CRITIQUE – Dernièrement massacrée sur grand écran, la pièce de Feydeau s’avère savoureuse dans la mise en scène d’Anthony Magnier.

ParPhilibert Humm

Publié hier à 15:39, mis à jour hier à 16:58

On se trompe rarement en allant voir jouer du Feydeau. Il est plus commun en revanche d’y voir les couples se tromper. Quand le rideau se lève, il y a déjà huit jours qu’un certain Pontagnac, coureur invétéré, poursuit de ses assiduités la vertueuse Lucienne. Les maris des femmes qui nous plaisent sont toujours des imbéciles et celui de Lucienne ne déroge pas à la règle. Le brave Vatelin, avoué de son état, a tout du cocu de catalogue. Aimable nigaud, innocent Jocrisse, il serait plutôt du genre à prêter son peignoir à l’amant de sa femme et lui changer les draps. On s’étonne d’ailleurs de ne pas lui voir encore de cornes au front.

C’est que l’épouse de ce bouc en puissance, non contente d’être belle, est fidèle, outrageusement fidèle et très vertueuse. Madame Vatelin a d’ailleurs averti ses prétendants qu’elle ne tromperait ciel son mari qu’à la seule condition que celui-ci la trompe. C’est la loi du talion: œil pour œil, dent pour dent, adultère pour adultère… Pontagnac et son comparse Redillon (Feydeau avait le génie des noms) ne songent dès lors qu’à jeter dans les bras et la couche de ce pauvre Vatelin la première venue. Bernique!, Vatelin est fidèle lui aussi. Quelquefois, rien n’est plus vicieux que la vertu…

Dans une mise en scène mêlant comme un sucré-salé l’ancien et le moderne, les comédiens en jaquette et gants de soie s’agitent autour d’un Chesterfield années 30 environné de lampes à filaments Castorama.

 Une troupe fougueuse

Pas de grande audace stylistique, ni l’ampleur ni les moyens des Feydeau qui se jouent concomitamment à la Comédie-Française (La Puce à l’oreille, jusqu’au 23 février) et au Théâtre de la Porte Saint-Martin (La Dame de chez Maxim, jusqu’au 31 décembre) mais un décor très simple, astucieux, et toute la fougue de cette troupe versaillaise qui jouait l’année dernière Le Fil à la patte. Il n’est pas donné à tout le monde de savoir cuisiner les vaudevilles. Dernièrement au cinéma, Jalil Lespert a gâté la marchandise.  Ceux-là s’y prennent mieux et ne sombrent jamais dans la pantalonnade.

«La voilà, la jeunesse d’aujourd’hui, commente au troisième acte un vieux valet de chambre. On brûle la chandelle par les deux bouts! On court!… Tout le monde court, il n’y a que moi qui ne cours pas! Ça s’appelle être dans le mouvement!…» Et pour Feydeau, cela s’appelle être dans le vent. Un siècle après sa mort, nous n’en avons pas fini d’entendre claquer les portes.

«Le Dindon» au Théâtre Déjazet (Paris 3e) à partir du 4 décembre.

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