Hommage émouvant et drôle à Jean Rochefort

Par Nathalie Simon

Publié 29_09_22

CRITIQUE – À la Scala, un cycle de «lectures-spectacles» est consacré au grand comédien et amoureux des chevaux. Avec Thierry Lhermitte en ouverture.

Moustache fière et verve malicieuse, pull-over corail, pantalon violet et baskets jaunes, Jean Rochefort renaît sur la scène de la Scala à Paris. Cinq ans après sa mort, le 9 octobre 2017, l’historien de l’art Edwart Vignot, qui a cosigné avec le comédien Le Louvre à cheval (Éditions Place des Victoires), lui rend hommage à travers un spectacle musical intimiste.

 Le public écoute tour à tour côté jardin Clémence Rochefort, l’une des trois filles de l’acteur, lire des extraits de son livre intitulé Papa (Plon). Côté cour, une personnalité dit les commentaires qu’il avait imaginés pour le beau livre de Vignot consacré aux figures équines. Mario Choueiry les accompagne au piano et à la guitare.

 Ce soir-là, c’est un Thierry Lhermitte en baskets qui étrenne le cycle de « lectures-spectacles» autour de l’interprète d’ Un éléphant, ça trompe énormément. Avec Clémence Rochefort, ils dessinent à la fois le portrait d’un fin connaisseur des chevaux et d’un père attachant, drôle, fin et inspiré aussi bien par les peintures de Géricault, Rubens ou Delacroix que par un tissu copte ou une enluminure iranienne, tous figurant son animal préféré.

Cavalier émérite, Jean Rochefort livre des réflexions éclairées et pleines d’humour. Il s’était mis à la place d’un spectateur ordinaire pour décrire les chefs-d’œuvre comme s’il les voyait pour la première fois. Ajoutant à ses observations une touche de fantaisie. À son image. «Quel regret que ces œuvres ne soient pas olfactives! Quoi de plus délicieux que l’odeur du foin, de la paille et des chevaux», s’exclamait-il face à une aquarelle de Delacroix, Trois chevaux dans une écurie.

Une leçon essentielle

Droite comme un I derrière son micro, vêtue d’un chemisier blanc et d’un pantalon noir, perchée sur de petits talons, élégante et sage, Clémence Rochefort raconte plusieurs anecdotes savoureuses. Son illustre paternel ne manquait aucune occasion de faire le clown. On se souvient de ses imitations de chimpanzé! Quand le commandant du Crabe-Tambour conduisait sa progéniture à l’école Sainte-Thérèse de l’enfant Jésus, il demandait: «On fait quoi à l’école Sainte Thérèse?» Et, facétieux, de répondre: «On baise!»

 Fervente admiratrice de l’acteur, sa fille révèle toutefois un moment de solitude au Festival de Cannes. Jean Rochefort, qui est pressenti pour recevoir un prix d’interprétation, apprend à la dernière minute que le trophée est décerné à un autre. Entouré d’une foule d’agents, de journalistes et de producteurs, il rentrera à son hôtel à pied. Mais sa «puce» a retenu une leçon essentielle de son géniteur. Toujours dans le doute malgré son expérience, il l’encourageait à «oser». Lui qui se réjouissait chaque année d’assister au premier jour de printemps ne cessait de répéter : «La vie est belle.»

Une soirée avec Jean Rochefort  et Vincent Delerm le 4 octobre, Alex Vizorek le 31 octobre, Marina Hands le 21 novembre, Alex Lutz le 19 décembre. Jusqu’au 29 décembre à la Scala (Paris 10e). Loc.: 01 40 03 44 30.

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