naïveté, nous préférons y voir une fibre positive, un cri d’espoir frontal qu’il faut faire entendre jusqu’à ce que les choses changent.

La metteure en scène a coupé dans le texte de Massini pour donner à la pièce un aspect universel, « cette histoire une parmi des milliers d’histoires similaires ». Afin d’en assumer l’horreur, Irina Brook projette en début de représentation des images des conséquences de la vente des graines stériles de Monsanto aux paysans indiens. 250 000 d’entre eux se sont suicidés quand ils ont pris conscience du piège qui s’était refermé sur eux. On voit les familles, les morts, les bûchers qui les consument….

Brook rêve de voir davantage de spectacles sur cette thématique. En tant que directrice de théâtre, elle dit « recevoir beaucoup de pièces contemporaines et porter de l’intérêt à certaines », tout en regrettant qu’un grand nombre ne parle que de choses qui ne l’intéressent pas : « je ne compte plus le nombre de textes reçus qui parlent, par exemple, de la vie de Modigliani », en d’autres termes, déconnectées de l’actualité.

Car si le théâtre est toujours le miroir de l’humanité, peu de pièces montrent frontalement l’agonie de la nature, selon Irina Brook. Elle dit en « avoir peu trouvées, malgré de nombreuses recherches ». Alors elle attend, espère, qu’un auteur vienne travailler au plateau avec les comédiens et elle sur des idées qu’elle conçoit : « j’aimerais qu’un auteur soit prêt à se lancer dans cette expérience commune ».

Des projets, Irina Brook en a donc quelques-uns, malgré un poste de directrice qui lui paraît parfois éreintant : « il y a quelque mois, j’ai eu envie de tout envoyer balader, mais aujourd’hui, je pense que ce serait vraiment dommage de partir du TNN avant de voir grandir toutes les graines que j’ai semées ». Elle affirme donc vouloir accomplir « au moins » son deuxième mandat, afin de continuer à « faire voyager les gens qui ne bougent pas ».

Hadrien Volle

« Terre Noire » en tournée 2017 :

  • Théâtre des Célestins (Lyon), du 31 janvier au 4 février,
  • Théâtre le Forum (Fréjus), 7 février,
  • Plan les Ouates, 10 février,
  • Théâtre CO2 (Bulle), 17 février,
  • Wolubilis (Bruxelles), 22 février,
  • Théâtre des Sablons (Neuilly sur Seine), 25 février,
  • Théâtre Jacques Coeur (Lattes), 3 mars,
  • La Criée (Marseille), 9 au 11 mars,
  • CC Yzeurespace (Yzeure), 14 mars,
  • Théâtre la Colonne (Miramas), 17 mars,
  • Il Funaro (Pistoia), 23 et 24 mars.

Source : Arkult

2 12/2016

Charles Berling, un acrobate chez Irina Brook | Le Figaro

vendredi 2 décembre 2016|Catégories: Spectacle Vivant|Mots-clés: , |

Point d'interrogation, de Stefano Massini, une pièce «futuriste» qui s'interroge sur le monde de demain.

LA CHRONIQUE D’ARMELLE HÉLIOT

La fille de Peter Brook dirige le Centre dramatique de Nice et lui, le Théâtre Liberté de Toulon. Elle l’a invité pour un exercice particulier.

Il entre d’un pas décidé sur le plateau de la grande salle, pleine à craquer, du Théâtre de Nice. Blonde et dorée, ravissante, Irina Brook vient de prendre la parole devant ce public qui la suit depuis trois ans. Elle a expliqué l’étrange exercice auquel Charles Berling a accepté de se prêter. Dans une enveloppe scellée, le texte d’une pièce qu’il va jouer devant nous, la découvrant en même temps que les spectateurs interloqués. Un drôle de texte qui s’intitule Lapin blanc, lapin rouge. Une pièce écrite par un jeune Iranien en 2010, alors qu’il ne pouvait pas sortir de son pays. Depuis, Nassim Soleimanpour a séjourné à Berlin. Il est actuellement à Copenhague. Et sa pièce circule en Europe. L’auteur s’adresse à l’acteur qu’il imagine. Six ans après, par-delà le temps, par-delà l’espace, Nassim Soleimanpour guide l’interprète et invite les spectateurs à monter sur scène. Ce que raconte Lapin blanc, lapin rouge, n’est pas gai. C’est insolite et l’on rit beaucoup devant les comédiens d’un soir et devant la malice aiguë de Berling. mais il y a quelque chose de très mélancolique, de discrètement désespéré dans ce texte bouteille à la mer. En tout cas, Berling, silhouette de jeune premier, sourire désarmant d’un artiste qui aime partager et a le sens des échanges ludiques, est très fort. Rien de plus difficile que de tenir ainsi une salle, des partenaires improvisés et de donner un supplément d’âme à un exercice de virtuosité.

