Notre critique 

Par Nathalie Simon 

Publié il y a 3 heures, mis à jour il y a 3 heures

 

La comédienne interprète à la Scala, à Paris, une femme dont l’enfant est a été mise sous respiration artificielle. Une performance éblouissante.

La tête dans les mains, assise sur une chaise dans le couloir d’une maternité, Romane Bohringer est une mère dont l’enfant a été mise sous respiration artificielle. « Respire ! », la supplie-t-elle. Cette nuit-là, en dépit de ce que disent les médecins – « il faut vous reposer » -, cette femme dont on ne saura jamais le nom décrit le monde qui attend son bébé. De tout son cœur et de toute son âme, elle espère que son « grelot », son « orchidée », son « panda » parvienne à respirer seule.

Presque rageusement, elle cherche à lui transmettre son énergie vitale, lui donne des raisons de vivre réelles ou imaginaires. Lui fait miroiter des rêves en grand, des voyages lointains et des amours heureuses. Prie Dieu et esprits divers. En rappelant la présence indéfectible de ses anges gardiens, son père et sa sœur qui attendent de bonnes nouvelles à la maison. Elle-même maman, Romane Bohringer s’est « reconnue »dans Respire, de Sophie Maurer. Ce combat d’une mère ordinaire est un hymne fou à la vie.

 L’actrice porte le spectacle sur ses épaules. Cheveux attachés, pieds nus, en jean, elle occupe le plateau de la Piccola Scala avec une vérité qui force l’admiration. Panchika Velez, qui lui a apporté le texte, signe une mise en scène centrée sur l’actrice. Elle alterne les paroles de la combattante à son nourrisson derrière la vitre et les recommandations du personnel soignant, « je n’entends pas », répète la mère courage accompagnée discrètement par la musique au piano de Bruno Ralle et éclairée par les lumières cliniques de Lucas Jimenez.

Touches d’humour salvatrices

Sophie Maurer parle avec sensibilité de « l’hésitation face au tremblement du monde, à l’incertitude, à la difficulté d’être et de persister dans cet être ». De telle façon que le public ne peut que se sentir en empathie avec son héroïne des temps modernes. Mais l’auteur ne tombe jamais dans le pathétique, parsème au contraire cette nuit entre la vie et la mort de touches d’humour salvatrices. Charrie des fleuves d’humanité.

 

Romane Bohringer qui a fait salle comble avec L’Occupation, d’Annie Ernaux cet été au Festival Off d’Avignon, possède le don d’habiter ses personnages. Elle marque de son empreinte chacune de ses interprétations. On a l’habitude de ces performances. Elle a dit les mots de Shakespeare, Brecht ou Tennessee Williams.

Elle jouera bientôt de nouveau seule sur scène LeBel Indifférent, une pièce en un acte de Jean Cocteau monté comme un musical par Christophe Perton.

Respire, à La Scala (Paris 10e), jusqu’au 8 octobre, et du 3 février au 1eravril 2023 Tél. : 01 40 03 44 30.