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© JC Tardivon

On découvrira le 7 février son premier long métrage, Jusqu’à la garde, doublement récompensé à la Mostra de Venise. Au théâtre, il joue en janvier Auto-accusation de Peter Handke.

L’émotion de Xavier Legrand a été vive à la dernière Mostra de Venise: deux lions d’un coup pour son film, Jusqu’à la garde, drame du divorce et de la violence conjugale (sur les écrans le 7 février). Lion d’argent pour la mise en scène et lion du futur de la première œuvre. «C’était déjà une belle surprise d’être en compétition avec de grands réalisateurs… Me retrouver au palmarès est un cadeau qui me permet d’avoir confiance. Je me dis que lorsqu’on travaille scrupuleusement et avec son cœur, ça se voit.»

« C’était déjà une belle surprise d’être en compétition avec de grands réalisateurs… Me retrouver au palmarès est un cadeau qui me permet d’avoir confiance. »

À 38 ans, comédien devenu cinéaste, Xavier Legrand n’accède pas par hasard à cette reconnaissance internationale. Jusqu’à la garde a été précédé en 2014 d’un court-métrage abondamment primé déjà, Avant que de tout perdre, qui traitait du même thème de la violence conjugale, sur le mode du thriller angoissant, avec le même couple d’interprètes, Léa Drucker et Denis Ménochet. «Mais c’était l’étape précédente, le moment où la femme battue décide de s’enfuir avec ses enfants. Je mets en scène la peur et la menace. Et je voulais assigner au spectateur une place où il reste impliqué étroitement. Ne pas montrer la femme victime et ne pas montrer la violence, parce que dans la réalité elle est cachée et que, si on la rend trop visible, le spectateur prend ses distances, pour se protéger.»

Une passion pour les tragédies

D’où vient son insistance à creuser ce sujet terrible?

«De la tragédie, je pense, dit Xavier Legrand. Je me suis très tôt passionné pour les tragiques grecs, puis pour Corneille, Shakespeare, Victor Hugo. Les liens du sang, le pouvoir et le crime… Je voulais écrire du théâtre et quand j’ai cherché un équivalent actuel à ce monde tragique, j’en suis venu à la violence familiale, si incroyablement répandue. Cette emprise d’un être sur l’autre, ce harcèlement impitoyable qui va jusqu’aux coups, jusqu’au sang. J’ai étudié beaucoup de faits divers, passé des nuits à police-secours, consulté des psychologues… J’ai eu besoin d’“entrer dans la peau” de cette violence, comme je le fais pour un rôle.»

« Je me suis rendu compte que le théâtre me permettait de devenir à la fois miroir de l’autre et vecteur de dialogue. »

Au fil de son travail, Xavier Legrand s’est aperçu qu’il n’était pas fait pour l’écriture de théâtre et c’est devenu un scénario, que le producteur Alexandre Gavras l’a encouragé à tourner. « Je me suis vite senti assez à l’aise avec la mise en scène », dit-il. Pas question pour autant de renoncer au métier de comédien, où il a débuté bien avant ses années de conservatoire : « J’étais en CM2, je crois, quand une association est venue organiser un spectacle pour des handicapés. J’avais le rôle principal et je jouais dans un fauteuil roulant. Et je faisais rire ces enfants qui étaient réellement handicapés. Je me suis rendu compte que le théâtre me permettait de devenir à la fois miroir de l’autre et vecteur de dialogue.»

Un dialogue qu’il poursuit toujours. Avant la sortie de son film, Xavier Legrand sera sur scène à partir du 17 janvier au Théâtre-Studio d’Alfortville avec un monologue de Peter Handke, Auto-accusation, tiré d’Outrage au public. « Je le joue dans une nouvelle traduction qui fait ressortir sa dimension philosophique et langagière. C’est un fleuve de mots, absurde et drôle, où toutes les phrases commencent par “je”. Une partition corporelle du langage et du son très puissante.»

Source: Le Figaro