L’après-midi même il avait assisté dans la petite salle, au milieu des enfants et de leurs parents, à une représentation de Point d’interrogationde Stefano Massini, l’auteur brillant deChapitres de la chute, sur les Lehman Brothers. Dans cette pièce «futuriste », on s’interroge sur le monde de demain. Quatre jeunes comédiens, deux garçons, deux filles, jonglent avec des questions et des objets, dans un espace léger, harmonieux et mobile. Les questions de Massini sont celles d’Ariane Mnouchkine. Le modèle que s’est choisi Irina Brook.

Entente fertile

Lorsqu’elle avait été nommée, tout n’avait pas été facile. Succéder à Daniel Benoin – aujourd’hui à Antibes -, une personnalité affirmée, peu désireuse de s’effacer, c’était dur. Être une femme à qui l’on confie des responsabilités, c’est difficile, dans le monde de la culture aussi.

Mais Irina Brook, fille de la regrettée Natasha Parry et de Peter Brook, est à la fois sensible et forte. Elle est crâne. Elle a tenu devant les coups plus ou moins loyaux. Elle s’est imposée. Elle a élaboré une très intéressante programmation depuis trois saisons, le théâtre est accueillant, les spectateurs, mêlés. On est vraiment dans le théâtre, service public. On pense à la société, à la planète, on s’adresse aux jeunes, à la diversité. Dans la ville meurtrie de Nice, le théâtre a une place éminente et les tutelles, en particulier l’ancien maire et président de la région Paca, Christian Estrosi, fait toute confiance à Irina Brook.

À quelques kilomètres de là, à Toulon, Charles Berling codirige le Liberté, devenu scène nationale, avec Pascale Boeglin-Rodier, tandis que son frère Philippe travaille en Bourgogne.

Si les moyens d’un centre dramatique et d’une scène nationale ne sont pas les mêmes, si les trajets de ces deux artistes inspirés, engagés, volontaires, sont différents, ils ont en partage une énergie, un sens de leur mission, le goût des textes de qualité, l’amour du public. Tout pour que l’entente soit fertile.

Source : Le Figaro

17 06/2016

L’aventure niçoise d’Irina Brook – Le Point

vendredi 17 juin 2016|Catégories: Spectacle Vivant|Mots-clés: |

L’aventure niçoise d’Irina Brook: La vie de la directrice du Théâtre national de Nice est un roman où l’on croise Shakespeare et Iggy Pop. Et, bien sûr, Peter Brook, son père.Par Marion Cocquet

Source : L’aventure niçoise d’Irina Brook – Le Point

25 04/2016

Théâtre : le « Peer Gynt » écolo-rock d’Irina Brook | Les Echos Week-end

lundi 25 avril 2016|Catégories: Spectacle Vivant|Mots-clés: , |

 

 

Théâtre : le « Peer Gynt » écolo-rock d’Irina Brook ©M.Rittershaus

Source : Théâtre : le « Peer Gynt » écolo-rock d’Irina Brook, Les Echos Week-end

La directrice du Théâtre National de Nice reprend dans sa ville et en tournée son adaptation de la saga d’Ibsen, créée en 2012. L’homme-matamore, l’homme seul, défie la nature et le monde fragiles, dans une atmosphère très rock & roll.

En tant que responsable du Théâtre National de Nice, Irina Brook s’évertue à mettre au cœur de son mandat la question de l’Homme en relation avec l’environnement. La reprise de « Peer Gynt », créé en 2012 au Festival de Salzbourg, montre qu’une telle préoccupation s’illustraient déjà dans son travail d’artiste. Ses deux fonctions de directrice et de metteure en scène étant maintenant liées, « Peer Gynt » sera joué à Nice le 22 avril, date du Earth Day _l’un des événements mondiaux les plus importants en matière d’écologie.

Au cœur d’une forêt Scandinave, vivent chichement Peer Gynt et sa mère. L’homme est rejeté par les habitants alentours: ses idées saugrenues lui donnent l’air d’un fou. Cette réalité froide a l’apparence d’un conte hivernal fantastique. Peer ne se soumettra pas à cette existence sans joie : il sera un homme célèbre ! Dans sa quête d’un grand destin, il se débarrassera de tout ce qui lui est désormais superflu, à commencer par son âme qu’il léguera aux trolls en promettant d’adopter leur devise « just satisfy yourself ! ».

Iggy Pop et Sam Shepard

À Nice, on est loin de la forme originelle du drame norvégien de Henrik Ibsen. Irina Brook a opéré un important travail d’adaptation. L’histoire est fortement modernisée dans le choix des expressions, tout en conservant une apparence hors du monde commun. Iggy Pop (avec qui Brook rêvait de travailler à sa première lecture de la pièce, il y a 30 ans) s’est chargé de composer deux chansons, quand Sam Shepard a réécrit les monologues phares de la pièce.

Le résultat de cette collaboration est à la hauteur de ce à quoi l’on peut s’attendre : rock and roll à souhait. L’orchestre sur scène assure la musique, les bruitages, et souligne par de nombreuses incises l’ironie de la vie que cherche à mener « P. G. ». Ironie d’autant plus renforcée par l’abondance de chansons country. Une musique bien enracinée pour quelqu’un qui passe sa vie à chercher qui il est ! Peer Gynt multiplie les rencontres dans un monde vaste, aux apparences multiples, toujours prêt à faire chuter les bonnes âmes par un excès de haine ou une pensée inexistante.

