Un spectacle musical pour ado signé Justine Heynemann, jolie surprise tonique et inventive.

Avec une bonne paire d’œillères – permettant de faire abstraction de l’absence criante de spectateur·trices dans la salle –, on pourrait (presque) oublier que le théâtre Carré Belle-Feuille, à Boulogne, est fermé au public jusqu’à nouvel ordre. A 14 heures, quand les six jeunes comédien·nes et musicien·nes de la compagnie Soy investissent la scène devant une poignée de programmateur·trices et critiques pour jouer Songe à la douceur, tout est là : le travail, l’énergie et le plaisir. C’est un spectacle musical, d’après le roman éponyme de Clémentine Beauvais, paru en 2016, qui est lui-même une adaptation contemporaine d’Eugène Onéguine d’Alexandre Pouchkine. On suit, pendant un peu plus d’une heure, les tribulations d’Eugène et Tatiana, deux amoureux·euses qui se rencontreront trop jeunes et se retrouveront trop tard. Balisé par les codes prévisibles de la comédie romantique, ce récit à destination des ados est néanmoins sublimé par la langue de l’autrice, laquelle joue délicatement avec les modes de communication actuels – échanges de textos fiévreux, conversations endiablées sur Skype. Porté par la mise en scène tonique et inventive de Justine Heynemann, l’ensemble est dénué de temps morts. Un petit bémol tout de même : la musique, entre chanson française et électro-pop, n’est pas toujours tout à fait au point (quelques problèmes de justesse de voix, chez les garçons notamment). Une question de rodage, sûrement. En attendant le retour du public, on peut se permettre d’être plus perfectionniste que jamais !

Igor Hansen-Løve

Songe à la douceur d’après Clémentine Beauvais, mise en scène Justine Heynemann, avec Elisa Ruschke, Benjamin Siksou, Thomas Gendronneau, Manika Auxire…

Scènes