La mise en scène souligne la détresse du héros qui finit par être pris dans une nostalgie étouffante teintée de regrets. Doté d’un véritable amour de la nature, Peer Gynt en est malheureusement inconscient. Dans l’univers créé par Irina Brook, il y a quelque chose d’elfique, la quête de Peer est similaire à celle de Frodon dans le Seigneur des Annaux à ceci près que le héros d’Ibsen lutte contre un Sauron intérieur.

Ivar Sigurdsson tient le premier rôle. L’acteur islandais aux multiples Edda Awards (l’équivalent insulaire de nos Césars), devient sous la baguette de Brook un adolescent quinquagénaire espiègle et fou. La mise en scène souligne la tension physique entre Peer et son environnement, il est une tornade destructrice pour tous ceux qui l’approchent. La pièce d’Ibsen illustre bien que chacun des choix de vie d’une personne implique des conséquences pour toutes celles qui l’entourent, comme chacune de nos décisions a des conséquences pour la planète. Peer Gynt se demande « qui suis-je », il ne trouve pas la réponse, mais pour le spectateur elle est limpide : on ne peut être soi-même qu’en acceptant les autres.

PEER GYNT, d’après Henrik Ibsen

Mise en scène d’Irina Brook – Durée : 2h45 (avec entracte). En anglais surtitré.

Théâtre National de Nice, le 22 avril.

Théâtre de Lorient, les 11 et 12 mai.

Théâtre de Saint-Quentin-en-Yvelines les 19, 20 et 21 mai.

La Criée – Théâtre National de Marseille, les 27 et 28 mai.

8 02/2016

A Nice, Romane Bohringer joue une migrante se noyant près de Lampedusa | France 3 Côte d’Azur

lundi 8 février 2016|Catégories: Spectacle Vivant|Mots-clés: , |

Récit vibrant d’une Africaine se noyant près de Lampedusa, hymne au travail de la terre menacé par l’argent des multinationales: pour sa deuxième saison à la tête du Théâtre national de Nice, la Britannique Irina Brook signe deux créations très engagées avec son égérie Romane Bohringer en vedette.



Pieds nus sur une scène dépouillée, gestuelle expressive, Romane Bohringer incarne avec retenue Shauba, une jeune migrante africaine partie sur un rafiot de 700 personnes et qui livre un monologue en sombrant au fond de la mer.

Le texte très poétique de l’auteure italienne Lina Prosa qui vit en Sicile, « Lampedusa Beach », constitue un plaidoyer sur un sujet d’actualité brûlante. « Ceux d’Afrique, nous sommes comme un collier de perles cassé », dit Shauba dans sa chute verticale au milieu des poissons et des cadavres humains, « certains arrivent à destination, d’autres se noient ».

La pièce montre jusqu’où peut aller la destruction de l’individu et de la planète », décrit Irina Brook, directrice du Théâtre national de Nice.

La jeune femme parle à une proche qui lui a financé le voyage (trois ans de salaire), lui raconte son odyssée à risque de femme convoitée par les passeurs et son bref aperçu de l’île de Lampedusa à portée de main. Le personnage a touché Irina Brook, qui en appelle à l’hospitalité: « elle nous sort de notre individualisme pour nous toucher dans notre humanité la plus profonde, bien plus que le flux d’informations que nous recevons du matin au soir et auquel nous devenons insensibles ».


Une autre création dénonce les multinationales.

« Terre Noire », deuxième création niçoise d’Irina Brook dévoilée à Nice en même temps, est tirée d’une pièce en trente-et-un tableaux du jeune auteur italien Stefano Massini.

Créant en une heure un récit enlevé et efficace sur un monde en péril. Hagos (l’acteur Pitcho Womba Konga), petit cultivateur de canne à sucre d’Afrique du Sud aux méthodes traditionnelles, est approché par une multinationale qui lui achète sa récolte, puis lui propose ses produits chimiques pour rentabiliser son exploitation. Ses cannes à sucre vont se dessécher, l’acculant à s’endetter et céder sa terre. Le fermier et sa femme vont faire appel à une jeune avocate téméraire (Romane Bohringer) qui va affronter l’avocat sans scrupules de la multinationale (Hippolyte Girardot)…

Scénario un tantinet manichéen? « La pièce montre jusqu’où peut aller la destruction de l’individu et de la planète », décrit Irina Brook. « C’est inimaginable que nos dirigeants encouragent un sacrifice collectif suivant le diktat des grandes firmes! », s’insurge l’enfant de la balle qui aspire à un théâtre qui fait réfléchir et rapproche les hommes.

La pièce vient à la suite d’un ensemble de spectacles et de rencontres, programmés à Nice fin 2015 en même temps que la conférence environnementale Cop21 de Paris.

Source : France 3 Côte d’Azur